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Agnes Bensimon

Vayomer. Et il dit d'Erri de Lucca

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Et il dit - Erri De Luca« Vayomer… »
« Et Il dit », Erri DE LUCA, Gallimard, 103p. Traduit de l’Italien par Danièle Valin
 
Pourquoi parler de ce tout dernier texte de l’écrivain italien Erri De Luca dans IsraLire ? Parce que l’auteur de « Montedidio », prix Femina étranger, propose sa déclinaison des Dix paroles en mettant en scène le personnage de Moïse qui « comme moi, était un alpiniste », avoue-t-il. Ils partagent la connaissance de l’isolement de la montagne et le livre s’ouvre sur des pages magnifiques: « Le dernier pas de la montée lui faisait toucher l’extrémité où s’arrête la terre et où commence le ciel. Un sommet atteint est un bord de frontière entre le fini et l’immense. (…) Là, il faisait l’expérience du vertige qui, en lui, n’était pas un appel du vide vers le bas, mais se pencher sur le vide du haut. Là, sur le sommet, il percevait la divinité qui s’approchait. »  Erri De Luca découvre la Bible à 30 ans. Soucieux de lire le texte dans la langue d’origine, il étudie l’hébreu ancien. A ses yeux, l’écriture de la Bible se distingue de la littérature en ce sens qu’elle ne raconte pas une histoire mais établit une relation entre la divinité et l’homme, par la parole et l’écoute. Le verbe le plus employé n’est-il pas « Vayomer », « Et il dit », titre du roman ? Moïse a été choisi pour transmettre directement la voix de Dieu aux hommes. Et les dix paroles symbolisent l’acte fondateur d’un peuple sorti de l’esclavage et leur acceptation, sa constitution et la promesse d’arriver, quarante ans plus tard, en Terre promise.
 
Allant au bout de son raisonnement, Erri De Luca conclut cette évocation de Moïse et des Dix commandements, par un bref chapitre (trois pages), intitulé de manière éloquente : « En marge du camp ». Il se situe avec clairvoyance. « Le judaïsme pour moi n’est pas une demande d’inscription, je garde l’imperfection de mon prépuce. Le judaïsme est une compagnie de voyage. (…) Je partage le voyage du judaïsme, pas l’arrivée. Pas en Terre promise, ma résidence est en marge du campement ».
 
Séduit par la « piste caravanière de consonnes accompagnées au-dessus et au-dessous de la ligne par un volettement de voyelles », l’écrivain choisit de rester dans le désert, de nous suivre du regard sans nous perdre des yeux. Avec « Et il dit », De Luca nous fait don du témoignage d’un compagnon de route aussi respectueux qu’indéfectible.
 
 
 
 

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