Chavouot 5770

Ecrit par Grand Rabbin Sépharade de Bruxelles le 16 mai, 2010

Nous vous souhaitons une bonne fete a toutes et a tous


Merci au Grand Rabbin Sépharade de Bruxelles, Chalom Benizri, de partager ces réflexions avec nous

Le serment au mont Sinaï

Le nom ‘’Chavouoth’’ pluriel de ‘’chavouah’’- semaine, est lié à la supputation du Omer, qui débute au lendemain de la libération des enfants d’Israël, d’Egypte ; comme indiqué dans la Thora :‘’ Vous compterez depuis le lendemain de la fête, depuis le jour où vous aurez offert l’Omer du balancement, sept semaines qui doivent être entières ‘’.

Ce nom ‘’ chavouoth’’ présente une seconde lecture ‘’chévouoth ’’, les serments. En effet, cette fête commémore la théophanie, la manifestation de D… au mont Sinaï et la promulgation de la Thora. D’où l’appellation de cette fête ‘’ zémane matane toraténou’’ – l’époque du don de notre Thora. L’expérience collective réalisée par les enfants d’Israël au pied du mont Sinaï va sceller l’alliance conclue précédemment entre D… et le patriarche Avraham, ainsi que celle faite antérieurement entre D… et Noé. Désormais, les enfants d’Israël constitués en peuple, ont une chartre qui servira de constitution à la nation et qui établira leurs rapports avec les autres peuples, en tant que royaume de prêtres et de peuple saint.

C’est à ce titre que les enfants d’Israël sont appelés à servir l’humanité d’une part et à observer d’autre part, un mode de vie particulier qui les caractérise. C’est ce qui ressort du sens du verset ‘’ veh yitem li mamlekhet cohanim vegoy kadosh’’, vous serez pour moi un royaume de prêtres soit une vie universelle, et un peuple saint, vie nationale.

A l’instar de la révélation de l’Eternel à Avraham, avec cet appel ‘’ lekh lekha’’, qui ouvre la marche d’Avraham précurseur du monothéisme, la manifestation de D… aux enfants d’Israël s’ouvre par les dix paroles qui projette la nation juive dans le concert des nations.

L’attention portée aux dix paroles promulguées au mont Sinaï, nous permet de constater en première analyse, que celles-ci se divisent en deux catégories. Les cinq premières paroles s’adressent à l’homme en rapport avec son créateur et les cinq dernières concernent l’homme vis-à-vis de son prochain. Par ailleurs ces paroles s’apparentent aux trois domaines de la manifestation de l’homme : la pensée, la parole et l’acte ; qui se présentent dans cet ordre sur la première tablette et dans l’ordre inverse sur la seconde.
Nus remarquons également que la mention du respect des parents est placée à la charnière des deux catégories de lois présentées sur l’une et l’autre tablette. Et ce, disent nos Sages, pour bien mettre en évidence la relation étroite qu’il faut observer entre le rôle de la famille et de la société d’une part, et celui de la famille et de D… d’autre part. Rappelons à ce propos cet enseignement talmudique : il y a trois associés en l’homme : le père, la mère et D… Ce qui indique qu’aucune entente n’est possible, nulle création n’est réalisable sans le souffle divin qui bénit la relation humaine. C’est la raison pour laquelle il ne peut y avoir de respect des lois morales sans le respect des lois familiales. De ce fait le respect des parents revêt un caractère sacré et sa contribution à l’obéissance des lois morales sera considérable.
Ce cinquième commandement révèle également l’étroite relation qui existe entre les lois qui régissent les rapports de l’homme vis-à-vis de son créateur et ceux de l’homme vis-à-vis de son prochain. Désormais, on ne peut envisager le respect des parents sans le respect de D… et l’observance des lois en rapport avec lui, sans leur implication dans la relation vis-à-vis du prochain. Nos Sages ont tenu chaque fois à mettre en évidence le rapport entre ces deux aspects de la loi et pour illustrer cela ils ont souligné le mot qui vient en tête de ces dix paroles ‘’ Anokhi’’ ‘’moi’’ et celui de la fin ‘’réekha ’’ ‘’son prochain’’.

La différence entre le premier tableau et le second s’explique par le fait que dans les rapports de l’homme vis-à-vis de D…, l’action de l’homme doit être fondée sur une foi absolue, pure et inébranlable. Ce qui importe dans cette relation, c’est la pensée qui guide et qui inspire nos actes. C’est pourquoi les deux premières paroles relèvent du domaine de la pensée.
1) ‘’Je suis l’Eternel ton D…’’
2) ‘’Tu n’auras pas d’autre D… devant moi’’

De celles-ci va dépendre l’authenticité de notre vie religieuse.
L’aspect nouveau dans cette nature de lois, c’est l’institution d’actes religieux qui fait converger l’action de l’homme et de D… , illustrée par le chabbath.
Dans le second tableau, l’action est mise en premier lieu à travers l’interdit de l’homicide (kidnapping), de tout acte abominable sur le plan sexuel, et du vol. Car pour le respect de ces lois il faut d’abord se porter vers son prochain pour l’aider, même si l’on est incapable d’accompagner notre geste d’une intention sincère de l’idée du devoir, ou encore de la volonté d’aider le prochain favorablement. L’aspect nouveau de ce second tableau apparaît dans l’interdiction de la convoitise qui vise le conditionnement de la pensée humaine.
Nos Sages soulignent dans le mot d’introduction de la première parole, et dans le mot de conclusion de la dernière, l’analogie du conditionnement de la pensée mise en évidence, et qui révèle une fois encore, l’interférence et la dépendance totale entre les lois qui régissent le rapport de l’homme et son créateur, avec celles qui règlent les rapports avec son prochain. Cette idée est exprimée ainsi par un de nos maîtres. ‘’
Si je suis l’Eternel ton D…, il ne peut y avoir de place pour la convoitise humaine. Et dans la mesure où tu es encore victime de jalousie, c’est que tu n’as pas encore pleine conscience de l’existence de D…’’.
En effet, la première parole de l’Eternel devrait nous sortir de notre condition humaine et nous élever au niveau de l’esprit. Et tant que nous restons encore enfermés dans notre carapace humaine, nous demeurons limités par la relation sociale : je < tu. Notre vie limitée dans le temps et dans l’espace est vécue en fonction de ce qu’est l’autre et de ce que possède l’autre. Nous devenons alors esclaves d’une situation sociale. Notre pensée et notre action sont dirigées par des facteurs extérieurs ; ma liberté est inexistante. Je vis à l’état d’asservi. Il ne peut y avoir véritablement de liberté que dans la mesure où dépassant cette relation limitée, j’aspire à ce ‘
’anokhi ’’, à ce ‘’je ’’ (Eternel) qui confère à ma vie un cachet d’indépendance et d’éternité.
C’est la raison pour laquelle D… ne se définira pas en tant que créateur mais en tant que libérateur ‘’vJe suis l’Eternel ton D… qui t’ai fait sortir du pays d’Egypte’’ Cette Egypte est le symbole de toutes les servitudes que l’homme pourrait subir de l’extérieur comme de l’intérieur.

Le Grand Rabbin Chalom Benizri

16Mai

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