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Claire Bondy

En évidence cette quinzaine : 04/02/2013

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Bienvenue chez Claire Bondy: Au remède des mots
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En évidence cette quinzaine : 04/02/2013
 
 

Samuel Doux     Dieu n’est même pas mort     éd Julliard

    

Pour un coup d’essai…voici un coup de maître d’un auteur qui signe son premier roman. Par ailleurs, pas encore quarantenaire, il est déjà riche d’une carrière multiple: acteur, scénariste, il a tourné quelques films de fiction ainsi que des documentaires en tant que réalisateur.

 

    

Ce roman recouvre plusieurs époques historiques car son héros, Elias Oberer, 30 ans, sent que sa jeunesse s’estompe déjà. C’est lui qui s’exprime à la première personne du singulier. Ce –moi- raconte son présent familial puisqu’il se rend à Poitiers pour procéder aux funérailles de sa grand-mère, suicidée à Yom Kippour. Ce sera l’occasion d’une remontée dans le temps familial particulier.

 

L’œuvre se transcende elle-même car elle déclenche chez le lecteur une série de souvenirs aussi transgénérationnels que ceux qui assaillent Elias. L’individuel se hissant à la totalité : l’histoire plongée dans l’Histoire.

    

Il n’est pas aisé de devoir endosser la responsabilité de funérailles d’une grand-mère, considérée depuis toujours comme un tissu rèche.

 

Emmanuelle, mère d’Elias, décéda avant sa propre mère, d’où la charge qui incombe à Elias Oberer. Quant au père d’Elias, le goy Paul Serré, il mourut avant Emmanuelle.

 

Pour cette fois, le suicide, tenté à plusieurs reprises, est réussi. Le lecteur apprendra comment à la fin du roman. Quant à l’enterrement, il sera un peu juif et un peu pas juif. Procéder à tout ce cérémonial quand on est Parisien, paraît  un fardeau trop lourd à Elias, une fois rendu à Poitiers où la chaleur s’attarde.

    

Samuel Doux fait usage de la langue comme d’un fouet. A quoi s’ajoutent le brio et la justesse du style pour nous promener, décès de la grand-mère oblige, (traitée à répétition de salope par son petit-fils), de notre époque à celle de 1910 en Pologne où nous ferons la connaissance de la vie discrète de l’un des ancêtres d’Elias, Moshe Herschel, père de la grand-mère décédée.

    

L’auteur restitue cette vie de petits artisans, de modestes commerçants, de tailleurs doués. Un monde, ô combien cultivé pour certains d’entre eux et qui ne demandait qu’à vivre paisiblement tandis que leur vie était chahutée par les pogromes et massacres perpétrés par les troupes tsaristes ou les Polonais. Certains ont la foi, d’autres ont foi dans un départ pour une Amérique mythifiée.

 

On assiste à des réunions politiques secrètes, car interdites pour cause de –danger révolutionnaire-.

 

A chaque étape des formalités pour l’enterrement, le souci majeur d’Elias est évoqué: trouver le bijou de diamant que lui destinait cette grand-mère dont le physique proclamait qu’elle était originaire d’Algérie: la largeur de ses hanches.

    

Les souvenirs d’enfance d’Elias sont ce qui lui est le plus étranger car depuis toujours, il a pris l’habitude de se situer en dehors de son enfance par indifférence vis-à-vis du déroulement de celle-ci.

    

Belle observation du directeur des pompes funèbres: ses chaussures ne sont pas tristes . (Cf argot pour chaussures: pompes).

 

Quant à Paul Serré, nous le connaissons depuis ses quatorze ans en 1938 lorsqu’il est scout. Son couple, une fois les enfants nés, vivra côte à côte et distant durant cinquante ans. Et pour cause… Nous le retrouverons en 1943, résistant, gaulliste et toujours bon scout. Marc, son ami. Et bien des choses s’éclairent.

 

L’auteur  conte tel ou tel aspect de la guerre 1940-45. Pendant ce temps, Elias fouille: à la recherche du bijou perdu? La famille restante prend la direction du crématorium.

 

Si la bague introuvable est la seule chose qui importe à Elias, il n’en oublie pas de saluer son oncle Dominique, fils banni de la grand-mère décédée et venu quand même!.

 

Moshe Herschel s’est retrouvé à Poitiers en 1942: il avait cru en la zone libre. De plus, durant l’Occupation, l’époux de la grand-mère Sabka est emprisonné par la gendarmerie.

 

Quel rapport existerait-il entre la bague, le notaire et la femme de ménage?

 

Elias Oberer pose un caillou sur le bord de la tombe.

 

Claire Bondy

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