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Claire Bondy

En évidence cette quinzaine : 19/03/2013

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Bienvenue chez Claire Bondy: Au remède des mots
Paul Valéry: Chaque pensée est une exception à une règle générale qui est de ne pas penser.
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En évidence cette quinzaine : 19/03/2013
 

Trois productions des éditions Albin-Michel

 

Kalonit W. Ochayon     De la place pour un seul amour     éd. Albin-Michel

                                        Traduit de l’hébreu par Catherine Werchowski

           

Avant tout: le ton! Etonnant, détonant, d’une nouveauté qui capte et captive le lecteur.

Il s’agit de trois femmes. Chacune soliloque dans une solitude subitement advenue.

Naomi, Tamar et Sasha, ne se connaissant pas, ignorent qu’elles ont partie liée.

           

            La plus âgée, Naomi, a quitté toute une vie pour rejoindre chaque matin la route de St Jean d’Acre-Haïfa. Aller-retour jour après jour, et sans un sou en poche. Des automobilistes veulent lui faire l’aumône ou lui lancent un sandwich.

Elle marche sans trêve depuis que son fils Amos a trouvé la mort dans un accident.

 

            Tamar, qui travaille dans l’épicerie tenue par Tsedaka, perdra son boulot à force de retards cumulés. Elle n’était encore qu’un bébé quand son père –oublia- un bref instant sur la plage, sa sœur Anthalia, âgée de sept ans. Devenue adulte, elle espère que la petite sœur –oubliée-  finira par réapparaître.

 

            Sasha se sent très mal quand sa sœur Marina, danseuse nue dans un cabaret, accompagnée de son boy friend argentin Jorge, aussi enivré qu’elle, vient lui réclamer à boire.

Et pourtant, c’est Marina qui, au bout de manigances totalement folles, parviendra à récupérer plus ou moins, un appartement légué machiavéliquement par leur père.

 

            Ces trois femmes, murées dans leur solitude, roulent une foule de réflexions à propos des gens de passage; de leur pays et de son organisation. Rien de commun entre elles…et pourtant, Amos, le fils disparu, fréquenta le même lycée que Tamar.

A force de battre le pavé à la non-rencontre d’un tas de gens, d’un tas de lieux,-en ce compris un commissariat de police-, il en sort une authentique quête d’identité à l’intérieur d’un seul amour.

S’agirait-il de celui voué à Israël dont on reçoit la vie avec un choc émerveillé?

 

Un livre insolite et précieusement rare écrit par celle qui est professeur de philosophie à l’Université de Haïfa et dont c’est le premier roman

Saluons au passage le dynamisme de la littérature israélienne en renouvellement constant. 

 

 

Jacques Le Rider     Les Juifs viennois à la Belle Epoque     éd. Albin-Michel

 

            Né en 1954 à Athènes, J. Le Rider vit à Paris et est diplômé de Normale Sup. Agrégé d’allemand, diplômé de Sciences Po, docteur ès Lettres, professeur d’Université, il est en outre directeur d’études à l’Ecole pratique des Hautes Etudes.

De 1983 à 1986, il dirigea l’Institut culturel franco-allemand de Tübingen. En 1988, il enseigna à la Washington University de Seattle.

Vu le nombre de postes de prestige qui lui furent attribués, il voyagea beaucoup.

            Membre de l’Institur universitaire de France; Conseiller culturel et artistique à l’ambassade de France en Autriche; Directeur de l’Institut français de Vienne; chercheur en culture à l’Université de Cologne; chargé de cours à l’Université de Genève; Professeur invité aux Universités de Mannheim, Sao Paulo ainsi qu’à la Fondation Humboldt de Cologne.

            Le nombre de prix, qui lui furent décernés, le dispute au nombre de postes qu’il a occupés.

Ses livres traitent de l’antisémitisme, de Vienne, de la Mittel Europa, des écrivains Hugo von Hofmannsthat, Nietzsche, Freud, Schnitzler…

            Ceci constitue une liste non exhaustive de ses parutions personnelles. Il s’y ajoute une série de contributions importantes à des œuvres collectives.

J. Le Rider cultive un intérêt particulier pour Kafka, Canetti et Mauthner ainsi que pour la République de Weimar qui a généré un Européen polyglotte, cosmopolite et pratiquant -l’interculturalité-: caractéristiques de la modernité, apanage des Juifs de cette période faste.            

Quelle différence avec la catastrophe contemporaine de Haider dont la réalité cauchemardesque s’en prit à Thomas Bernhard et à Elfriede Jelinek (Prix Nobel)!

 

            Le Juifs viennois à la Belle Epoque est un livre centré sur la période allant de 1900 à 1918, époque où l’apport des Juifs à la splendeur de Vienne est considérable. Ils en constituent l’avant-garde intellectuelle. Le Rider estime qu’entre 1873 et 1914, le Juif assimilé se confond avec L’Homme sans qualités de Robert Musil et habitant de la Cacanie, terme créé par Musil à partir des initiales de Kaiser et König (empereur d’Autriche et roi de Hongrie), francisées en Cacanie.

 

J. Le Rider rappelle qu’en 1781, Joseph II promulgue son Edit de tolérance à l’égard des Juifs. Pour ceux-ci, cela signifie l’ouverture de la société (écoles, métiers …y compris carrières militaires). Les Juifs ne tardent guère à prospérer dans le commerce, la banque et l’industrie. Certains d’entre eux sont même anoblis.

L’âge d’or de leur intégration date des années 1870. Mais l’afflux de Juifs issus de l’immigration provoque la paupérisation d’une partie d’entre eux. Parallèlement, on observe un décuplement de l’antisémitisme.

 

L’auteur diagnostique deux morts de Vienne:

1918: elle devient une ville de province.

1938: elle est annexée par le IIIe Reich. Syndrome: Freud à Londres

           

Au moment de l’Anschluss, Vienne compte 182.ooo Juifs; 20.000 émigrent avant 1939; 49.000 sont déportés; 2.142 survivront.

 

            Si dans la 1e partie de son vaste panorama, -Juifs viennois, Viennois juifs-, l’auteur envisage le cadre politico-social où va fleurir le dynamisme juif, en ce compris le sionisme, dans la 2e partie, nœud central du livre, il analyse diverses personnalités qui dépassent le cercle viennois et deviennent universellement représentatives de la modernité. Tels Freud, Arthur Schnitzler, le paradoxal et satirico-cynique Karl Kraus, ou encore Stefan Zweig, malheureux symbole de la richesse littéraire.

La modernité de la musique figure aussi grâce à Gustav Mahler, le converti obligatoirement au catholicisme pour cause de carrière de chef d’orchestre ainsi que le prodigieux Arnold Schoenberg, créateur de la rupture musicale contemporaine.  Heureusement, sa fuite vers les USA le sauva.

1938: Vienne, quasi Judenrein

 

Otto Dov Kulka     Paysages de la Métropole de la Mort     éd. Albin-Michel

                                Réflexions sur la mémoire et l’imagination

         traduit de l’anglais par Pierre-Emmanuel Dauzat

 

Né Tchèque en 1933, Otto Dov Kulka, devenu Israélien, fut Professeur d’histoire juive contemporaine à l’Université hébraïque de Jérusalem. Il est membre du comité Yad Vashem.

 

Dans ce récit, à la fois distancié du fait de la démarche d’un historien et à la fois vécu intimement, on trouve en permanence le travail scientifique de l’examen historique rigoureux et les souvenirs personnels d’un gamin de 11 ans qui échappa au four crématoire par miracle pendant qu’il voyait sa mère poussée sur la rampe menant à l’anéantissement.

            Au passé plus que cauchemardesque, s’ajoutent les souvenirs plus récents de visites à cette Métropole de la Mort.

 

L’ensemble (souvenirs, images d’Auschwitz au passé et au présent) a été enregistré par Kulka sur bandes magnétiques entre 1991 et 2001. Sans que ne soient oubliés les chocs oniriques vécus par l’auteur alors aux abords de la soixantaine et songeant aux fragments de souvenir et d’imagination de l’enfant pensif qu’il fut.

            A quoi s’ajoute ce que l’auteur a tiré de ses journaux intimes concernant un présent à peine passé et issu non seulement de retours à Auschwitz mais aussi de colloques s’y rapportant et tenus sur place ou ailleurs dans le monde.

 

Long voyage, chargé de métaphores et débutant en 1978 par une conférence scientifique internationale en Pologne où l’auteur se rend avec des collègues israéliens. Il déclare, ô combien modestement: ma communication était très novatrice et suscita un vif intérêt.

 

            Quant au lecteur, il se heurte au changement de style permanent et passant du ton dit –scientifique- des historiens à celui du –récit-. Pourtant, ce lecteur demeure éloigné du récit, aussi pénible soit-il. En effet, la phrase ahane. On est loin de l’empathie suscitée par un Primo Levi et quelques autres. Kulka rétorquera que c’est bien de cette dichotomie qu’il est question: être dedans et dehors. Malheureusement, en dépit de la volonté d’accompagnement du lecteur, ce récit ne s’adresse qu’à celui qui l’écrit. Condition nécessaire mais pas suffisante.

 

            Et pourtant, le gamin fut de la marche de la mort d’où il parvint à s’enfuir.

 

Soudain, nous quittons 1945 pour nous retrouver des années plus tard dans un taxi affrété par l’historien désireux de se confronter à la –Métropole de la Mort-.

Paysages et descriptions; recours à la mythologie (Prométhée enchaîné au sein de l’Hadès); souvenir du gamin qui échappe aux barbelés…et se retrouve tant d’années plus tard, sortant des ruines devenues visitables.

           

            Récit entrechoqué où l’on apprend que le gamin et sa mère choisissent de quitter Theresienstadt pour Auschwitz.

 

Seule découverte pour le lecteur: à Auschwitz-Birkenau, un camp familial existe où les prisonniers ne sont pas rasés et peuvent garder leurs habits. Arrivée en septembre 1943. Le père avait été ramassé en 1939 et transporté dans différents camps jusqu’à son arrivée à Auschwitz en 1942.

 

            Dans le quartier –familial-, beaucoup d’activités culturelles sont entreprises par les prisonniers. Des spectacles en constituent le point d’orgue. On joue à la –petite mort- et à la –grande mort- tout en observant la fumée s’échapper des crématoires!

Un orchestre d’enfants travaille et exécute par auto dérision l’Ode à la Joie de Beethoven.

Dans le travail de l’auteur, on est  pêle-mêle alors et maintenant. Avec tous les commentaires de Kulka en rapport avec ce qui advint et hors de rapport.

 

            Photos, dessins, fac-similés, poèmes s’ajoutent à un ensemble qui a du mal à tenir ensemble.

Normal, dira-t-on, vu la noirceur de l’époque envisagée?

Erreur: il s’agit d’un livre et édité comme tel. Il pèche par la sécheresse qui en émane, accompagnée d’une absence de transmission.

Ah oui! Un nombre de notes aussi fastidieux que le reste.

Claire Bondy                

  

 

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