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Claire Bondy

En évidence cette quinzaine : 04/04/2013

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Bienvenue chez Claire Bondy: Au remède des mots
Paul Valéry: Chaque pensée est une exception à une règle générale qui est de ne pas penser.
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En évidence cette quinzaine : 04/04/2013
 

Heinz Wismann   Penser entre les langues   éd.Albin-Michel

            L’auteur, né à Berlin en 1935, vit en France depuis 1960. Philosophe et philologue, il fut Directeur d’études à l’Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales (EHESS) et éditeur au Cerf où il créa et dirigea la collection Passages. L’intitulé de la collection indique les préoccupations majeures de Wismann ainsi que l’orientation de ses rares livres.

 

 Dans cet essai où il se raconte au travers de souvenirs personnels, il se décline lui-même, se montrant soucieux des passages entre les langues. Il s’appuie sur sa propre expérience et se consacre à la circulation entre français, allemand et grec. En effet, versé dans la pensée antique, il a renouvelé l’entendement qu’on a d’Héraclite, Démocrite et Epicure, philosophes majeurs car merveilleusement et paradoxalement contemporains.

 

Wismann refuse de s’enliser à l’intérieur d’une culture ou d’une grammaire, voire d’un esprit. Il choisit l’entre-deux, càd pour lui, entre le français et l’allemand: c’est ainsi que la pensée peut se déployer car dans l’entre-deux se créent des champs de force qui dynamisent les langues. L’entre-deux des grammaires française et allemande offre un terrain fécond à la pensée critique. En français, la langue s’explicitant au fur et à mesure de son déroulement, on peut interrompre la phrase durant son énoncé. En allemand, le verbe n’intervenant qu’à la fin, on ne découvre le sens induit qu’en bout de phrase et sans que celle-ci n’ait subi d’interruption. L’entre-deux exclut le figement dans la posture identitaire, génératrice d’entraves.

 

En somme, la liberté est donnée à la liberté de se déployer!

 

Harry Bellet   Les Aventures extravagantes de Jean Jambecreuse, artiste et bourgeois de Bâle.   Ed. Actes Sud

                                    Assez gros fabliau

            On dirait que l’auteur a pris la liberté de pratiquer ce que Wismann préconise.

Quelle merveilleuse extravagance que celle qui court sous la plume d’Harry Bellet, par ailleurs historien d’art et vivant au plus intime des œuvres d’art et des techniques utilisées par les artistes peintres.

Admirable liberté de celui qui connaît si bien le monde pictural qu’il peut s’en affranchir pour nous offrir un roman rabelaisien de truculence baroque mais qui se souvient avec bonheur de la langue et de l’esprit de François Villon

-badault de Paris –

Je regrette le temps de ma jeunesse

Ouquel j’ay plus qu’autre gallé…-

           

            Quant à l’ironie et à la verdeur de certaines strophes du Testament, François Villon ne laisse personne lui damer le pion car

-scaura mon col que mon cul poise-.

 

Si Villon mourut en 1463, les aventures relatées ici  débutent en 1515, peu de mois avant la bataille de Marignan.

Jean Jambecreuse, traduction littérale de Hans Holbein, artiste peintre aussi habile dans la peinture à la tempera que dans celle à l’huile, est le frère cadet d’Ambroise Jambecreuse, artisan imagier.

 

Rome: Léon X reçoit son secrétaire Bembo, en espérance de pourpre cardinalice. Le pape cherche à rattraper une de ses phrases couchées sur papier et concernant Jésus- Christ. Le papier de lèse Christ s’envole et finit par tomber dans l’escarcelle de Salai, l’un des assistants du vieux Léonard de Vinci.

Ce dernier goûte la présence de moult très jeunes assistants et parmi ceux-ci, Salai, détenteur du sulfureux écrit qu’il va jusqu’à gager dès lors qu’il a tout perdu en jouant dans une taverne. 

           

1515: Marignan.

François Ier remporte la victoire finale des Guerres d’Italie, initiées par son prédécesseur, Louis XII. Un Suisse du Vatican, Jacob Meyer de Bâle a gagné au jeu le bref papal, l’a lu et montré au roi vainqueur.

 

Renaissance obligeant à une vision simultanément européenne, l’auteur nous plonge en Angleterre où Henry VIII rage de ne pas avoir ces fameux canons dont son ennemi François Ier a profité pour remporter Marignan.

H. Bellet n’oublie pas le danger des avancées turques pour l’Europe en nous menant chez Soliman le Magnifique qui envoie son espion byzantin, Renos le Grec, pour apprendre tout des roumis.

 

            Jean Jambecreuse, le Souabe d’Augsbourg, fils de Jean Jambecreuse le Vieux, rejoint son frère aîné, à Bâle.

En ce début de Renaissance, il est de bon ton de latiniser les patronymes, de parler latin et donc de l’avoir étudié: le jeune Jean n’y manquera pas dès qu’il aura atteint Bâle.

            Le chemin d’Augsbourg à Bâle s’avérera long, semé d’embûches ou de rencontres favorisées par le mental chevaleresque de Jean. Il sauve une gardienne de chèvres des pattes d’un soudard. Plus tard, on la retrouvera dans une maison …qui la protège!

 

            Rencontre d’un certain Joss Fritz, mercenaire et chef paysan. Les révoltes successives des paysans menacent la féodalité encore en place. Joss deviendra le guide, ami et protecteur de Jean

.

Bâle enfin.

Il est urgent de faire teindre l’antique pourpoint jaune de Jambecreuse, devenu Holpenius, prénom latinisé à double sens.

Bâle est une cité en plein essor avec ses nombreux moulins à papier et autres fabriques résultant du travail des abbés de Saint Alban: ces moinillons-là travaillent et ne perdent pas leur âme en paillardise ainsi que le font la plupart des autres.

Joss Fritz guide les pas de Jean au travers des quartiers de Bâle dont l’auteur réalise une description, des rues, des maisons, voire du genre de celles-ci. Connaissance des lieux époustouflante et rendue avec une truculence drôle, leste et avertie. On va même jusqu’aux nombreux bourdeaux (pluriel de bordel) abritant les prostituées règlementairement vêtues de…jaune. D’où l’hilarité provoquée par la vêture de Jean.

Joss Fritz se plaît à s’acharner à l’encontre de l’Eglise: le pape a plus de saints que nos couvertures de punaises. Les couvents provoquent sa colère à cause des privilèges commerciaux dont ils jouissent pour leurs produits manufacturés.

Plus loin, on verra un moine, Bruce Olivier, rencontré lors du voyage de Jean, mettre ce dernier en garde devant le danger d’augmenter ses connaissances!

 

Notons que Joss Fritz a réellement existé ainsi que la plupart des personnages du roman.

 

Enfin de quoi se réjouir! Voici la taverne Die Blume, tenue par le jovial dénommé Pamphile, au sourire malheureusement largement édenté.

 

Harry Bellet, avec la même rigueur rigolarde, poursuit l’exploration méticuleuse de la ville dont la saleté est due à la pestilence des eaux usées de toute provenance.

On apprend le fonctionnement de l’administration; la manière dont les juges punissent les malandrins. Que ceux-ci fabriquent de la fausse monnaie ou se rendent coupables de vol, le volé ayant fait preuve de négligence, les juges s’approprient l’objet du délit.

 

            Holpenius retrouve son aîné apprenti chez maître Herbster, dit Herbst, car à l’automne de sa vie. Son épouse Cunégonde est une maîtresse femme, pas candide pour un sou et digne de provenir de Thunder-ten Tronck.

 

Rapidement, le nouvel apprenti Jean dépassera son maître. Les commandes pour celui qui est devenu artiste peintre, affluent et, notoriété aidant, arrivent de Lucerne. Les épouses des puissants bourgeois mécènes sont toutes séduites par les attributs du peintre et lui font fête avec délectation.

 

            Importance du philosophe Erasme qui séjourne à Bâle afin de surveiller l’impression de ses écrits.

En outre, Ioannes Holpenius a surtout entendu parler des innovations picturales d’un certain Léonard de Vinci.

 

            Le lecteur peut lire à quel point les mœurs bestiales, issues du Moyen Age finissant, vont se heurter ou s’amalgamer aux prémices raffinées d’une Renaissance grosse de ses découvertes.

            Ajoutons que l’auteur s’amuse à démultiplier les jeux de mots à double et même triple entente salace puisque le latin est mis à contribution facétieuse.

 

Si la Renaissance ouvre des portes vers la liberté, du côté de l’évêché, on guette les hérésies trop promptes à se propager, en dépit de la vente d’indulgences. Plus grave, le démon ne se cantonne pas aux âmes. …Dans les campagnes, les serfs s’agitent, les rustauds grondent. Habile allusion aux guerres des paysans qui sévissent depuis 1476, à coups de fièvre successifs. Joss Fritz incitateur et meneur de paysans est recherché par les autorités ecclésiales.

 

            Entretemps, le départ de Léonard de Vinci dans les bagages du roi de France, s’est réalisé au printemps 1516, au grand dam de la papauté toujours à la recherche du bref papal coupable.

            Jean, pour qui les commandes sont de plus en plus nombreuses, ne songe qu’à rejoindre Léonard de Vinci en Italie afin d’y parfaire son métier. Parti à pied , à la fortune du pot et vivant force aventures périlleuses ou cocasses, il arrive à Milan où il s’abîme dans la contemplation de la Cène peinte par Vinci. Ce dernier est en France, poursuivi par l’espion du pape flanqué de deux Suisses et à la recherche du papier papal et de Vinci, jugé coupable du crime de sodomie et qu’ils veulent faire chanter.

Tout n’est pas perdu pour le peintre qui s’approprie indûment papiers et argent laissés là dans la hâte du départ.

 

2 mai 1519: Jambecreuse arrive quand même au Clos Lucé où vit désormais le vieux maître. A la vue du séduisant Holpenius, épectase de Leonardo!

 

Retour de Holpenius à Bâle: le désormais opulent bourgeois de Bâle célèbre la Fasnacht, autre apanage des paysans et événement élevé à l’encontre des autorités ecclésiastiques.

Mais revoici le Bref papal sous les yeux de Jean et de Renos, l’espion. Jean le remet au bourgmestre mécène qui flaire beaucoup d’argent à demander au roi de France en échange du brûlot. Chose pourtant interdite au bourgmestre d’une ville libre.

            Jean, maître et bourgeois épouse Elsbeth, la riche veuve du tanneur Schmid. La fête ne lui fait pas oublier son aîné, Ambrosius, mort assassiné par un Suisse du pape.

Voici Jean, riche, célèbre et père d’un fils.

            L’auteur termine par Fin du premier Livre. On attend le suivant de cette fantaisie pérégrinante tirée des événements de la vie de Hans Holbein le Jeune. On suivra probablement l’artiste peintre en Angleterre où il retrouvera Erasme et le peindra.

 

Marc Lévy   Un sentiment plus fort que la peur   éd. Robert laffont

            Quel est ce sentiment? Le courage.

Ici, le courage assumé n’apparaîtra en pleine lumière qu’à la fin d’un périple suscité par la démarche de la jeune Suzie Baker, déterminée à faire aboutir sa longue recherche d’une vérité dissimulée depuis les années 60.

Elle va tomber sur le journaliste Andrew Stilman, envoyé spécial du New York Times, que le lecteur connaît depuis le roman Si c’était à refaire où son mariage avec Valérie s’était trouvé pulvérisé, au moment de se contracter! Valérie revient dans ce roman-ci.

 

            Marc Lévy crée un thriller politique, sous-tendu par des rivalités aussi sourdes que dangereuses minant les divers services secrets américains.

Quant à l’amour, habituellement si présent chez l’auteur, il y figure de manière différenciée et même inattendue quoique logique. Importance  des voyages périlleux qui mèneront le lecteur de l’Himalaya aux USA sans négliger l’extrême nord de l’Europe.

            En effet, l’auteur ne se contente pas d’élucider un problème majeur datant de 1966 mais il se place à la pointe de la modernité en évoquant le réchauffement climatique naturel…ou provoqué en vue de l’utilisation maximale des ressources énergétiques de l’Alaska.

Marc Lévy se montre plus nuancé que d’habitude dans l’analyse de ses personnages. En outre, il s’arme d’une ironie aussi légère que carrée: à l’américaine.

 

            Le prologue narre le krash d’un Boeing de la compagnie Air India, sur le Mont Blanc, le 24 janvier 1966.

 

24 janvier 2013: Shamir et Suzie Baker se connaissent depuis un an. Shamir, l’alpiniste de haut vol et la riche petite-fille d’un sénateur. Le maître et l’élève tombent dans une crevasse du Mont Blanc. Par cet accident, Suzie a retrouvé ce qu’elle cherchait depuis si longtemps: la carcasse de l’avion krashé en 1966 et contenant une mallette diplomatique importante.

            Suzie Baker et Shamir: le second n’aura eu que le temps de demander sa main à la première avant de trancher la corde qui les reliait et, par ce geste, d’assurer la survie de Suzie au détriment de la sienne propre.

 

            A la New York Library, le journaliste Stilman, autre revenant de la mort, rencontre Suzie Baker qui lui plaît.

Le hasard d’une tentative de vol chez Suzie crée un rapprochement et bientôt une alliance entre les deux protagonistes. Le journaliste va aider Suzie dans la recherche forcenée à laquelle elle se livre. Il charge sa patronne d’investiguer à propos de papiers impliquant Liliane Walker, grand-mère de Suzie, accusée d’avoir trahi politiquement son époux, le sénateur Walker, grand-père de Suzie.

 

Un contemporain des grands-parents, Arnold Knopf, pose question. Est-il l’ange tutélaire de Suzie ou un traître de 77 ans? Un certain Stanley est son ami de cœur, ainsi qu’on le découvrira ultérieurement.

            Andrew Stilman s’engage dans l’enquête de Suzie tout en cherchant le plus de renseignements possible sur elle et en n’oubliant pas de boire sec, en dépit de son serment d’abstinence.

Suzie se livre au même travail concernant Andrew..

Ainsi, tous deux se connaîtront à fond et même davantage, chacun demeurant avec un regret concernant un passé très récent.

 

            Durant tout le roman, Suzie s’acharnera à démontrer l’innocence de sa grand-mère assassinée en 1966 au prétexte  qu’elle s’apprêtait à vendre des secrets d’Etat à l’URSS. Le sénateur Walker en perdit sa fortune et son honneur alors que son parti le destinait à un poste de vice-président aux côtés de Johnson.

 

Désormais, les deux jeunes gens ont partie liée et d’autant plus que l’appartement de Stilman a été visité sans ménagement. Les voici, se méfiant de toute oreille indiscrète comme ils se méfient de ceux qui les filent et dont ils ignorent pour qui ils travaillent.

L’auteur promène son lecteur entre les différents services d’espionnage des USA , très jaloux les uns des autres.

 

            Suzy cherche à prouver l’innocence de sa grand-mère qui militait contre les inégalités sociales. La mère de Suzy, décédée, lui avait révélé que la preuve de l’innocence gisait dans l’avion tombé en 1966.

            Un ancien journaliste, Ben Morton, fournit quelques renseignements de plus car lui non plus n’a jamais cru à la culpabilité de Liliane Walker. Quant au dénommé Ashton, il reste à découvrir  Y a-t-il eu complot destiné à faire tomber le sénateur Walker? Il importe de résoudre un rébus caché dans l’antre de l’ancien bâtiment des PTT de NYC…qui s’avère explorable. D’autres que nos deux héros tentent d’opérer les mêmes recherches pour un décodage qui devra être dénoué par le biais d’un opéra de Rimsky-Korsakov, Snegourotchka (la Demoiselle des Neiges).

           

            Percer ce mystère-là, demande de faire un détour par les Adidonracks et d’y découvrir un cabanon où la grand-mère Liliane se réfugiait dans un coin solitaire mais où Stilman manque de perdre la vie à cause de l’un des poursuivants…heureusement mis hors d’état de nuire grâce au revolver de Suzie.

Autre lettre trouvée: celle de Mathilde, défunte mère de Suzie. Ceci permet la poursuite du jeu de piste.

 

            On apprend que la messagerie d’Andrew a été piratée. Knopf est mis au courant pour l’île au large.

 

La Demoiselle des Neiges, symbole de la banquise arctique. Le gouvernement des USA fut soupçonné par le mari démocrate de Liliane et par l’amant de celle-ci, un républicain progressiste, de pousser artificiellement à la fonte de la banquise pour puiser du pétrole en Arctique. Raison de l’assassinat de Liliane? 

Des ennemis non identifiés rôdent…

 

Ils menacent même jusqu’en Norvège d’où les deux globe-trotters  affrètent un hydravion pour se rendre à la forteresse de Bergenhus.

Ashton, vieil officier des renseignements, au courant de l’amitié particulière qui avait uni le grand-père de Suzie et Arnold Knopf, tue ce dernier d’un coup de couteau. C’est un Knopf moribond qui révèle tout à Suzie et Andrew.

            Le roman se ferme sur un tas de révélations dont l’ultime n’est pas la moindre.

Certains morts ont la vie dure!

 

Armel Job   Le bon coupable   éd. Robert Laffont

            Nous, les lecteurs, serons toujours mis au courant de la vérité par un Armel Job à la pointe de sa veine machiavélique. Il met son style aussi précis que dru, au service d’une absence d’énigme policière se transformant graduellement en clarté de plus en plus obscure.

Originaire de la région de Bastogne, il connaît à fond les relents d’enfermé, de commérages et autres silences s’abattant sur un trou de province, cumulant les avantages de vivoter entre Liège et la proche frontière attenante.

 

            Bien que nous soyons le dimanche 17 juillet 1960, Hector Labasse travaille dans son garage carosserie. Il est vrai qu’il a épousé une pianiste cantatrice, Alma! Mieux vaut ne pas mélanger les torchons et les serviettes. Cela contribue à diminuer le nombre de disputes entre époux mal assortis depuis que le carrossier est rentré d’Allemagne où prisonnier, il fut contraint de travailler pour IG Farben. Franz, le fils, est né avant guerre; Clara, prunelle des yeux de son père, est née après la guerre. Franz, Clara: une mère se prétendant tellement musicienne, se devait de le proclamer urbi et orbi, du moins par les prénoms de ses enfants.

 

Carlo, marchand de bestiaux et accessoirement propriétaire d’un cheval de course, habite un peu plus loin. Déçu de ne pas avoir pu faire triompher son animal aux courses de Sterrebeek, il se console en s’enivrant copieusement en compagnie de telle ou telle maîtresse.

 

            Et voici le procureur Lagerman, très imbu de sa fonction dans la magistrature et enchanté de sa voiture bolide, une Jaguar.

C’est son auto qui lui permet d’avaler à toute vitesse les kilomètres qui séparent le domicile de sa maîtresse du sien. Il est toujours à l’heure pour le repas du dimanche midi. Aussi dépasse-t-il la voiture qui tracte le van où le cheval de Carlo se tient coi tandis que son maître, toujours éméché, remarque le bolide qui le dépasse mais ne se rend pas compte que c’est cette Jaguar qui tue la petite Clara.

Les dés sont jetés d’autant plus que Carlo, dans l’état où il est, a  un accident véniel.

Le procureur va faire réparer sa Jaguar chez le carrossier, père inconsolable de la mort de Clara. Quant à Lagerman, il prétend qu’un sanglier a percuté sa voiture.

 

            Il est temps de faire la connaissance du brave juge d’instruction Ramelot. Entre gens de justice, on se fréquente en toute sympathie.

 

            Armel Job inscrit avec subtilité l’atmosphère baignant l’année 1960, encore si proche de la guerre. Evocation des grèves, du procès Eichmann et de celui de Caryl Chessman.

Le récit du mariage de Carlo avec Valentine, jeune serveuse du café où il se soûlait, est frappé du sceau des séquelles de 40-45.

Valentine, qui s’appelait autrement quand ses parents n’avaient pas encore été emmenés par les nazis, fut reconnaissante à Carlo de l’avoir tirée des griffes du malheur qui l’aura menacée par deux fois. A présent, elle dicte sa conduite à Carlo, l’ivrogne accidenté et reconnaissant le crime dont on l’accuse.

 

Ramelot, le juge d’instruction au courant de la vérité, s’incline devant le mensonge du procureur du Roi.

 

Dans tout roman policier, le vrai coupable finit par être confondu. L’originalité et la lucidité d’Armel Job, sociologue des couches profondes de l’esprit humain comme de celles de la société, a choisi implacablement Le bon coupable.

 

Claire Bondy            

 

 

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