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Claire Bondy

En évidence cette quinzaine : 04/06/2013

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Bienvenue chez Claire Bondy: Au remède des mots
Paul Valéry: Chaque pensée est une exception à une règle générale qui est de ne pas penser.
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En évidence cette quinzaine : 04/06/2013

Yishaï Sarid     Le poète de Gaza                         Traduction de l’hébreu: Laurence Sendrowicz
 
LIMASSOL, titre du roman en hébreu et publié en Israël en 2009, fut aussitôt un best-seller.
Dans son pays, il exerce la charge de procureur. Dans un premier temps, il s’occupait de droit public mais désormais, il s’implique dans le droit privé.
Yishaï Sarid crée un personnage dont on ne connaîtra jamais le nom, contrairement aux autres protagonistes du roman. Nommons-le Monsieur –X-.
Il se charge d’interroger des suspects palestiniens appréhendés et se demande comment il en est arrivé à faire usage de sa force lors des interrogatoires.
 
            La romancière lui fait des remarques bien ciblées…qu’il lui paie.
On découvre en même temps un portrait tout en contraste de la romancière et de son ex-compagnon, Avital Yagnès: un cinéaste qui connut lui aussi une brève renommée dès lors qu’il adaptait pour le cinéma les romans de Dafna.
            Quant au poète de Gaza, Hani, très malade du cancer, c’est un Arabe paisible. Mais son fils! Quel fils?
            -X- se dépense sans compter tout en remuant un tas de pensées interrogatives sur la validité de son boulot. L’inoffensif Hani l’attendrit.
            -X- est marié avec Siggie et a un fils de quatre ou cinq ans. A cause de son difficile métier, il voit trop peu sa famille. Aussi Siggie, lasse de cette vie d’entre-deux, accepte l’offre qu’on lui fait d’aller travailler à Boston…où –X- refuse de la suivre malgré la douleur qu’il éprouve de devoir se séparer de son fils et de son épouse.
            Son supérieur, Haïm, constatant l’épuisement de son agent, en danger de perdre son sang-froid durant les interrogatoires de suspects arabes, l’engage à accompagner sa femme ou du moins lui conseille un repos bien mérité…après la mort accidentelle d’un suspect.
 
Yotam a appris à se comporter comme son père, l’ex-cinéaste, qui lui demandait d’aller lui chercher sa dose de drogue!
 
Il n’en oublie pas les références culturelles, bibliques, cinématographiques, historiques, militaires, aériennes et quotidiennes.
 
La vie d’un Israélien parmi les siens, en dépit d’un métier qui le laisse dubitatif… 
 
     éd. Albin-Michel
            C’est la première fois qu’il se lance dans le roman, ses deux premiers livres parus ayant concerné son expérience médicale stricto sensu, que ce soit en France ou au Viet Nam.
 
Ne serait-ce pas à Milan Kundera de requérir un accord éventuel du chirurgien et ami avant de commettre un futur chef d’œuvre!
 
Sept parties pour ce roman économe et efficace. La première, accidentellement tragique, rejoint la dernière…où tout est consommé entre réalité, rêve et cauchemar.
 
            Rania, chirurgienne du poumon; Tom, trader aux voitures clinquantes et aux dents longues; Simon, chercheur en cancérologie, avaient fait un serment: ne jamais se séparer. Cette promesse sacrée les liait depuis l’enfance. Et quelle enfance, quelle adolescence! Ils demeurent unis même pendant les vacances et ce après avoir dûment travaillé leurs parents respectifs.
            Dès lors, chacun des garçons déploiera son imagination et ses actes pour dépasser l’autre vis-à-vis de Rania: jeu comportant parfois du danger pour cause d’oubli des valeurs par exagération de jeune coq.
Simon s’essaie à la guitare puis, il choisit le saxo. Un instrument qui révélera d’autant plus sa fragilité qu’il en joue sous un pont. Une pleurésie gravissime se déclare à l’âge de dix-huit ans. Durant les quelques instants où on le croit mort, Rania, bouleversée de douleur, se fait le serment de mourir à sa place! La faiblesse des poumons accompagnera Simon jusqu’au moment fatal…auquel Rania et Ted tenteront de remédier trop tard.
 
La vie que les trois inséparables menèrent parfois séparément, défile; en ce compris leurs amours qui se délitent plus ou moins rapidement.
            C’est Tom, le frimeur aux voitures bolides, qui épouse Rania. Simon reste sur le carreau malgré les serments.
 
La seule vie qu’on ait contient des strates différentes et qui se superposent.
 
            Le premier roman d’un chirurgien: œuvre pudique, touchante, poétique et sympathiquement elliptique.
 
     éd. l’Archipel
            L’auteur est avocate en affaires internationales et spécialisée dans celles qui concernent fraudes et évasions fiscales.
Place à la dynastie bien connue de galeristes internationaux, les Wildenstein.
Quel artiste peintre n’a rien à voir avec les nombreux chevaux de course, passion commune à Sarah et Daniel Wildenstein
 
Autre motif de suspicion: dans quelle mesure la galerie Wildenstein aurait-elle aidé les nazis à s’approprier les œuvres d’art ayant appartenu à des Juifs?
 
Halberstock, le rabatteur d’œuvres d’art pour Goering serait venu voir son père, Georges, à Aix en Provence afin de lui demander de –dénoncer les collections juives-. Chose qu’il a refusé de faire. Mais, les nazis, fouillant la galerie de Paris, gérée par un certain Roger Dequoy, y dénichèrent force archives concernant les –clients-.
 
            Cl. Dumont-Beghi relate, avec une précision notariale et sur le ton vif d’un thriller la bataille de la succession de Daniel, décédé en 2001.
Elle vécut en Israël où elle fut sergent au sein de Tsahal. Aux Etats-Unis, elle fut mannequin puis comédienne. Bientôt installée à Paris, elle émerveille tout le monde par son entregent et son bagout plein d’humour.
 
Dès lors, c’est la vie joyeuse de la jet-set et dans les plus belles demeures des quartiers les plus élégants de Paris. Par exemple avenue Montaigne. Ou alors dans le château de Marienthal à Verrières-le-Buisson.
 
Que de logis de rêve en France, USA, Afrique et même les Iles Vierges! Celles-ci se révéleront de pratiques terres d’évasion pour les innombrables sociétés et trustes propriétaires des collections.
 
            C’est le récit de cette bataille contre une obscurité juridique bien entretenue, que le lecteur vit in extenso.
 
            Le long combat de Cl. Dumont-Beghi se continuera après le décès de Sylvia, survenu en novembre 2010. Elle se fit enterrer auprès de son mari dans le carré juif du cimetière Montparnasse.
 
Les deux fils déclarent que Sylvia ne bénéficie d’aucune succession; ils veulent même mettre la main sur les quatre pur-sang dont elle est propriétaire. Profitant de son chagrin, ils lui présentent un document à signer par lequel elle reconnaît être à la charge de ceux-ci.
            L’avocate se sent isolée dans un monde de silence.
Les démarches de l’avocate aboutissent à un montant chiffrant la succession: 42 millions d’euros sans pièce justificative.
D’où ces plaintes en justice tant aux USA qu’en France contre l’affirmation des fils selon laquelle leur père est mort ruiné.
            2004: action en justice contre les deux mystificateurs, Alec et Guy W.
            Avril 2005: le fait est reconnu. Les frères W. ne peuvent arguer d’une renonciation et doivent verser 15.500.000 Euros de provision à Sylvia Roth. Leur pourvoi en cassation étant refusé, ils se mettent à vendre des biens immeubles et des objets d’art par le biais de Christie’s.
Les meubles seraient propriété de la société Wildenstein C° Inc. de New York. Ils n’ont donc jamais appartenu à Daniel W.!
Admirons au passage le travail peaufiné tout au long de l’arbre généalogique de la famille des fameux marchands d’art.
 
            Juin 2006: reconnaissance de la qualité d’épouse en communauté de Sylvia. Elle est héritière en dépit de l’absence de testament de feu son mari.
Tandis que Sylvia entame en 2006 sa marche inéluctable vers la mort en 2010, le lecteur demeure ahuri devant l’éclairage brutal apporté sur le business de l’art, tant public que privé.
C’est de cette manière que leur père n’était propriétaire de rien!
            Février 2008: décès d’Alec W.
L’auteur, réalisant l’ampleur des trustes, nous parle, entre autres multiples exemples, des manipulations exercées avec –Le Joueur de Luth- du Caravage.
Quant à la propriété des Iles Vierges et celle du Kenya (superficie de Manhattan), fantaisies de Sylvia W. , des sociétés en sont les propriétaires.
            Et pourtant, la justice semble se placer en toute impartialité du côté des frères W.
            Remarquons qu’en cette année 2013, quelques vagues frémissements correcteurs et légalistes (Suisse, Lichtenstein, Seychelles) s’insinuent lentement. Mais il reste les Caïman, les Bahamas, Guernesey
            Nouvelle procédure engagée.
            2008: décès d’Alec W.
L’avocate s’adresse à Eric Woerth, ministre du Budget d’alors. La seconde épouse d’Alec W. et veuve à son tour refuse d’être placée entre le marteau et l’enclume.
L’avocate et sa cliente sont entendues une première fois le 29 septembre 2010, ce qui ne signifie pas que l’affaire soit finie.
 
Une troisième plainte, déposée pour trafic d’influence, demeure lettre morte. Courrier à Valérie Pécresse, nouveau ministre du Budget.
François Baroin, devenu ministre de l’Economie, dépose plainte pour fraude contre Guy W.
de Sylvia W. est devenue celle de l’intérêt général.
 
            Sa cliente, Sarah Wildenstein, si bien défendue par son avocate conseil, décède à la fin de 2010, alors que l’aventure n’est toujours pas finie et que la victime des fils Wildenstein n’est pas demeurée en reste du point de vue des trustes.
 
            Si le récit s’achève en mars 2012, la procédure continue.
   
Olivier Ikor     Mémoires de mon père            Se souvenir de quelqu’un de très proche et qui a disparu, éveille un sentiment de tristesse. Celle-ci, dans le chef du lecteur, contient néanmoins un sourire reconnaissant vis-à-vis de celui qui l’a généré.
 
Le regard de ce dernier s’avère à la fois familier et distant vis-à-vis de son père Roger Ikor, prix Goncourt 1955 pour –les Eaux Mêlées-. En effet, R. Ikor disparut dans un désert littéraire comme la plupart des récipiendaires de ce prix littéraire (à l’exception de Marcel Proust, Prix 1919). O. Ikor fait revivre ce père, fier d’être un Français laïque, romancier, professeur et père de famille.
            Ajoutons à cela que le créateur O. Ikor écrit une œuvre dont les retombées ne se cantonnent pas à la mise en lumière de son père non plus qu’à la période historique qui a accompagné les ascendants de celui-ci.
Belle phrase de R. Ikor, mise en exergue du volume. L’essentiel est que l’homme se tienne droit et regarde droit: droit devant lui, droit en lui.
            Heureusement pour ses lecteurs, O. Ikor est écrivain et journaliste. Quel rapport avec mai 1968? En tout cas, aucune comparaison possible avec les affrontements des années 1930 entre fascistes et rares étudiants de gauche.
 
            Le livre, qui tient en 228 pages, se divise en neuf parties, chacune d’elles portant en exergue un extrait repris à l’abondante bibliographie de R. Ikor, énumérée en toute fin de volume.
Le présent livre, édité en 2013, fut écrit en 2012 pour marquer le centenaire de la naissance de R. Ikor. C’est que O. Ikor est riche de sa propre bibliographie. L’augmenter du récit de certains moments de la vie de son père, contribue à fouetter la vigilance qui nous incombe. Entre autres, face aux périls extrémistes, d’autant plus dangereux, qu’ils ont appris à se faufiler plus insidieusement que dans les années 1930.
 
A l’occasion de ce moment centenaire 1912- 2012, O. Ikor relit toute l’œuvre de son père, l’ayant lue déjà au fur et à mesure des parutions. Il semble qu’un fils….redécouvre son père à travers l’écrivain.
La relecture d’O. Ikor, approchée avec la prudence de Swann pour Odette de Crécy, se mue, comme pour Swann, en attachement indéfectible puisqu’il considère l’ensemble comme un très grand roman relatant l’arrivée en France d’une famille juive ayant fui les pogroms tsaristes.
            Faut-il ajouter qu’Olivier Ikor réalise une synthèse remarquable des aléas vécus en France par ces générations qui subirent deux guerres mondiales? Pour sa part, Roger Ikor passera la guerre 40-45 dans un camp de soldats prisonniers: il n’apprendra la totalité de l’horreur nazie qu’après 1945.
 
            Au moment où O. Ikor raconte l’entrevue de son père avec Ben Gourion en 1964, il voit un Juif lithuanien (Ikor) face à un Juif polonais (Ben Gourion!) et souligne que son père n’avait aucune connaissance de ce que fut la Lithuanie juive. Pour lui, les Juifs de l’Est étaient sous la coupe d’une arriération hassidique!
            Le lauréat du Goncourt 1955, qui se veut un Français comme les autres, accomplit de longues tournées de conférences de par le monde. Ce père aura été durant quatre ans sous les feux des projecteurs réductionnistes dès lors que, se voulant citoyen français et laïque, on essaie de le confiner dans ce qu’il considère comme une partie congrue.
            Quoique…en 1968, paraît un Essai intitulé –Peut-on être juif aujourd’hui-. Et voilà que le fils, Olivier Ikor, marque son désaccord avec l’opinion de son père qu’il considère comme de l’aveuglement en manque d’outils pour dépasser la vision historique de la période de Gaulle.
L’optimisme de R. Ikor correspond à l’enthousiasme généralisé à l’égard d’un Israël vainqueur.
Raphaël Draï     Topiques sinaïtiques            Qui ne connaît le puits de sciences bibliques qu’est Raphaël Draï? Son savoir s’étend à la psychanalyse et à la politique, entre autres. De nombreux livres jalonnent son parcours.
1. L’alliance du Sinaï
3. Violence humaine et transcendance de l’amour
5. Les Juifs et leurs prochains.
Le Livre fondateur!
Quant aux –topiques- (terme issu du grec ancien –topos-, le lieu), il désigne le lieu où advint la révélation divine commandant à l’humanité de se comporter…humainement dans le respect de la Loi et des lois qui en découleront.
L’histoire nous aura donné bien des exemples mortifères de la cruauté humaine drapée de religiosité ou de tel autre prétexte pour dominer, asservir, voler, tuer.
Reprenons les Livres un à un pour tenter d’en extraire la substantifique moelle.
1.     L’auteur y voit la preuve qu’à notre époque, celle des libertés individuelles et publiques, tout pouvoir théocratique est exclu.
Principes d’économie politique biblique.
Ce n’est qu’ainsi qu’il parviendra à sortir d’Egypte et de ses champs de corvée.
3.     Les récits bibliques regorgent d’histoires violentes, de meurtres, viols et guerres.
Selon R. Draï, il s’agit là d’interventions prophétiques où l’Infini partage les épreuves d’un peuple devenu sourd alors qu’il lui revient de trouver en lui-même les ressources pour se sortir de toute désespérance.
4.     On se trompe quand on croit que la Loi impose rigueur et légalisme sans compassion.
Et l’auteur d’examiner le droit sinaïtique là où il prémunit… contre la violence judiciaire qui aurait oublié ses buts sociaux. Droit civil et droit pénal sont deux choses différentes.
Sans conteste, le principe imprescriptible du choix de la vie a été bafoué.
5.     La démarche insiste sur le maintien ensemble du -je- et du –tu-, du –prochain- et aussi du –lointain-, du –citoyen- et de l’-étranger-.
En fait, une sorte d’hommage à la pensée humaine confrontée à ce qui la dépasse.
 

Claire Bondy 
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