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Claire Bondy

En évidence cette quinzaine : 19/06/2013

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Bienvenue chez Claire Bondy: Au remède des mots
Paul Valéry: Chaque pensée est une exception à une règle générale qui est de ne pas penser.
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En évidence cette quinzaine : 19/06/2013
 
   éd. Actes Sud
Cette fresque en trois parties aura fait vivre Sabine et Fleur, mère et fille, dans –La mère horizontale-; elle remonte même jusqu’à Emma, mère de Sabine, dans –Et qu’on m’emporte-, deuxième volet de la trilogie.
            Suzan, embusquée au cimetière, ramène à la surface ses propres souvenirs fécondés par ceux de son père.
            Dès le deuxième chapitre, la voix de Fleur, s’exprimant à la première personne du singulier, retourne en arrière pour narrer la vie de sa fameuse aïeule..
            Adèle aura passé sa prime enfance en Pologne encore russe et sujette aux pogromes. Exil et arrivée en France lors de l’Armistice de 1918. Sa vie de femme puis de jeune mère se déroule entre deux guerres mondiales.
 
            Fleur voudrait se libérer d’un héritage mortifère, d’où son invention d’une vie d’Adèle qu’elle rêve de transmettre à ses fils.
 
            En ce début de 21e siècle, c’est toute la vie et la violence d’un 20e siècle dévastateur qui défile.
 
Il s’agit plutôt de la –transmission- intergénérationnelle, transmission du désir de vivre, du désir d’Amérique.
Les voix de Fleur et Suzan rebondissent sur les différents continents à partir des noms évoqués: Adèle (surtout dans ce roman-ci) ainsi que la mère de Suzan.
 
Il y en a qui n’ont peur de rien!
 
   éd. du Seuil
Son érudition, ironisante à l’encontre d’un faux nez républicain arboré par Marine Le Pen, fait mouche à chaque page.
Le 18 février 2012 la candidate du Front National s’en prend à la viande halal et, par conséquent, à la viande casher. On n’en est pas à un amalgame près.
Du côté des institutions juives, l’alarme est sonnée: une République laïque n’a pas à se mêler de ce qui ressortit de l’individu.
 
            Pierre Birnbaum fait observer que ces dernières années, souvent à l’initiative du Front National, voire du Bloc identitaire en 2006 à Paris, se célèbrent des agapes à base de cochonaille et au nom de la francité.
A coup de manifestations de prières musulmanes à la Goutte d’Or et de contre manifestations identitaires revendiquant la résistance et de Gaulle en ce 18 juin 2010, on en est à glorifier le cochon, symbole de l’appartenance à la République face à la globalisation halal ou casher!
 
            Avec une précision chirurgicale mâtinée d’humour, P. Birnbaum rappelle les habitudes alimentaires d’une France qui fut paysanne dans sa grande majorité.
           
            P. Birnbaum nous rappelle (si on l’a lu, l’a-t-on retenu?) le repas de mariage dans –Madame Bovary-!
L’auteur nous fait engouffrer le menu de tel repas patriotique de la 3e République offert à Gambetta en 1881.
1904: le président Loubet, reçu à la grande fête de la Mutualité, se régale de mousse de jambon, saucisson d’Arles, rillettes de Tours, saucisson de Strasbourg,…..salades, fromages, desserts.
 
1948: le président Vincent Auriol reçoit son content de jambon du Morvan à la nuitonne.
En 1953, Edgar Faure, champion des ministères et des mots d’esprit conscients et parfois inconscients, prononça: chez moi, quand on tue le cochon, tout le monde rit! Sauf le cochon.
Sous la 5e République, il n’y a pas que Jacques Chirac qui apprécie le cochon en quantités et en qualités.
On ne peut oublier que ses oreilles, à lui, étaient diablement grandes!
            Cet assaut de recettes vigoureuses, ornementant les carrières politiques, est éminemment drôle sous la plume de Pierre Birnbaum…qui n’en oublie jamais le fondement de son livre: la discrimination à l’encontre de l’autre, ostracisé sous prétexte de viande halal ou casher.
           
Aussi P. Birnbaum se charge-t-il d’éclairer les esprits en consacrant le premier chapitre de son livre au siècle des Lumières.
            Le penseur séfarade Isaac de Pinto, né à Amsterdam, homme des Lumières lui-même, entame un échange de lettres avec Voltaire à propos de la religion juive en général alors que Voltaire s’en prenait aux lois alimentaires puisque religieuses.
Voltaire, chantre pédagogue du boudin: étonnant!
 
            Quant à Moses Mendelssohn, le penseur de la Haskalah, il est en relation avec un brillant fonctionnaire de l’administration prussienne, Christian Wilhelm von Dohm pour la confection d’un volume intitulé –De la réforme politique des Juifs. Ce projet du Prussien a pris naissance à la demande d’un Juif français, Cerf Berr (sic) qui, en l’occurrence, porte un patronyme d’autant plus judicieux qu’il veille jalousement à la sauvegarde des Juifs alsaciens injustement attaqués.
Rien de commun entre la Prusse et la France révolutionnaire. Dohm, cultivant une série de préjugés à l’encontre des Juifs, estime de son devoir de les –hisser- au rang de citoyens munis des droits politiques y afférant. Selon lui, optimiste impénitent, celui à qui auront été octroyés ce statut et ces droits, sera si heureux de jouir de ceux-ci qu’il aimera et servira l’Etat qui les lui aura octroyés.
Autrement dit, les Juifs sont jugés aptes à servir le colonialisme allemand. Un siècle et demi plus tard, on obtient –Arbeit macht frei-
 
La preuve: l’universaliste qu’il est, d’une sociabilité exceptionnelle vis-à-vis des penseurs non juifs, tel Kant, choisit la séparation des tables pour cause d’observance de la casherout. Pas question de fraternité avec l’Autre: il s’agit de le respecter comme semblable et cohabitant du pays.
 
Certes, si l’Europe est dans une période pré-révolutionnaire, aux Etats Unis, la révolution a eu lieu en 1776, résultat des Lumières à l’anglaise où la coexistence des croyances ne pose pas de problème.
 
Par exemple, l’abbé Grégoire.
Régénération sera quand les Juifs auront renoncé à leur Talmud malsain et à leurs préjugés! L’abbé Grégoire espère voir disparaître tout cela au nom de la –raison-!
            L’auteur démontre à quel point le climat révolutionnaire embrase l’atmosphère régnant entre les Juifs eux-mêmes.
Septembre 1791: les Juifs de France sont tous citoyens, ce qui développera au fil des années un vif sentiment d’hostilité à leur encontre.
 
            Pierre Birnbaum relate accords et désaccords survenant entre les tenants de telle ou telle religion et ce, depuis la révolution de 1789 jusqu’à celle de 1848.
 
La loi de laïcisation obtient les votes des députés Alfred Dreyfus, Alfred Naquet etc… Seul Juif élu à s’abstenir: David Raynal.
 
Salomon Reinach, élève brillant de la République, spécialiste des religions, a conçu son œuvre gigantesque en fonction de la raison.
            Les trois frères Reinach, surnommés –les 3 frères je sais tout-, ont du poids au sein de l’Alliance israélite universelle. Désireux de rejeter les survivances inutiles, issues d’un passé lointain, ils rejoignent la nouvelle Union libérale israélite en butte aux critiques des Juifs orthodoxes soutenus par le Consistoire Central.
 
            Il est amusant d’apprendre que Léon Blum, jeune étudiant de Normale Sup. en 1891, apporte avec lui de la nourriture casher. Cela ne l’empêchera pas de manger du jambon en avril 1929, à Narbonne, lors de sa campagne législative.
 
            Ne nous trouvons-nous pas dans le cadre proustien où le riche Charles Swann avait l’habitude de se tenir?
 
            Et voilà que la petite démocratie suisse s’en prend à l’abattage rituel, pointé comme meurtre. Cela va de pair avec les pires calomnies concernant le sacrifice des petits enfants chrétiens dont les Juifs recueilleraient le sang. D’où le lien erroné et réel avec l’abattage rituel, interdit en Suisse depuis 1867 sous l’impulsion de la société protectrice des animaux. Il y eut bien un appel à une votation à l’encontre de cette décision prise au nom de la confraternité citoyenne.
 
L’affaire Dreyfus éclate sur un fond de campagnes anti abattages rituéliques. Dans la presse juive, -l’Univers israélite- suggère ironiquement que l’Inquisition soit rétablie.
            L’internationalisme du monde des 19e et 20e siècles s’affirme dans ses bons côtés comme dans les mauvais. Cela donne à réfléchir sur la globalisation déferlante de notre 21e siècle!
 
           
            La république de Weimar connaît un regain de discussions concernant l’abattage rituel même si moins de 20°/° de Juifs respectent maintenant les lois alimentaires.
En Italie, même interdiction en 1938: Mussolini vient de s’allier à Hitler. La même année, la Suède et la Hongrie interdisent la shehita. La contagion se répand, excepté dans les démocraties anglo-saxonnes, la Finlande et la Belgique.
 
Il y a du risque sous couvert de contraintes hygiénistes, de refus d’une souffrance des animaux.
 
            Une remarque lucide et réaliste de P. Birnbaum sur le retour en fanfare du cochon: renaissance au quotidien de l’antisémitisme et du racisme qui vont de pair avec le déclin de l’Etat.
Irvin Yalom   L’art de la thérapie                       Traduction de l’américain: Anne Damour
Celui qui exerça durant tant d’années à Palo Alto en Californie, se voit avancer en âge et est en passe d’atteindre ce qu’on appelle communément le grand âge.
 
            Il est vrai que l’art de la thérapie exige sensibilité, intelligence, culture, souplesse de l’esprit, capacité d’écoute et un tas d’autres qualités que possède le Professeur docteur Yalom. C’est ainsi qu’il conçoit que ses patients se sentent de plain pied avec lui. Il a réalisé des merveilles à Palo Alto, havre créé par un psychologue autrichien, Paul Watzlawick, né en 1923 à Villach et décédé à Palo Alto en 2007.
 
Philosophe amateur de Spinoza, Schopenhauer, Nietzsche ou Freud, Irvin Yalom est à la tête d’une bibliographie aussi nombreuse qu’écrite avec une souplesse généreuse, qu’il s’agisse de romans (mais oui!), de récits et bien sûr, d’Essais.
Le cheminement se fait ensemble:le patient devient très patient et le médecin est accepté comme compagnon de route. Les angoisses devant les pièges diffus représentés par les conflits avec soi-même ou avec des intimes, se partagent, s’atténuent et même disparaissent.
 
            Le style se balançant au rythme d’un poète (Rainer Maria Rilke) ou d’un philosophe, pénètre le lecteur, qu’il soit bien ou mal dans sa peau.
 
L’auteur recommande de larguer les thérapies aussi courtes que lourdes d’espèces sonnantes et trébuchantes.
Cauchemars, silences requièrent un partage amical et porteur de tranquillité. Point de nettoyage minute!
 
Une infime réserve. L’auteur parle surtout de lui, de ses apports, de ses résultats, de son efficacité, de sa valeur. Les cas précis évoqués semblent alors destinés à mettre son ego en pleine lumière.
Après tout, le temps s’écoulant inexorablement, n’exige-t-il pas de l’auteur qu’il se transmette? 
 
   éd Gallimard
Dov Schatz, personnage de fiction, est un auteur israélien qui mériterait bien le Prix Nobel de littérature!
Dov Schatz broie un tas d’idées noires! Revenu de tout et amer, il ne se reconnaît pas plus dans le sionisme que dans les adeptes d’une stricte orthodoxie religieuse.
            C’est que notre écrivain a dépassé le cap de l’amertume désabusée: le voici, se plaisant à afficher son cynisme.
            Au fur et à mesure que le roman se développe, on se rend compte que cet homme, d’origine hongroise, s’est fabriqué une biographie: solution qu’il a imaginée car un jour il a fui le quartier ultra orthodoxe où il est né.
            On apprend à voir les ennemis de Dov Schatz de plus près: magnifiques portraits des uns et des autres!
            S’agirait-il du double inversé de Dov Schatz? L’auteur du roman s’interroge lui-même à ce propos.
L’ennemi de Dov Schatz qu’il est devenu lit néanmoins les livres de l’écrivain…et les apprécie beaucoup. Lecture blasphématoire?
 
Amour qui est celui de Shmuel T. Meyer, tout particulièrement passionné par Jérusalem, seule capitale où les herbes craquellent l’asphalte et brisent les pierres.
 
A propos de diversité israélienne, et la musique adoucissant les mœurs, il y a de quoi se réjouir du choix du jury du Prix Reine Elizabeth 2013, consacré au piano.
Agé de 28 ans et déjà engagé dans la vie professionnelle, il a débuté l’apprentissage du piano avec sa mère, elle-même professeur de piano.
Il poursuit sa carrière avec les plus grands orchestres internationaux en même temps qu’il devient lauréat des nombreux concours internationaux auxquels il participe.
 
Quant à son apothéose de la finale, il n’est que de repenser à la sonate 27 en mi mineur, opus 90 de Beethoven, pour se retrouver plongé dans le climat de bonheur irradiant la salle à l’audition de cette merveille. Le concerto N°3 en ré mineur, opus 30 de Rachmaninov, compositeur spectaculairement cinématographique, maintint le public dans l’admiration enthousiaste.
 
            Le marathon qu’il a entrepris à la fin du mois de mai 2013 et qui se terminera en octobre 2013 couvre l’ensemble des sonates de Beethoven jouées selon un calendrier aisé, c’est-à-dire avec des interruptions de plusieurs jours après un concert.
On a connu l’artiste sous de meilleurs jours! Beethoven ne se contente pas de la seule prouesse d’une mécanique bien huilée. Alors, il se venge…et le public se prend à regretter de n’avoir pu entendre Boris Giltburg à la place de J.B. Pommier.
 
Dommage pour ce jour-là! 
 
  
 

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