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Claire Bondy

En évidence cette quinzaine : 19/07/2013

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Bienvenue chez Claire Bondy: Au remède des mots
Paul Valéry: Chaque pensée est une exception à une règle générale qui est de ne pas penser.
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En évidence cette quinzaine : 19/07/2013
 

Paul Watzlawick   Faites vous-même votre malheur   éd. Seuil
                                                                                       
Coll. Points Seuil

                              Traduction de l’américain: Jean-Pierre Carasso

 

            Si le Seuil a choisi de rééditer la traduction en français des recommandations sardoniques de l’auteur publiées une première fois en 1984 après leur parution originale en 1983, c’est dire l’impact de cet humour noir.

 

            Paul Watzlawick est né en Autriche en 1921 et décédé en 2007 en Californie, à Palo Alto où il avait fondé une école de psychothérapie originale et dont un des psychiatres ultérieurs, Irvin Yalom, élargit la notoriété.

Lui-même, philosophe, psychothérapeute et psychanalyste, a écrit une série de livres scientifiques en rapport avec le métier qu’il pratiquait et qu’il commença d’exercer à Zurich. Ceci ne l’a pas empêché de pratiquer la dérision au sein d’ouvrages, tel «Comment réussir à échouer» et de quelques autres du même genre.

 

            Le manuel indispensable dont il est question ici, flirte avec l’absurde, marque de fabrique d’un vaste Empire devenu un petit pays: l’Autriche. L’auteur, qui y est né, sait de quoi il est question.

Il semble que les ci-devant Austro-Hongrois aient acquis la réputation d’être incapables d’affronter les problèmes les plus simples mais, en revanche, ils se montraient très capables d’accomplir l’impossible comme par défaut.

 

En route vers l’absurde en quatorze étapes, encadrées d’une introduction et d’un épilogue: 113 pages concentrées en un mode d’emploi rationnel de l’absurde.

Il n’aura échappé à personne que le programme proposé par le titre présente une difficulté de taille par rapport à celle, ô combien plus aisée, qui consisterait à s’en prendre au monde entier.

 

            Le temps, dit-on, guérit les blessures.

Précisément, il s’avère utile de faire du passé une source de malheur très fiable et cela grâce à quatre mécanismes bien connus. L’auteur les décortique en faisant remonter à la surface certaines habitudes polies par le temps. Par exemple:

            La glorification du passé, entre autres, le temps de l’adolescence, devenu avec le regard en arrière, la saison –révolte-.

On peut éventuellement songer à l’époque révolue où l’on avait un partenaire pour la vie avant la douloureuse séparation.

            Avantage notoire:plongé dans le passé, l’individu n’envisage pas les possibilités d’un présent non plus que celles d’un futur (rappel de ce qui arriva à la femme de Lot).

 

Autre possibilité: boire tant et plus, savoir qu’on se détruit mais persister puisque c’est quand même fichu.

            Les exemples, assortis de commentaires rappelant la triste figure d’un Buster Keaton, sont enveloppés d’un style mi-figue, mi-raisin qui pousse à prendre l’absurde très au sérieux.

 

Chercher sa clé là où on ne l’a pas perdue rend justice à l’adage Il suffit d’insister. Quand on ne cherche pas ailleurs, on est certain de s’enfoncer dans le malheur.

 

Hilarant et  juste, le coup du tableau acheté par un quidam s’interrogeant mille fois sur le fait de savoir si son voisin lui prêterait un marteau…et lui en voulant à mort du seul pressentiment qu’il pourrait s’y refuser.

 

            P. Watzlawick trouve des alliés de poids pour ses démonstrations: Ovide, Lao-Tseu, Emile Coué, Oscar Wilde, G. Orwell, Karl Popper, Hermann Hesse etc… Toutes ces personnalités encadrent malicieusement tel ou tel citoyen delta qui plonge dans les lieux communs, déguisés en adages appelés à s’illustrer.

 

            Et la promesse arrachée par une mourante à son futur veuf!? Celle de n’en jamais aimer une autre sous peine de la voir revenir en fantôme!

 

Le passé plombe-t-il le présent advenu? Consulter un maître zen ou son parangon, le psychanalyste.

 

            A force de s’activer à de multiples tâches, un tel peut se sentir en danger dès qu’il met le pied hors de chez lui. Il risque de buter sur une pierre, chuter dans l’escalier, se faire écraser par une voiture etc.

Puisque nous ne pouvons tout prévoir, sachons éviter les pièges du perfectionnement.

 

            L’auteur a de la suite dans les idées. Il pousse ces dernières jusqu’au bout de leur logique propre qui permettra d’augurer du piège dans lequel nul ne manquerait de tomber.

L’horoscope nous prévient d’un accident probable. Un homme prévenu vaut tripette puisque l’accident se produit. La preuve? Œdipe.

 

Néanmoins, quelques-uns (plus avisés que le commun des mortels), une fois prévenus, s’arrangent pour que n’arrive pas ce que le destin a prescrit.

Du reste, que signifie –arriver-?

Cf. Oscar Wilde: Il est deux tragédies dans l’existence: l’une est de ne pas réaliser son rêve; l’autre est de le réaliser.

 

            La vengeance est un acte que l’on brûle de commettre alors qu’on est impuissant; …dès que le sentiment d’impuissance disparaît, le désir de vengeance s’évapore avec lui.

Quel miraculé, rescapé d’un camp de la mort, n’a pas juré de…

La  preuve, Thomas More et son île Utopia.

 

            Pour P. Watzlawick, il existe une manière utile et efficace de compliquer sa relation avec autrui.

 

Ceci dit, bien des gens se tourmentent à propos de ce qu’on pense d’eux, se demandant si on va les accepter etc…

Cette mémorable parole de Marx (Groucho) en fait foi: il ne saurait être question pour moi d’appartenir à un club qui s’aviserait de m’accepter comme membre.

 

            Joie de lire l’ordonnance concernant Les pièges de l’altruisme!

 

            L’auteur conclut avec une phrase extraite de «Les Possédés» de Dostoïevski.

L’homme est malheureux parce qu’il ne sait pas qu’il est heureux.

 

Claire Bondy  

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