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Claire Bondy

En évidence cette quinzaine : 04/08/2013

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Bienvenue chez Claire Bondy: Au remède des mots
Paul Valéry: Chaque pensée est une exception à une règle générale qui est de ne pas penser.
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En évidence cette quinzaine : 04/08/2013
 

Georges Teyssot   Walter Benjamin   éd. Hermann
                               Les maisons oniriques

            G. Teyssot, né à Paris, a enseigné l’histoire et la théorie de l’architecture un peu partout dans le monde (Venise, Princeton, Zurich, Québec…). Sa bibliographie englobe une vaste étendue d’ouvrages.

 

            Le titre de celui dont il est question peut induire en erreur tout lecteur et connaisseur de l’oeuvre de Walter Benjamin. Il aurait tort de s’imaginer qu’il aurait la joie de découvrir ou de relire un florilège de ses textes à propos de ce qu’on a rêvé comme architecture pour son chez soi et de la différence apparue lors d’une réalisation concrète. Or, nous n’avons que très peu de textes de celui qui pratique un style de rêve, de proximité et d’allégresse devant l’aléatoire.

 

Tel un cycliste ahanant sur des pentes abruptes, G. Teyssot réalise une introduction circonstanciée sur le climat ayant environné la vie du philosophe du quotidien onirique. Pas de chance pour le lecteur déjà averti et victime de l’erreur mentionnée ci-dessus.

Toujours à la recherche des quelques fragments épars de l’œuvre de Benjamin, on se repasse le récit des mille et une manières utilisées par celui-ci pour en finir avec un 19e. siècle industrialisé, partant, voué à la marchandise célébrée par une bourgeoisie bien assise. L’auteur du pensum détaille les sursauts de révolte contre la lourdeur établie.

 

 

            Bientôt une transformation de l’objet obtenu par industrialisation va s’instaurer. Il deviendra une fantasmagorie possible: matériau essentiel des développements philosophiques de Benjamin. (Cf . le matériau fluide d’un Victor Horta dans l’Hôtel Max Hallet à Bruxelles)

            Et Benjamin de produire des écrits fluides au hasard des rencontres advenues en cheminant. Ce montage littéraire par l’assemblage des débris mène à l’esthétisation du fragment.

 

La maison où l’on a décidé de vivre, cet espace choisi, reste fluide et par conséquent ouvert. Pareil pour les objets qui la meublent ou la garnissent, tels un ensemble de monades en mouvement.

 

            A cause de l’ambiguïté du titre du volume, le lecteur s’imaginait lire la prose dynamique et dynamisant le sérieux fantaisiste de Walter Benjamin. Le voici contraint d’avaler des connaissances rabâchées et synthétisées dans une langue inanimée de sécheresse factuelle, propre aux Professeurs, professionnels de colloques et professant à l’aide de citations encyclopédiquement philosophiques.

Les quelques trop rares citations de Walter Benjamin semblent signalées comme par inadvertance et donnent l’impression d’une bouffée d’oxygène infiltrée dans des gaz polluants.

Oui, on a lu Rilke, Lesage, Leibniz, Renan, Brecht, Adorno, Deleuze, Serres etc.

Et même Une enfance berlinoise, Paris, capitale du 19e siècle ainsi que Passages.

 

Benjamin, dont chaque mot fait trace même s’il s’efforce de n’en point laisser!

 

            Chapeau quand même pour la synthèse érudite de Georges Teyssot, affligé d’un patronyme à propos duquel nul ne s’aviserait de calembourder.

 

Agnès Ledig   Juste avant le bonheur   éd. Albin-Michel

            Il est des livres dont la facilité de lecture incite à l’agréable farniente de l’été tout en se donnant l’impression de demeurer intéressé par quelque chose qui s’avale avec une aisance paresseuse.

 

            Sage-femme ayant vécu la douleur de perdre son fils Nathanaêl leucémique, Agnès Ledig a suivi le conseil d’un médecin qui avait perçu son don pour l’écriture. Il s’agit ici de son deuxième opus. Pourquoi pas une forme de résilience au fil de livres produits?

 

            La jeune Julie est caissière dans un supermarché. Non seulement elle doit faire face à une clientèle pour qui elle est transparente, mais elle endure tracasseries et vexations de la part du directeur, ce connard de Chasson (patronyme judicieusement attribué).

            Stupeur de celle qui a endossé son statut de victime: un client s’adresse à elle avec amabilité. Elle remarque aussitôt qu’il n’a guère l’habitude de faire des achats pour le quotidien. Aussi le renseigne-t-elle sur la manière de pointer le prix des pommes golden.

 

Paul se sent décontenancé devant ses nouvelles obligations dues à son récent divorce. Quant à son médecin de fils, Jérôme, il se tue au travail, abruti du chagrin de s’être retrouvé veuf. Une coupure dans son quotidien s’impose.

 

            Quant à Julie, jeune mère célibataire car séduite et abandonnée, elle est seule pour élever son petit Lulu qui fréquente déjà la maternelle où, trop faible pour se défendre, il subit les vols et attaques de gamins plus costauds que lui.

 

Intéressant, le procédé narratif interrompu de loin en loin par un récit en italique, écrit à la première personne du singulier où Julie laisse éclater ses réflexions, sensations et sentiments qu’elle ne peut exprimer à voix haute.

Le contenu de ces phrases-là évoluera en fonction du changement de la situation vécue par Julie.

           

De fil en aiguille, de client à caissière, naît une sympathie réciproque et Paul se rend vite compte du fait que la jeune femme vit chichement. Aussi, les vacances sonnant à la porte, il conçoit un projet généreux: celui de l’emmener dans la maison qu’il possède en Bretagne. Au cours d’un dîner dans un restaurant chic choisi par Paul et dont Julie n’a même pas l’idée, il apaise les craintes de la jeune femme quant à son sort entre les mains d’un vieux

Seront du voyage: Lulu, le petit de Julie et Jérôme qui en a bien besoin après la tragédie du suicide de son épouse.

 

            A partir de ces éléments dignes de tremper le sable sec des plages, l’espérance peut se frayer un passage.

D’apprivoisement difficile et réciproque en acceptation de l’autre, va-t-on se diriger vers un bonheur prévisible?

Quand on roule en voiture, on court le risque d’un accident. Pleurons dans les chaumières pour le petit Lulu.

Plus de place pour le bonheur.

 

            Et pourtant, des éclopés de la vie parviennent quand même à trouver la force de survivre car un amour, du genre goutte à goutte et en dépit des circonstances, pourrait peut-être adoucir les plaies ?

 

            Tous les ingrédients y sont: le médecin aspirant à respirer après la tragédie; son père, généreux, affectionné et inspirateur réespérant en la vie. Sans oublier une caissière de super-marché qui a tout perdu mais trouvé deux socles d’espoir Juste avant le bonheur quand même.

 

            Non, nous ne sommes pas dans un roman-photo, ni dans un roman sentimentalo-sentimental quoique…

Claire Bondy

 

 

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