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Claire Bondy

En évidence cette quinzaine : 04/09/2013

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Bienvenue chez Claire Bondy: Au remède des mots
Paul Valéry: Chaque pensée est une exception à une règle générale qui est de ne pas penser.
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En évidence cette quinzaine : 04/09/2013
 

Karine Tuil   L’invention de nos vies      éd. Grasset

            Nous demeurons sidérés d’admiration par le neuvième roman de l’auteur!

En même temps, nous sommes partie prenante de sa vision aiguë et totale du monde en soubresauts que nous vivons.

488 pages lues d’une traite!

 

            Belle entrée en matière de Roch Hachana 5774.   

 

           

Voici un trio qui nous mènera de surprise en surprise avec une logique réverbérant notre société brinqueballante..

 

            Samir Tahar, l’ancien tune de banlieue, porte encore au cou une cicatrice subreptice, quoique ineffaçable, de sa jeunesse passée entre les murs crasseux d’une tour de vingt étages, au 18e avec vue sur les balcons d’en face.

 

            Et il y a Samuel Baron, en réalité né Krsysztof Antkowiak en Pologne et adopté par des Juifs devenus très observants. Mis au courant de la réalité lors de ses dix-huit ans,  il refuse d’assumer, quitte ses parents pour partir vivre chez sa tante. Moindre mal.

 

Samuel, Nina et Samir: le trio d’amis soudés à l’université.

Samuel se révèle très amoureux de Nina, fille de militaire à la morale intègre.

Il perd ses parents dans un accident de voiture: kaddisch, départ pour Israël afin d’y ensevelir le corps de ses parents Baron. Il recommande à Samir de veiller sur Nina en son absence.

 

Ce dernier y veille de trop près et tombe amoureux.

Nina reçoit son ultimatum: c’est lui ou moi. La tentative de suicide de Samuel permet à celui-ci de récupérer la mise.

 

 

            Vingt ans après.

Deux époux: Samuel, travailleur social avec ses vaines tentatives d’écriture et Nina, mannequin du genre ménagère de quarante ans pour –Carrefour- et C&A.

A la télévision, ils ont la surprise de voir un reportage retransmis par CNN. Ils le reconnaissent aussitôt: Samir Tahar, étudiant brillantissime refusé par tous les cabinets d’avocats pour cause de patronyme oriental, est devenu un avocat célèbre à New York. On le voit fêter ses quarante ans.

 

            C’est qu’après avoir essuyé bien des refus, l’Arabe Samir était devenu Sami ou Sam, prénoms raccourcis et nettement plus avantageux à l’embauche que –Samir-.

 

            Afin de parfaire le mensonge utile, il vole l’identité de Samuel Baron.

Engagé par le cabinet d’avocats de Pierre Lévy, il devient le protégé de son patron qui le trouve si brillant qu’il le charge d’ouvrir un cabinet frère à New York.

 

C’est ainsi que Sam, soulignant ses origines séfarades, devient le ténor du barreau à New York et épouse en grandes pompes Ruth Berg, fille du riche et puissant magnat juif Rahm Berg. Deux enfants couronnent une famille où l’on tient son rang…sans que Tahar n’oublie  les conquêtes érotiques.

 

Sexualité en roue libre sauf avec son épouse. Il est le chef d’une famille du meilleur aloi. De plus, il s’est coulé dans le strict respect et la pratique rigoureuse de la religion juive.

            Roch Hachana, Kippour, synagogue…tout y est.

 

 

K. Tuil, elle-même élevée au sein de la religion et de la culture juives, jongle avec tous les rites. Au début du roman, elle en souligne l’un ou l’autre aspect comique. Elle possède un ton et un style mi-figue, mi-raisin et parfois féroce du plus heureux effet.

 

Ne nous y trompons pas: nous n’avons pas affaire à un quelconque roman ayant trait à la psychologie. Certes, celle-ci est analysée au scalpel mais le livre va bien au-delà. La société ultra contemporaine y est décortiquée dans un style débordant de vitalité où Karin Tuil n’hésite pas à proposer au lecteur de choisir plusieurs termes synonymes en les groupant, tout en les séparant d’une barre oblique.

Merci à l’auteur de nous faire participer à ce combat et à cette fusion qui se nomment –écriture-. Pas seulement, par les mots synonymes mais par les différents processus, choix et difficultés imposés par une astreinte aussi passionnante que le fait d’écrire.

 

K. Tuil s’inscrit dans les strates d’une société atomisée où l’on tente d’insérer des cloisons aussi faussement protectrices que démultipliées et où chacun s’imagine vivant de façon si diverse, si différente, si contrastée et même se tournant le dos, quand bien même on peut avoir à connaître des autres par le biais des médias omniprésents.

 

            Au départ, le mensonge qui mène au-delà des espérances bien qu’à la hauteur où Sam est parvenu, la chute sera dure…mais relativement.

En nuage lointain, l’accident de parcours de Strauss-Kahn.

 

Quant à Samuel, l’écrivain en rade, il accuse le choc: Nina, obéissant à l’insistance de Sami passé par Paris, rejoint celui-ci à New York. Statut privilégié et relégué à la fois de la maîtresse aimée réellement et tenue dissimulée par son amant dans un appartement luxueux.. Voici Nina recluse pour de bon, la situation sociale de son amant le requérant.

 

Samuel, abandonné, écrit. Enfin, LE livre. Qui plus est, primé dans le monde entier! Le voici subitement devenu célèbre et célébré.

Tandis qu’il monte, Nina végète à New York et finit par rentrer à Paris où sa place de mannequin pour quarantenaires a été attribuée à une autre.

 

            Samir, toujours en relations épisodiques et téléphoniques avec sa mère, la belle Nawel du HLM, va croupir quelque temps à Guantanamo à cause de son demi-frère François, devenu djihadiste par défi et emprisonné.

Samuel, le célèbre écrivain, va aider celui qui fut son ami..

 

            Un roman grandiose: la totalité de notre monde en proie aux spasmes terroristes d’une jeunesse en mal de reconnaissance.

Et surtout la mondialisation galopante nimbant un désabusement atteignant chacun des trois anciens inséparables.

 

            Absolument magistral dans son universalité et dans sa contemporanéité aiguë. Fulgurant!

Merci à l’auteur.

 

 

Il importe de rappeler ici  aussi deux romans sortis en mai et juin 2013. Autrement dit, récents.

 

Marek Halter   Faites-le                            éd. Kero

                                                                      Une mémoire engagée.

            Le livre commence lors du tournage par l’auteur d’un film sur Les Justes. Il est en Pologne et dit se demander comment trouver l’argent nécessaire à la réalisation du projet.

            Hasard chanceux, il tombe sur Spielberg à l’œuvre sur La liste Schindler. Celui-ci l’encourage en lui fournissant du matériel.

Faites-le, c’est ce qui passe avant la trouvaille de ressources pour réaliser et se réaliser.

 

            Retour personnel sur la vie de l’auteur à partir de l’âge de quatre ans dans Varsovie assiégée que ses parents décident de fuir, aidés par des amis catholiques.

Une patrouille nazie les arrête et demande s’ils sont juifs. Le gamin répond –oui-. D’où passage libéré car un Juif aurait dit –Non-!

 

            La famille parvient à Kokand, en Ouzbekistan.  Pour M. Halter, c’est le début de son écolage dans la rue, en dépit de la faim qui règne et finira par tuer la sœur de l’auteur.

 

            Voler de la nourriture? Raté, face aux exploits d’une bande de gamins ouzbeks.

Raconter des histoires?

 

            Et ce fut le début du sauvetage…par le récit des Trois Mousquetaires de Dumas.

De là provient l’intime conviction de M. Halter: la violence commence là où s’arrête la parole.

Et des mots, il en a à revendre.

 

Faites-le pose un acte alors que le Indignez-vous (injustement célébré) n’en est même pas l’amorce.

 

La parution du cheminement de M. Halter sort au moment de ses 77 ans, âge où d’aucuns commencent à faire des bilans et, ce d’autant plus, lorsqu’on a mené une vie riche d’engagements pour des causes humanitaires urgentes.

 

            Dans son livre, il nous conte –comment- il a toujours fait. Ne pas se contenter de vœux pieux, mais agir.

Futé, l’auteur met son lecteur en garde: non, il n’a pas l’intention de dresser son propre panégyrique, coupant ainsi l’herbe sous le pied d’éventuels détracteurs.

Il entend pousser les autres à s’engager.

 

 

            C’est en fonçant, armé de sa conviction et sans bénéficier de soutiens préalables, qu’il est intervenu auprès des puissants de ce monde pour qu’ils se rendent compte de la nécessité de la fraternité et de la justice entre les hommes.

 

 

            Ses interlocuteurs? Shimon Peres, la sévère Golda Meir qu’il parvient à amadouer, Yasser Arafat, Anouar-el-Sadate, Jean-Paul II, Poutine, Sarkozy et, bien sûr l’actuel président de la République française.

 

            M. Halter ne procède pas chronologiquement mais par afflux diversifié de souvenirs, l’un en appelant un autre et ainsi de suite.

 

            On n’est pas dans un livre historique dont la lecture sème l’ennui plus souvent qu’à son tour, mais dans un récit, miroir de la vie et des rencontres que l’auteur a mis son énergie à provoquer.

Les anecdotes plaisantes pimentent une foule d’événements qui, grâce à telle intervention inédite, évitent une catastrophe annoncée et améliorent un quotidien difficile. (cf. les jeunes du Bronx et de Harlem patrouillant dans les zones dangereuses).

 

Evocation des amis de SOS Racisme, de Ni Putes, Ni Soumises.

 

 

On ne se change pas!

M. Halter, né en 1936,, semble regretter de n’avoir pu intervenir utilement lors de la guerre civile d’Espagne (1936-1939), prélude à la deuxième guerre mondiale!

 

            L’appel pour la paix au Proche Orient, relayé par la presse, reçut le soutien des plus grands intellectuels de France puis, du monde.

Rencontre avec Poutine lors de l’ouverture du deuxième collège que j’ai installé en Russie.

Aussi quelques rappels douloureux, notamment la mort à Auschwitz du grand-père Abraham ainsi que l’exécution d’une petite-nièce en Argentine, sous la dictature de Videla.

 

            Souvenirs de la Guerre de Kippour et des tentatives de l’auteur pour amener les ennemis à se rencontrer, lui-même aussi à l’aise avec le poète palestinien Mahmoud Darwich que pour inventer une salade de la paix à Ramallah.

C’est ce mets-là qu’il servit à Bernard Kouchner avant le départ de ce dernier pour le Biafra!

 

            Belles envolées sur la haine éprouvée par M. Halter à l’encontre de tout terrorisme, de quelque bord qu’il surgisse.

 

 

            Comme tout Juif, il pratique bien des langues: celles de son enfance, ainsi que celles apprises ici ou là au hasard de ses multiples pérégrinations. Néanmoins, il demeure modeste quant à la qualité des langues qu’il utilise, sans qu’il n’en oublie de mentionner qu’il a parlé polonais avec Jean Paul II et yiddish à la télévision allemande, un défi que je m’étais lancé à moi-même.

 

 

            Dans la promenade tous azimuths proposée par le livre, des aspects de l’Histoire sont bien entendu évoqués: le marranisme; Christophe Colomb; l’antisémitisme de l’Eglise, aboli lors de Vatican II; des rencontres  entre Juifs et Maghrébins…

 

            On n’échappe pas à la plaisanterie connue avant que M. Halter ne l’aménageât à propos des Musulmans.

Tout ce qui nous arrive, chômage, misère, violence est la faute des Musulmans et des cyclistes!

Pourquoi les  cyclistes demanda un jeune Juif.

 

 

            Evocation de la relégation de Sakharov à Gorki.  Par le biais de Rostropovitch, l’auteur eut l’idée d’un concert géant en 1980. Y brillèrent A. Rubinstein, M. Argerich, Y. Menuhin, M.A. Estrella. De son propre aveu, son ego fut quand même satisfait de l’impact obtenu dans les médias et de l’importance du public.

 

            Rappel de son intervention tonitruante après le meurtre d’Ilan Halimi en 2006.

En 2009, ce fut le bus pour la paix plein d’imams et de rabbins passant de Sderot à Gaza et vice versa.

 

            Curieux ce souvenir attribué à son grand-père Abraham!

Warum dit celui-ci à un nazi qui s’apprêtait à tuer un jeune trafiquant de cigarettes.

Hier ist kein warum  réplique le nazi qui lâche le gamin.

C’est ce qu’on trouve dans un des livres de Primo Levi décédé en 1967 et évoquant sa vie concentrationnaire.

 

 

            La littérature n’est pas oubliée car on lit pas mal d’incursions dans Sartre, Céline, Noam Chomsky, Faurisson.

 

            Quant à la politique vis-à-vis de l’Iran, M. Halter préconise de se mobiliser plutôt contre le régime des mollahs que contre leur bombe.

 

 

            Il a aussi recueilli le récit de la modeste Irena Sendler  qui avait retiré 2.500 enfants juifs du ghetto de Varsovie.

Souvenirs aussi de ses essais au violon à Varsovie, à la fin de la guerre.

Bien plus tard, David Oistrakh lui tendit son violon, disant: joue. La honte éprouvée!

 

 

Passer à l’acte, c’est ce que Marek Halter a toujours réalisé. Pas de raison que cela s’arrête.

 

Karel de la Renaudière   Zalbac brothers                                  éd. Albin-Michel  

            Premier livre inspiré de sa propre trajectoire de banquier par l’auteur qui, logiquement, écrit sous un pseudonyme.

En le lisant, on songe à ce qui produisit la crise de 2008 et toujours en cours en état larvaire: la faillite de la banque Lehmann Brothers pour cause des subprimes.

 

            Voilà ce qui se produit quand des banques, oublieuses de leur fonction de gérer sainement les avoirs de leurs clients, réalisent des ventes à découvert en empruntant pour gonfler un portefeuille. Ce qui constitue une manière de se couvrir de toute baisse de marché. Et c’est le flop.

 

 

            L’auteur a lui-même lancé une start-up dans de nouvelles technologies ainsi qu’une société de conseil en fusions et acquisitions. Il sait de quoi il parle quand il crée le personnage de Jean.

Un trader qui monte, qui monte…

 

Si Jean Demester a son violon, K. de la Renaudière a l’écriture et il faut dire qu’il obtient un franc succès avec ce premier roman.

 

 

            Jean Demester a étudié la haute finance et les mathématiques.

Né en France, de père inconnu, il quitte son pays pour New York. Il y devient voiturier pour un hôtel de luxe en attendant mieux.

 

 

Alors qu’il conduit une Cadillac, une imposante voiture lui coupe le passage. Le violoniste amateur entend les sons du violon d’Oistrakh s’échapper de la voiture  de son adversaire, Bruce Zalbac. Fin de l’altercation, la musique reconnaissant les siens.

Il vient de rencontrer le PDG de la grande banque d’affaires, Zalbac Brothers, qui l’engage sur le champ.

 

 

            Il devra faire ses preuves en commençant par les tâches de bas étage : apporter le café, relier les photocopies, scruter son ordinateur et surtout, mettre ses études à profit. Du moins, l’espère-t-il!

 

            Un certain Paul Donovan, son chef, éprouve un plaisir sadique à lui mener la vie dure. Jean se promet bien de l’avoir au tournant un jour!

Ayant débuté comme stagiaire, le voici promu employé. Il excelle dans la haute voltige de la finance, en dépit des vexations infligées par le jaloux Donovan et coiffant le tout, la sévère férule de Zalbiac.

 

 

            Autre hasard porteur: il rencontre un ancien condisciple, Stéphane d’Aubry. Celui-ci, devenu directeur adjoint de cabinet à Bercy, est accompagné de Charlotte Lancier, l’une des principaux héritiers du Groupe Hermitage, célèbre griffe de luxe française. A ne pas confondre avec Hermès!

Depuis pas mal de temps, Stéphane se morfond d’amour pour Charlotte. A son grand dam, celle-ci et Demester ressentent quelque chose qui ressemblerait à un coup de foudre. Triste déconfiture pour Stéphane qui sert de chaperon au couple.

 

            Charlotte Lancier, en femme avisée, pousse la carrière de Jean au sein du groupe Zalbiac car celui-ci traite de l’entrée en bourse d’Hermitage. C’est elle aussi qui lance l’implantation des magasins de la griffe un peu partout dans le monde.

 

Quant à l’amoureux éconduit, il va s’arranger pour mettre Zalbac Brothers en danger.

Mais pas de panique finale en dépit des mensonges, manipulations suspectes et chemins dangereux dans les calculs et transactions.

 

            Bien sûr. Jean réussit à escamoter tous les obstacles, à monter tous les échelons de Zalbac Brothers et à évincer l’impitoyable Paul Donovan.

Né de père inconnu, peut-être. Et finalement connu. Jean Zalbac.

Quoi d’étonnant à ce qu’il trône au sommet de la pyramide devenue Zalbac Brothers and son!

Karel de la Renaudière affirme qu’il a écrit un roman soft concernant ces banquiers qui, par appât du gain, basculent du mauvais côté.

 

En effet, le livre s’avale sans penser à rien car il a son petit côté –eau de rose bancaire-

Ce qui promet pour la réalité.

 

 

Claire Bondy                                                             

     

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