Accueil - sefarad.org
 
Claire Bondy

En évidence cette quinzaine : 20/09/2013

    MENU    

SEFARAD.org
Bienvenue chez Claire Bondy
AIDEZ-nous
Page PRECEDENTE

Bienvenue chez Claire Bondy: Au remède des mots
Paul Valéry: Chaque pensée est une exception à une règle générale qui est de ne pas penser.
...........................................
En évidence cette quinzaine : 20/09/2013
 
Jean Claude Grumberg   Pour en finir avec la question juive   éd. Actes Sud
 
            Ah la question juive! En finir avec cet a-priori en forme de postulat, n’est-ce pas se retrouver devant le mur de -la question juive-, érigé par les antisémites conscients et inconscients?
J.Cl. Grumberg vise le problème d’on ne peut plus près: histoire de ne pas permettre à la question juive de fuir les questions qui dérangent.
 
            Voilà pourquoi les rencontres en duo dans une étroite (elle aussi) cage d’escalier permettent d’échanger des propos, …des questions sur la question.
 
Neuf échanges entre deux voisins qui se croisent. L’un d’eux s’appelle Jean-Claude Grumberg et figure sur Internet: chance mise à profit par l’épouse du voisin pour obliger celui-ci à s’enquérir de –la question juive-. Il profitera de neuf opportunités pour poser des questions, aussi inopportunes que révélatrices, à son voisin juif (c’est Internet qui le dit). Quant au voisin juif, il fournit des réponses au questionneur sur un ton apparemment naïf mais qui produit des courts-circuits aussi narquois que ciblés juste.
           
La troisième génération de l’après Shoah atteint déjà l’âge adulte. L’antisémitisme, tenu sous le boisseau si longtemps, peut resurgir tranquillement.
 
Le voisin du dessus demande à son voisin du dessous ce que c’est----au juste ---Juif. Il tient à se mettre au parfum. La célébrité d’Internet veut lui proposer des titres de livres (sérieusement cités en fin des 75 pages de conversations courtes, comme à bâtons rompus qu’on aurait envie de prendre en main pour se protéger d’un ignorant, inconsciemment typique de ce qui se véhicule à propos des Juifs.)
 
            Le dialogue manque de tourner à l’algarade car le voisin, en butte aux questions du Juif qui le prend au mot près, se rebiffe, sous couvert d’évidences comme: On me l’avait dit, réplique suivie d’une montée de colère quand le Juif du dessous interrompt ses débuts de diatribes, lui demandant de préciser telle ou telle accusation, aussi détournée que claire.
 
            Et tout cela parce que J.Cl. Grumberg, quoique Juif, bénéficie de la magnanimité du voisin du dessus qui, très magnanimement, repousse dans la boite aux lettres adéquate, le volumineux courrier du voisin Internet qui, sans lui, risquerait de se répandre au sol.
 
            Et la femme du voisin? Invisible mais constamment citée par celui-ci car c’est elle qui le renseigne en espionnant partout puis en cancanant sur l’épouse, crâneuse, typique de la Juive! Or la dite épouse est une Bretonne non juive de Quimper.
Quant au mari d’icelle, il évoque son grand-père maternel, issu de Brest, c’est-à-dire de Brest-Litovsk, des Bretons de l’Est.
 
            Problème de la femme du voisin: qu’est-ce qu’un Juif?
Réponse: ça s’attrape le plus souvent à la naissance
            Problème du voisin: sa femme est de Bordeaux, donc difficile à étonner.
 
Explication du Monsieur figurant sur Internet:
----un Juif est mortel comme les autres mortels---mais LES Juifs, eux, sont immortels et c’est pour cette raison qu’on parle tellement d’eux dans les médias depuis cinq six mille ans.
 
            Au deuxième passage, le voisin du dessus parle de la suspiscion de l’épouse à l’encontre des Bretons de l’Est puisque soit les Juifs sont morts à Auch---Soit débarqués d’Afrique du Nord dans les années 1960.
 
            L’auteur d’Internet, genre côté Ausschwit,z  se dit Français car né à Paris comme ses parents.
 
Dur, dur à comprendre pour le voisin stéréotypé car si son voisin se prétend français, c’est qu’il est catholique.
            Homérique échange sur fond de religion catholico-protestante (Bordeaux!) et de communion. Difficile d’assimiler Barmiquoi et de se trouver face à un athée revendiqué.
Le mêli-mélo des préjugés!
Si le terme frelaté, -assimilation-, n’est jamais utilisé par le voisin d’esprit aussi étroit que celui dispensé par la cage d’escalier, il assimile les rites culinaires arabes et juifs en confondant halal et cachère.
            Occasion pour lui d’inviter cet étrange juif à venir prendre l’apéro en voisin, en compagnie des épouses respectives.
Et d’autant plus que la voisine veut apprendre quelque chose sur ce qu’est le Juif. La Bible conseillée par le Juif du dessous, s’entend pour lui comme les Evangiles et tout ça.
Rectification de son voisin et conseil supplémentaire: Talmud Torah pour débutants.
 
Ceci ne devait pas manquer! Les scandaleux Juifs ont pris la terre d’autrui.
 
Autre discussion-accusation du voisin, à la recherche d’arguments pour contre-argumenter ceux du Juif. L’année prochaine à Jérusalem devient: Pourquoi vous restez vivre ici chez nous.
Réponse:Je suis un grand amateur de fromages.
 
Drillé par son épouse, le voisin appelle les territoires à la rescousse.
L’auteur lui fait la promesse solennelle de s’en occuper lui-même une fois qu’il aura réglé les problèmes de la France et de l’Europe. Après il s’occupera du Moyen Orient. Pas seulemnt d’Israël et des Palestiniens , mais de la Syrie, du Liban, de l’Egypte, sans oublier l’Iran, l’Irak, l’Afgahnistan----et après----je m’attaque à l’Afrique.
 
            Qui a refusé 1948 et pris les armes, sans compter 1967 ou 1973?
Le voisin s’offusque quelque peu mais, serait-ce un bref éclair? Harmonie---imposer ça dans les escaliers du monde entier
 
            Rencontre suivante. La femme du voisin, comme tant d’autres, a passé sa nuit sur un site antisémite ---mais elle l’est pas.
L’invitation pour l’apéro est maintenue et palabrée sur fond de Juif et d’antisémitisme.
 
            Quelle est la différence entre antisémitisme et racisme? Lisez J.Cl. Grumberg. En une réplique il distingue une abjection de l’autre.
            Encore faut-il que le voisin comprenne…
L’auteur lui raconte qu’il eut la révélation qu’un ami était antisémite lorsque celui-ci lui affirma qu’ils ont cherché ce qui leur était arrivé pendant la guerre 1940-45 car un taximan lui a dit qu’il les trouvait chiants sur l’itinéraire---et ne laissaient jamais de pourboire.
 
            On avance: l’épouse du voisin s’éclate sur Talmud Torah vice!
Erreur: vice pour Witz
Et il y en a tout au long des brèves rencontres, de ces courtes répliques qui regorgent de cocasserie goguenarde. On jouit de la substantifique moelle de chaque mot. D’autant plus que l’épouse voisine semble se mettre à Talmud cours supérieur.
«ça avance» écrit Samuel Beckett dans –Fin de partie-
 
Problème récurrent entre ceux de l’escalier B et ceux de l’escalier A: les boites à lettres doivent-elles être identiques ou dissemblables? On vote: boites identiques. Ouf ! Cela permet de ne pas envenimer les bagarres entre ceux de l’escalier A et ceux de l’escalier B.
 
            Etudier Moïse au Sinaï et recevant les Tables de la Loi, semble un problème plus aisé à résoudre dès que le voisin s’en mêle. Mais l’observation faite par son Juif d’escalier l’emmêle.
 
            La voisine désire trouver de la viande prescrite par le rite juif. Il se fait que le Juif d’Internet achète la sienne chez Franprix tout en lui conseillant ou cachère ou halal, selon le prix affiché sur l’étiquette.
 
            L’épouse du voisin s’implique de plus en plus et la caisse de résonance du mari retentit:
Cruauté de la circoncision---Jésus, né un 25 décembre, circoncis huit jours après, c’est pour ça que le jour de l’An tombe le jour de l’An, pas le Jour de Noël.
 
            Madame l’épouse se fait coacher par un rabbin américain sur Internet. Celui-ci lui affirme qu’un mauvais juif est pire qu’un antijuif.
Mais le voisin juif raconte son cauchemar des nuits: Hitler à côté de lui, dans son lit.
 
            Le voisin se demande s’il doit se faire circoncire.
 
Dans la cage d’escalier, un samedi, le voisin attend qu’on lui ouvre la porte de sortie car c’est shabbat, donc repos.
Solution? Une clé vocale
 
Le rabbin-coach porte le patronyme de Cohn: quiproquo à volonté.
Quant à la femme coachée, elle s’est mise au IDDISH  car un départ échange avec le rabbin coach Cohn est envisagé.
De l’avis du voisin, l’auteur est à plaindre. Avoir reçu ----la plus belle religion du monde---et ne pas en profiter, c’est carrément gâcher la marchandise!.
 
            Il se fait que le –iddish- parlé par le voisin n’est pas le yiddisch de l’auteur.
Qu’importe: le voisin s’estime meilleur Juif que l’auteur qui lui souhaite
Gaï guezintè aït.
 
Pour en finir avec la question juive, il y a bien des remèdes mais aucun ne convient. Quelqu’un a même tenté la Solution finale et n’y est quand même pas parvenu.
 
Remarquable concision de ce petit texte si drôle et définitif; si bref et si grand. Et merci à l’auteur pour cette récolte offerte aux lecteurs en ces jours de Soukoth.
 
 
 
En outre:
A ne pas manquer.
J.Cl. Grumberg, sa fille, la comédienne Olga Grumberg et Serge Kribus interprètent au théâtre de Poche Montparnasse, du 17 septembre au 17 novembre 2013:
            Chez les Ufs, Grumberg en scènes
 
Il s’agit d’un patchwork de textes de Grumberg et assemblés par lui sur ses cinquante ans de textes. En quelque sorte, L’auteur vu par son œuvre
Du mardi au samedi, 19 heures
Dimanche, 17h30 au 75, Bd. du Montparnasse, Paris 6e.
Tel. +33 1 45 44 50 21
 
 
 
Autre chose de bien différent quoique…
Au Musée d’art et d’histoire du judaïsme, exposition de MARYAN: La ménagerie humaine.
Du 6 novembre 1913 au 9 février 2014.
 
            Né en Pologne en 1927, Maryan (Pinchas Burstein) a vécu la vie de ghetto, puis, celle des camps de travail suivis de ceux de concentration.
Il est le seul de sa famille à avoir survécu.
A 20 ans, il part pour Jérusalem où il fréquente une école d’art. Première exposition en 1949.
En 1950, il est à Paris. Dès 1952, il expose dans différentes galeries de prestige et participe à des expos collectives et de nombreux Salons.
Il quitte Paris en 1962 pour s’installer à New York où il devient citoyen américain. Il meurt en 1977 dans sa chambre d’hôtel.
 
Sa peinture est passée d’une figuration cubisantée à l’abstraction sur un fond narquois, laissant deviner corps, visages, voire figures animales.
 
En 1960, il crée des personnages mi-hommes, mi-animaux.
 
En 1971, conseillé par son psy, il dessine et expurge ses visions.
            9 carnets à l’encre de Chine, intitulés Ecce Homo. Il revient sur son enfance, la traversée de la guerre et autres horreurs vécues.
 
Outre les Carnets exposés qu Musée Juif de Paris (71, rue du temple, 7504 Paris), une quarantaine de dessins et 20 peintures.
 
Les œuvres ont été prêtées par le Fonds National d’art contemporain, par des galeries et des particuliers de France et d’Europe.
 
 
 
Claire Bondy                                                

- Copyright © sefarad.org - 1997 - 2016

CONTACT

Retour au site sefarad.org -