Accueil - sefarad.org
 
Claire Bondy

En évidence cette quinzaine : 04/10/2013

    MENU    

SEFARAD.org
Bienvenue chez Claire Bondy
AIDEZ-nous
Page PRECEDENTE

Bienvenue chez Claire Bondy: Au remède des mots
Paul Valéry: Chaque pensée est une exception à une règle générale qui est de ne pas penser.
...........................................
En évidence cette quinzaine : 04/10/2013
 

Jean-Paul Enthoven             Dictionnaire amoureux de              éditions. Plon 

 Raphaël Enthoven               Marcel Proust                                                  Grasset

 

            L’année 1913 semble avoir inspiré le sujet d’œuvres majeures. N’est-ce pas cette année-là que le grand Thomas Mann place le déroulement de son chef-d’œuvre –La Montagne Magique-, publié en 1924?

 

Mais,

 

En ce qui concerne Marcel Proust, il publie en 1913 « Du côté de chez Swann » qui révèle le plus grand auteur de la littérature française.

Painter, l’un des deux grands biographes de Proust (l’autre étant J.Y. Tadié car A. Compagnon  semble dérisoire comparé aux deux précédents), raconte en détail les difficultés que le génial auteur eut à se faire publier chez Gallimard à cause d’André Gide qui lui ferma la porte. Il faut reconnaître qu’il ne mit pas trop de temps à reconnaître son erreur.

Qu’est-ce qu’un Gide face au géant Proust?

 

            Un – Dictionnaire amoureux de- laisse le libre choix des mots choisis dans une œuvre ou autour de celle-ci.

Ici, le père et le fils proposent au lecteur de jouer à démêler le choix de chacun.

 

            Est-il permis d’avouer une chose?

Parcourir le dictionnaire donne la furieuse envie de relire séance tenante toute « La Recherche ».

On apprend que les père et fils n’ont lu le saint esprit Proust que quatre fois!

L’auteur de cette chronique n’en est qu’à sa neuvième fois et chaque fois avec un bonheur toujours recommencé car renouvelé.

 

            De manière générale, oserait-on s’aventurer à parier que J.P. Enthoven, l’écrivain et éditeur, va à la substantifique moelle de Proust en parlant de l’œuvre et d’elle encore? On le connaît comme quelqu’un qui va au fond des choses dont il s’occupe

           

Quant à R. Enthoven, philosophe et professeur de philosophie, se tromperait-on en croyant le reconnaître dans les articles qui aiment à sortir du sujet stricto sensu pour s’aventurer dans des chemins de traverse? Pour l’avoir entendu dans des émissions de France Culture, supposées parler de philosophie, on ne pouvait que regretter qu’il profitât de la moindre occasion pour s’évader hors du sujet ce qui le rendait superficiel.

 

Le listing pour vérifier si le lecteur se repère, serait-il de son cru? 

 

Moralité: lire et relire Marcel Proust.

 

Laurent Loty                         Esprit de Diderot                  éd Hermann

Eric Vanzieleghem               Choix de citations

 

            Lire Diderot est toujours une fête. Né un 5 octobre, Diderot, philosophe du 18e. siècle est notre contemporain et sera le contemporain des générations à venir. La cueillette d’aujourd’hui se révèle d’une fécondité rare!

            Plus libre que les autres philosophes de son temps, profond et joyeux, ne se laissant maîtriser par aucun, il déconcerte car il pratique la dialectique consistant à voir tous les aspects d’une pensée, d’un mot, du monde environnant etc…Il considère le positif en même temps que le négatif de toutes choses. Ses paradoxes titillent les méninges.

            On se dit que le travail des auteurs n’a pas été de tout repos. Choisir dans toute l’œuvre de Diderot et ne produire que 160 pages de ce qui s’apparente à un petit manuel (11x16 cm), doit générer des regrets pour ce qui a été laissé de côté. Et par conséquent, on éprouve le désir de se relancer dans toute l’œuvre de Diderot pour dialoguer avec lui sur le monde tel qu’il va ou ne va pas. Car c’est ce qu’il fait: il dialogue avec son lecteur à propos de tout.

 

Eternel Diderot qui met notre esprit en route et au travail pour notre plus grand profit.

 

Et encore 1913.

C’est en effet à cette date fatidique, car porteuse de la première guerre mondiale, que le grand écrivain anglais Alan Hollinghurst (né en 1954) démarre son grand roman, L’Enfant de l’étranger publié en anglais en 2011 et en français en 2013 chez Albin Michel dans la traduction de Bernard Turle.

            En fait, le titre fait référence au célèbre poète Tennyson, né en 1809 et mort en 1892.  Il y est constamment fait allusion par les deux tendres amis George Sawle et Cecil Valance. Tous deux étudient à l’Université de Cambridge.

            N’écoutant que son désir d’être aux côtés de son ami, George invite celui-ci pour un week end dans la modeste propriété de sa mère, Deux Arpents. Rien à voir avec le grandiose et aristocratique domaine où vit Cecil Valance avec sa famille, Courtley Court. 

 

Cecil folâtre dans les bois avec George, son amant en même temps qu’il séduit la jeune sœur de George, Daphne qui se pâme avec discrétion, réserve oblige. C’est qu’il y a du monde à Sawle: la mère de George, Daphne et le frère aîné des deux précédents. Sans compter l’éternelle amie visiteuse de la mère, elle-même veuve en espérance non réelle d’un mariage avec un ami toujours présent.  Daphne ne saisit pas ce qui se déroule entre George et Cecil. Elle ne songe qu’à son regret de voir ce dernier partir si vite. On parle poésie et on en récite. Cecil excelle dans ce genre d’exercice et lit ses propres poèmes. Il laissera à Daphne un poème qu’il a consacré à ce bref séjour estival.

 

            14-18 appelle la jeunesse sur le front. Cecil perdra la vie en Flandre en 1916. Le poème du poète en herbe, tué au combat, devient patrimoine national: Churchill lui-même le cite.

 

Plus tard, dix ans après, Daphne règne quelque peu à Corley Court car elle a épousé Dudley, le frère de Cecil et est devenue mère d’une fille, puis d’un garçon. C’est le temps d’un week-end consacré à la commémoration de la mort de Cecil qu’un sculpteur a représenté dans un mémorial qui lui est consacré.

            George, marié avec une certaine Madeleine un tantinet rébarbative, est là aussi, accompagné de son épouse.

Chacun se recueille devant le gisant et rumine un tas de pensées sur les relations qu’il a entretenues avec le mort. Et chacun de dissimuler le genre de contact pratiqué avec Cecil.

           

            Le roman se poursuit par trois autres parties: 1966, 1979 et 2008. Cecil, si changeant de son vivant, sera, à chaque partie, interprété différemment. Les éléments connus et ceux qui étaient inavouables, connaîtront des perceptions différentes au fil des années titres.

 

            En fin de compte, il s’agira d’un perpetuum mobile auquel s’intéressera un autre biographe.

 

            L’étonnant, le remarquable et le surprenant, c’est le style de l’auteur, gay aussi selon ce qu’il proclame lui-même.

 

            L’ironie, les courts-circuits entre substantif et adjectif dont le second met en doute le premier: on a la constante réalisation d’un –understatment- typiquement –british-.

 

            Chaque phrase provoque le ravissement du lecteur par la beauté qu’elle ajoute aux qualités déjà mentionnées.

 

            En fait, c’est une fresque historique des événements majeurs du 20e. siècle, maintenus par les perceptions changeantes des vers d’un poète mort en pleine jeunesse. L’aristocratie anglaise verra son statut enviable s’effriter peu à peu, lui aussi

 

752 pages qui se lisent avec passion et s’avalent très vite grâce la magie du verbe, si réussi dans sa traduction. Un grand roman qu’on quitte à regret après l’avoir lu.

Claire Bondy . 

- Copyright © sefarad.org - 1997 - 2016

CONTACT

Retour au site sefarad.org -