Accueil - sefarad.org
 
Claire Bondy

En évidence cette quinzaine : 19/10/2013

    MENU    

SEFARAD.org
Bienvenue chez Claire Bondy
AIDEZ-nous
Page PRECEDENTE

Bienvenue chez Claire Bondy: Au remède des mots
Paul Valéry: Chaque pensée est une exception à une règle générale qui est de ne pas penser.
...........................................
En évidence cette quinzaine : 19/10/2013
 

Helena Janeczek   Les Hirondelles de Montecassino   éd. Actes Sud

                               Traduit de l’italien par: Marguerite Pozzoli

 

            Un contingent de différentes troupes alliées (Américains principalement, Britanniques, Maghrébins, Népalais, Indiens et Maoris) se trouve conforté par l’armée polonaise écrasée dans son pays.

            L’auteur  est née en 1964 dans une famille de Juifs polonais qui s’installèrent à Munich. Elle-même décide d’aller vivre en Italie, près de Milan, en 1983.

Le virus de l’écriture s’étant emparé d’elle très tôt, elle publie des poèmes en allemand puis, des romans en italien à partir de 1997.

 

            La bataille du Mont Cassin constitue en Europe de l’Ouest une date capitale dans la victoire des alliés. On l’appelle la Stalingrad italienne. Elle fut aussi significative que lourde de pertes alliées.

 

            Son origine polonaise fait que l’auteur a choisi de suivre les quatre batailles du Mont Cassin principalement par les Polonais, groupe au sein duquel figurent plus ou moins un millier de Juifs.

 

            Le général Anders dirige l’armée polonaise. Le général Clark mène la les  armées américaine et anglaise.

Il s’agit de faire exploser le verrou vers Rome que constitue l’abbaye du Mont Cassin. Quatre batailles significatives et se déroulant de février à mai 1944  seront nécessaires.

 

            Ne nous y trompons pas: certes l’Histoire nous est restituée avec exactitude mais aussi la vie quotidienne menée par tels individus au sein de telles armées.

Oui, la fiction du roman s’entresse autour de l’Histoire et ceci dans un souffle stylistique étonnant car tellement varié. Le récit, les dialogues, les tragédies individuelles, le style épique ou le ton murmuré sur le souffle.

 

En bref, tout ce qui fait que le lecteur partage ce passé à l’instar d’un présent en action.

Pas de danger pour lui de se voir confronté à la sécheresse factuelle, caractéristique des historiens.

 

            Ici, on a l’histoire d’une cousine de la mère de l’auteur, issue de Vilnius et échappant aux nazis avec son violon comme seul bagage et qui se retrouve dans un Goulag soviétique; là l’émouvante mort du jeune Wilkins, engagé dans la division 36 du Texas afin de nourrir sa famille et qui décède dès la première bataille…

 

            Très habilement, Helena Janeczek mélange les époques. Ainsi tel petit-fils d’un combattant mahori vient visiter cet important lieu de mémoire 60 ans plus tard. 

            En outre, deux étudiants, l’un un Italien d’origine polonaise (comme l’auteur), le second, un Indien, s’efforcent de saisir le passé en 2007.

A ce propos, l’auteur va plus loin: nos deux étudiants se sentent concernés par une nouvelle sorte d’esclaves…les clandestins de toute provenance travaillant dans les champs ou toutes ces jeunes filles amenées de l’Est européen par de goulus trafiquants etc. Autres oubliés de l’Histoire.

 

On peut demeurer pantois devant l’amalgame évoqué entre les crimes nazis et le gangstérisme des dits trafiquants.

Ceci étant une parenthèse de peu d’importance en comparaison d’un roman de mort où la vie s’exprime intensément.

 

            Autre parenthèse sans rapport avec le roman mais découverte sur Internet où la traductrice écrit:

Le livre d’Helena Janeczek, puissant et foisonnant, rend compte de cette diversité d’identités, dont la mémoire a parfois été occultée.

On ne saurait trop conseiller à la traductrice de se mêler de traduire et ne pas prétendre à une culture historique. Car,

                                     Non, la mémoire ne fut pas occultée (tant pis pour le –parfois-). La chroniqueuse se souvient des récits de son grand-oncle, major dans l’armée du Général Clark, et qui eut la vie sauve au Mont Cassin.

Ce parent, arrêté en Allemagne avec sa famille en 1938, à l’âge de 19 ans, et échappé du ghetto de Varsovie la même année (il était blond!), parvint aux USA où il s’engagea dès 1940 dans l’armée du Général Clark.

Au mont Cassin, il était major. Décédé en 2002, il revint plus ou moins tous les deux ans après 1940-45 qu’il termina en Autriche. Isi Kirshrot écrivit son histoire en 2000 sous le titre

Isi’s Story: A Long Unlikely Life.

La mention du livre peut se retrouver aussi sur Internet.

 

Qu’une traductrice se contente de traduire: cela lui évitera de pondre des erreurs.

 

 

Quoi de préférable à l’art pour négliger plus aisément les inepties de la vie quotidienne!

 

Michel Ragon   Journal d’un critique d’art désabusé   éd. Albin Michel

                           (2009-2011)

           

 

Avoir rencontré l’auteur lors d’une interview radio pour son livre «Ils se croyaient illustres et immortels», avoir été enthousiasmée par son Essai et la conversation avec son auteur, il m’a paru important de lire le journal du critique d’art.

 

            Il s’agit d’un fringant nonagénaire à la tête de plus d’une quinzaine de romans, de 9 Essais, de quatorze livres concernant la Critique d’Art et l’Histoire de l’Art.

Ce natif de Marseille en 1924, ayant grandi à Nantes, est issu d’un milieu plus que modeste.

            On le retrouve en 1945 à Paris en tant que bouquiniste. Il se passionne aussitôt pour la peinture, la gravure ou la litho contemporaines.

Et de 2009 à 2011, c’est tout son passé d’amitiés avec les artistes, son passé de critique d’art pour différentes revues ainsi que ses collections d’œuvres d’art qui remonte à la surface.

En 1948, il est propriétaire d’une Encre de Pierre Soulages que celui-ci, devenu son ami, lui avait  offerte. Cette Encre grasse (1947), l’auteur l’a prêtée pour la grande rétrospective Soulages au Centre Pompidou en 2009.

Ceci ranime le souvenir de l’exposition chez Maeght en 1946 intitulée Le noir est une couleur où sont accrochées des œuvres de Bonnard, Braque, Rouault, Manessier, Atlan…bien que pour Léonard de Vinci ou Newton, le noir n’existât pas.

 

 

Jour après jour, année après année, les amoureux de l’art retrouvent les plus grands noms de l’art contemporain, racontés dans un style aussi passionné que passionnant à lire.

 

M. Ragon se proclame désabusé. Libre à lui de le souligner alors que la fan des cimaises qu’est la chroniqueuse, a lu son dernier opus avec une délectable gourmandise.

 

            Au fil des souvenirs artistiques vécus, des références aussi orgueilleusement que lucidement géniales se profilent.

Question vocation, M. Ragon s’interroge sur la sienne en se demandant  quelle fut celle d’un certain Baudelaire, un des plus grands poètes de tous les temps ET d’une sensibilité aux arts plastiques tout aussi en avance sur son temps que le fut sa poésie. Alors, vocation, pas vocation? Peu importe pourvu qu’on ait l’ivresse.

 

            M. Ragon a fondé la revue Cimaise en 1953 avec d’autres et en dépit d’une pauvreté qui forçait les créateurs de la revue, devenue rapidement indispensable aux aficionados de l’art et des expos, à acheter le papier avec leurs rares deniers personnels.

 

            On applaudit des deux mains aux jugements exigeants et si justes de M. Ragon. Par exemple, celui de mépriser la critique théâtrale de l’affligeant et besogneux Paul Léautaud ou d’estimer la critique d’art d’un Félix Fénéon.

 

            Comble de plaisir! Voici que l’auteur partage son goût de Thomas Bernhard, le génial contempteur de l’Autriche, lorsqu’il s’exprime sur l’art.

 

            Souvenir de 1950 pour son ami Soulages, recevant à sa demande, l’ambassadeur des USA, Nelson Rockefeller qui demande à l’artiste de pouvoir se laver les mains après qu’il eut rendu visite à Brancusi, malade et allongé sur son lit. C’est que l’artiste lui a demandé d’allumer son poêle à charbon.

Et Soulages d’ajouter:

            Ce malin de Brancusi a voulu se payer la même chose que Titien laissant Charles Quint ramasser son pinceau.

 

             Le lecteur se figure au milieu d’une conversation faite de bric et de broc aussi furieusement dynamisante qu’intéressante. L’auteur se joue des différentes époques avec une aisance fondée sur la précision de son savoir.

Oui, Manet et Courbet ou Asger Jorn, sans oublier les fameux bleus d’Yves Klein, non

plus que l’œuvre répulsive d’un Joseph Beuys au scandale éphémère.  .

Oui, tous les artistes contemplés dans toutes les galeries et/ou dans les Foires d’Art actuel, telle la FIAC, par exemple. Ou encore les fameuses galeries  Dina Vierny,

Maeght et quelques autres.

 

            Les engouements spéculatifs sont examinés à la loupe.

Que penser de la production pléthorique du roi du Pop Art Andy Warhol. Dans le genre et tellement différent, j’apprécierais personnellement Roy Lichtenstein.

           

            Michel Ragon a de multiples raisons d’apprécier les créations de Calder puisque celui-ci est devenu son ami. Personnellement, je n’en ai qu’une: l’admiration envers l’artiste, créateur de mobiles et stabiles.

Calder, le pochetron,  qui buvait uniquement des bouteilles de deux litres-----pour économiser les bouchons.

            Evocation des collections François Pinault et des expositions internationales comme françaises de celles-ci, au sein desquelles Cattelan ou Jeff Koons (bof).

 

            Plaisir de rencontrer le nom du critique d’art Harry Bellet, si apprécié de la chroniqueuse.

 

Le critique d’art  se dit désabusé car si les Galeries l’invitent encore, il semble que les Salons de toute espèce l’aient oublié dans les invitations envoyées..à l’exception de deux d’entre eux.

 

Les aléas de la vie quotidienne du critique d’art sont notés parmi les visites sur carton d’invitation ou sans le sésame pas vraiment indispensable.

 

            Dubuffet à la galerie Jeanne Bucher.

 

Qui n’a pas décrié les Colonnes de Buren lorsqu’elles furent posées  autour de la cour de la place du Palais Royal. Depuis, nul ne s’en étonne vraiment.

Autre coqueluche probablement surcotée par la mode:Boltanski et ses œuvres destinées à toucher au cœur les porteurs définitivement atteints par la Shoah et ses souvenirs portés par les générations suivantes.

On a prétendu que certains se vivent d’un présent rapetassé car ils n’ont pas de d’avenir. C’est le cas de Boltanski ou de Buren?

 

Rappel encore d’une vie de livres créés, d’expos réalisées, de participation à des jurys de Prix octroyés etc..

Sans compter un poème de l’auteur, délicieusement fantaisiste dans les sauts acrobatiques auxquels les mots sont livrés et concernant l’artiste Desclozeaux, connu pour ses dessins satiriques parus dans la presse.

            Il était une fois un gargantua

qui dessinait des chats

des charentaises

des charentons

            ….

Les années Mitterrand et les poussées de constructions diverses. La Fiac, toujours; et que d’artistes, tels Pincemin, Christo ou et ou…

 

            189 pages plus incitantes et excitantes les unes que les autres.

 

Claire Bondy   

- Copyright © sefarad.org - 1997 - 2016

CONTACT

Retour au site sefarad.org -