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Claire Bondy

En évidence cette quinzaine : 03/01/2014

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Bienvenue chez Claire Bondy: Au remède des mots
Paul Valéry: Chaque pensée est une exception à une règle générale qui est de ne pas penser.
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En évidence cette quinzaine : 03/01/2014
 

Charles Dantzig   Il n’y a pas d’Indochine   éd. Grasset

            Sous ce titre, l’auteur veut nous offrir un parcours d’idées par le biais d’une espèce de voyage!

Espèce de voyage! L’exclamatif donne envie de répondre –toi-même!-

 

Sur le quai de départ, une série d’écrivains exprimant la substantifique moelle de leur caractère et de leurs écrits.

            On peut faire confiance à Charles Dantzig: les écrivains, il les pratique et les connaît à fond, chapeautés qu’ils sont au paradis par le narrateur de La recherche du temps perdu, bien sûr en retard.

 

            Pourquoi ce titre? Par refus de l’exotisme comme ce fut le cas lors de la première édition parue en 1995.

Les  ajouts par rapport à 1995? Il suffit de se référer à quelques événements mentionnés.

 

            L’auteur semble dialoguer avec le lecteur. Peut-être parle-t-il à sa propre image reflétée par le miroir où il s’admire? Ou, plus simplement, voyage-t-il accompagné? A chacun de se faire sa propre idée.

 

            Gare du Nord à Paris et c’est déjà le voyage. Cela doit se situer en 1995 dès lors qu’un quidam  arbore un maillot GENERATION MITTERRAND.

 

Amsterdam, le Rijksmuseum.

Pour quelle raison Ch. Dantzig lit-il «l’Amant» de Marguerite Duras? Ceci a dû figurer dans la série parue en 1995 quand il n’avait pas encore écrit son «Dictionnaire égoïste de la langue française» où il la maltraite avec raison. D’accord: il faut avoir lu pour juger à bon escient.

 

            Songer à Venise lorsqu’on se trouve à Amsterdam? Que d’eau!

Et pourtant, penser à la mythique Venise peut aider à se frayer un passage dans une forêt d’usines. Venise ou Mestre?

 

            Il y a quand même la maison de Rembrandt. Le voyageur d’idées se met à comprendre Londres dès lors qu’il arpente Amsterdam. Forcément: la famille Orange.

 

            L’auteur aime les paradoxes, pièces rapportées de l’incongru.

Au pays des tulipes, il effeuille les groupes à bêtise: celle des Français, des Hollandais….des millionnaires, des ouvriers, des classiques, des romantiques…intelligents, eux.

 

C’est fou ce que le Rijksmuseum génère comme souvenirs dans le mental de –je-!

            Par exemple, l’ lliade illustrée qui lui a permis de vivre en Turquie il y a 5000 ans lorsque le pays était grec.

            L’imaginaire se féconde grâce au voyage dans l’art. Par exemple, à Versailles, il suffisait que –je- convoquât Louis XIV pour le retrouver ici et maintenant.

Etonnement devant la foule de Japonais au musée Van Gogh: pas un seul n’est à trouver en ville.

Au passage, une pique à l’encontre des Français si prompts à se moquer de ceux qui ne le sont pas!

 

            Et hop, Monastir, ville natale de Bourguiba. 1995 à coup sûr et propos historiques…

Histoire de France avec l’évocation des deux mariages de Bonaparte, devenu Napoléon Ier.

            Marie-Louise, une sotte bornée. Est-elle bornée car sotte ou sotte car bornée?

Pléonasme, quand tu nous tiens!

Aucune différence entre Napoléon et Bourguiba: deux parvenus.

 

            A Londres, décrétée ville fameuse pour son climat détestable…., il fait trente degrés. La réalité peut être paradoxale.

            Dans ce pays, Napoléon est toujours mentionné comme le Petit Caporal. La preuve? Le camembert anglais Napoléon.  Les Anglais….mangent Napoléon.

 

            -Je- se montre très fier de déceler tant de mots français imposés à la nation reine des finances. Vérité de 1995 mais en septembre 2013?

 

            La connaissance enamourée de la peinture de la part de –je-, réserve d’agréables surprises sur la technique pratiquée par les uns ou les autres, tels le satiriste Hogarth, Breughel, Renbrandt, Van Gogh etc…

 

            Aux Anglais, l’humour; aux Français, l’esprit…qu’ils auraient perdu au fil des siècles.

 

Manifestement, l’auteur (-je-) adore jouer avec les mots. Et ceux-ci se laissent faire dans un aimable abandon.

 

            Quelques traits à propos de la littérature anglaise dont la France s’avérerait incapable d’en dire quoi que ce soit de valable.

Pour ce qui concerne –je-, il tient à se préserver de tout élitisme en littérature en évoquant quelques écrivains actuels, telle Margaret Drabble, écrivain et critique littéraire anglaise.

 

            Nous voici désormais dans ce qui apparaît en arrière-fond de ce récit-roman: les questions sur la postérité littéraire. Et Ch. Dantzig de se poser  pas mal de questions à ce sujet et à son sujet.

Qu’il est difficile de prendre ses distances et de prononcer un jugement de soi sur soi. Le miroir n’offre aucune aide à ce propos.

            La postérité est toujours l’opinion d’un temps présent.

D’où un thème et variations sur le goût littéraire où l’auteur adapte les célèbres termes de Nerval et qu’on lit dans son poème El desdichado: «Je suis le ténébreux, le veuf, l’inconsolé»; Chez Ch. Dantzig cela devient:….le rigoureux, le neuf, l’incontesté et au moment où il tente de cerner en quoi consiste le fait d’être écrivain.

 

            Plaidoyer pro domo l’affirmation se cachant sous l’ironie et selon laquelle il n’existe pas d’écrivains oubliés?  En effet, un chercheur parviendra toujours à sortir des fagots un illustrable inconnu…que l’auteur, curieux insatiable, lira.

                      

            Quelques fixations, entre autres sur Oscar Wilde. Pas de hasard: Ch. Dantzig a traduit le brillant auteur. On a régulièrement l’impression d’une auto célébration qui essaie de se déguiser.

            Diable! Apprécier autant le convenu Philippe de Champaigne que le délicieux Hogarth.

 

Et, de but en blanc, nous voici au défilé des chaînes de radio autrichiennes tout en nous baladant dans Vienne dont le maire fut un jour Kurt Waldheim, l’ancien nazi! (édition de 1995?)

Vienne fut grande quand l’Empire le fut. Son présent s’est rabougri comme peau de chagrin. Néanmoins, certains cafés légendaires racontent l’autrefois, celui où l’on y parlait français.

 

            Enfin quelqu’un qui n’apprécie pas trop les célèbres Klimt, Schiele et Kokoschka.

 

Retour à la littérature par le biais du Flaubert de «L’Education sentimentale» à côté des ennuyeux «Madame Bovary» ou «Bouvard et Pécuchet».

 

            Le voyage d’idées en idées continue en analyse de soi se mirant dans soi-même. Bien sûr, des villes se profilent en arrière-plan à l’instar de figurantes plus ou moins incarnées.

Avec, en refrain révélateur, ceux qui jouirent de la notoriété pendant un temps et que nul ne s’aviserait de lire encore, si ce n’est par souci de recherche.

 

            D’où ces pages sur quelques librairies spécialisées dans les livres peu demandés!

Quoi d’étonnant au fait que le voyageur s’attarde sur l’oublié Remy de Gourmont dès lors qu’il a consacré un Essai à son propos.

 

            Un écrivain né dans une petite ville….il se trouvera toujours un érudit local pour cultiver son souvenir : -je- n’a peur de rien!

 

-Je- se plaît dans les avions: il n’est que de lire les livres qu’il y a consacrés par le biais de ses voyages livresques.

 

-Je- passe de la Malaisie à Georgetown, ce lieu d’une saleté ravissante.

            Monde qui vit indifférent à moi: -je-, toujours téméraire, nous emmène dans le Finnegans Wake de Joyce. Certes, cette lecture-là relève de l’épopée. La réflexion de –je- montre qu’il se montre et craint de n’être point vu.

Merci pour Somerset Maughan, sauvé des eaux.

 

            On apprendra avec amusement que la littérature de tourisme constitue un excellent moyen de durer! Par ailleurs, -je- revient à ce qui le tarabuste de bout en bout: postérité, mon grand souci.

 

            L’ombrageux Chateaubriand arrive pour entendre l’hommage de –je- au héros Natchez de l’imbuvable roman Atala.

 

Et voici New York: dégoûtante et sublime. Retenons plutôt la seconde épithète.

La première édition y brille car l’auteur rappelle le défilé  de juin 1990 en l’honneur de Mandela.

 

-Je- parle des écrivains américains qui exercent en outre une profession. Conduite radicalement différente de celle des écrivains français qui constituent une société littéraire où trente hâbleurs au fond d’un café….s’espionnent et ne s’aiment pas. 

 

            Revoici les musées, dont les trésors sont contemplés par le regard aigu et amoureux de –je-. Les musées, c’est la visite à la famille. Tout ce qu’en dit –je- est tellement  juste. Il est parfaitement exact  qu’on assimile certains de nos parents à tel ou tel portrait peint par Velasquez, Vermeer ou Rubens.

            Quelle justesse à propos de Seurat: on invente un genre à défaut de génie.

 

            La visite de l’Acropole permet à l’avion de hoqueter du côté de la Grèce.

Titre du quinzième chapitre: A l’Acropole, on visite les touristes.

Racine revient à nous  sous les traits de cette citation extraite de Phèdre: La fille de Minos et de Pasiphaé, incluse dans une tirade de compétition théâtrale.

 

            Au Caire, -je- est seul avec les Cairotes. Devant les Pyramides, il s’imagine dans la peau de Lord Carnavan, le découvreur de la tombe de Tout-Ank-Hamon.

 

            Beau jugement   sur la valeur du Prix Nobel de littérature. Tel Naguib Mahfouz en 1988.

 

            Direction la Pologne. En avion, comme de juste.

C’est le chapitre où l’édition de 1995 se ressent davantage quoique….le portrait des Polonais moyens n’ait souffert d’aucun changement notoire.

Place aux palais Potocki ou Wilanow, rendus à leurs anciens propriétaires.

Richesse de l’Eglise polonaise, d’où cette réflexion de –je-: il y a des peuples dévots de l’Eglise plus que de Dieu.

 

            A Prague, sur le pont Charles, on peut acheter montres, boussoles, capotes et insignes de l’Armée Rouge. La preuve que l’URSS est morte, c’est qu’elle est devenue pittoresque.

 

            Quelques bribes consacrées à Voltaire.

A Vancouver, -je- fait de l’ironie et se sent mal vu des autochtones.

 

            -Je- est en Sicile. Serait-ce la mode d’y aller? Selon lui et le tableau qu’il esquisse, il semblerait que non…bien que Palerme, éventuellement. Il arpente Agrigente, Taormine, Syracuse. Normal qu’il ait hésité à aller à Corleone, maffieusement et cinématographiquement célèbre. Ailleurs, l’art vit et fait vivre. Autant remonter le cours de l’Italie: Naples, Capri etc…et poursuivre les réflexions sur les livres et sur ceux qui les ont écrits. L’écriture apporte-t-elle une renommée momentanée ou durable?

Postérité, quand tu nous tiens!

 

            Parcours d’idées, parcours de l’Europe, parcours du monde; également parcours d’un esthète qui élit certains artistes, qu’ils soient écrivains, peintres ou sculpteurs.

 

-Je- se félicite d’avoir oublié Pompéi dans son périple. J’ai bien fait.

 

            Retour sur soi, sur ses idées, sur Paris et ses arrondissements où ont habité tels écrivains ou d’autres créateurs, en ce compris des architectes.

 

Le sculpteur Anthonioz, ami de –je- voit son adresse quasiment divulguée!

 

            Si –je- prétend que c’est la deuxième fois la meilleure, il est passé à l’acte avec la deuxième édition du jet de 1995.

Il arrive chez lui. Dernière phrase du livre: Te voilà, moi.

 

 

Autre forme de voyage: d’un Goncourt à l’autre.

Pierre Assouline   Du côté de chez Drouant   éd Gallimard et France Culture

                              Cent dix ans de vie littéraire chez les Goncourt

            Quand on a lu quelques œuvres majeures de P. Assouline, on ne peut que demeurer perplexe devant ce livre, issu des six émissions de France Culture à propos des débats ayant agité les membres du jury Goncourt depuis sa création en 1903.

L’auteur va jusqu’à 2012, année où lui-même devient juré.

 

            Cet amoureux de Proust, seul Goncourt (1919) à être un écrivain de génie, fait honneur à l’auteur de la Recherche par le biais du titre choisi. Il faut ajouter que les débats autour des goncourables se déroulent depuis 1914 chez Drouant, le restaurant qui doit sa renommée au Prix fondé par les frères Goncourt.

 

            Aussi le livre-répertoire-catalogue se décline-t-il en chapitres d’agapes: I. amuse-bouches; II entrées; III gros poissons, rôts et faisans; IV fromages; V desserts.

 

On lit ce répertoire d’écrivains siégeant jusqu’à ce que mort s’ensuive afin de libérer la place pour le suivant.

Ils sont dix: dix couverts.

 

            Ici, il ne s’agit pas d’un voyage d’idées mais d’un voyage de cent dix ans dont le départ est aussi chenu que la suite.

Il s’ensuit (c’est le cas de le dire) un sentiment de malaise devant l’étalage du catalogue d’une série d’écrivains moyens ou obscurs, appelés à être à la mode durant un mois. Ceux qui tiennent quelques dizaines d’années sont nettement moins nombreux. Un tas de scripteurs passés de mode.

Telle querelle, tel arrangement, telle poussée d’éditeur ou d’auteur.

Les discutailleries entre jurés du Goncourt d’un côté et jurés d’un autre Prix ne tarderont pas à apparaître.

 

            On espère autre chose que ces bruits de couloir qui peuvent amuser les auditeurs d’une émission de radio mais ne conviennent guère à l’écrit. Verba volant, scripta manent.

            Le lecteur a du mal à reconnaître Pierre Assouline ès qualités. Il enfile un éphéméride pensum complet, enjolivé de temps en temps par un trait d’esprit où l’on perçoit l’ombre de la patte de l’écrivain.

 

A la fin du volume (Desserts), on se rend compte que l’auteur de ce catalogue de la Redoute des Prix Goncourt, ne se montre pas dupe de l’exercice auquel il s’est livré.

Au chapitre des Annexes, on trouvera les différents dix couverts qui se sont succédé. En 2012, l’auteur du pensum occupe le dixième couvert.

            Les cent dix Prix sont listés, eux aussi. Il eût suffi de cela pour se rendre compte que les modes sont comme le temps: elles passent. Que d’inconnus brillèrent durant quelques semaines puis rejoignirent un vaste inconnu. Le sous-titre en devient inflatoire.

 

Claire Bondy

 

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