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Claire Bondy

En évidence cette quinzaine : 21/01/2014

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Bienvenue chez Claire Bondy: Au remède des mots
Paul Valéry: Chaque pensée est une exception à une règle générale qui est de ne pas penser.
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En évidence cette quinzaine : 21/01/2014
 

Gérard de Cortanze   L’an prochain à Grenade   éd. Albin Michel

            La seule chose qui ne soit pas surprenante dans la vie de l’auteur, c’est le fait qu’il va nous surprendre.

 

Le titre de son roman n’est pas dû au hasard car il souligne sa parenté avec l’expression mythique, l’an prochain à Jérusalem.

 

            Lors d’une interview radio avec la chroniqueuse, ce descendant par sa mère de Fra Diavolo, célèbre bandit italien en lutte contre Napoléon, et, par son père, le marquis de Roero di Cortanza, d’une famille piémontaise forcée à l’exil en 1893 après qu’elle eut lutté en faveur de Garibaldi, G. de Cortanze, aux intérêts aussi diversifiés que foisonnants, possède à un haut degré d’efficacité, un style déboulant comme un tonnerre et entraînant l’adhésion enthousiaste du lecteur.

            Traducteur d’espagnol, celui d’Espagne et celui d’Amérique du Sud,  il excelle dans la création de vastes sagas, basées sur un arrière-fond historique ainsi que dans celle de biographies d’artistes notoires, qu’il s’agisse de poètes, de peintres ou de lui-même.

 

            Son roman est dédié à Viviane Forrester et à Avraham B. Yehoshua, célèbre auteur israélien avec lequel, son héroïne éternellement jeune au travers des siècles, a conversé.

 

            1066: très scolairement, nous limitons cette date à Hastings qui vit la victoire du duc de Normandie sur le roi anglo-saxon d’Angleterre.

Pour cette fois, il s’agit d’une date endeuillant Grenade quand Gâlâh, jeune Juive de 14 ans, voit le commencement du jour coïncider avec le commencement de la nuit.

 

            Et l’auteur de synthétiser l’histoire et la géographie de la ville depuis le 8e siècle, lorsque les Berbères se rendirent maîtres de l’Andalousie.

           

Sur les trente mille habitants que compte Garnata al Jawud, vingt mille sont des Juifs qui, pour lors se préparent à fêter Roch Hachana.

Le père de la jeune Gâlâh, Samuel ibn Kaprun, se préoccupe de son livre, l’histoire de sa famille, c’est-à-dire celle de son peuple.

 

            La présence de Juifs à Grenade ne remonte pas, comme on le croit, au 3e siècle, quoiqu’une stèle en fasse foi.

 

Espagne, Sefarad, Hesperis (Occident) mais…

Les Ibn Kaprun, descendants de la tribu de Juda, s’installèrent en terre de Séfarad  au 6e.siècle avant l’ère commune, en tant qu’exilés de Babylone.

 

Hispania, calme province romaine, est une terre de fécondité jusqu’au moment où les descendants des envahisseurs wisigoths optent pour le catholicisme militant, obligeant les Juifs à la conversion, enlevant leurs enfants en vue d’un baptême et spoliant leurs biens.

 

            D’autres envahisseurs, Berbères musulmans, remplacent belliqueusement les Wisigoths, tout en accordant certains droits aux Juifs.

 

            On trouve des Ibn Kaprun dans le grand commerce ainsi que dans des métiers relevant de l’artisanat. On les voit aussi dans le commerce de l’or et de l’argent.

Ibn Kaprun, personnage de fiction, ne ressemble-t-il pas à celui que l’on connaît au 11e. siècle sous le nom d’Isaac Ben Kaprun?

 

            Les Arabes remplacent les Berbères. L’arbre généalogique de nos Ibn Kaprun de fiction, lance ses diverses branches dans différents directions selon les chaos des batailles et guerres les obligeant de fuir.

 

            Remarquons que les écoles rabbiniques et le nom des rabbins ou autres grands personnages mentionnés dans le roman, ont existé.

Seule fiction: les patronymes des personnages les plus importants de ce roman grandiose, notamment, Ibn Kaprun, Gâlâh et le fiancé musulman de celle-ci, Halim. Bien sûr, l’émir de Grenade, Abdar al-Fikri est tout aussi –vrai- que les trois précédents, dès lors que l’auteur jongle avec la réalité et la fiction.

 

            Samuel Ibn Kaprun naît en 1002 à Cordoue. Le futur lettré y apprend l’hébreu, l’arabe, le chaldéen, le latin, le castillan et le berbère.

 

1013: les troupes de Soleiman, entrant dans la ville, détruisent tout. Ils s’en prennent surtout aux Juifs et à leurs demeures. Les  Ibn Kaprun parviennent à se réfugier à Malaga avant de trouver à s’installer à Grenade. La tolérance relative du conquérant sur le conquis obéit à une nécessité économique.

 

            Ibn Kaprun, désormais à Grenade, écrit tout à propos de l’origine de la –dhimma-, séries de restrictions auxquelles les Juifs, devenus –dhimmis-, doivent se soumettre. L’auteur ne nous fait grâce d’aucun interdit! Non plus que des accusations mensongères visant les Juifs, tel l’empoisonnements des eaux des puits. Prétexte à massacres.

Ibn  Kaprun, après avoir été une sorte de ministre des Finances de l’émir de Grenade, Abdar al-Fikri, (personnage de fiction mais appuyé par les sûres connaissances historiques de l’auteur), est promu Nagid et Hadjib, à savoir, chef suprême de la communauté juive, chef du gouvernement de Grenade ainsi que commandant en chef de l’armée de l’émir.

Il se méfie cependant de son émir capricieux qui règne  sur un royaume de Grenade en pleine prospérité et dont l’auteur nous livre les détails éclaboussants et chamarrés. En même temps, le lecteur prend conscience du morcellement d’Al-Andaluz en des tas de petits royaumes. Ibn Kaprun se voit surtout chargé de la fortification de la position de son émir en tant que chef de ses armées et en vue de repousser tel cousin roitelet ou les armées chrétiennes en marche.

Le poète qu’il est obéit tout en continuant de composer des poèmes dédiés à sa fille unique Gâlâh. Il est en effet devenu veuf à la naissance de cette dernière.

En cette année 1066, victoire de l’émir tandis que Gâlâh aimerait que son père, sur occupé, s’occupe davantage d’elle. Or, par le biais d’un poème, il apprend de qui elle est aimée et qui elle aime: un musulman, Halim al-Labbana!

 

            La joie de Soukkhot s’en trouve ternie. Et même doublement à cause des propos d’un exalté musulman, sorte d’islamiste appelant à tuer tous les Juifs. Ses succès auprès de la foule décident de l’ordre d’exécution donné par le roi.

 

            Lorsque l’auteur se met à rêver d’une paix qui paraît utopique, son style accélère encore le mouvement grâce à la répétition de tel début de phrase faisant écho au même début de phrase antérieur tout en générant le suivant à l’identique. Le ton prend ainsi un tour incantatoire et ce, chaque fois que l’action se précipite.

A partir de la victoire momentanée de l’automne 1066, bien des réflexions désabusées se succèdent. Par exemple du genre de celle-ci: une société civilisée et intellectuelle sera toujours plus faible que celle des guerriers. En l’occurrence, des chrétiens.

 

            Bien entendu, Ibn Kaprun, le favori de l’émir est le plus exposé, accusé qu’il est de s’en mettre plein les poches.

 

            Sommes-nous en 1066 ou au 21e. siècle qui a écrasé les leçons infligées par la guerre 1940-45?

 

La date de 1066 est, elle aussi, répétée sur le mode incantatoire.

En cette date, Ibn Kaprun fait à sa fille un cadeau solennel: la Khomsa, boîte scellée et contenant la mémoire du peuple juif séfarade et même, ultérieurement, celle des Ashekenazes, fondateurs d’Israël.

31 décembre 1066: Gâlâh et Halim se découvrent réciproquement en s’unissant intimement.

 

A partir de cette date, l’auteur, qui s’est ultra documenté, nous fera traverser les siècles jusqu’à 2011, dix ans après l’attentat des Twin Towers le mard 11 septembre 2001, avec Gâlâh qui s’en souvient clairement.

 

            Le lecteur parcourra passionnément les siècles avec l’héroïne et grâce à la science de l’auteur qui, dans ses remerciements, cite quelque 89 sources dont la chroniqueuse n’a lu que 25 d’entre elles.

 

            Toujours en décembre 1066, le père de Gâlâh, héritière et symbole de la mémoire juive, est tué parmi tant d’autres.

 

G. de Cortanze émaille son récit d’allusions précises à de nombreux passages de la Bible. Il y ajoute de temps en temps un terme venu du yiddish. Plus tard, on retrouvera Juifs sépharades et ashkenazes unis dans l’horreur perpétrée par les nazis.

 

Pour lors, nous sommes toujours en décembre 1066. Certaines personnalités sont brûlées parce que juives.

            L’auteur, très au fait de la question, s’amuse à fictionner (licence littéraire?) des patronymes réels en patronymes inventés mais proches des originaux quoique déplacés dans le temps. Il le fera tout au long du roman: chapeau!

Exemples repris en vrac: Abraham ibn Ezra, rabbin andalou du 12e siècle pour Moshe ibn Ezra (1060- 1139), Yehouda Halevi ( +/- 1075-1140) auteur du Kuzari et descendu à Grenade avant de prendre la route de la Palestine et de mourir au Caire.

 

Quand, bien ultérieurement, Gâlâh sera à Tolède, havre de tolérance momentanée, où elle perdra son compagnon Halim, après avoir assisté à la mort de son père à Grenade, elle se cache dans la famille d’Abraham Barzilaï, médecin et grammairien. Très habilement, l’auteur utilise le patronyme d’un Abraham Barzilay  du 18e. siècle, en lieu et place de Yehouda ben Barzilaï, rabbin et talmudiste andalou ayant vécu la seconde moitié du 11e. siècle et le début du 12e.

On est dans le roman comme lors de précédents noms prononcés avec une connotation historique asseyant le propos d’un auteur artistiquement acrobate. 

 

Les Almohades succédant aux Almoravides, se révéleront pires que les précédents.

La peste à Tolède…Gâlâh, poursuivant le livre de son père et protégée par la –khomsa-, en est à rédiger des éloges funèbres.

 

Le lecteur suit son héroîne de siècle en siècle. Elle présente tantôt l’aspect de la jeune fille de 14 ans qu’elle fut en 1066 ou celui d’une femme d’une quarantaine d’années se faisant engager au fil des siècles, par des imprimeurs.

 

Ayant quitté Tolède, Gâlâh arrive… le 13 mai 1388 à Séville où bientôt une fureur anti-juive s’empare de la population.

 

D’exils en exils, de siècles en siècles, les Juifs se dispersent en Italie, Maroc, Tunisie, Lybie, Turquie, Bosnie…

Gâlâh, sous des dehors de –conversa- se sent plus juive que jamais en dépit de l’Inquisition créée et exigeant la limpieza de sangre.

On a les images de gens se trimballant sur les routes au sein de caravanes de muletiers. Torquemada, nouveau chrétien, atrocement zélé, est à l’œuvre pour jeter au feu les livres de sagesse juive après les avoir fait examiner un à un. Nous sommes le 10 mai 1483.

 

6 janvier 1492: Grenade succombe à un siège de 250 ans. Les Rois catholiques signent l’Edit d’expulsion des Juifs d’Espagne exécutable au mois de juillet suivant en cas de non conversion.

De nombreux conversos et marranes s’embarqueront sur les trois caravelles de Christophe Colomb.

 

Pour Gâlâh, il s’agit de préserver le ladino où qu’elle aille désormais. Au Portugal dans un premier temps, mais bien vite terminé en 1496 sous la férule inquisitoriale du roi Manuel.

 

Le lecteur suit avidement ce qui se produit pour les rescapés, qu’ils fuient vers la France, vers le Maroc ou l’Algérie. Charles Quint règne aussi sur Oran en tant que roi d’Espagne. On lui conseille fortement d’expulser une bonne partie de la juiverie d’Oran.

 

31 octobre 1668: Oran est définitivement vidée de ses Juifs.  

 

Autre direction pour Gâlâh: Istamboul. La vie des Juifs s’y organise sur un type communautaire.

L’auteur rappelle l’irruption de l’imposteur Sabbataï Tsevi, le succès de ses prêches ainsi que ses promesses de fin du monde. Que d’effervescence à Istamboul, que de départs vers Safed et Jérusalem, sans oublier Hébron, Jaffa ou Gaza. Les pachas ferment les yeux. Sans compter que les Juifs deviennent des –dhimmis-.

 

            Gâlâh part pour les Provinces Unies, y emportant le –ladino-, la langue des sépharades.

G. de Cortanze nous narre le dynamisme des Sépharades au port d’Amsterdam. Leur vie religieuse s’y pratique en toute liberté et le négoce avec le Nouveau monde bat son plein. Récits hauts en couleur. 

Où Gâlâh travaille-t-elle? Comme d’habitude, au sein d’une imprimerie, en dépit de son envie de s’installer à Bordeaux.

 

1834: abolition de la Sainte Inquisition. Gâlâh, symbole vivant de la pérennité sépharade, en est folle de joie. Elle parvient à communiquer à nouveau avec son cher Halim. Mais faiblement.

 

Par ailleurs, partout dans le monde, les pogromes et massacres continuent de s’abattre sur les Juifs. Cette montée des antisémitismes rappelle le Moyen Age.

 

Gâlâh est très prise par le journal sépharade Nozotros où elle mentionne la création de l’Alliance israélite universelle à Paris. L’auteur raconte le boum général de la presse dont certains journaux rapportent de quelle manière on opprime les Juifs, les accusant des pires crimes.

Prochain point de chute de Gâlâh: Paris.

 

            Ah, la loi d’Adolphe Crémieux accordant la nationalité française aux Juifs d’Algérie! Les Arabes, fous de rage, saccagent les juiveries.

On sait à quel point cet octroi aura des prolongements jusqu’au 20e. siècle, lors de l’indépendance de l’Algérie.

 

Joli clin d’œil de l’auteur à son livre –Pierre Benoit, le romancier paradoxal- au moment où un libraire consulté pour un achat par Gâlâh, conseille à celle-ci le dernier roman de l’écrivain, connu pour la beauté de ses maîtresses. Dans son œuvre –Le puits de Jacob-, P. Benoit voit arriver le sionisme.

 

A ce moment du roman, voici la période où ceux des Juifs qui parviennent à quitter l’Allemagne nazie, arrivent nombreux en Palestine, ayant fui le pays où Hitler fut élu et où les autodafés se multiplient. Souvenirs, souvenirs dans la mémoire séculaire de Gâlâh.

 

1939: après la guerre civile d’Espagne, Franco est reconnu par la France et l’Angleterre.

En Palestine, la Haganah passe à l’action tandis que le grand mufti de Jérusalem s’offre à prêter main forte à Hitler dans le massacre des Juifs. L’Angleterre prend la situation en main.

 

L’auteur évoque l’infâmant armistice signé à Rethondes et qui établit le régime de Vichy.

Franco a décidé de sa neutralité. Récit du sauvetage de Juifs par Franco: en effet, il leur accorde la nationalité espagnole.

 

Voilà pourquoi Gâlâh, ayant fui en Espagne, songe à revenir à Grenade. Sur le chemin, bien des rencontres opportunes sont racontées et qui décident Gâlâh à rentrer en France afin de s’impliquer dans la Résistance. Elle se retrouve en zone libre puis, passe par Genève afin de poursuivre son travail de résistante en faisant passer de l’argent prévu pour les ghettos.

 

Elle se fait arrêter non loin de Treblinka: elle note tout soigneusement dans son Livre du Guide.

Juillet 1943: 600 Juifs se révoltent dans le camp de Treblinka. Ceux qui parviennent à fuir sont assassinés par les paysans polonais, les fascistes ukrainiens ou des déserteurs de la Wehrmacht..

 

            Eté 1947: Gâlâh est à Paris. Des gens qui furent actifs avant  guerre, il ne reste rien.

 

 

Scandale de l’après guerre: trois ans après 1945, des gens sont encore dans des camps, aucun pays ne désirant les accueillir!

 

14 mai 1948: David Ben Gourion donne enfin le -la- du nouvel Etat: Israël. La ligue arabe entre aussitôt en guerre.

1949: Jérusalem est perdue dans sa majeure partie.

 

Les Arabes dénoncent un Etat colon.

Les Juifs séfarades sont défavorisés en Israël car l’Etat fut créé par des Ashkenazes!

 

Gâlâh se rend en Yougoslavie où les 70.000 Juifs qui y vivaient ne sont plus que 20.000 après le départ des troupes allemandes, hongroises, italiennes et bulgares. Les Juifs de la zone italienne échappèrent à la destruction.

1950: en Yougoslavie socialiste, être juif ne pose pas de problème.

L’héroïne, symbole et mémoire, s’installe à Sarajevo, recensant le comportement des pays arabes à l’encontre des Juifs qui y vivent. Certains, comme l’Irak et la Syrie empêchent les Juifs de quitter le pays, les rendant semblables à leurs prédécesseurs des ghettos.

 

L’Algérie libre est envisagée aussi: la situation s’est aggravée sous Boumedienne par rapport à Ben Bella.

 

Depuis Sarajevo, Gâlâh établit cartes et listes de ces Juifs, éternels exilés.

Paradoxe: les Juifs arrivés en Israël à cause de l’antisémitisme européen, ont fortement amplifié celui des Arabes.

 

Gâlâh obtient un poste de bibliothécaire et Halim reparaît.

L’auteur réalise un vivant rappel du passé austro-hongrois de Sarajevo.

Gâlâh en charge du fonds historique a conscience de manipuler des trésors, telle cette fameuse Haggadah de Carmona, datant de 1314.

Admirons au passage l’habileté du romancier, opérant un changement à peine perceptible à l’historicité des faits. Carmona est proche de Grenade.

Il se passa effectivement quelque chose en 1314, la Haggadah de Sarajevo. Elle fut perdue puis retrouvée à la fin du 20e. siècle car elle fut protégée par un Bosniaque musulman durant la deuxième guerre mondiale.

Ceci explique la présence du directeur Kamal Hazic, musulman athée comme il se définit.  Nous ne pouvons que remarquer l’habileté et la jonglerie du romancier qui demeure dans une fiction doublée de façon si originale par la réalité historique.

 

            Ce n’est qu’en 1968 que la justice espagnole reconnaît pour la première fois depuis 1492, la communauté israélite de Madrid et lui permet d’exister en tant que telle.

 

            Gâlâh, à l’image de ce qu’elle vécut il y a des siècles, tente d’établir des ponts entre les deux communautés juive et musulmane. Elle édite un mensuel, fréquente le club de femmes Laura Papo Bahoreta, la grande figure sépharade qui fut tuée  dans un camp de concentration en 1942.

Sachons que Laura Papo, dite la Bohoreta fut, entre les deux guerres mondiales très dynamique dans la vie culturelle, intellectuelle et politique de sa communauté sépharade de Sarajevo mais aussi en tant que citoyenne de la ville. Elle écrivait des pièces de théâtre et les présentait dans toute la Bosnie.

 

            Manifestement, Gâlâh reflète les idées de son créateur, l’auteur du roman, puisqu’elle invite même Avraham B. Yehoshua à un colloque où seront discutées les relations entre Juifs et Musulmans.

 

1991: Le Livre du Guide est-il à l’abri alors que la guerre se déclenche et que la Yougoslavie va éclater en morceaux indépendants?

Sarajevo bombardée, Gâlâh se dépense sans compter pour aider à nourrir, soigner, faire évacuer les gens de la ville.

 

13 septembre 1993: dans Sarajévo toujours assiégée, Gâlâh  apprend par Avraham B. Yehoshua que la paix a été signée entre Israéliens et Palestiniens. Une raison pour la toujours jeune fille de se rendre à New York dont l’auteur nous donne un aperçu des rues, de telle station de radio, d’un hôpital et d’un petit cimetière of the Spanish and Portuguese synagogue, 1656-1833.

Bien sûr, Gâlâh travaille au Metropolitan Museum au service des vieux manuscrits juifs et arabes.

 

1995: fin de la guerre en ex Yougoslavie.
Mais, au Proche-Orient, Israël répond aux attentats du Hamas. La liste des actes terroristes est entièrement décortiquée par l’auteur car détaillée à l’attentat près.

 

Mardi 11 septembre 2001: Gâlâh décide de prendre un ferry pour Ellis Island. Dix ans plus tard, elle pense encore à l’odeur de la fumée sur Ellis Island.

Elle a aussi annoté la liste des attentats que le lecteur lit avec une attention douloureuse.

 

Elle veut retourner à Grenade, elle y va mais ne reconnaît pas sa ville noyée sous des flots de touristes.

 

Où aller?

En France…où les inscriptions antisémites font florès à nouveau.

 

La jeune Gâlâh fréquente l’école Beth David. Sur le chemin, elle rencontre Halim qui fréquente le collège Jean Moulin.

 

Elle se sent seule à cause de toutes les tragédies qu’elle a vécues. Elle et son copain sont touchés par la bombe d’un attentat terroriste. Si Gâlâh s’en sort vivante, c’est que le sang de son copain tué, l’a protégée.

 

Manifestation  avec ballons blancs et rappel des paroles vives du Talmud et du Coran.

            L’Islam hexagonal se paie le prédicateur suisse, Tariq Ramadan. 

Attentat au restaurant Goldenberg, manifestation de soutien.

 

Mais la galaxie islamo-djihadiste ….souhaite la guerre…recrute parmi les déçus du Hamas.

 

            G. de Cortanze énumère les roquettes lancées sur Israël et ce, car les stocks d’armes amassés par Khadafi ont été volés en 2011.

 

Gâlâh, profondément malheureuse, part définitivement pour sa Grenade au parfum de jasmin.

 

Un roman grandiose, vibrant mais sans pathos: le lecteur, une fois plongé dans ce romanvrai, ne le lâche plus. La vérité historique y est entière de surcroît.

Ce qui différencie la lecture d’un tel roman d’un précis historique, c’est que le lecteur s’y sent en totale empathie dès lors qu’il est superbement écrit. Merci à l’auteur.

 

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En post-scriptum, le concert donné à Flagey le 20 décembre 2013, par l’ensemble musical

La roza enflorese   kantes djudéo espanyoles

            Fondé en 2000, l’ensemble offre le répertoire monodique séfarade recueilli par la tradition orale.

Le groupe associe des instruments rares à des instruments plus récents. Et en tout cas, d’époques différentes.

Bien sûr, en général, la musique séfarade accompagnant le chant, n’était au départ fournie que par un seul instrument: un tambour sur cadre.

Depuis 1492 et la diaspora séfarade, cette musique s’est enrichie considérablement.

La roza enflorese, par son répertoire et les instruments utilisés désire invoquer la nostalgie d’une certaine multiculturalité…plus rêvée qu’elle ne fut réelle.

On a pu aussi entendre sous les doigts d’un instrumentiste irakien faisant partie du groupe, un ancêtre lointain de la cithare, appelé Qanûn, et dont l’origine, mal connue encore, se situerait dans l’Empire byzantin ou en Perse vers le 10e. siècle.

On le trouve en tout cas mentionné dans les Contes des Mille et une Nuits.

Ceux qui n’ont pas eu la chance de vivre ce concert si apaisant, voire envoûtant, ont manqué quelque chose d’absolument charmeur et inédit. Et, miracle, la voix de la chanteuse était d’une magnifique harmonie.

 

Claire Bondy

 

 

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