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Claire Bondy

En évidence cette quinzaine : 20/02/2014

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Bienvenue chez Claire Bondy: Au remède des mots
Paul Valéry: Chaque pensée est une exception à une règle générale qui est de ne pas penser.
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En évidence cette quinzaine : 20/02/2014
 

Gilles Paris   L’Eté des lucioles éd. Héloïse d’Ormesson

            L’auteur possède le don rare de se couler dans le mental d’un gamin de 9 ans, trop vite mûri par des événements emberlificotés par la faute des adultes et dont il parviendra à démêler les nœuds apparemment inextricables. Que le gamin à l’œuvre se prénomme Simon ou Victor, tout finira par être résolu.

 

            Victor Beauregard écrit le livre de ce qui s’est passé un certain été, celui des lucioles, partie émergée d’un iceberg qui le fera remonter en amont de sa propre vie, c’est-à-dire dans celle de son père, au risque de se noyer au propre comme au figuré.

Un Victor ne peut remporter que des victoires.

 

            Il n’apprécie pas du tout que ses parents, toujours amoureux mais plus comme avant selon leurs dires, se soient séparés quand il avait 2 ans.

Un papa, photographe pour des guides touristiques, une maman libraire: cela fait des parents très occupés par leur travail. Les enfants éprouvent des difficultés à se faire une petite place.

            Serait-ce à cause de cela qu’Alicia, sœur aînée de Victor et dans les émois d’une adolescente de 14 ans, fugue souvent à la recherche de son prince charmant?

 

            Voici  Pilar, arrivée dans la librairie un an après le départ de papa. Depuis lors, deux mamans valent mieux qu’une…surtout que la seconde, originaire d’Argentine, offre souvent des cadeaux sous nos oreillers. Le papa vit à Paris tandis que la famille vit à Bourg en Bresse. De temps en temps, le père y vient brièvement. Mais Victor, de l’aveu de son père, sait que ses parents s’aiment toujours.

            Un hic de taille: le papa refusant de grandir, ne paie pas ses factures et se fiche des huissiers de passage…

 

            En outre, il y a les vacances d‘été à Roquebrune-Cap-Martin où le papa ne vient jamais. L’appartement que la famille occupe était celui de Félicité, la tante paternelle de Victor…décédée trois ans avant la naissance de l’écrivain en herbe.

Il est vrai que celui-ci se verrait bien dans la peau de l’un de ces écrivains défilant dans la librairie de sa mère et posant toujours la même question passe-partout à ceux et surtout à celles qui font la queue pour une dédicace hautement personnelle: -Votre prénom?-

 

            L’appartement de vacances dans la résidence, cela donne des vacances s’inscrivant dans les habitudes.

Là, Alicia, comme les deux mamans, requiert les services de Victor pour étaler de la

crème solaire. Lui-même, se sent très ennuyé des non-réponses à ses multiples questions.

Néanmoins, il y a mieux: Gaspard, devenu le meilleur ami de Victor pour les vacances.

 

Gilles Paris, au mieux de sa forme stylistique, virevolte dans les parlers symptomatiques des parents ou de la sœur, la dragueuse qui semble préférer un jeune Lorenzo quoiqu’il y ait un certain Luigi…

 

Et Justine? Victor, si jeune, éprouve-t-il un coup de foudre pour une gamine de son âge? Pauvre Justine, affligée de sa sinistre gouvernante Augusta. Pas du tout comme Madame la Baronne, mère de Justine. Celle-ci est-elle si impressionnante ou garde-t-elle au fond du coeur  une blessure encore ouverte?

            Les petits soucis de l’été valent mieux qu’un souci majeur relégué dans les arrière fonds du souvenir et qui finira par résoudre bien des énigmes de comportement.

 

Pas question de manquer Rosita, la gardienne de la résidence, bien sûr terriblement bavarde mais sélectivement. Elle ne parle que de la haute aristocratie qu’elle croisa naguère dans la résidence.

Victor enregistre tout mentalement mais sans trop s’y reconnaître. Seul élément tangible des goûts nobiliaires de Rosita: sa collection de magazines Point de vue.

 

Victor aligne les événements tels qu’il les reçoit: sans les trier selon leur relative importance. Une façon ingénue de voir le monde et mise en avant par le ton équanime de l’auteur.

 

            La Baronne a aussi des chagrins secrets à l’instar du père de Victor. Heureusement que le gamin ait son copain Gaspard pour s’amuser. C’est que celui-ci regorge de ressources en la matière.

 

            C’est à la résidence que Victor commence à connaître des bribes de la vie antérieure de ses parents.

 

Et les lucioles?

Victor les découvre avec étonnement et ravissement. Il en abandonne sa mère à ses livres et Pilar à ses peintures. Des tas de rêves se mettent à circuler dans sa tête tandis qu’il se lance à la poursuite d’un papillon. Il finit par arriver à un gros arbre creux: c’est le moment où il tombe nez à nez avec Tom et Nathan, deux gamins jumeaux du même âge que lui.

 

            Tom et Nathan vont se révéler des guides appréciables lors du tour des villas abandonnées par les propriétaires d’antan, tour qu’ils font faire à Victor.

Etranges jumeaux: qui sont-ils en réalité?

 

            Encore une énigme magnifiquement agencée par l’auteur qui, en poète, nous fait voyager dans le temps grâce à la visite des maisons vides et aussi à cause d’un passé non résolu puisque tu.

 

            Nous n’échappons pas à la poésie émanant de l’écriture de G. Paris. Nous plongeons dans une série d’images qu’il déploie avec une telle retenue qu’elles maintiennent tout sombre pressentiment à la lisière du bel été à lucioles…jusqu’au dernier moment.

Et quelle délicate palette de couleurs!

 

Nathan et Tom détiennent un tas de secrets nichés au creux de lourds souvenirs qu’ils dévoileront par bribes et morceaux, encore plus brisés que cela!

 

            Quant aux amours débutantes d’Alicia, elles n’échappent pas davantage à son petit frère qui se souvient même d’une escapade jusqu’à Lyon mais…

Les copines d’Alicia déplaisent profondément à Victor qui les flashe avec une ironie naïve mais tellement juste!

 

            De proche en proche, la connaissance qu’on a de Pilar va s’approfondir aussi. Elle peint à longueur de journées en conservant en permanence  auprès d’elle un coffret---rapporté d’Argentine et où se cachent des photos de famille en noir et blanc; cependant qu’elle-même s’affaire, grâce à ses couleurs, à faire renaître ses paysages d’enfance----comme des souvenirs à venir.

Victor, avec toute sa sensibilité, y devine de la tristesse..

            C’est que notre ami Victor observe tout puis réfléchit à ce que son attention de tous les instants lui a permis de capter.

 

            Justine, la fille de la baronne, et lui-même sont devenus de grands copains. Le gamin en est tellement heureux qu’il fera preuve d’abnégation à son égard lors d’un concours de natation. Et pourtant, pas de meilleur nageur que Victor!

 

L’arbre creux sert de commode boite aux lettres entre Gaspard et lui. Et ce, en dépit des fautes d’orthographe.

            Après tout, l’auteur n’oublie pas qu’il a créé des enfants.

Rendez-vous sera pris par les deux amis avec les jumeaux. Il faut que Gaspard voie toutes ces villas vidées de leurs résidents.

            Et les lucioles? Il y en a tant en cet été lumineux que cela effraie Pilar.

 

            Que de passages par le chemin des douaniers qui se révèle bien escarpé pour Victor arborant son âme de héros.

La preuve? Il ne craint pas la baronne. Il se sent en pleine confiance avec la maman de Justine. Curieux: la mèche blonde de Victor ramène des souvenirs pénibles dans le chef de la baronne qui, bien qu’encore une inconnue pour Victor…ne l’est pas pour tout le monde.

Voici revenu le souvenir de la sœur du père de Victor. Celui-ci préférerait que le voile pudique recouvrant tout cela, se lève enfin pour lui.

 

            Notre écrivain en herbe n’en oublie pas le livre qu’il est en train d’écrire. Mais il y a la visite des villas avec Justine et Gaspard. Sans oublier les étranges jumeaux, leurs guides.

 

            Certes, ils sont en vacances. Mais d’étonnantes énigmes se posent à eux lors de leurs découvertes pour lesquelles Justine a réussi à endormir sa vigilante gouvernante. Et pas avec de la poudre de perlimpinpin…

Les visites tournent court dès que survient un étrange vieillard qui leur déclare que, contrairement à ce que le petit groupe prétend, celui-ci ne possède pas la clé qui ouvre ces belles endormies. La preuve? Lui-même brandit la clé. Les jumeaux ont disparu.

 

            Intermède parisien de Victor chez son père où il lui redit qu’il voudrait le voir revenir à la maison. Désarroi de l’enfant quand son père lui avoue qu’il serait d’accord pour le faire si ce n’était impossible.

Par ailleurs, il apprend de son père comment Pilar a rencontré la maman de Victor. C’est que Charles, le père, l’avait découverte par le biais d’une exposition de ses œuvres dans une galerie de Paris.

 

            L’histoire des jumeaux, du vieil homme et des villas, Rosita va la dévoiler à Victor.

Une journée d’achats à Vintimille distrait Victor de ses préoccupations. Tout le monde est de la partie. Tant la baronne et sa fille flanquée de sa gouvernante que la famille de Victor. Bien entendu, Gaspard fait partie de l’excursion. Non, les jumeaux n’en sont pas.

 

La baronne, qui désire que Victor l’appelle Hedwige, lui montre une photo de Félicité, la sœur aînée du père de Victor. Photo de jeunesse qui perturbe le gamin. Tout à coup, il se rappelle un récent récit de la baronne concernant un accident sur lequel elle ne voulait pas revenir, intimant à Victor d’observer plutôt la magie des lucioles.

 

            Pilar apprend que sa mère vient de décéder. La seconde maman doit se rendre en Argentine. Départ douloureux pour tout le monde. Aussi, le frère et la sœur préfèrent-ils regarder les lucioles.

 

            Il y aura une autre visite de villa déserte et guidée par les jumeaux…dont les reflets dans l’eau sont absents alors que Victor, Gaspard et Justine peuvent s’y mirer. Pareil pour les miroirs!

 

Les jumeaux sont relativement présents au moment où c’est le temps…de remonter le cours du temps. Félicité, les jumeaux…. Victor apprend enfin ce qui s’est produit trente ans plus tôt et pourquoi son père s’est arrêté de grandir. Nul ne croit aux fantômes.

 

            Et tout s’explique logiquement. Victor, en dépit de sa fatigue, ne se fait pas faute de regarder les lucioles pendant la nuit.

Son projet de livre, il le confie à son amie devenue, la baronne.

Et cela aussi, il le raconte à la fin de son livre. Il n’y a plus qu’à tourner la dernière page sur le mot fin et rêver des lucioles de l’été.

 

Tout autre chose quoique la poésie se manifeste dans tous les arts.

Jean-Frédéric Neuburger, le prodigieux pianiste français, donne un concert à Flagey ce samedi 22 février à 14h.

Et il s’agira d’un moment musical acrobatique au vu du programme. 3 œuvres:

Chopin: sonate pour piano N° 3, op. 58

Michael Jarrell: étude pour piano

Robert Schumann: Kreisleriana op. 16

 

Il est à noter que J.F. Neuburger joue les Kreisleriana comme nul autre pour le moment. L’artiste funambule

 

Né à Paris en 1986, il découvre la musique quand il a huit ans. C’est tout de suite une éducation musicale intense et intensive! Le piano avec Claude Maillols; la composition auprès d’Emile Naoumoff; l’orgue avec Vincent Warnier. En 2000, il entre au Conservatoire de Paris où il obtient cinq Premiers Prix.

Il reçoit les encouragements appuyés du compositeur Henri Dutilleux. Sa carrière d’interprète débute quand il a seize ans. Il a à son répertoire les compositeurs classiques et contemporains Les festivals internationaux se l’arrachent. Il joue accompagné d’orchestres prestigieux et dirigés par des chefs tout aussi prestigieux. Il compose. Ses enregistrements sont applaudis par  tous les critiques. Depuis 2009, il enseigne au Conservatoire de Paris.

Alors quand Neuburger vient offrir un concert solo comprenant les Kreisleriana, ça ne se rate pas.

 

Post scriptum:

Il serait dommage de manquer l’exposition Les mondes de Gotlib au musée d’art et d’histoire du judaïsme du 71 de la rue du Temple, Paris 3e.

Né en 1934 à Paris, Gotlib a fourni plus ou moins 200 planches originales (publiées et jamais exposées). Il s’ajoute à cela des archives photographiques, écrites et audiovisuelles. L’expo fait s’entrecroiser l’artiste, le juif athée et l’anticonformiste.

Alors? Des vacances se profilent à l’horizon

Claire Bondy

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