Accueil - sefarad.org
 
Claire Bondy

En évidence cette quinzaine : 05/11/2012

    MENU    

SEFARAD.org
Bienvenue chez Claire Bondy
AIDEZ-nous
Page PRECEDENTE

Bienvenue chez Claire Bondy: Au remède des mots
Paul Valéry: Chaque pensée est une exception à une règle générale qui est de ne pas penser.
...........................................
En évidence cette quinzaine : 05/11/2012
 
Avraham B. Yehoshua     Rétrospective     éd. Grasset
                                            traduction de l’hébreu: Jean-Luc Allouche

Les grands auteurs se transcendent dans leurs œuvres. Et celui qui naquit en 1936 à Jérusalem au sein d’une famille sépharade, se projette dans la création de Yaïr Mozes, réalisateur de cinéma et principal personnage du roman qui se découpe en neuf parties. Le voici invité à Saint Jacques de Compostelle pour trois jours afin d’assister à la rétrospective de ses plus anciens films où figure en vedette Ruth, une actrice qui l’a accompagné et regrette sa part de gloire, désormais crépusculaire. Reçus en hôtes de marque, ils partagent chastement la même chambre. Juan de Viola, aussi digne ecclésiastique que cinéphile accompli , accueille ce nouveau genre de pèlerins en hôte accompli. Il semblerait que le scénariste antérieur, Trigano, ait eu l’idée de cette rétrospective. Et pourtant, voici belle lurette que le cinéaste Mozes, autrefois professeur des écoles, est brouillé avec le scénaristeTrigano qui fut son ancien élève. En ce temps-là, tous deux fonctionnaient à l’unisson, ayant embrassé la carrière cinématographique ensemble. Certes, la rétrospective de l’œuvre mais aussi la visite d’une ville de légende! La chambre de l’hôtel où sont hébergés Mozes et Ruth, est ornée d’une peinture dont le thème fut ressassé par des générations de peintres: -Caritas romana-. On y voit une jeune mère allaitant un vieux prisonnier. En quoi une scène équivalente écrite par le scénariste Trigano, ombrageux compagnon d’alors de Ruth, en pleine splendeur de sa jeunesse des années 1960, en quoi a-t-elle provoqué la brouille irrémédiable entre Trigano et Mozes? A quoi s’ajoute le souvenir du défunt directeur de la photographie, Toledano, amoureux transi de Ruth et néanmoins restreint à une passion platonique. En tout cas, marié, il demeura fidèle à son égérie d’antan en lui faisant tourner sur le tard, des films publicitaires. Pendant les trois jours de la rétrospective, différents guides alterneront pour se mettre à la disposition des éventuels souhaits touristiques de Mozes…durant les brefs intervalles d’interruption de l’ancienne filmographie. On apprend que la mère de Juan de Viola fut actrice et joua dans des films muets de Bunuel.
Yehoshua, qui pousse la sportivité de son personnage jusqu’à le faire désirer de se confesser auprès d’un autre prêtre, va nous plonger, par le biais des souvenirs de Mozes, dans ce que fut le jeune état d’Israël; de ce que fut l’entente fusionnelle avec son scénariste Trigano. Et en arrière-fond, se profile Saint Jacques de Compostelle, ville de Galice et destinée à recevoir des garnisons de militaires sous la dictature du Galicien Franco. L’auteur décortique tout: voici aussi les souvenirs précis de l’utilisation du logis des parents de Mozes pour figurer des endroits différents et nécessaires au réalisateur; le succès de la rétrospective des films auprès d’un public avide de questionner Mozes; la traduction de l’hébreu en espagnol suscitant d’autres réflexions; la mère de Mozes jouant dans un des films suscite le rappel de souvenirs familiaux etc… En filigrane, la peinture –le Charité romaine-: il s’agit d’un leit motiv qui ne cesse de hanter le cinéaste septuagénaire, par ailleurs heureux père et grand-père. Autre film, autre rappel: la guerre des Six Jours. Mozes se souvient de ses options artistiques du moment et si différentes de celles que ses œuvres ultérieures ont prises.. Thème de l’actrice qui n’est pas encore une has been, peu s’en faut, mais qui paraît se ressourcer à la vue de ses anciens films. Israël maintenant et sa comparaison avec celui des années cinquante-soixante. Une tempête immémorielle se déclenche dans le chef de Mozes.
Yehoshua détaille au scalpel la vie actuelle en Israël en la comparant à la vie antérieure et ce, par le biais des discussions approfondies sur les films de la rétrospective, métaphore ciselée d’un pays, de ses habitants comme de la psychlogie si diversifiée de tous ses personnages. Une des clés du roman? Ce tableau, -la Charité romaine-, où Pera donne le sein à Cimon. Surprise de retrouver Trigano dans le présent de Mozes et une dernière exigence: double surprise nimbée de cruauté.
L’auteur, nominé pour le Médicis étranger 2012, est porteur d’un trousseau de clés dont l’ensemble permettra d’accéder à une œuvre majeure qui rend hommage à Kafka et au mythique Don Quichotte de Cervantès. Une méditation psychologico-philosophique sur fond de vie quotidienne.
La –Charité romaine-? L’origine et la fin.
 
 
David Grossman     Tombé hors du temps     éd. du Seuil
                                   récit pour une voix
                                   traduction de l’hébreu: Emmanuel Moses
 
Le prix Médicis étranger 2011 évoque, et comme on le comprend, la mort d’un enfant. Cette voix unique qui en symbolise un cortège d’autres, a la force d’un chant de déploration incantatoire. Ce silence, peuplé de mots aussi poétiquement denses que la douleur évoquée par le cante hondo andalou, parvient à sa rupture au sein du couple dès lors que le mari quitte sa maison pour parvenir là-bas où se trouverait son fils depuis cinq années de silence. La décison de l’homme de s’en aller permet au couple qu’il forme avec son épouse, de parler de ce jour-là, de cette nuit où la nouvelle de la mort de leur fils leur est tombée. Ils évoquent leur fils mort mais en le voyant vivant, en respirant son odeur de vivant. O profonde injustice que celle qui rend des parents orphelins de leur enfant. C’est pourquoi, l’homme veut partir là bas en dépit des avertissements de sa femme. Dans ce no mans land de la vie, on flotte dans l’intemporel car l’homme se met en marche, bientôt suivi par le cordonnier, la sage-femme, le professeur de mathématiques, la réparatrice de filets. Tous sont en deuil de leur enfant. Intemporalité du chroniqueur qui rend compte au Duc: eux aussi feront partie du cortège, devenu le symbole de la perte suivie de l’errance. Et ce centaure écrivain qui clame sa colère, intemporalité aussi? Le mouvement du cortège impulse la voix et le chant de la déploration: tous sont différents et pourtant dans une douleur identique, la perte de leur enfant tombé hors du temps. Ils apprendront qu’ils sont solidaires, tous détruits par le chagrin. Aussi vont-ils entrelacer leurs peines et cheminer jusqu’à la muraille qui, tout à coup, divise et fend le monde. Vision ou début de réflexion sur la perte, sur la nécessité de séparer douleur et mémoire. Pour y arriver, le centaure écrivain sent qu’il importe de pétrir sa douleur afin de l’épurer et de la mêler à quelque chose venu du fond de lui-même. Désormais, sa vie sera suspendue à la pointe de sa plume. On entendra parler l’enfant une seule fois. Unique planche de salut: s’enfouir dans la création littéraire.
Et celle-ci atteint le sublime de l’oratorio.
 
 
A ce propos, mentionnons la création du mouvement musical et para musical européen
Il s’agit de l’odyssée européenne de jeunes artistes, compositeurs, interprètes, festivals dédiés à la musique contemporaine classique. Ce projet européen multimédia d’une audace culturelle exceptionnelle a vu le jour à Flagey en octobre 2012 et après deux ans de gestation fertile, partie de l’Ircam en 2010. Il s’agit d’une union européenne avec des souvenirs voyageurs rappelant les périples d’apprentissage à la mode au 18e siècle. La crise mondiale ambiante a généré un esprit de défense et illustration de la jeune création européenne. Tout le monde est concerné:
-le public qui accueille les créations.
-l’interprète qui représente le médiateur entre compositeurs et public.
En mars 2012, la Communauté européenne soutient le projet qui ne se limite pas à la seule musique mais y ajoute d’autres disciplines artistiques. Il s’agit de préparer l’avenir en faisant circuler les œuvres.
Se sont retrouvés à Flagey pour la naissance officielle: la Belgique, la France, l’Allemagne, la Grande Bretagne, la Hollande, l’Italie, la Finlande, la Hongrie.
Ainsi, dans des villes festivalières comme Aldeburgh, Bruxelles, Paris, Darmstadt, Royaumont etc…les activités pourront se réaliser comme suit:
Meet and Create où des jeunes compositeurs ou interprètes rencontreront des mentors internationalementreconnus dans le but d’expérimenter ensemble. Cela permet un travail à long terme par des échanges créatifs
Beyond Limits où les nouvelles œuvres crées circuleront hors frontières et seront interprétées par des artistes musicux reconnus (orchestres, chœurs, solistes)
Not alone où se développent les activités unissant musique, danse, vidéo, théâtre.
Design the future où les très jeunes artistes et publics sont mis en activité.
Initiatives multiples et d’utilité publique.. . …
 
Claire Bondy

- Copyright © sefarad.org - 1997 - 2016

CONTACT

Retour au site sefarad.org -