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Claire Bondy

En évidence cette quinzaine : 21/03/2014

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Bienvenue chez Claire Bondy: Au remède des mots
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En évidence cette quinzaine : 21/03/2014
 

Jacques Schlanger :   « Vivre selon la nature »    éd. Herrmann

 

            L’auteur a enseigné la philosophie à l’Université hébraïque de Jérusalem.

Son dernier opus, édité en décembre 2013, poursuit une longue bibliographie dont les titres révèlent l’amplitude de ses intérêts.

 

            Entre autres, le souci que toute morale de vie ressortit directement de la philosophie qui l’a engendrée. En quelque sorte, rendre la philosophie quotidienne ! Voilà qui fait des Grecs anciens, nos contemporains.

 

            Qu’ont-ils dit ou écrit ? Qu’il importait de vivre selon la nature.

 

Quelques titres antérieurs témoignent à la fois de la diversité d’intérêts de J. Schlanger et prouvent qu’ils sont médités en fonction d’une vie où point n’est besoin de se tordre les méninges pour vivre… philosophiquement.

-« La philosophie d’Ibn Gabirol »

-« La Solitude du penseur de fond » (sic : voir –La solitude du coureur de fond-, film de Tony Richardson.

-« Guide pour un apprenti philosophe »

-« Le Jeu des Idées » etc….

 

            On l’aura compris : J. Schlanger s’intéresse prioritairement à l’éthique et insiste sur la manière délibérément non historique non plus qu’érudite, de traiter des philosophes mais de les envisager tels qu’ils sont.

            Les « Diogène et Aristippe, Epicure et Epictète, Marc-Aurèle et Sextus sont vivants pour moi »

            Avantage immédiat pour J. Schlanger : lui, il est vivant. Et libre d’utiliser leurs mots « à ma guise »

 

            Ce qu’il apprécie en eux, c’est qu’ils soient en prise directe avec la vie, « surtout----les Epicuriens et les Stoïciens » qui parlent de leur comportement quotidien et non d’une quelconque doctrine.

            Epictète, Epicure et Marc-Aurèle réfléchissent au comment « bien vivre ». Les deux premiers s’adressent à des disciples qu’ils « poussent en avant »

Quant à Marc-Aurèle, il s’applique le stoïcisme à lui-même, tout en ayant présente à l’esprit, la pensée d’Epictète.

 

            Pourquoi ce choix de série où n’apparaissent ni « Platon, ni Aristote » ?

L’auteur prend ses marques : convaincu de l’immanence, il se tient éloigné de Platon, adepte d’une forme de transcendance.

D’autres raisons excluent Aristote. Celui-ci, vu « son succès » faisant de lui un maître universel et vu son raisonnement emportant l’adhésion quasi générale, perd cette once de « provocation » apparaissant chez ceux énumérés ci-dessus.

 

            Quant aux autres, tels Epicure, Epictète, Marc-Aurèle ou Diogène le Cynique, ils sont les interlocuteurs de J. Schlanger car leur fréquentation  le met sur la voie de la –bonne vie-.

En quoi consiste la dite –bonne vie- ?

 

            Bien sûr, chacun se débrouillera pour y répondre au mieux. Néanmoins, logiquement, une telle –bonne vie- possède des caractéristiques communes à tous les êtres humains.

            L’auteur, avec une stimulante rigueur, va au-devant des Cyniques, des Cyrénaïques, des Epicuriens, des Stoïciens et même des Sceptiques afin d’interpréter leurs idées sur la meilleure façon de bien vivre.

Et ceci découle de notre relation à la nature, pratique qui requiert de nous un effort, voire une ascèse.

 

            Selon les Cyniques, l’être humain doit prendre conscience du fait qu’à l’origine, il était un animal raisonnable : seule possibilité pour lui de retrouver son paradis perdu.

 

L’auteur nous montre les divergences séparant les tenants de telle philosophie de ceux de telle autre.

Mais, point d’incompatibilité entre celles-ci dès lors qu’elles prônent de –vivre selon la nature-.

            L’intérêt de l’étude de J. Schlanger réside dans le fait qu’il rende des idées, apparemment anciennes, tout à fait contemporaines.

Par exemple, l’écologie radicale, si insupportable, rappelle la conception cynique du rapport entre l’homme et la nature : option des Stoïciens. En effet, ceux-ci désirent se fondre dans la nature jusqu’à faire disparaître toute individualité.. On serait une parcelle infime du Tout, mais une parcelle éternelle !

            Pour des écologistes purs et durs, la terre est une entité vivante à laquelle participent tous les êtres vivants.

 

            Il ne faut quand même pas oublier que –vivre selon la nature- n’implique pas de faire abstraction de soi. Ce serait comme si l’on se retirait de la nature-même.

            Choisissons donc d’harmoniser notre nature avec la nature. Pas question d’abnégation !

C’est par sa propre présence que l’homme s’offre à la nature.

 

            Dans ce monde de l’immanence, il est –sujet- et responsable de soi. Ses actes ne requièrent aucune récompense divine.

 

Pour l’auteur, ce qui détermine les différences entre les philosophies cynique, cyrénaïque, stoïcienne, épicurienne, c’est la manière dont on s’engage dans la vie.

            Attention : surveiller la différence entre ce que l’on croit être et ce qui devrait être !

 

La conception de –bonne vie- ne préexiste pas à la vie-même. Il ne s’agit pas de se plier à un programme pré établi mais de la possibilité de choisir une manière de vivre et d’y réfléchir constamment.

            Oui, philosopher est une gymnastique qui nous offre la richesse d’exercer nos facultés. En conséquence, de faire fructifier la nature.

Par exemple, nous dit l’auteur, la « lecture directe » offre une relation intime avec ce qu’on lit et permet à l’esprit de se développer. Apport à la fois concret et métaphysique.

 

            J. Schlanger compare ce genre d’entraînement à celui auquel se soumet un athlète. C’est précisément ce qu’estime Epictète.

 

            Comment bien vivre ? C’est plus difficile pour l’être humain que pour les plantes et animaux. Comment  s’y reconnaître ?

 

Conserver son –être- ne se fait pas instinctivement. L’être humain, doté d’intelligence, s’aperçoit et de son insuffisance et de sa supériorité. L’une et l’autre se tiennent étroitement.

            « Etre ou ne pas être » tergiversait Hamlet.

 

Pour J. Schlanger, le suicide participe d’une volonté d’être, de vivre. Si le sujet estime ne pas vivre de façon adéquate, il peut choisir de ne plus vivre pour ne pas le faire de manière inadéquate.

 

Mais, est-on habilité à en juger adéquatement soi-même ?

 

            Un livre plein d’interrogations et ouvert largement par Jacques Schlanger.

                                                                                                        

 

Claire Bondy

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