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Claire Bondy

En évidence cette quinzaine : 03/12/2012

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Bienvenue chez Claire Bondy: Au remède des mots
Paul Valéry: Chaque pensée est une exception à une règle générale qui est de ne pas penser.
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En évidence cette quinzaine : 03/12/2012
 
Roberta Rich     La sage-femme de Venise     MA éd.
                           Traduction française: Michel Saint Germain
L’auteur naît en 1946 à Buffalo, au nord de l’Etat de New York et vit quelque temps à Rochester. D’une ville provinciale à l’autre, elle immigre au Canada, à Vancouver. Avocate en droit de la famille, elle exerce durant 25 ans. En vacances à Venise en 2007, elle est fascinée par l’histoire du Ghetto et, plus précisément, elle s’attache au mode de vie des femmes du 16e siècle vénitien, se posant en outre des questions sur le poids séparatiste des religions et sur l’approvisionnement de Venise, ses bateaux se faisant arraisonner par les pirates qui infestaient la Méditerranée.
Il n’est pas surprenant que ce roman d’aventures soit devenu un best-seller. La lecture, simple et agréable, nous berce au coin du feu. Et pourtant, nous vivons tous les périls de cette année 1575, que ce soit à Venise ou sur l’île de Malte où règnent les Chevaliers de l’ordre de Malte, maîtres ès esclavage par le biais de leurs hommes de main ou apparentés. Tel chapitre à Venise, tel autre à Malte, sur le chemin de l’Orient regorgeant de ressources.
Hannah vit avec son époux Isaac dans le Ghetto Nuovo dont les portes sont verrouillées dès le crépuscule et rouvertes à l’aube. Sage-femme experte, elle a même inventé un système mécanique lorsque l’enfant manifeste quelque difficulté à naître. Sa renommée semble avoir franchi les sévères limites du Ghetto puisqu’un chrétien de la haute noblesse vénitienne, guidé par le rabbin, vient la chercher afin qu’elle aide son épouse, parturiente permanente d’enfants morts. Pour lors, Isaac est sur les mers. Quant au rabbin, confiné dans son orthodoxie, il se contente de répéter l’interdit: une Juive n’a pas le droit d’aider des chrétiennes à donner naissance. Il en sera pour ses frais et Hannah, réussissant là où tant d’autres avaient échoué, est célébrée par le comte di Padovani et reçue à sa table. Quant aux deux frères du comte, jaloux de la fortune de leur aîné, ils vont ourdir force complots et devenir des assassins. Matteo, le nouveau-né, risque le pire au moment où le couple di Padovani doit s’embarquer pour un bref voyage indispensable mais qui lui sera fatal. En outre la peste, qui se répand à Venise, réunit enfin Hannah et sa sœur Jessica dans la maison de la riche entretenue que celle-ci est devenue. Entre une multiplication de malheurs dus à la peste et ceux qui s’abattent sur Isaac à Malte, captif de pirates et racheté par une intraitable religieuse marrane, le lecteur vit aussi bien la vie bigarrée, mercantile et esclavagiste de Malte où la splendeur des possédants ne connaît pas de mesure, que les aléas subis à Venise par Hannah qui avait réclamé au comte 200 ducats pour son travail afin qu’elle puisse racheter son Isaac tant aimé. Lui-même, héros astucieux, ne songe qu’à s’enfuir de Malte alors qu’Hannah s’apprête à le rejoindre avec le petit Matteo habilement sauvé de la peste et de ses oncles. Il n’a plus qu’elle. Hannah et le bébé sur un bateau vers Malte; Isaac, fuyard et passager clandestin sur un bateau à destination de Venise. Il arrive qu’une tempête se produise; il arrive qu’Isaac réalise un sauvetage exceptionnel; il arrive que la sage-femme de Venise se révèle une aide puissante pour l’épouse d’un riche Turc, rencontrée sur le bateau; il arrive que les péripéties dangereuses se succèdent de manière inattendue; il arrive que…
Voici un roman où les détours se produisent au sein d’un suspense se prélassant dans l’Histoire de l’époque, en épigone d’Alexandre Dumas.
 
Adrien Goetz     Intrigue à Venise     éd. Grasset
Quoi de plus logique que Venise, ville d’art, d’histoire, de recoins insolites voire secrets, pour y installer une intrigue policière? A. Goetz est agrégé d’histoire, docteur en histoire de l’art, maître de conférences en Sorbonne et bénévole dans l’ONG –Patrimoine sans frontière-. Voilà un monsieur bardé de diplômes, de connaissances démultipliées et qui n’en est pas à son coup d’essai dans le roman policier posé sur un socle artistique. Ici aussi, on plonge dans la vie d’un couple. Mais, l’amour est d’autant plus solide qu’il s’appuie sur une harmonieuse distance, quoique fusionnelle. Pénélope, plus rapide que le prénom qu’elle porte, exerce le métier de conservatrice du patrimoine; quant à Wandrille, son ami de cœur, il est journaliste. C’est un esthète plein de curiosité, partant fouineur quand l’occasion se présente. Pénélope est appelée à participer à un colloque à Venise: elle est prise au dépourvu, connaissant la ville par cœur…mais de manière livresque! Pourtant, arrivée sur place, elle se présente comme quelqu’un possédant Venise sur le bout des doigts. Passage à l’acte dans une ville où tant d’écrivains français furent et sont gratifiés d’une inspiration féconde.
Que d’acrobaties géographiques réalisées pour passer de Paris à la Villa Médicis de Rome! Tel est le cas de l’écrivain français Achille Novéant. Une menace plane sous la forme d’une tête de chat mort avec une tache blanche entre les oreilles et accompagnant un mot de sinistre augure. Wandrille voit l’annonce à Paris, lors de l’interview de l’écrivain Craonne, rival de Novéant, et au pied d’une moulure de la statue équestre du Condottiere Colleone. A Venise, devant l’église San Zanipolo, Pénélope a observé le même phénomène, tête de chat mort et papier, au pied de la statue du Colleone sculptée par Verrochio. Il s’agit d’une menace de mort à l’encontre d’un écrivain français. Et comme il y en a beaucoup qui traînent du côté de Venise, perplexité et angoisse se succèdent parmi tous ces gens de lettres amis, donc rivaux. L’auteur a le chic pour semer des cailloux balisant une foule de perspectives laissant le lecteur imaginer des solutions qui s’avèrent toutes erronées, dès lors que les arcanes sont innombrables. Autre écrivain aux dents longues, d’autant plus détesté qu’en dépit de son jeune âge, on le proclame étoile montante de la littérature: Gaspard Lehman, dont la chevelure brune est trouée d’une tache blanche près de l’oreille gauche. Quant à Novéant, fils d’un ancien résistant, il est très ami avec l’ex- ambassadeur, désormais directeur de la Villa Médicis, Rodolphe Lambel, fils d’un fonctionnaire de Vichy.
Le noeud du crime qui sera perpétré? La recherche d’un tableau de Rembrandt inconnu. Wandrille se doit de rejoindre Pénélope à Venise afin qu’ils poussent leur enquête ensemble. A. Goetz inscrit son thriller dans le cadre d’une Venise, sertie de ses îles environnantes qui contribueront à épaissir le mystère et ajouteront, de San Michele à l’île Noire (mentionnée sur le papier menaçant posé à côté de la tête de chat), davantage de piment à l’enquête menée par le couple Wandrille et Pénélope.
Que d’événements imprévisibles: le vieux restaurateur de tableaux n’a pas dû voir son assassin survenir; Gaspard Lehman a reçu un coup de couteau dans le bras, Pénélope se laisse séduire par un membre du colloque… Une certaine Rosa Gambara reçoit dans son palais la société littéraire, les deux enquêteurs et tant d’autres: il est vrai qu’à la télévision elle anime une émission vouée aux belles lettres, belle occasion pour l’auteur de signaler son passé familial mussolinien puisque sa grand-mère fut la secrétaire du comte Ciano. Pourquoi Achille Novéant est-il mort? Où se cache le tueur? Que faisons-nous à Munich alors que tout se tisse à Venise, quoique…
Non content de mystifier le lecteur en tirant des fils de plus en plus de plus en plus nombreux et difficiles à dénouer, Adrien Goetz le promène dans des endroits de Venise hors des sentiers battus par des cohortes de touristes marchant au pas de Vivaldi, poisseux comme un sirop de fraises. Cela ne l’empêche pas de nous faire entrer dans les principaux musées ou de nous déposer au café Florian avec les foules japonaises. Quant à la cuisine vénitienne, on s’en pourlèche les doigts tout en buvant le célèbre Spritz, souvenir de l’Empire habsbourgeois. Deux intermèdes par rapport à l’intrigue et notamment le fameux bal de Bestegui, célèbre fête menée en 1951 par le propriétaire du Palais Labia, Carlos de Bestegui y Iturbe. Le palazzo lui appartint de 1945 à 1963, année où la RAI l’acquit. 
Un roman policier, un roman artistique, un roman d’amour de la peinture et dans lequel la verve malicieuse et les mots d’esprit de l’auteur font merveille.
 
Alain Berenboom     La recette du pigeon à l’italienne     Genèse éd
                                   D’un roman policier, l’autre. D’un couple, l’autre.
Dès lors que son héros détective, Michel Van Loo, a mené deux enquêtes couronnées de succès, pas de danger que l’auteur le conduise à se faire pigeonner dans le problème apparu lors de la chute d’un pigeon voyageur dans la chambre d’Anne, fiancée du détective et aide précieuse lorsqu’elle n’est pas occupée à shampouiner quelque dame aux cheveux bleuis, dans le salon de coiffure de Federico. Quant à ce dernier, il se souvient fièrement de son récent passé de résistant italien communiste ayant contribué à la chute de Mussolini et devenu un syndicaliste de choc.
Nous sommes dans la Belgique de 1949, prospère à nouveau grâce aux bassins houillers de Liège et du Hainaut, alimentés par la force de travail de nombre d’Italiens, devenus la proie de passeurs qui s’enrichissent à leurs dépens. Tout cela sur fond de Question Royale, posée avec le plus de vigueur en Wallonie, région qui en 1950, refusera le retour de Léopold III sur le trône de Belgique.
Pourquoi le syndicaliste Amati a-t-il été tué? Son enterrement va drainer des foules éplorées. Au même moment, le Giro, tour cycliste italien, est suivi avec passion par Federico qui encense Fausto Coppi et agonit d’injures l’éternel second et grand catholique, Gino Bartali.
Hubert, le pharmacien polonais, installé à la place des Bienfaiteurs à Bruxelles, rafistole le pigeon voyageur prénommé Simeone par son propriétaire. Ce Monsieur Lisone, millionnaire pourri par son trafic d’Italiens, se sentant menacé, fait appel au fiancé détective, déjà préoccupé par la mort d’Amati.
Alain Berenboom prend un vif plaisir à mettre le lecteur au défi de se reconnaître dans ce sac de nœuds sous-tendu par le rappel de faits historiques d’après-guerre où la prospérité des bassins industriels belges jetait ses derniers feux, alimentés par la misère des ouvriers –importés- par de douteux richards, eux-mêmes soutenus en sous-main par certains hommes politiques sans scrupules bien protégés par tel ondoyant et puissant prélat. Fresque de taille!
Post-scriptum sans rapport avec ce qui précède, I
 
Jean-Claude Grumberg     La reine maigre     éd. Actes Sud Papiers HEYOKA JEUNESSE
                                              Théâtre.
                                              Illustrations Camille Jourdy
Vive le saugrenu! Voici du théâtre pour enfants PEU enfantin et peuplé d’une foule de personnages puisque nous sommes au pays de Trop, à la Cour du Roi Gros et de la Reine Maigre, parents de six filles et, enfin de deux garçons, jumeaux disparates, Barnabé et Bernaba. Qui dit Cour, envisage de subalternes manants et manantes, sans compter une narratrice, une voix venue des cieux, un prélat qui s’arroge le droit d’interpréter la dite voix et flairer le diable et ses intentions. Un chambellan essaie, tant bien que mal, de maintenir les souverains dans la concorde, tout en espérant les remplacer. En cette époque si lointaine mais si proche, ne nous étonnons pas d’expressions fleurant tantôt la Préciosité d’Ancien Régime, tantôt le Moyen Age des châteaux forts. Le Roi et la Reine pratiquent le langage le plus grossier possible, assorti des jeux de mots de l’auteur, faisant flèche de toute expression habituelle, de tout proverbe ou lieu commun pour les détourner de leur sens premier avec un esprit d’à propos qui entraîne un rire d’adhésion et de dérision.
Un jumeau gros, un maigre: qui règnera? La lutte commencée entre le roi et la reine pour le choix des prénoms, s’achèvera dans le sang. Quand il y a gémellité, comment déterminer qui serait l’autre et qui serait l’un? Appeler la reine ma mie peut impliquer qu’on se trompe en proférant ma croûte. La narratrice se transforme en vieillard chenu: en effet, les temps sont durs et il importe de restreindre le nombre de comédiens. Ils sont même si durs qu’on se pose des questions en appliquant… la question à des vieilles sans feu ni lieu, l’essentiel demeurant le fait d’accepter d’être l’autre dans l’œil de l’un.
Neuvième pièce pour enfants de JCL. Grumberg et drôlatiquement illustrée.
Ainsi que ne le dit pas le proverbe: jamais neuf sans dix.
Post-scriptum II
 
 
L’exposition consacrée aux Juifs d’Algérie au Musée d’art et d’histoire du Judaïsme de Paris et qui a débuté en septembre 2012, court jusqu’à la fin du mois de janvier 2013. Autour de celle-ci concerts, conférences, colloques et rencontres diverses.
 
               
Claire Bondy

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