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Claire Bondy

En évidence cette quinzaine : 04/01/2013

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Bienvenue chez Claire Bondy: Au remède des mots
Paul Valéry: Chaque pensée est une exception à une règle générale qui est de ne pas penser.
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En évidence cette quinzaine : 04/01/2013
 
Corinne Maier     Petit manuel du parfait arriviste     éd. Flammarion
 
La psychanalyste Corinne Maier se double d’une spécialiste en rayons X pour ce qui concerne notre société. Ayant vécu en France, elle pratique son métier à Bruxelles. Rien à voir avec les exils de Bernard Arnault ou du Russe (mais oui) Gérard Depardieu.

Avec le style incisif qui la caractérise, C. Maier croque les travers de notre monde contemporain dans une série d’Essais dont on a tout lieu de se réjouir. Elle nous oblige à avoir les yeux en face des trous puisqu’elle nous fait le plaisir de nous les dessiller.
Pour son petit dernier, elle nous engage à cultiver l’hypocrisie tous azimuths. D’où ce délicieux manuel en quarante leçons et s’adressant au winner, tant homme que femme.
Il s’agit de comprendre que l’hypocrisie s’est mondialisée aux dépens de ceux qui s’aviseraient encore de tabler sur l’honnêteté. Et ce, en dépit des G.W. Bush, Berlusconi et autres Poutine/Medvedev.
Il s’agit de cacher en jouant la montre: cela s’appelle positiver ou cultiver sa part d’ombre.

O joie du lecteur de découvrir le bénéfice du oui, oui; ou, plus subtil, le phrasé négatif qui se met en doute lui-même. Cultivons l’euphémisme en pratiquant l’esquive: telle entreprise n’est pas en faillite, mais elle se restructure.

Autre gage de la possibilité de succès: s’inventer soi-même, en se trouvant filiations et diplômes enviables, particulièrement utiles sur toutes les formes de réseaux sociaux.

L’auteur virevolte dans les mots, frappés qu’ils sont du label communication, afin de frimer en affichant surtout une modestie de bon aloi.
Il est conseillé de jeter tout idéalisme aux orties afin de se barder de mots et expressions en vogue comme regarder la réalité en face; objectivement…
Se valoriser, c’est être joignable. A preuve, ces conversations nouées dans tout lieu public: où es-tu? Qu’est-ce que tu fais?
Soyons traçables et localisables tout en arborant le visage lisse de celui qui n’a rien à cacher. Important: parler le jargon de son entreprise tout en se donnant l’air (seulement l’air) de travailler. Ne pas oublier de piquer ses phrases d’anglicismes faisant florès: challenge, forwarder, open space. Où reste l’autonomie? A ranger parmi les vieilles reliques. Autonomie aujourd’hui? Faire ce qu’on attend de vous.
 
L’auteur fait observer que les nouvelles technologies font miroiter un avenir de plus en plus bref car très vite dépassé: d’où la nécessité de la mobilité à tout va. Qui veut décrocher un boulot, affichera aussi bien sa flexibilité que son autonomie. Une fois embauché (e), ne pas faire preuve de trop d’intelligence: la firme veut des impliqués, pas des compliqués.

C. Maier caracole en équilibriste du style, aussi agile que drôlatique. De jeux de mots en traits d’esprit qui s’amusent parfois à calembourder, voici 180 pages décapantes, lucides et sarcastiques. Même Bart De Wever fait de la figuration en tant que poids lourd qui a soudain changé de catégorie de boxeur.

Un regret: Corinne Maier ricane à propos des rendez-vous mondains ayant trait aux arts plastiques. Toute une coterie internationale se retrouve à Bâle (Art 1), Venise (Biennale), Paris (FIAC), Kassel (Documenta). L’auteur devrait savoir que Dokumenta s’écrit avec –k- en l’occurrence.
Face aux soi-disant vedettes présentées, elle a beau jeu de relever les inutilités et le kitsch de service. Mais, mais… De vrais artistes, relativement et momentanément peu connus, seraient et sont heureux de figurer dans ce genre de Foires d’Art fréquentées aussi par de vrais connaisseurs.
 
Madame Maier se rend-elle compte que la vie d’un artiste plasticien est difficile; que lui aussi compte sur ce genre de manifestations pour montrer le fruit de son travail! Les artistes tapageurs font le plus de bruit. Par ailleurs, il est difficile de juger de la valeur d’une œuvre contemporaine…à moins d’avoir l’œil axé sur l’art qui constitue le plat principal de la vie et pas seulement le sel de celle-ci.
Une habitude à prendre et apprendre.
Claire Bondy
  

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