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Rhodes revisitée

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Rhodes revisitée


Claude Benatar

Cette année, les Sépharades du monde entier vont commémorer l’expulsion des Juifs d’Espagne en 1492. Cinq siècles d’exil et enfin la grande réconciliation qui sera marquée par de grands événements en Espagne, en Israël, et dans les pays qui accueillirent nos ancêtres. Le roi Juan Carlos et les plus hautes autorités du gouvernement espagnol participeront à ces festivités afin de sceller l’union retrouvée. Cependant, dès la fin du XVIIIe siècle, l’Espagne a redécouvert ses fils oubliés et s’est intéressée sur le patrimoine culturel qu’ils ont su préserver durant leur exil.
De nombreux hommes de lettres tels que José Amador de los Rios, Menénedez Pelayo, Angel Pulido et bien d’autres encore se sont intéressés aux espanoles sen patria. Ils se sont consacrés à recueillir les refranes, romances, endechas, canciones de boda, consejicas, advinanzas etc….à travers le monde.
En 1933, un groupe de jeunes étudiants espagnols se sont rendus dans les communautés sépharades levantines à la recherche de cet héritage judéo-espagnol qui fait partie de leur patrimoine. L’un d’entre eux, Guillermo Diaz-Plaja, alors âgé de 24 ans rencontra à Rhodes Mazaltov de Jacob Israel qui lui récita Tres Palomas.
A son retour à Madrid, il publia son premier article contenant 21 ballades recueillies à Rhodes et Salonique : « Aportacion al cancionero judeo-espagnol del Mediterraneo oriental ». Diaz-Plaja devint par la suite un critique littéraire réputé et un membre de l’Académie Royale Espagnole.
Une quarantaine d’années plus tard, Diaz-Plaja retourna à Rhodes, mais les choses avaient bien changé. Le passage des barbares avaient anéanti notre communauté et Mazaltov avait péri en déportation.
Hanté par la mémoire de sa première visite dans l’île de Beauté, berceau de sa carrière littéraire, il écrivit alors le poème qui fut publié dans Los Muestros N°1, décembre 1990, page 18, tiré de l’article de Thomas L. Ryan de Heredia, 1975, Rhodes revisited, The American Sephardi, Vol. VII-VIII, 84-91.
En 1982, alors que je me trouvais à Lubumbashi (Ex Elisabethville au Zaïre) où jadis une communauté de Rhodeslis fut prospère, je me suis rendu au cimetière juif.
Quelle ne fut pas ma surprise lorsque j’ai trouvé la tombe de Behor A. Israel, fils de Mazltov et Jacob Israel dont voici la photo. Cette même année, j’ai visité Rhodes pour la première fois et c’est l’âme en peine que j’ai découvert la juderia, aujourd’hui un piège à touristes.
En déambulant à travers les rues de la vieille ville, j’ai essayé d’imaginer ce qu’avait pu être la vie de nos grands-parents entre ces murs. Malheureusement, le peu que je connaisse, je le tiens de lectures bien limitées ou des myopes intermédiaires.
En 1992, cette riche culture qui a survécu pendant cinq siècles est pratiquement révolue et ne vit plus que dans le cœur de ceux qui s’accrochent pour garder un semblant d’identité sépharade. Demain, seuls les livres conserveront ce passé. Je remercie l’équipe de Los Muestros pour l’élaboration de cette revue qui contribue à la survie et la perpétuation de notre culture et qui nous apporte tant de témoignages inédits.
Claude Benatar

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