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La fête de Souccoth : Israël parmi les nations
Immédiatement après les fêtes de Roch Ha Chanah (Nouvel an israélite) et Yom
Kippour (jour du Pardon), nous sommes invités par Dieu à vivre sept jours
dans une Souccah (une cabane). Le texte du Lévitique motive ainsi ce
commandement : « L’Éternel parla à Moïse en ces termes : Parle ainsi aux
enfants d’Israël : le 15e jour de ce septième mois aura lieu la fête de
Souccoth… Vous demeurerez dans les souccoth durant 7 jours afin que vos
générations sachent que j’ai fait demeurer les enfants d’Israël dans des
cabanes quand je les ai fait sortir du pays d’Égypte ».
Le Talmud éclaire la signification du mot « Souccoh » en évoquant une
discussion entre deux rabbins. Selon Rabbi Eliezer, il s’agit en réalité de
la colonne de nuée qui a protégé le peuple d’Israël dans le désert pendant
40 ans. Pour Rabbi Akiva, ce sont bien des cabanes dans lesquelles Dieu fit
habiter les enfants d’Israël à leur sortie d’Égypte.
Des sacrifices
Mais quel que soit le sens retenu, nos maîtres voient aujourd’hui dans la
Souccah le symbole de l’histoire juive. Chez le prophète Isaïe, la Souccah
symbolise le peuple d’Israël au milieu des nations. « Et la fille de Sion
est-il écrit est restée comme une cabane dans la vigne » Solitaire au
milieu des nations, le peuple d’Israël affronte l’hostilité du monde à
l’instar de cette Souccah qui lutte contre les intempéries. La Souccah est
un abri provisoire. Elle symbolise 2 000 ans d’histoire au cours desquels
nous fûmes constamment installés dans le provisoire. Cependant, et malgré
son caractère particulier, cette fête revêt un caractère extraordinairement
universel.
La célébration de cette fête était marquée au Temple de Jérusalem par une
série de sacrifices prescrits par la Tora, et selon un rite extrêmement
curieux. Durant les 7 jours de la fête, on devait offrir 13 sacrifices le
premier jour ; 12 le deuxième jour ; 11 le troisième jour, jusqu’à tomber à
7 le septième jour. On offrait au total 70 sacrifices. Or, le nombre 70
représente dans la tradition juive, le nombre conventionnel des nations de
la terre.
En d’autres termes, Souccoth était la fête qui voyait les juifs présenter
des sacrifices pour l’ensemble de l’humanité. En ce jour-là, Jérusalem
devenait un véritable autel pour les nations dont les juifs n’étaient que
les humbles sacrificateurs. Ainsi, Israël était appelé par Dieu Un à devenir
le peuple Un, afin de préparer les nations à prendre conscience de leur
unité. Aujourd’hui, si nous voulons réaliser cet objectif, il nous reste,
faute de sacrifices au Temple, la concertation, le dialogue, l’association,
l’amour, mais surtout la justice.
Ainsi, Souccoth devait faire de Jérusalem le point de rencontre de
l’humanité, le lieu privilégié de la découverte de l’autre que j’apprends à
connaître et à estimer malgré ses différences.
Et l’écologie ?
Mais pouvons-nous parler de la fête de Souccoth sans soulever une des
préoccupations majeures de notre siècle ? Aujourd’hui, en effet, le monde
moderne est hanté par les problèmes de la pollution sous toutes ses formes.
Heureusement, les mouvements écologiques tentent de sensibiliser les
citoyens à ce problème aigu et militent pour freiner ce fléau de notre
siècle. Il faut leur rendre hommage.
Mais la question que nous sommes en droit de nous poser est la suivante :
pourquoi l’homme a-t-il attendu 50 siècles pour prendre conscience de
l’importance de la nature alors que la Bible commence par une des plus
belles leçons d’écologie ? À peine le monde créé, « Dieu plante dans le
jardin d’Eden ». Dieu jardinier, telle est la première « profession » de
l’Être suprême.
Quand Dieu créa Adam et Éve, il les installa dans un jardin.
Quand il dicta les fêtes au peuple d’Israël, il les doubla d’un sens
écologique. Ainsi, Pessah (Pâque), fête de la liberté est aussi fête du
printemps. Chavouoth (Pentecôte) fête du don de la Tora est également la
fête des prémices et la fête des moissons.
A Souccoth, nous franchissons une nouvelle étape. Dieu nous demande de
quitter nos maisons de briques pour vivre durant 7 jours dans la Souccah
c’est-à-dire en pleine nature. Dieu veut ainsi établir un lien étroit entre
l’homme et le monde qui l’environne. Il veut sensibiliser l’homme à aimer la
nature et à la protéger, non pas de façon platonique, mais en y vivant et en
découvrant ses bienfaits. Il veut que l’homme découvre la flore et la faune
pour mieux les respecter, car l’homme aujourd’hui, emporté par le rythme
infernal de la vie, ne sait plus contempler la nature.
L’histoire hassidique suivante montre bien la gravité de cette lacune pour
chacun d’entre nous : c’était le jour du marché à Bratslav. Rabbi Nahman,
debout près de la fenêtre qui donne sur la place, aperçu Heikel qui courait,
vendait et achetait. Il frappa quelques coups sur la vitre et invita Heikel
à entrer. Alors il lui dit :
- Heikel ! as-tu regardé le ciel aujourd’hui ?
- Non.
- Heikel, Heikel ! Approche et dis-moi ce que tu vois là, dehors.
- Je vois des voitures, des chevaux, des hommes qui courent.
- Heikel, Heikel ! dans 50 ans, il y aura encore ici un marché ; il y aura
des voitures, des chevaux, des hommes et des marchandises. Et, cependant,
tout ce que tu vois aujourd’hui ne sera plus de ce monde. Moi, je ne serai
plus et toi tu ne seras plus. C’est pourquoi, je te demande : qu’as-tu à
être pressé, si soucieux au point de n’avoir même plus le temps de regarder
le ciel ?
- Heikel, Heikel ! Considère de quoi tu paies ta prospérité ici-bas ; tu
n’as même plus un instant pour regarder le ciel.
Regarder le ciel, lutter contre le stress, prendre le temps de vivre,
profiter de la vie en compagnie de sa femme et de ses enfants, se rendre
compte que la vie ici-bas est éphémère comme une Souccah, cette demeure
provisoire qui ne dure que 7 jours : voilà, me semble-t-il, une des leçons
que chacun peut tirer de cette fête riche en symboles.
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