Les livres, la politique et l'histoire

Paul Giniewski

LA POLITIQUE DES U.S.A. AU MOYEN-ORIENT

Selon une boutade, le vainqueur de la guerre de Kippour n'a été ni Israël ni l'Egypte, mais Henry Kissinger, secrétaire d'état américain en 1973. Il avait alors obtenu les premiers désengagements d'Israël dans le Sinaï et sur le Golan : prélude des abandons, finalement, de la totalité du Sinaï et d'une partie de la Judée-Samarie et de Gaza, qui conduisent aujourd'hui Israël à une situation où son existence même est en péril.

Dans White House years (1), Henry Kissinger raconte ses années à la Maison blanche en tant qu'assistant du Président Nixon, dans les années soixante-dix.

C'était l'époque où la France vendait des Mirages à Khadafi, que celui-ci destinait évidemment à être mis en ligne contre Israël par d'autres pays arabes ; ou Itshak Rabin était ambassadeur à Washington et Golda Meir Premier ministre, où l'URSS livre des fusées antiaériennes Sam-3 à l'Egypte, avec équipages soviétiques et envoie ses propres avions dans la zone d'affrontements du canal de Suez, où l'Egypte avait lancé une guerre d'usure ; l'époque où les Etats-Unis demandent à Israël d'être plus flexible et lui refusent des avions additionnels.

Pourquoi ? La politique de Washington s'était cristallisée dès avant la guerre de Kippour. Elle reposait sur un concept simpliste, inspiré par la vision globale américaine, dominée par la crainte d'un dérapage militaire de l'affrontement idéologique et politique avec l'URSS. Le Moyen-Orient était l'un des points de contact, donc de rupture possible, entre les deux super puissances. Or selon le concept du Département d'Etat, tout le problème venait du conflit israélo-arabe sur les territoires. « Une fois ce conflit résolu, écrit Kissinger, l'influence des milieux arabes radicaux diminuerait, et par conséquent aussi le rôle des Soviétiques ». Cette idée dominait et guidait toute la diplomatie des Etats Unis.

Mais c'était, selon Kissinger, une idée erronée. L'extrémiste arabe venait de sources plus variées. La conquête des territoires par Israël en était une. Mais les autres motifs étaient notamment «l'existence même d'Israël ; les mécontentements sociaux et économiques ; l'opposition aux intérêts occidentaux ; et l'opposition aux modérés arabes ». Un règlement du problème des territoires occupés ne résorberait pas les autres sources du conflit avec l'Occident.

On voit aujourd'hui, à trente ans de distance, que les données essentielles n'ont pas tant changé, depuis l'époque de la guerre d'usure sur le canal et de la tentative de l'O.L.P., alors l'organisation terroriste par excellence, de prendre le pouvoir en Jordanie. Les Etats-Unis persévèrent dans l'erreur d'alors : une politique de pressions sur Israël l'amenant au point de ne plus disposer d'aucun gage à abandonner. Une politique qui n'a cessé d'encourager les ennemis d'Israël à s'en prendre à son existence même.

Un livre important, de plus de 1500 pages, qui touche à tous les problèmes mondiaux et qui offre des données et des analyses très utiles à la compréhension de l'état actuel du conflit israélo-arabe.

LES JUIFS ET LE CONCILE VATICAN II

On sait l'importance du schéma « Nosrta Aetate » consacré notamment aux Juifs, adopté par le Concile Vatican II en 1965.

Cette déclaration de l'Eglise catholique a été un jalon dans la modification progressive de l'ancien «enseignement du mépris » et de sa mutation en un «enseignement de l'estime » des Juifs.

On peut suivre l'évolution du schéma « Nostra Aetate » dans l'Histoire du Concile Vatican II, élaborée sous la direction de Giuseppe Alberigo, dont le troisième volume vient de paraître (2). Les projets de texte sur les rapports historiques de l'église catholique et des Juifs, sur leur culpabilité dans le déicide, ont subi de nombreuses modifications au cours de la période sous analyse, de septembre 1963 à fin 1964. Des courants divers et contradictoires s'affrontaient au Concile sur ce sujet. D'une part «tenace par fidélité à la volonté du pape Jean XXIII, mais aussi encouragé par les contacts avec des personnalités juives entre juin 1962 et février 1963, le cardinal Bia estimait indispensable de tenir compte de la mémoire de l'extermination du peuple juif, qui requérait une reconnaissance des fautes de l'antisémitisme chrétien et en conséquence une purification des mentalités ».

D'autre part, le Concile est soumis à de fortes pressions de la part des Eglises orientales. « Le Decretum de Judaeis de la période préparatoire () avait été écarté en juin 1962, principalement à cause des réactions politiques arabes, que craignait la Secrétairerie d'Etat et qui s'étaient d'ailleurs déjà manifestées ». Par exemple, «les Pères melkistes s'écartèrent sensiblement des orientations de l'aile rénovatrice, en faisant prévaloir les raisons de la société arabe et la préoccupation de protéger les minorités chrétiennes dans les pays musulmans ».

Ces interventions expliquent que la déclaration sur les Juifs sera finalement adoptée dans un texte édulcoré, qui aura pris en compte les pressions auxquelles le Concile fut soumis.

Paul Giniewski

(1) Henry Kissinger, White House Years, Phoenix Press (The Orion Publishing Group), 5 Upper Saint Martin's Lane, London WC2H 9EA, 2000 (2) Histoire du Concile Vatican II, III. Le concile adulte, Le Cerf, Paris Peeters, Louvain, 2000

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