Madame Proust.

Evelyne Bloch-Dano

Biographie, Grasset, 2004

 

 

Madame Proust se lit comme un roman et pourtant ce n'est pas un roman. C'est une première biographie.

Jeanne Proust, née Weil, en 1849, dans une famille juive de la haute bourgeoisie parisienne en est le personnage principal et central.

A la question : quel est le fil conducteur de sa personnalité ? Il me semble juste de répondre qu'elle est à la fois profondément la fille d'Adèle Berncastel-Weil, personnage tout à fait exceptionnel et la mère de Marcel, le célèbre écrivain.

Autour de Jeanne gravitent des personnages secondaires tout à fait passionnants, une parentèle souvent connue encore de nos jours. Certains sont très prestigieux, tel que son grand-oncle Adolphe Crémieux qui fut Ministre de la Justice et donna la possibilité aux juifs algériens de devenir français par naturalisation en 1870, conséquence du décret éponyme ou très connu tel que Karl Marx.

« Madame Proust » est une mine de renseignements auxquels seuls quelques universitaires, étudiants et chercheurs auraient eu accès, si Evelyne Bloch-Dano n'avait pas pris le parti de nous en faire bénéficier, pour notre plus grand plaisir, en choisissant cette forme particulière narrative qu'est la biographie.

Il n'en demeure pas moins que notes, annexes et bibliographie sont extrêmement fournies et qu'il se trouve au milieu du livre, huit pages de documents photographiques qui complètent agréablement notre lecture.

Chaque page abonde en détails sur l'époque, les grandes familles juives françaises dont certaines souhaitaient ardemment être françaises juives comme le souligne l'auteur, mais encore l'organisation de la grande bourgeoisie de la fin du 19 ème siècle, ses lieux de résidence et de villégiature et plein d'autres précisions encore

La richesse de cette biographie dépasse le simple récit de vie de Jeanne, ce qui ne nous empêche pas de nous passionner pour la vie de cette femme, issue d'une famille juive, mariée à 21 ans à Adrien Proust, alors âgé de 36 ans, Docteur de renom, catholique et dont les deux enfants, Marcel et Robert seront baptisés à l'église.

Jeanne semble concilier toutes ces contradictions et difficultés avec sérénité et le lecteur n'ayant pas toutes les réponses a le bonheur de poursuivre sa réflexion une fois sa lecture achevée.

« Madame Proust » est également un véritable document sur l'incroyable relation entre une mère et son fils, malade dès le plus jeune âge, d'une forme d'asthme très invalidante, deux êtres qui vécurent l'un pour l'autre ; Marcel habitera avec sa mère jusqu'au décès de celle-ci. Il avait 34 ans.

La relation avec Marcel tient beaucoup de place dans le livre d'Evelyne Bloch-Dano, comme elle a tenu une place prépondérante dans la vie de Jeanne. C'est une relation unique et exigeante dès la plus tendre enfance où l'amour se transforme parfois en rejet violent proche de la haine.

Jeanne semble avoir réussi l'exploit d'avoir été l'épouse d'Adrien, la mère de Robert et la maman de Marcel.

Il semble, que tout au long de leur vie commune, un des soucis constant de Jeanne fut de donner à Marcel les bases fondamentales d'une hygiène de vie qu'il semblait fuir.

Elle aurait été si heureuse de lire la première phrase d' « A la recherche du temps perdu » rappelée à la fin de cette biographie : « Longtemps, je me suis couché de bonne heure » Et Evelyne Bloch-Dano de conclure avec cette si jolie formule : « oui, Maman aurait aimé cette phrase »

« Madame Proust » d'Evelyne Bloch-Dano est un livre passionnant et lisible par tous. En refermant la dernière page, le lecteur n'a qu'une envie, lire ou relire, et peut-être différemment, quelques passages de Proust.

 

Berthe Lotsova

 

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