La Prévention des Conflits et la Culture de la Paix

Ecrit par Moïse Rahmani le 4 août, 2015

Cet article fait partie de la série « L’esprit de Bruxelles »
qui regroupe les contributions
pour les trois grandes religions monothéistes.
Retrouvez le récapitulatif sur ce lien.
http://sefarad.org/lesprit-de-bruxelles

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This article is related to the « Spirit of Brussels »
series whichput together all the contributions
for the three major monotheistic
religions. Please find the link herewith.
http://sefarad.org/lesprit-de-bruxelles

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WCRP/CAMEROON

WORLD CONFERENCE ON
RELIGION AND PEACE

CAMEROON NATIONAL CHAPTER

La Prévention des Conflits
et la Culture de la Paix


Actes du Séminaire des 17 et 18 Novembre 1997,
Monastère du Mont Fébé
Une publication de WCRP CAMEROON – Le Terroir

Avant-propos
Le Chapitre Camerounais de la conférence mondiale des religions pour la paix a organisé les 17 et 18 novembre 1997, au monastère bénédictin du Mont Fébé, un séminaire – atelier sur la prévention des conflits et la culture de la paix. Le séminaire était organisé avec le concours financier de l’Ambassade Royale des Pays-Bas au Cameroun. Les participants à ces assises étaient des religieux (prêtres, imams et pasteurs), des journalistes, des éducateurs, des responsables des organisations non gouvernementales vouées à la paix.
Ce document présente les travaux qui ont dégagé des perspectives pour une action soutenue et continue en matière de la culture de la paix.

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La Paix dans La Tradition Juive

Par le Dr. Moshé Liba
Séminaire du WCRP/CAMEROON
La Prévention des Conflits et la Culture de la Paix

Excellence, Madame A.E. de Bijll Nachenius, Ambassadeur du Royaume des Pays-Bas,
Excellence, Dr. Adamou Ndam Njoya, Président Modérateur, WCRP /lnternational,
Mesdames, Messieurs,

  • Shalom Aleikhem
  • Salam Aleikhum
  • La Paix soit avec vous.

Ce matin, j’ai donné un cours sur le judaïsme à la Faculté de Théologie Protestante de Yaoundé où je suis professeur. Pour moi, ce n’est pas une chose étrange, comme ce n’en était pas une de suivre, il y a 40 ans de cela, les cours de l’Institut Catholique de Paris dont je suis diplômé, comme j’ai eu le privilège de participer, avec le professeur Adamou Ndam Njoya, à des programmes de la C.R.T.V – la Télévision Nationale, sur la connaissance de l’Islam, comme j’ai participé au Comité lnterconfessionel de Yaoundé. Ceci n’est pas nouveau pour moi car déjà en 1967, j’ai organisé la visite du Pasteur de Jérusalem, le Révérend Claude Duvernoy, auprès du Président E. Eyadema du Togo, lorsque j’étais Ambassadeur dans ce Pays, et assisté ainsi à une rencontre œcuménique.
Un de mes amis à Jérusalem, le Frère Catholique Marcel Dubois, qui a choisi de devenir israélien un soir de Noël, et qui a été Doyen de la Faculté de Philosophie de l’Université Hébraïque de Jérusalem, Marcel Dubois donc, nous racontait ses conversations avec le professeur Flusser qui lui avait dit : Jésus est votre Dieu, c’est votre croyance, mais il est aussi mon Maître.
En tant qu’Ambassadeur au Cameroun, j’ai eu le privilège d’organiser des cérémonies de Sédér Pesakh (la cène pascale) à l’intention de mes collègues, des autorités civiles et religieuses, des personnalités du monde chrétien – catholique et protestant, et musulman, tout comme j’ai invité à la modeste synagogue que j’ai mise sur pied dans l’enceinte de la Résidence de l’Ambassade, cas unique du genre, soit mentionné en passant, des visiteurs d’autres religions.
Pourquoi est-ce que je vous raconte tout cela ? Pour vous illustrer par l’exemple ce que fait d’un homme la culture de la Paix et de la Tolérance, culture que j’ai absorbée dès ma tendre enfance ainsi qu’à travers mes études et ma vie en tant que Juif en Israël.
La Paix dans le peuple juif, en Israël et ailleurs, est d’une importance morale et religieuse de premier ordre.
La Bible – la Torah nous enseigne la Paix et guide notre comportement.
Les sages, des exégètes la mettent en valeur et en pratique. Toutes les prières, celles de chaque jour comme celles des fêtes, s’adressent à la Paix, implorent Dieu pour la Paix, commencent et terminent par Shalom = la Paix.
L’enseignement dans les écoles, les prières, les vœux, et jusqu’au salut de chaque jour : matin, midi, soir et nuit, sont pour Shalom = la Paix.
La liturgie hébraïque est basée sur le Shalom, les bénédictions sont pour le Shalom, la prière aux morts contient l’espoir qu’il repose en Paix.
Quand on s’intéresse à quelqu’un, on ne lui demande pas : comment ça va ? mais plutôt : ma shlomha = comment est ta Paix ?
Shlomo = La Paix, c’est un nom commun en Israël, depuis le Roi Sage Shlomo = Salomon et jusqu’à Shlomo Libman, mon beau-frère de Haïfa.
La Paix n’est pas seulement un précepte, un espoir, elle est un devoir. Nos Sages se sont employés à la codifier.
À la base de tout enseignement est la parole de Dieu, remise à Moïse au mont Sinaï. Il s’agit de l’instruction écrite, le décalogue, que Moïse a reçu en même temps que l’enseignement oral.
À la base, donc, le respect dû par l’homme à son prochain, créé par Dieu à son image, c’est le respect de la vie : tu ne tueras point. L’enseignement oral depuis Moïse, et à travers les Sages, contient l’obligation de vivre en Paix. C’est pourquoi le Prophète a dit : un Peuple ne lèvera pas l’épée contre un autre Peuple et on n’enseignera plus la guerre.
À travers les générations, les paroles bibliques ont été expliquées, pour permettre à toute personne de les appliquer dans la vie de chaque jour, et de guider son comportement en concordance avec la Loi.
L’un des plus fameux traités dans ce genre est le Shulkhan Aroukh = La table dressée, compilation de lois et préceptes par le Rabbin Joseph Caro de Safed, livre écrit il y a 450 ans en Galilée, comportant une importante partie sur la discorde et ses méfaits et sur la Paix et sa culture.
Voici les 14 préceptes de cet ouvrage, basés sur l’enseignement de la Torah, du Talmoud, des livres de grands Sages tels le Rambam, et sur la littérature rabbinique – la Responsa.

  1. La Paix est l’un des fondements du Monde et lui permet d’exister. Au contraire, la discorde provoque la destruction du Monde.
  2. Les livres saints qualifient d’impure (vilain) quatre catégories de personnes, dont le premier est : celui qui lève sa main contre son prochain.
  3. Quiconque provoque ou alimente une dispute transgresse la loi, la Torah.
  4. Les Sages nous enseignent que la discorde détruit la maison, la synagogue et la ville toute entière. Il faut empêcher la création et la propagation de la discorde.
  5. Le mot Shalom = Paix est l’une des dénominations de Dieu ; c’est pourquoi elle lui est chère.
  6. Dieu a choisi la Paix comme sa bénédiction principale pour son Peuple et pour l’Humanité.
  7. Dieu aime le foyer, la famille où règne la Paix.
  8. La Paix est tellement importante que toutes les prières se terminent par la parole Shalom = Paix. Ceci signifie que les prières sont acceptées s’il règne la Paix dans la Communauté.
  9. La Prière de celui qui cherche et qui prône la Paix est bien reçue Là-Haut.
  10. La Paix a tellement de valeur que Dieu permet que son nom s’efface par l’eau pure, afin de purifier une femme accusée à tort d’infidélité.
  11. L’écriture Sainte permet de cacher la vérité pour préserver la Paix. En langage courant : Un mensonge pieux.
  12. Il est recommandé de s’empresser à être le premier en saluant son prochain avec la parole : « Shalom ».
  13. La réconciliation de deux amis, et plus particulièrement du mari et sa femme, est un devoir de grande importance portant des fruits dans le monde ; la Mitswah, l’ordonnance récompensée, de Shlom Bait = Restaurer la Paix du couple, la Paix du Foyer.
  14. Le grand Sage Hillel a dit : Il faut suivre les préceptes d’Aharon, frère de Moïse, le grand Maître du Temple, qui aimait la Paix et cherchait la Paix

Cet enseignement est suivi en Israël tant dans les écoles rabbiniques que dans les laïques.
II faut rappeler que la capitale d’Israël s’appelle Jérusalem, qui veut dire lr-Shalom = Cité de la Paix.
À Jérusalem se trouve, sur le Mont Scopus qui fait face au Mont Moria – le Temple, les Mosquées – l’Université Hébraïque abritant l’Institut Truman pour la Paix ; c’est un institut de recherche et d’enseignement de la Paix, fameux dans le monde entier, qui organise souvent les colloques et des Séminaires internationaux sur la Paix et la culture.
À Jérusalem aussi se trouve le siège du Comité interconfessionnel, intégré par des personnes des cultes musulman, chrétien et hébraïque, comité qui s’emploie à rechercher et à établir la Paix entre les différentes communautés.
Enfin, dans le cadre du Ministère des Affaires Étrangères d’Israël, il y a une très importante division qui s’appelle « la Division de la Paix » et qui s’emploie à trouver les voies et les moyens qui mènent à la Paix. C’est une division très active qui touche à toutes les activités pouvant engendrer la Paix.
À tout Seigneur, tout honneur : on se doit de mentionner la création, par Yithzkak Rabin et Shimon Pérès, d’une Fondation Internationale pour la Paix. Cette Fondation a été créée par les deux leaders d’Israël, se basant sur le Prix Nobel qui leur a été octroyé en 1994 pour récompenser leurs efforts en vue d’aboutir à la Paix au Moyen-Orient.
La Fondation ainsi créée a décerné le Prix de la Paix 1997 au Président Clinton des États-Unis d’Amérique, dans une cérémonie qui eut lieu à la Maison Blanche à Washington en novembre 1997.
Ainsi, nous voyons que depuis les livres sacrés, leurs interprétations et les ouvrages des Sages, de l’enseignement religieux et séculaire, depuis la tendre enfance et jusqu’à l’Université, depuis les Comités publics jusqu’aux Ministères et les Fondations, la Paix est enseignée et cultivée dans le peuple Juif et en Israël.
Nous avons appris à valoriser la Paix ; plus de 7 guerres en moins de 50 ans nous ont démontré qu’il n’y a pas de bonne guerre. Aussi avons-nous appris qu’une Paix froide vaut mieux qu’une guerre chaude.
C’est pourquoi nous enseignons la Paix, nous prions pour la Paix, nous faisons des efforts et des compromis en vue de la Paix, et ce faisant, nous cultivons la Paix.
Je vous félicite d’être réunis ici pour cultiver la Paix, et je vous la souhaite, de tout cœur.

Shalom, Shalom ; Salam Aleikhum
Que la Paix soit avec vous
Amen !

Dr. Moshé Liba

Yaoundé, Cameroun, 17 novembre 1997

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Préserver la paix

Compte-rendu (journal local Afrique 1997)

PreserverLaPaix
Dans le cadre des activités de la World Conference on Religion and Peace (WCRP), le Monastère des bénédictins du Mont Febe à Yaoundé a accueilli une cinquantaine de participants au séminaire-atelier sur la prévention des conflits par la culture de la paix les 17 et 18 novembre 1997. Cette initiative a abouti sur des propositions pouvant épargner au Cameroun le désastre d’un conflit.
Ils étaient là, musulmans, catholiques, protestants, éducateurs, hommes des médias et acteurs de développement, qui ont pensé que la création d’un Institut international des religions pour la paix permettrait de développer un réseau d’acteurs volontaires pour la promotion de la paix et de la prévention des conflits.
À côté de cette résolution qui a fait l’unanimité, l’on a également pensé qu’une action commune pour la paix entre les gouvernants, les opposants, et les chefs religieux qui sont des modérateurs de la vie sociale serait efficace pour barrer la voie à tout conflit.
Par ailleurs, la mise sur pied d’un forum des leaders religieux permettrait d’élaborer une charte qui fasse l’unanimité auprès des religions auxquelles revient la tâche de conscientiser, de moraliser et d’éduquer les masses populaires.
Au niveau des médias, l’on a souhaité la suppression des émissions et des journaux susceptibles d’enclencher un conflit social. En effet, ont affirmé les séminaristes, certains programmes de la CRTV et certains journaux s’activent à la diffusion des messages qui peuvent facilement compromettre la paix au Cameroun.
Pour limiter cette dérive, il faut subventionner tous les médias pour les rendre indépendants des lobbies qui sont à la base de multiples violences constatées ci et là. Mais le journaliste devra davantage être imprégné d’une culture de la paix.
D’où la proposition d’organiser un forum des journalistes pour la conférence mondiale des religions pour la paix. En outre, la libéralisation effective de l’audiovisuel est apparue comme un moyen efficace de diversifier l’information et permettre ainsi à la population de relativiser certaines affirmations et de choisir leur média d’information.
Ces propositions sont le fruit d’un travail sur des thèmes aussi variés que le rôle permanent des leaders spirituels, des acteurs de développement et des hommes des médias ; les sources de conflits ; l’élaboration d’une charte du réseau de volontaires pour la culture de la paix et la prévention des conflits.
Ces travaux ont bénéficié des communications d’Adamou Ndam Njoya (président de WCRP/International) ; de la commission justice et paix de l’Archidiocèse de Yaoundé ; du Professeur Moshé Liba et d’Emmanuel Pondi de ITRIC, Boyomo Assala de I’ESSTIC, Danièle Benjamin de l’UNICEF et Ngongang Wanji de l’Université de Yaoundé II.
Ils ont dégagé trois niveaux d’action : la mobilisation des familles, l’instauration d’une éthique humanisante, et la nécessité d’une action plus concrète.

Damien Fouda Bodo

 

4Août

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