Ketoubot, par Herbert Israel

Tout au long des siècles, les scribes ont écrit et es enlumineurs ont peint des ketoubot.

Les ketoubot, qui sont les contrats de mariage entre époux, prévoyaient, en cas de séparation, divorce ou décès du mari, l'indemnité à laquelle l'épouse avait droit.

Pour les plus fastueuses d'entre elles, la généalogie des mariés pouvait remonter à 6 ou 7 générations, fixant dans la spirale du temps et dans la cursive carrée du copiste la filiation des familles.

L'aspect des ketoubot diffère d'après les pays, et les caractères hébraïques prennent tour à tour des ornementations italiques, gothiques, italisées, ottomanes ou arabisées, dénotant l'imprégnation d'un alphabet sur l'autre.

La décoration, inspirée de l'architecture et des coutumes locales, intègre à ses tracés des ogives mauresques, des flèches d'églises, des angelots, des gargouilles et des mudejanes.

On y trouve, pêle-mêle, dans un fastueux imaginaire, les signes du zodiaque, des versets du livre de Ruth, le Mont des Oliviers, des azimes, le soleil et la lune, des objets de sanctuaire, des chandeliers kabalistiques, Jérusalem, les douze tribus, l'ornementation des quatre saisons, et le cas échéant les armoiries des familles.

Combien de ces manuscrits ont été brûlés dans les bûchers de l'Inquisition?

J'ai en ma possession une reproduction de la ketouba de ma lointaine parente, Gioia Israël, fille de Michaá?ál Yaacov Israël, datée de Rhodes 1843, avec trois graphismes différents : des lampes à huile, des palmiers, des fleurs tressées et dix-huit petites synagogues à dôme byzantin.

Frédéric Galimidi, peintre et miniaturiste, a voulu dépoussiérer ces feuillets négligés.

Une ketouba personnalisée est, à son avis, une parure à mettre dans chaque foyer juif. C'est une oeuvre d'art qui rappelle des souvenirs heureux. C'est la preuve visuelle et tangible d'une
promesse et d'une alliance. Elle est chargée d'émotions et de souvenirs.

Parler de Frédéric Galimidi m'est facile puisque je le connais depuis toujours. Il est né à Alexandrie, Egypte, pépinière de tant de talents et de vocations.

Il a fréquenté l'Académie des Beaux-Arts du Caire, puis il a été l'élève à Alexandrie du peintre Nicolas Gogos.

En parallèle, il a obtenu une maá?átrise en droit et a été diplômé en économie politique, puis en sciences économiques.

Cet Alexandrin bicéphale a donc simultanément deux carrières qu'il mène de front.

Il a été élu Président des Artistes-Peintres et Sculptures Juifs de France en 1988.

Frédéric Galimidi a exposé, entre autres, ses ketoubot au Centre Rachi, mais aussi, il y a quelques années, ses miniatures au local du B'nai B'rith.

Peindre, rechercher les thèmes de nouveaux sujets est pour lui une passion, presque une drogue. Il a essayé ce genre nouveau et y a apporté son talent de miniaturiste.

Il espère susciter des vocations et renouer avec les traditions des artistes médiévaux, ceux de l'âge d'or du judaïsme espagnol et ceux de l'Empire Ottoman.

Son style est sobre. Ses thèmes sont graphiques, géométriques, linéaires. Il est revenu aux sources d'inspiration du judaïsme et de l'orientalisme, celle de l'Egypte de son enfance, carrefour des peuples et des civilisations.

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