LE TEMPS RETROUVE

Herbert Israël

A la suite d'un rencontre inopinée, j'ai par jeu échafaudé une hypothèse qui aurait pu être fantaisiste ou incongrue. Mon interprétation d'un ensemble de concordances jalonnant un entretien de toute une après-midi, comme autant de pistes, fut d'abord aléatoire puis progressivement logique. Ensuite, peu à peu le puzzle d'une vie entière se construisit en remplissant les dates et les espaces temps demeurés vides…

Le point de départ de cette confrontation avec un passé oublié a été mes bavardages avec les membres d'une famille italienne qui avait fui le fascisme des années 1925 pour se réfugier en France. Les années passées depuis avaient distendu leurs liens avec l'Italie. Près de la moitié de la jeune génération des Cavassa, c'est leur nom, née en France avait épousé des conjoints juifs. Le nom de Cavassa me parut phonétiquement familier par son homonymie avec celui d'amis égyptiens dont il avait les mêmes consonances et peut-être les mêmes lointaines origines. L'arbre généalogique de ces Cavassa et Cabasso égyptiens s'était-il ramifié de pays en pays avec une simple altération phonétique ? J'ai demandé, à celui des Cavassa pour qui je ressentais le plus d'amitié, s'il avait connaissance de l'existence en Italie de Cavassa juifs La réponse, un instant déconcertée, fut négative. L'Italie lui était maintenant lointaine et pour autant qu'il le sache, son grand-père avait été orphelin très jeune. De plus, sa seule famille italienne connue était ce Cavassa orphelin élevé par son père dans la maison sans hommes d'un village italien appelé Poggio Rematico. Je l'ai aussitôt localisé sur la carte. Il jouxtait la ville de Ferrare. Ce qui était plus qu'une intuition commençait à se matérialiser en probabilité. Je lui ai immédiatement parlé de la communauté juive de Ferrare installée dans cette ville depuis le 14ème siècle et parfaitement intégrée par sa population. Je me suis rappelé les dires de ces Egypto- italiens d'Egypte, comme les Vitali, Mieli, Terni ou Servadio qui en parlaient avec amour et nostalgie. J'ai ensuite poursuivi mon enquête avec d'autres Cavassa, détenteurs pour chacun d'eux, d'une partie de la mémoire familiale. Puis progressivement, ce qui avait été oublié, a spontanément fait surface, comme libéré des scories d'un refoulement inconscient. A Poggio Rematico il était arrivé que l'aïeul soit appelé l'ébreo.

Autre confidence, le père de celui-ci avait travaillé comme régisseur dans un des domaines des Finzi Contini. Il paraîtrait qu'ils étaient originaires d'une ville côtière d'Espagne dont un édifice public porte encore le nom. J'imagine parfaitement l'aïeul orphelin vivant dans son village à flanc de coteau, oublié de tous et grandissant parmi d'autres jeunes.

La greffe aurait dû prendre. Pourtant, l'enfant devenu adulte avait par défi, atavisme et fierté, rejeté les dérives du fascisme et s'était pris à trois fois pour franchir à pied la frontière française. Parmi ses enfants et petits-enfants aux conjoints juifs, il s'était produit un net clivage de comportement. Un quart choisit le non-choix identitaire, mais avec une sympathie marquée pour un judaïsme pressenti mais mal connu. Les plus nombreux sont maintenant des catholiques pratiquants qui ne se posent aucune question. Raccourci de cette histoire, deux petites filles Cavassa ont épousé à Paris deux garçons originaires, l'un du Maroc et l'autre d'Egypte, qui gardent tous deux en mémoire la tragédie de l'expulsion d'Espagne. Pour elles deux, la large boucle de l'itinéraire des Cavassa, faite de cinq siècles de tribulations, s'est refermée. Peut-être parmi la petite minorité des Cavassa qui se cherchent, il se trouvera quelqu'un qui aura la curiosité de reconstituer à son tour, ligne par ligne, ancêtre par ancêtre, sa généalogie. Il devrait retrouver la répétition statistique du même pourcentage des hébreux qui suivirent Moïse hors d'Egypte et celui des espagnols qui en 1391 et 1492 choisirent entre abjurer ou partir. A peine le quart d'entre eux, à chaque fois, sut et put prendre la décision de fuir et de partir ; les autres, les faibles et les traumatisés disparurent dans le grand creuset égalitaire des populations environnantes.

LORSQUE L'HISTOIRE DEBUTE A ROME

L'itinéraire probable des Cavassa me fut expliqué par une amie conservatrice bénévole d'un musée juif de Rome. Elle a pour ceci matérialisé sur un atlas les grands axes les grands axes empruntés par les juifs espagnols désireux de mettre une mer et une frontière entre eux et les bûchers de l'Inquisition, et, plus tard par les marranes portugais. Le nom de Cavassa lui était familier car une généalogiste avait récemment dépoussiéré des archives pour reconstituer la trame de vie de cette famille. Les Cavassa romains, les grands témoins, étaient sans nul doute apparentés aux Cavassa de France.

LES JUIFS DE LA PENINSULE

Il y a eu une présence juive continue en Italie à partir du 1er siècle de l'ère. La plus ancienne communauté d'Italie et peut être d'Europe est celle de Rome qui date de l'an 19 du règne de Tibere. Le rite liturgique des juifs romains prend en effet ses racines dans les traditions du Temple de Jérusalem. En l'an 500 a.J.C. il existait essentiellement trois grandes communautés en Italie, celles de Rome, Ravenne et Milan.

ROME LA VILLE DES PAPES

A partir de 1542 les juifs romains furent forcés d'écouter les prêches des moines. Pour s'en défendre, ils se bouchèrent les oreilles avec de la cire. Cette obligation prosélyte continua jusqu'en 1870.

1551 18 enfants juifs romains enlevés de force à leurs familles défilent en procession à Florence.

26 Juillet 1555 Promulgation de " Cun Nimus Absurdum "

Le Cardinal Pietro Caraffa, devenu pape sous le nom de Paul IV, décide par sa bulle la séparation physique des juifs et des catholiques. Sur son ordre les juifs de Rome sont regroupés dans un quartier insalubre de la rive droite du Tibre. Le ghetto du Trastevere, fait de deux seules rues et de six ruelles, sera le premier d'Europe.

1569 Le pape Paule V expulse les juifs de tous les états pontificaux à l'exception de ceux d'Ancone et de Rome.

1732 12 000 juifs habitent le quadrilatère exigu du ghetto Trastevere de Rome. Femmes et hommes ont l'obligation de porter des fichus et des chapeaux jaunes qui les différencient de leurs voisins.

1814 Un temps émancipés par Napoléon, les juifs de Rome réintègrent le ghetto.

1830 Lors de la 1ère révolution italienne les portes du ghetto sont démontées par la foule amie et remises sur gonds sur ordre du Vatican.

1848 Les portes du Ghetto enlevées sont, une fois, de plus cadenassées sur décision de Pie IX

1858 Dans Bologne, ville dont la communauté originaire de Rome et de Rhenanie remonte au 14ème siècle, le jeune enfant Mortera est enlevé par la police papale pour être baptisé.

1870 Le roi Victor Emmanuel, à la tête de ses troupes, rentre à Rome qui devient la capitale de l'Italie. Les juifs romains obtiennent la complète égalité civique et peuvent désormais vivre à l'extérieur de ghetto. Le Risorgimento, mouvement de libération national, compte un nombre important de juifs qui luttèrent aux côtés de Mazzini et de Cavour.

15 Octobre 1943 : 1007 juifs romains sont déportés à Auschwitz sur l'ordre de l'Obertubannführer Kappler.

Décembre 1943: Deux mois après les rafles des juifs romains, le pape Pie XII s'exprime en ces termes : "Notre sollicitude particulière va au peuple allemand si éprouvé plus qu'à toutes les autres nations."

Après la libération de Rome par les troupes alliées, la communauté prit le deuil et drapa la synagogue de draps noirs. La raison était la conversion au catholicisme de son grand rabbin.

1492 - Lorsque des Cavassa quittèrent l'Espagne pour l'Italie

Il est probable que, comme tant d'autres, l'ancêtre Cavassa quitta l'Espagne sur un bateau génois. Il s'établit à Rome où il travailla en tant qu'artisan ou chiffonnier. Le Cavassa inconnu, tête de lignée, vécut misérablement comme ses coreligionnaires romains, à peine toléré, et toujours humilié par les sbires de l'Eglise. Il a vraisemblablement croisé ou côtoyé son contemporain et mon lointain parent Rabbi Galante connu de l'entière communauté d'alors pour ses connaissances et son savoir religieux. Bien des années plus tard, des Cavassa quitteront Rome et ses contraintes pour aller vivre dans les deux villes hospitalières et généreuses d'Italie qu'étaient devenues Livourne et Ferrare.

Les Cavassa Livournais

Au 15ème siècle, les Médicis, désireux de faire prospérer le commerce dans leur état, accueillirent à Livourne les juifs et les nouveaux chrétiens. Pour mieux les attirer, ils les exemptèrent du paiement des taxes. Les nouveaux arrivants, choisirent d'habiter un quartier de la ville et non plus comme ailleurs en Italie un ghetto

1520 Livourne devient un port franc

1593 Ferdinand 1er accorde aux marranes venus du Portugal la liberté de culte et la protection contre les poursuites des inquisiteurs. Ces promesses sont inscrites dans une charte appelée "La Livourna" Les juifs sont autorisés à employer des domestiques et des nourrices catholiques. Jusqu'au 19ème siècle la langue officielle de la "Nazione Ebrea" Livournaise fut le portugais. Son enseignement aux élèves, ainsi que celui de l'espagnol, étaient gratuits. Les juifs de Livourne eurent le quasi- monopole du commerce des épices, du tabac et de l'or avec L'Amérique et l'Afrique, ils disposaient pour ce faire d'un large réseau de correspondants originaires du Portugal qui avait essaimé dans le monde entier. Ils travaillaient également le corail dont ils faisaient des bijoux fort appréciés. Le corail brut était acheté en Corse en échange d'armes destinées à combattre les Génois alliés à l'Espagne. La politique n'était jamais loin du commerce.

Un Cavassa de Livourne, brisant les frontières trop étroites de l'état, ouvrit un comptoir à Tunis. Il fit partie de cette communauté Grana dynamique et entreprenante.

Il paraîtrait qu'en 1900 des Cavassa étaient négociants en gros de céréales à Souk el Grana, situé dans la proche banlieue de Tunis. Après l'Indépendance de la Tunisie, une famille Cavassa partit en Israël où mère et fils vécurent de la pêche côtière pratiquée sur un cotre.

Les Cavassa de Ferrare

1492- Arrivée de la première famille juive d'Espagne.

1524 Les juifs de Ferrare sont reconnus en tant que communauté de plein droit par les autorités de la ville

1552 L'écrivain de Ferrare, Samuel Uusque, traduit la bible de l'hébreu en espagnol. Cet ouvrage par sa large diffusion, permit la rejudaïsation des anciens marranes qui ignoraient l'hébreu. L'autre écrivain de Ferrare, Azariah de Rossi, à l'oeuvre littéraire prolifique, est lu et commenté dans toutes les communautés italiennes de Venise, Ancone, Livourne, Padoue, Rome, Mantoue, Gênes et Florence.

1750- C'est à cette époque qu'une branche des Cavassa de Rome s'établit à Ferrare. Il est probable qu'ils assisteront aux offices de la synagogue en briques rouges de la Via Mazzini ou à ceux de petit oratoire proche. Les belles lampes à huile en argent et les grands sepharims faisaient la fierté des fidèles. Bien plus tard, en 1943 et après l'occupation de l'Italie par les nazis, tous les objets de culte furent pillés et vendus aux enchères. 183 juifs de Ferrare furent déportés à Buchenwald cette même année. Un seul survécut à l'enfer. Ces morts sans sépulture n'ont pas reposé comme leurs parents dans le cimetière paisible et bucolique qui avoisinait les hauts remparts de pierre de la ville. Les Cavassa de Ferrare peu nombreux, vécurent discrètement à l'ombre des grandes familles patriciennes qu'étaient les Herrera et les Finzi Contini. Le père de l'orphelin Cavassa, celui dont la mort soudaine cassa la transmission de la mémoire familiale avait été le régisseur d'un des domaines des Finzi Contini.

Lorsque la Sicile comptait une nombreuse population juive.

Une importante population juive vécut en Sicile au 6ème au 15ème siècle. Les grandes migrations suivirent la conquête arabe de Palerme en 831 A.J.C et de Syracuse en 878 A.J.C. De conditions modestes, la majorité des juifs siciliens furent pêcheurs et petits commerçants. Au 12ème siècle, pendant la domination allemande, les premières mesures discriminatoires furent prises à leur encontre. Lorsqu'après les Allemands succéda l'occupation française, l'Inquisition Papale menée par les pères dominicains se donna comme principale tâche de faire payer aux juifs un maximum d'amendes et d'impôts confiscatoires.

1282 : Le commencement de la fin des Communautés siciliennes

C'est en 1282 que le royaumed'Aragon conquit la Sicile qui comptait alors 57 communautés dont celles de Modica, Syracuse, Agrigente, Messine et de Taormina avec, comme juridiction suprême Palerme. Dans les décennies qui suivirent, plus de la moitié des juifs siciliens, par la menace et la terreur, fut convertie de force.

1840 Le Mariage d'un Cavassa à Ferrare

En l'an 1840 un Cavassa de Ferrare courtisa une jeune fille, belle disait-on comme un astre, de famille Sicilo Napolitaine. Elle habitait une maison de la vieille ville, irriguée par d'étroites ruelles pavées de pierres. Ils se donnaient journellement rendez-vous comme tous les amoureux de Ferrare dans la trattorie de la Piazza Della Certosa. Il y avait eu beaucoup de monde à leur mariage, tant à la synagogue qu'à la réception qui suivit. Dans la corbeille de la jeune mariée il y avait des souvenirs autobiographiques, vieux de plusieurs siècles, qui se racontaient de parents à enfants le soir à la veillée. De la Sicile lointaine, longtemps mère nourricière et jadis tant aimée, on disait qu'à la veille de l'expulsion des juifs de l'île ainsi que ceux de Malte, Gozzo et Pantelleria, les envoyés de Palerme, les jurés de Messine, les juges de la Magna Curia, le conseil royal sacré, ainsi que la population intercédèrent vainement auprès du vice-roi pour obtenir un assouplissement des mesures d'expulsion. Ils arguèrent que la présence des juifs dans l'île générait des richesses et du travail à l'entière population. Le seul résultat de ces protestations véhémentes fut que la cupidité du Roi Ferdinand s'accrut à l'encontre des malheureux perdants et qu'il fit réquisitionner leurs meubles, immeubles, marchandises et objets précieux. Les expulsés de Sicile, complètement ruinés quittèrent pour toujours leurs maisons et leur village. Ils ne devaient jamais plus revoir l'Etna désapprobateur cracher ses laves et ses flammes.

1487 L'Inquisition espagnole sévit en Sicile.

A partir de 1487 l'Inquisition espa gnole, encore plus féroce que l'In quisition Papale à laquelle elle suc cède, poursuivit à la fois les Juifs et les Hérétiques qu'elle rançonna. Ces habitudes de brigandage organisé étaient devenues tellement courantes à la population qu'elles furent naturellement reprises plus tard par la maffia. Le décret d'expulsion espagnol de 1492 eut force de loi également en Sicile et en Sardaigne. Le 12 janvier 1493, date limite butoir, la communauté résiduelle sicilienne avait quitté l'île, ou s'était convertie. Elle ne se reformera jamais plus. Les Juifs siciliens étaient partis majoritairement à Venise et à Naples ; En 1511 et 1516 dans une Sicile sans Juifs, les foules paysannes se soulevèrent contre les excès croissants de l'Inquisition.

Naples deviendra la ville sans juifs.

En 1494 Naples fut conquise par le Roi de France qui débuta son régime en confisquant les biens de ses sujets juifs. L'ancien ministre du Roi d'Espagne, Abravanel qui en un premier temps s'était réfugié à Naples, fut touché par ces mesures confiscatoires et dut repartir pour des cieux plus cléments. Les juifs de Naples furent expulsés partiellement en 1505 puis définitivement en 1539 par Charles Qunint successeur de Ferdinand le Catholique. Charles Qunint avait agi sur les conseils d'un moine qui lui avait prédit la naissance d'un héritier le jour où Naples ne compterait plus un seul juif parmi sa population. A Naples comme dans tout le Sud de l'Italie les conversions au catholicisme, par l'effet des menaces et des exactions, furent nombreuses. Le départ des Juifs de Naples fragilisa l'économie de la ville en raison du rôle important qu'ils tenaient dans la distribution et le courtage des produits agricoles. Ils avaient été également des artisans habiles et appréciés. En 1547 et en 1564, dans Naples devenu ville sans juifs, il y eut de violents soulèvements populaires contre l'Inquisition et ses excès.

Les tribulations des Sicilo Napolitains

En 1539 les Sicilo Napolitains expulsés se dispersèrent tant en Afrique et en Turquie, qu'à Rome, Venise, et Ferrare ; La nouvelle épousée Cavassa faisait partie de ces Juifs italiens sans cesse ballottée d'un état à un autre. Ferrare l'hospitalière leur parut être le havre auquel ils aspiraient. De la communauté disparue de Sicile, il subsiste à Rome une petite synagogue appelée la Sicilienne.

Lorsqu'à Naples les vieux démons resurgissent

En 1740 Charles III le Bourbon rappela les juifs dans son royaume. Il espérait ainsi enrichir son trésor personnel avec de nouvelles taxes. Il y eut peu de candidats à ce retour problématique et incertain. Les quelques-uns uns qui revinrent furent définitivement chassés de la ville en 1747. Le judaïsme napolitain, comme avant lui son grand frère sicilien, avait cessé d'être.

Les Juifs d'Italie dans l'Incertitude du lendemain

Milan. En 1559 dans la ville de Cremone le Gouverneur espagnol de Milan fait brûler sur la place publique 2000 exemplaires du Talmud Hitler n'avait rien inventé de ce point de vue

1563 Philippe II renonce à remplacer l'Inquisition épiscopale de Milan par l'Inquisition espagnole.

1597 Expulsion des juifs du Duché de Milan

Lorsque toute la population d'un village se convertit au Judaïsme.

Il est anecdotique de relever que les conversions ne se firent pas exclusivement à sens unique. A la fin de la dernière guerre à San Nicandro, l'entière population sous la conduite et l'impulsion messianique de Donato Monduzio, se convertit au judaïsme et partit vivre en Israël.

Pitigliano et la Toscane généreuse.

C'est dans cette ville de Toscane qu'en 1600 une petite communauté fuyant les persécutions de l'église se forma. Elle fut grandement renforcée en 1649 par d'autres réfugiés. Une belle synagogue, du plus pur style Renaissance fut édifiée en 1598. Son plafond blanc, comme tout l'intérieur, est orné d'une grande fresque bleue et or reproduisant les Dix Commandements. L'Intégration de la communauté de cette ville fut complète et parfaite, et cela jusqu'à ce jour.

Des Marranes italiens

J'ai eu l'occasion de rencontrer dans la région de Venise des fabricants de meubles qui me dirent d'être d'origine juive. Ils avaient gardé en mémoire quelques vagues traditions culinaires et une nostalgie confuse d'une identité mal définie. Pourtant ils ne se sentaient pas le courage de refaire surface. Ici l'Inquisition avait gagné la partie.

Le Noyau Dur des Marranes Siciliens

Il semble qu'il a existé pendant plusieurs siècles et depuis la conquête de l'île par le royaume d'Aragon, des marranes en Sicile. Les plus déterminés, et notamment les convertis de force des années 1300, s'organisèrent en groupes d'auto défense dans les villages de montagne. Ils furent les premiers mafiosi et les gardiens de la foi. Mais lorsque l'Inquisition fut supprimée en 1782, il ne subsistait d'un judaïsme qui avait été partie prenante de la population sicilienne pendant six siècles, que quelques ouvrages d'historiens racontent l'âge d'or d'une communauté disparue, ainsi que cette synagogue de Rome, détentrice de la mémoire de ces liens.

Malgré tout, la symbiose avec le peuple italien

Les Cavassa romains se souviennent-ils des affirmations des ambassadeurs de Venise au 16ème siècle décrivant l'Inquisition espagnole comme un organisme despotique commandant une nation hypocrite ainsi que de l'aide apportée pendant la guerre aux juifs dans les zones d'occupation italienne ? Cette famille qui fut jadis espagnole et dont la langue et la culture sont maintenant italiennes, s'est fragmentée en autant de branches que de villes et de pays d'accueil, tant en Italie, en France, en Tunisie et en Israël. Peu de leurs descendants connaissent aujourd'hui l'Histoire de leur passé mouvementé. C'est pour eux que j'ai transcrit avec mes mots et ma sensibilité propre, l'ensemble des confidences qui m'ont été faites.

Je lève une partie du voile et explique la raison de mon intérêt dans cette recherche, en révélant que mon fils a épousé une fille Cavassa, devenus aujourd'hui la mère d'un tout nouveau Bar Mitzva.

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- Copyright © 1999: Moïse Rahmani -