LA SYNAGOGUE DE ROME.

Un voyage en Italie est un enchantement de couleurs, de saveurs, de lumière. Quelques jours dans la « ville éternelle » semblent un instant tant la magie des lieux est sans cesse présente. « Piazze » succédant aux « fontane » (souvent une au milieu de l’autre), « palazzi » majestueux au détour d’une ruelle, chiese aux quatre coins des rues, les fori romain et impériaux, les vestiges de la splendeur (et de la cruauté) de la ville impériale la parent d’un écrin inégalable.

Non loin du Campo di Fiori surveillé par la statue de l’hérétique Bruno Giordano brûlé par l’Inquisition somnole, autour de la Piazza delle Cinque Scole, son cœur, le ghetto.

La communauté juive retrace ses origines à 161 avant l’ère vulgaire, lorsque Judah et Simon Maccabe, ambassadeurs de leur père Mattatia, virent demander au Sénat romain une alliance contre Antiochus Epiphane des Seleucides de Syrie qui avait profané le Temple. De nombreux Israélites s’installent, d’abord dans l’actuelle Trastevere (outre Tibre) réservé aux étrangers. Ils amènent dans leurs bagages le rite en vigueur alors à Jérusalem, rite qui restera inchangé durant vingt et un siècles et que l’on qualifie de rite italien.

Plusieurs indices rappellent l’histoire juive : une synagogue dans l’Ostie antique, la menorah gravée sur l’arc de Titus et la prison Mamertina où fut décapité Simon bar Ghiora qui défendit Jérusalem en 70. Bravant le herem interdisant de passer volontairement sous l’arc, les Juifs de Rome défilèrent en mai 1948 dans le sens inverse du triomphe du général romain lors de la déclaration d’indépendance d’Israël. Judae liberata est.

En 1555 Paul IV, à peine élu, édicte une bulle «Cum nimis absurdum », retenant absurde que les Juifs vivent parmi les Chrétiens et instaure, sur les rives du Tibre, dans le quartier le plus insalubre de la cité, le ghetto percé de cinq portes ouvertes uniquement le jour. Cinq synagogues sont édifiées : trois séfarades : Catalana, Castigliana et Sicilia et deux de rite italien : Nova et Tempio, toutes regroupées en un seul bâtiment, 37 Piazza Cinque Scole (le bâtiment d’origine n’existe plus).

Le ghetto est ouvert en 1798 lors de l’entrée des troupes françaises. Les Juifs sont libres mais, à la chute de Napoléon, le pape Pie VII les enferme à nouveau dès vingt heures. Sur un espace habitable de 23000 m2 s’entassent cinq mille Juifs dans une insalubrité totale. La plus forte densité de la capitale.

En 1870 l’Italie est unifiée. Le pape perd son pouvoir temporel : les portes et les murs du ghetto sont définitivement abattus. Les Juifs s’affirment italiens et leur nombre limité – trente cinq mille pour toute la péninsule – ne les empêchera pas de fournir de fidèles serviteurs à l’état : Luigi Luzzati, ministre des finances durant vingt ans et Premier ministre en 1910, Giuseppe Ottolenghi, ministre de la guerre en 1902-1903, Leone Wollemberg ministre des finances dès 1901, Ludovico Mortara qui, après 1923 présida longtemps la cour d’appel et fut ministre de la justice, Giorgio Liuzzi, chef d’Etat Major entre 1954 et 1959 … De nombreux hauts fonctionnaires, députés, intellectuels et hommes de sciences de renom, ont enrichi l’Italie du XX è siècle.

En septembre 1943 les nazis occupent Rome et rançonnent la communauté. Cinquante kilogrammes d’or sont exigés. Cinquante et un sont réunis – Pie XII y apportera son obole - mais, reniant leur engagement, le 16 octobre 1943 les Allemands déportent, sous les fenêtres du Vatican, deux mille quatre vingt et onze Juifs romains vers Auschwitz et Bergen Belsen. Seize seulement reviendront. Bien que le Pape ait accepté que les églises et le Vatican servent de refuge aux Juifs, il ne dénoncera pas publiquement la chasse lancée par les hordes nazies.

La grande synagogue de Rome – il Tempio – est érigée entre 1901 et 1904. De style « babylonien » elle impressionne par sa majesté et sa grandeur. Aussi haute que les églises, elle dresse vers le ciel sa coupole carrée, visible de partout et atteste cette présence juive bi millénaire, aussi ancienne que l’est Rome elle-même. A part le Tempio Maggiore, six autres synagogues, la plupart sépharades, parent Rome.

Rome deux mille ans de notre histoire vous attendent.

Le 9 octobre 1982, à la sortie de l’office de Shemini Atzeret, un groupe de Palestiniens ouvre le feu sur la foule. Le jeune Stefano Taché Gay, deux ans, sera froidement assassiné. Quarante fidèles seront blessés.

Le 19 juillet 2002 le carré juif du vieux cimetière de Verano à Rome sera profané...

Moïse Rahmani

Retour au sommaire


- Copyright © 2002: Moïse Rahmani -