Los Muestros 78 — Format textes indexés

Ecrit par webmaster Sefarad.org le 24 février, 2010

 Los Muestros 78
Mars 2010
Format texte

 

SOMMAIRE

Couverture

Les Juifs d’Alexandrie durant la période moderne

                                                               Sandro Manzoni

Édito Français  –  Edito Anglais  –  Edito Judéo-espagnol

Je ne m’y attendais pas si vite.
I knew it was coming but I was not expecting it so soon.

Era de menester ama no lo asperava tan presto

                                                               Moïse Rahmani

Histoire

The invention of the Violin

                                                               Franco Bontempi

Les Juifs au  Sahara                                                

                                                               Jacob Oliel

Relations with Russian publications

                                                               Dr  Moshé  Liba

In the Footsteps of Sabbatean Redemption

                                                               Gad Nassi

Shoah

Refael Shmuel, Un grito en el silencio

                                                               Rosemary Lévy Zumwalt

Les ballons blancs et bleus

                                                               Charles Etienne Nephtali

Il sogno svizzero (suite)

                                                                Ester Fintz Menascé

Muestros Dezaparesidos

                                                               Alain de Tolédo

Souvenirs

Jamy et ses camarades en Égypte

                                                               Jamy Tivoly

Notre récent voyage en Égypte

                                                               Jean-Pierre Hazan

Communauté

Distressing reality

                                                               Adriana Iosub Caras

Un site judéo-espagnol sur le Net français

                                                               Claudine Esther Barouhiel

 

↑ Sommaire

COUVERTURE

Les Juifs d’Alexandrie durant la période moderne (1860-1960).

Sandro Manzoni

Introduction

L’histoire des Juifs et de l’Égypte est une histoire de flux et de reflux. Avec la fondation d’Alexandrie par Alexandre, roi de Macédoine, en 331 avant J.-C., commence le premier « âge d’or » des Juifs en Égypte. Le deuxième « âge d’or » de la présence des Juifs en Égypte commence avec le règne de Mohamed Ali (1805–1848) dont la dynastie s’achèvera avec l’expulsion du roi Farouk en 1952. La création de l’État d’Israël, les guerres israélo-arabes et la politique menée par le président Nasser sonneront le glas de la présence des Juifs en Égypte.

Les origines

Les Juifs d’Égypte appartenaient à des origines et des cultures très diverses.

Sur le plan religieux, il y avait les « Juifs rabbanites » et les « Juifs caraïtes ».

Au sujet des origines, il y avait des juifs orientaux, des sépharades et des ashkénazes. Sur le plan de l’état civil, il y avait trois groupes : les citoyens égyptiens (35%), les citoyens étrangers (25%) et les apatrides (40%).

La diversité des origines et les contrastes entre les classes sociales de ses membres expliquent que cette communauté se présentait comme un puzzle complexe.

Les effectifs de la population juive en Égypte et à Alexandrie

À l’arrivée des troupes françaises à Alexandrie (1798), il y avait une centaine de Juifs à Alexandrie sur une population totale d’environ 6000 habitants.

On estime que le nombre maximum de Juifs ayant résidé en Égypte se situe autour de 80’000 (35 000 à Alexandrie) et cela durant les années 40. La forte augmentation du nombre de Juifs à Alexandrie s’explique par l’immigration : interne (surtout des villes du Delta) et externe à l’Égypte.

Le déclin des communautés juives d’Égypte se fera à un rythme accéléré suite aux guerres entre Israël et l’Égypte (attaque contre Israël en 1948, l’expédition de Suez en 1956, la Guerre des Six Jours en 1967 et la Guerre du Kippour en 1973). 75 000 en 1948; 45 000 en 1956 ; 15 000 en 1957 (5500 à Alexandrie) ; 2000 en 1964 (1000 à Alexandrie); 200 en 1975 (100 à Alexandrie) ; moins de 20 en 2009 (moins de 10 à Alexandrie).

La communauté juive d’Alexandrie comprenait plusieurs classes sociales

–       Une couche « aristocratique » de banquiers, grands industriels, hommes politiques et propriétaires terriens.

–       Une classe moyenne relativement prospère de commerçants, hommes d’affaires, employés, de professions libérales et intellectuels.

–       Une classe pauvre composée surtout de Juifs indigènes ou orientaux, proche de la population égyptienne, concentrée dans les quartiers de la ville turque, souvent assistée par la charité communautaire.

Les cimetières à Alexandrie

À Alexandrie, il y a trois cimetières israélites. Le No 1, le plus ancien, est situé à Mazarita ; les No 2 (cimetière Menasce) et No 3 (consacré en 1908) sont situés à Chatby, et donnent sur la ligne du tram. Ces trois cimetières restent aujourd’hui (2009) le témoignage le plus « vivant » de la présence des Juifs durant la période moderne.

Sandro Manzoni

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ÉDITO Français

Il le fallait bien, mais je ne m’y attendais pas si vite.

Benoit XVI a rendu visite le dimanche 17 janvier 2010 à la Synagogue de Rome. Les commentaires étaient symptomatiques et insistaient sur la qualité de Benoit XVI comme évêque de Rome d’abord et comme pontife ensuite.

Comme son prédécesseur Jean-Paul II le fit le 13 avril 1986, c’est en tant qu’évêque de Rome, en voisin donc, en « collègue » pourrais-je dire, que le Pape s’est rendu dans le ghetto sur le Tibre où il a été reçu en grandes pompes. Mais ne chicanons pas… Le Pape a visité, pour la troisième fois, une synagogue alors que les rapports entre Église et judaïsme se sont hélas! détériorés.

Dans son allocution aux termes pesés et soupesés, Benoit XVI n’a pas cité une seule fois le nom d’Israël, mais a parlé de la Terre Sainte.

Mardi 19 janvier 2010, le Vatican sortait un document qui pointe « l’occupation israélienne des terres palestiniennes » comme raison principale de la « fuite des Chrétiens de Terre Sainte« , blâmant, dans la foulée, les Israéliens non seulement pour l’exode des Chrétiens des pays arabes mais affirmant qu’ils étaient responsables de leur situation à travers l’ensemble du Moyen-Orient.

Un dignitaire du Vatican est allé même jusqu’à dire que l’Église catholique ne cherchait pas à émettre un avis politique, mais a insisté sur le fait que les évêques basés au Moyen-Orient à l’origine de ce document « connaissaient très bien la situation « .

Bien sûr, si des Coptes se font assassiner en Égypte, c’est la faute d’Israël, si les Chrétiens se voient interdire de messe en Algérie, c’est la faute d’Israël, si les Chrétiens fuient Mossoul et Bagdad en Irak, c’est la faute d’Israël, si Bethléem n’est plus une ville chrétienne, c’est la faute d’Israël et enfin si en Indonésie un non-musulman prononce le nom d’Allah, ce qui, d’après le peuple devrait lui être interdit, et si des émeutes ensanglantent le pays c’est encore et toujours la faute d’Israël.

Pie XII était le pape du silence. Benoit XVI sera le pape de quoi ?

Le Vatican renouerait-il avec une vieille coutume : celle d’un pas en avant et de deux en arrière ?

Je suis fier aujourd’hui. Fier de l’état d’Israël dont l’aide aux victimes de Haïti est « disproportionnée ».

Israël a envoyé 240 personnes et un hôpital de campagne. L’Angleterre 64 pompiers et 8 volontaires, la Chine 50 sauveteurs. La Ligue arabe, quant à elle, n’a envoyé personne comme elle n’a envoyé personne pour aider la Turquie ou l’Iran lors des tremblements de terre.

La radio haïtienne a loué Israël pour avoir immédiatement envoyé des secours (ils furent parmi les premiers) alors qu’elle n’avait ni citoyens à secourir ni intérêt à préserver.

Lors d’un reportage le 20 janvier sur la RTBF, la journaliste constatait que les sauveteurs semblaient privilégier le sauvetage des étrangers et que l’équipe de secouristes belges était déjà retournée en Belgique après trois jours car, selon eux, après ce délai on ne peut plus retrouver des survivants (le 22 janvier, un jeune homme de vingt-deux ans a été tiré vivant des décombres par des sauveteurs de Tsahal, onze jours après le séisme !).

Signalons que le premier bébé à naître d’une maman ensevelie a été mis au monde par des Israéliens et, qu’en reconnaissance pour le travail exemplaire de Tsahal,  il porte le nom d’Israël. Ce n’est pas beau ça ?  Ce n’est pas grand ça ?  Et bien ça c’est Israël.

Pessah cachère ve sameah !

Moïse Rahmani

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ÉDITO Anglais

  I knew it was coming but I was not expecting it so soon.

 Benedict XVI paid a visit on Sunday, January 17, 2010 to the Synagogue in Rome. Comments were predictable and emphasised that Benedict XVI was Bishop of Rome first and Pope second.

As his predecessor had John Paul II made his visit on April 13, 1986; as Bishop of Rome, a neighbour, « colleague », I might say, the Pope visited the ghetto on the Tiber, where he was received with great pomp. But let us not quibble – a Pope has, for the third time, paid a visit to a synagogue while relations between the Church and Judaism were going downhill.
In his speech, each word carefully weighed and weighted, why did Benedict XVI not once mention the name Israel, but speak of the Holy Land?

On Tuesday, January 19, 2010, the Vatican issued a document that pointed to « the Israeli occupation of Palestinian land » as the main reason for the « flight of Christians from the Holy Land », blaming the Israelis wholesale not only for the drain of Christians from Arab countries, but holding them responsible for their plight throughout the entire Middle East.

A Vatican official went so far as to say that the Catholic Church did not seek to express a political opinion, but stressed that bishops based in the Middle East who had written the documents ”knew the situation backwards ».

Of course if the Copts are murdered in Egypt, it is Israel’s fault, if Christians are banned from saying Mass in Algeria, it is Israel’s fault, while Christians fleeing Mosul and Baghdad in Iraq is Israel’s fault. If Bethlehem is no longer a Christian town it’s Israel’s fault. Finally, in Indonesia, if a non-Muslim utters the name of Allah, which they should not be allowed to, and bloody riots engulf the country, it’s always, and ever will be, Israel’s fault.

Pius XII was the Pope of silence. What will Benedict XVI be the Pope of?

Will the Vatican renew an old custom:  one step forward and two steps back?

I am a proud man today – proud of the state of Israel giving ‘disproportionate’ aid to victims in Haiti.

Israel sent 240 people and a field hospital, England sent 64 fire-fighters and eight volunteers, China 50 rescuers. The Arab League sent nobody, just as they had sent nobody to help during the Turkish and Iranian earthquakes.

Haitian radio praised Israel for its relief efforts – Israelis were among the first on the scene – when they had neither citizens to save nor interests to maintain.

In a Belgian TV report yesterday, the reporter found that rescuers gave priority to foreigners; the Belgian rescue went home after three days because they thought no survivors could be found after three days. (On January 22, a young man of twenty-two was pulled alive from the rubble by IDF rescuers).

Note that the first baby born to a mother buried by the earthquake was delivered by Israelis. To thank the IDF for their exemplary work, it was given the name ‘Israel’. Is that not lovely? Is that not fantastic? Well that’s Israel.

Pessah cachère ve sameah !

Traduction Anglaise : Lyn Julius

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ÉDITO Judéo-espagnol

Era de menester ama no lo asperava tan presto

Benedeto XVI izo una vijita el alhad 17 de Enero 2010 al Kal de Roma. Los komentarios eran sintomatikos i ensistiyan en la kalidad de Benedetto XVI primero  komo el papas bashi de Roma i despues komo pontifiko.

Ansina komo lo izo su  predesesor, Joan-Pavlo II el 13 de avril de 1986; es en tanto ke papas bashi de Roma, dunke komo vizino, « komo kolega » podria dizir, ke el Papa se enkamino verso el geto, sovre el Tibro ande fue  akojido kon grandes pompas. Ama no bushkemos la spina por la milizina … El Papa vijito, por la tresera ves, un kal kuando las relasiones entre la Igleja i el djudaizmo se yuchearon.

En su alokusion, kon biervos bien eskojidas i rees-kojidas, Benedetto XVI no pronunsio , ni una ves el nombre de Israel ama avlo de la Tierra Santa!

El martes 19 de enero de 2010, el Vatikano saliya un dokumento ke apunta  » la okupasion israeliana de las tierras palestinianas » komo kavza prinsipal de la fuyida de los kristianos de la Tierra Santa », kulpando al mizmo tiempo los Israelianos no solo del egzodo de los Kristianos de los paizes arabos ama i afirmando ke fueron responsavles de sus situasion por todo el Medio Oriente.

Un dinyitario del Vatikano asta se atrevio à deklarar ke la Igleja katolika  no bushka a dar una opinion politika ama ensistio sovre el echo ke los papazes bashi  bazados en el Medio Oriente i autores deste dokumento  » konosen muy bien la situasion ».

Siguro, si asasinan Koptos en Ayifto, es la kulpa de Israel, si Kristianos  se ven  heremeados de misa en la Aljeriya, es la kulpa de Israel, si los Kristianos fuyen de Mosul i de Bagdad en Irak, es la kulpa de Israel,si Betlehem ya no es una sivdad kristiano es la kulpa de Israeli, finalmente, si en Indonesia un no muzulman  pronunsia el nombre de Allah, ke se lo vedan, i ke sigen matansinas ke engrientan el payis, otra ves es la kulpa de Israel.

Pie XII, era el papa del silensio. Benedetto XVI sera el papa de KE ?

Reanudariya el Vatikano kon un uzo viejo: el de un paso adelantre i de dos para atras?

Oy esto muy orguyozo. Orguyozo del Estado de Israel,porke su ayudo a las viktimas de Haïti es « disproposionado ».

Israel embio 240 personas i un ospital de kampo.Inglatierra 64 tulumbadjis i 8 voluntarios, China

50 salvadores.Le liga araba ninguno ansina komo no mando a nnguno kuando los terretemblos en Turkita i en Iran.

La radio aisiana dio loores a Israel por sus sokorros ( fueron entre los primeros) alora ke no teniyan ni israelianos, ni enteres ke mamparar !

Ayer en su prezentasion en la RTBF, un jurnalisto konstatava ke los salvadores salvavan primero a los estranjeros i ke el grupo de salvadores beljikanos abolto a la Beljika, tres diyas despues,sigun eyos, porke despues de tres diyas ya no se pueden topar sovrebivientes ( el 22 de enero , un mansevo de ventidos anyos fue travado de los eskombros por los salvadores de Tsahal),

Senyalemos ke el rizin nasido de una madre desterrada

vino al mundo grasias a los Israelianos i ke por hatir de akeyos gibores de Tsahal, le dio el nombre de Israel. No es esto ermozura? No es esto grandeza? Siguro,esto es Israel.

Pessah cachère ve sameah !

Traduction Judéo-espagnol : Haïm V. Sephiha

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HISTOIRE

The invention of the Violin and the Jewish presence in the North Italy
Franco Bontempi
 Part  II

8. The first period of the violin production

The first violin makers is Kerlino. The name is known in nineteen four when the lute maker from Paris, Koliker had a violin of Kerlino of fourteen forty nine. This news is discussed. The second information is in the Gonzaga archive in which Giovan Angelo Testagrossa was in Brescia for to buy the Kerlino’s violins1. The name Kerlino, or Cherlini is present in the area of the Garda lake. In the Salò archive there is a contract with Domenico di Giovanni Cherlini of Bussolengo in Verona province2. He trades the saltpetre from Lazise in the Garda lake. The name Kerlino or Cherlini hasn’t Italian origin. Some scholars say it rises from a Greek word: keras, horn. But it is very difficult to find a Greek name in the Garda lake. It is possible that the name rises from Jewish language: qeren, it means horn. After many years there in another violin makers and his name is: Jo Jacobo della Corna, of the Horn. The name « corna » means also the mountain picks. Also the Cherlini of Bussolengo worked in the mines. It is so interesting to note Jo Jacobo della Corna: « commerciava in armi e altre robe » he traded in arms and in other goods3. He lived during the sixteenth century: the news are from fifteen twenty four to sixty one. The violin makers stayed in Brescia, where the trade was more easy, but their origins were in the Garda lake. We can see the same situation in Gasparo of Salò. If Kerlino is born about fourteen twenty, the invention of violin happened in the first half of fifteenth century. The work of the violin makers in the first period is united with the others trades and with the artisans’ work. At the end of the fourteenth century there are some news about a lute makers unknown. A letter is written from Isabella from Este (b. Ferrara 1474  – d. Mantua, 1539) who lived in Mantua, a city in which there were a lot of Jews and she gave hospitality to Leonardo. The name of this lute makers is unknown. Kerlino lived and the letters can concern his work or it is possible also the existence of a second generation of the violin makers.

9. The second period of the violin production

The second period of violin production has his extension from the beginnings of the sixteenth century to the fifteen thirty. In this period the principal artist is Zanetto, born in the fourteen eighty nine, he died in fifteen sixty one. In the music studies his name is Zanetto Micheli. At the end of fifteenth century the surname isn’t sure and Micheli can be seen a Latin genitive: Zanetto of Michael. The scholars say he was from Montichiari, a village near the Garda lake. This news is in the work of Giovan Maria Laffranco, Scintille di musica, Music sparks, published in Brescia in fifteen thirty three. In this book there are many differences from the scholars’ considerations about Zanetto’s origins. Laffranco says: « And everyone be diligent in his participations in to participate, with participating any instrument or rather in strings: as in lutes, violins, lyres and alike. Properly and constructed from Brescian John Jacob della Corna and Zanetto Monteclaro » 4. The scholars translate Monteclaro as Montichiari. Also Pellegrino comes from Montichiari. The translation is a mistake: Monteclaro is a surname of the many Jews who lived in the village of Montichiari, where there was a Jewish community, but the persons with this surname it is possible to find in different parts of the North Italy. Zanetto has a surname Monteclaro and his father is Michael. This surname is a Jewish surname. In the fifteen twenty seven he is « magister de violettis” and after his dead he named « magister de violinis ». His son or his relative is Pellegrino (b. 1520 – d. 1606/9).0 The name Pellegrino means Pilgrim, but also strange, wandering5. This name there isn’t in the Alps. In the Alps the people want to stay only in the same place. The Pellegrino is in Jewish language: “’oleh”, who comes, the name of the Jews in Europe and, why no?, who come from the East. In the fifteen seventeen is written the Vincenzo Capirola text  about the lute construction with the miniatures of a Capirolas student named Vidal, Jewish name.

10. The third period of the violin production from 1540 to 1600

In this period the lute makers multiply rapidly in Italy an in other parts of Europe: France, Bruxelles, Anversa, Poland. Also in this period there were Jewish artists. The first is Daniel de Laude named: “magister de violis”. He worked in Brescia between fifteen twenty nine to fifty. Also in this case the scholars read Daniel from Lodi, a city in Lombardy. De Laude in a Jewish name because there was a Jewish community in Lodi and De laude is the name of many persons. The same problem there is about another lute maker: Giovanni Leonardo de Martinengo, son of Moses. His father demands the permission to lend in Cremona. The lending is an Jewish activity in this period. Martinengo is a name of a village in Bergamo province, but the Jews had contacts with the Martinengo’s family, an Brescian aristocratic group who protected the Jews. Many Jews take this surname for to thank these noble friends. The most important families in the second half of the sixteen century where the Bertolotti of Salò and Amati of Cremona. We can say quietly nobody of them is the inventor of the violin. The violin makers worked already from a century, but is true the importance of these families in the diffusion of the violin. For the Bertolotti family the most important person are Gasparo, his grandfather Francesco and his uncle Agostino. Gasparo is born in fifteen forty in Salò and died in sixteen nine. They came from Polpenazze, a village near Salò. Francesco, the grandfather, and the uncle, Agostino, had the name “i violì”, the violins. The sure news is their origin at the Garda lake. In workshop of Gasparo works Alessandro Marsili. Also in this case the scholars didn’t know the Jewish name. They read from Marseille. But the name Marsili is an determination of the Jewish community in Marseille. The inhabitants of the city, in French language, is: Marsillais or, in Italian, Marsigliese, but Marsili is Jewish6. In the documents of Brescia is said: Alexandro de Marsiliis Gallico” Also the name Gallico is known above all in the Jewish Mantua community7. The second important family in the second half of the sixteenth century is Amati family. The first violin maker is Andrea (b. 1505- d.1577). This family has a great importance in the violin production. The name Amati is present yet today in the Garda lake name. It is interesting to note the sudden apparition of this family in Cremona. In the visit of the Carlo Borromeo, a cardinal of the Counter reformation, in the fifteen seventy five is said: “Moses has and teaches to use the musical instruments… a Christian teaches to use the viola and stays in the Jewish houses”8. We don’t forget in Jewish language the name Amati derives from the verb “ahav”, to love. My opinion is that Gasparo of Salò and Amati came from the Garda lake and then they went one in Brescia and other in Cremona.

Salò, an the Garda lake village, has in the sixteen century, an orchestra and many players. In the fifteen century a orchestra of the violins players from Salò comes in Bagolino for a concert. In the year fifteen forty four the Savoia duke buy the “viollons”of Desenzano9. From the fifteen forty in Venice there were two violin players from Salò: Bartolomeus and Battista del Caro. This second name derives from a Jewish surname. In the sixteen century there is a great incoming of the violin production and becomes difficult to examine all persons. But we know Michael Aisele oh Heisele (b. 1614 – d. after 1664). He is said “Todesco”, German. Another Heisele, “lauter”, lute maker, lived in Sassuolo in 1619. Between seventeen thirty seven and sixty one in Brescia works Matte of Giacomo Benti, “fabbro di citare” guitars smith. Also this name is Jewish.

11. Antonio Vivaldi and the violin

Antonio Vivaldi wasn’t a lute maker, but the violin was in the centre of his life. He brought the violin and the other strings instruments on the supreme art. He was compositor, conductor, player. Our interest about Vivaldi is born with the Brescian origin discovery. Also for the others lute makers there isn’t the proof of his source of the Jewish family, but it is necessary to examine the news about his life.

11. 1. About his family

The genealogy of Antonio Vivaldi is this: The father of Antonio is Giovan Battista. The father of Giovan Battista is Agostino. In the 1651 there is an Ottavio Vivaldi in Brescia. It isn’t possible to say if Ottavio has links with Agostino, but his sun, who is baptized in 8th July 1652, has the name Agostino. Ottavio lives in the parish of S. Nazzaro in Brescia. In Venice lives a brother of Giovan Battista. He is Agostino. Then the family of the Giovan Battista’s father was of two sons: Agostino and Giovan Battista. The names of the members are Christians except Ottavio. But the last name is very common in the Renaissance. It is necessary to say that in the Renaissance the Jews used names Christians. If a conversion there was, it need to place it in the first half of XVII century or in the end of XVI century.

11.2. About the name of family

The name of Vivaldi is the name used in the half of XVII century, in Venice, and in the first half of XVII in Brescia (see Ottavio). The name Vivaldi isn’t certificated in the Brescian name. We can find the same root in the Jewish name: in Spain: Vives, in Provence: Bibago, in Italy: Vivanti. In the inscription of Giovan Battista in the “Cappella di San Marco”, his name is: “Rossi” and for some scholars the title “prete rosso”, red priest, no means the hairs, but the family and the name Rossi. Then the name Rossi in spread in Italy, but in Brescian area is frequently taken from Jewish families. This is the name of Salomone de’ Rossi, the great composer of Mantua.

11.3. About the work of the family

In the common history the father of Antonio is a barber, son of a Brescian tailor. It is difficult to relate precisely the work of Giovan Battista before his profession of musician. It is more important to consider the profession of the father of Giovanni Battista. For the common history he was “sarto”, tailor, in Brescia. There is the testimony of the two soldiers, who were been in the Castle of Brescia. This testimony opens a new vision. The soldiers testify for the marriage of the brother of Giovan Battista, Agostino. They say: “I know this Agostino from about seven years, because I was in this time in Brescia, in the company of gentleman Spinetta in the this city castle and frequenting other friends, I talked with him familiarly with his father Agostino, the taylor, colthes seller”10 The family Vivaldi in Brescia was a family of tailors and merchants of the textiles. The trade of textiles was in the hands of the Jewish merchants. The brother of Giovan Battista, Agostino, came in Venice, and in the first time in Zara and he was merchant of the grains. It is important to note the fact that Ottavio Vivaldi in the first half of XVI century is said : “Ser” , it means sir, a title of merchants. We don’t know the raison for which the family Vivaldi, Giovan Battista and Agostino, abandoned Brescia. Perhaps an economic crisis. These crisis, in XVII century, were frequents in Italy. It is interesting to note that the musical work attributed to Giovan Battista is: “ La fedeltà sfortunata”, it means: the fidelity unfortunate. A memory of the last days in Brescia ?

11.4. The Vivaldi in Italy

The name Vivaldi there were non only in Brescia, but also in different cities of Italy. Before the arrive of Giovan Battista in Venice, lived in Venice (in 1637) Domenico Vivaldi who came of Bologna. Others Vivaldi of Venice, in the same time of Antonio, were of Mantua (in 1700). In Bologna and Mantua there were great Jewish communities. It isn’t possible to say if the two families were Jews, but it is important to see the relation between Bologna and Mantua with the Jewish presence.

11.5. The importance of the music in Brescia

The invention of violin is made in the territory of Garda lake, province of Brescia. Moreover the use of the musical instruments was frequent in the Jewish families. All this explain the passage of Giovan Battista, “a barber”, to perfect musician.

11.6. The dedication of the first work of Antonio Vivaldi.

The dedication of the Opus 1 to Annibale Gambara is very interesting. The Gambara family gives the more important protection to Jews in Brescia from XV to XVIII century. Moreover is important to stress that Antonio Vivaldi has dedicated his work to a Brescian noble who perhaps had protected the Vivaldi family in the past. The Gambara family was to beginning of the Academy: Accademia degli Erranti, The wanderings academy, This academy had a symbolic near the Jewish symbolic: the lamb with the cittern. Moreover the academy had contacts with Prague. In this light it is necessary to consider the trip of Antonio Vivaldi in Prague with his father.

11.7. The others work of Antonio Vivaldi

The musical work, in the XVII and XVIII century, had frequently arguments from the Bible, in particular of the Ancient Testament. So Antonio Vivaldi wrote work about the themes of the Bible.

But we can divide the production of the biblical work of Antonio Vivaldi in three parts:

a) the works placed in the East Europe, in the Ponto or in the west Asia: Arsilda, regina del Ponto, Incoronazione di Dario, Artabano, re dei Parti, Bajazet, Farnace, Semiramide, Siroe, re di Persia. This position is important in the hope of Jews in Europe because in the Caucasic area in the first millennium of our era lived the Khazarians,

b) The work Moyses, Deus pharaonis. The figure of Moyses is central in the Jewish religion and the figure of Pharaonis indicates the different powers which have persecuted the Jewish people.

c) Juditha triunphans. This work was written for the victory of the Christians again the Turks, but the theme is the victory of the Jewish people again his enemies. We can se a double model, one for the Venetians and an other for the Jews. It is very interesting the title of work of the 1717: Il vinto trionfante del vincitore, it means: Who is won triumphs on the winner.

11.7. The Christians works of Antonio Vivaldi

Antonio Vivaldi has written: Stabat Mater, Adorazione dei magi, Gloria, Credo, Magnificat, Vespri, Mottetti, and so on. His work in Venice was dedicated to the Christians festivals. But we have two elements different:

a) Vivaldi haven’t celebrated the Mass during his life except the first year of his priesthood. His explication is that the cause was his asthma. Certainly Vivaldi couldn’t say that he was Jews. In this case he was processed from the Inquisition. But perhaps there isn’t another raison for his abstention of the Mass, different from the common explication?

b) The raison for which Vivaldi went to Vienna was the abolition of his work in Parma for the decision of Cardinal of Ferrara. The common narration is that this decision was taken for the accusations of his enemies. It is necessary to examine the accusation and see if there are accusation about his orthodoxy.

11.8. The interest of the Jews about Vivaldi

In the XX century is merit of the Jews the conservation of the Vivaldi’s texts. Roberto Foà, a Jews of Turin, gives the money for purchase of Vivaldi’s work in Communal Library of Turin. Marc Pincherle writes the “Inventaire” of the Vivaldi work.

12. Conclusion

My research about on the violin invention proves the presence of the Jewish artisans in the first half of the second millennium A.D. The practical situation of the continue Jews’ persecution in Europe don’t permit to say all about the activity and their contribute to the modern inventions. The studies in the nineteen century in Europe and above all in Italy were conditioned from the anti-Semitism and the racism. And this vision continue today. But it is necessary to correct it and to begin to read the documents with particularly attention to the this minority work in Europe history. We say the Judaism is present in the religion because it gave to the humanity the monotheism, but my research demonstrates the Judaism importance in the science and in technology. Non only in the nineteen century, but also in the previous times. The study presents some figures who aren’t easy to define: they are Jews or Christians? Somebody is in the Church authority. This position poses many problems about the Jewish identity. We can consider these persons as traitors. But the word traitor derives from Latin language: proditor. Who betray is who delivers and transfers the ideas from a culture in an other. In Italy and in the times of the Renaissance these passages were frequently. The two orthodoxies Jewish and Christians saw this change and they don’t want it, but the modern world is born so.

Franco Bontempi

1 A. BERTOLOTTI, Musici alla Corte dei Gonzaga di Mantova dal secolo XV al XVIII. Milano 1890, p.17.

2 COMUNE DI SALO’, Archivio di antico regime 1431-1805, Milan 1997, vol. II, p. 174-175.

3 G. Livi, I liutai bresciani, Milano 1896.

4 Et sia ciascuno diligente nelle sue partecipazioni, partecipando qual strumento si voglia o siano da corda: come sono liute, violoni, lire e simili, politamente e fabbricati da i due Bresciani Giovan Giacobo della Corna e Zanetto Mo(n)teclaro

5 The Pilgrim’s image is in the Jewish book from the printing house of  Vincenzo Conti in Cremona during the fifteen century.

6 In the Samuel b. Judah ha-Marsili (also known as Miles Bonjudas) was born in Marseilles in 1294. He translated several philosophical and scientific works from Arabic into Hebrew.

7 Italian family of French origin. The family first lived in Rome where it was known from the 14th century. In 1323, a « Gallichi » (which may however imply « French ») synagogue is mentioned there. Later the Gallico family spread to other Italian towns. MALACHI (Angelo) GALLICO was physician and rabbi in Cori, a village of Rome, in 1565 when the community decided to accept the invitation of Joseph Nasi and move en masse to Tiberias. SAMUEL GALLICO, rabbi and kabbalist, published a summary of Moses Cordovero’s Pardes Rimmonim, under the title of Asis Rimmonim (Venice, 1601). In the 16th, 17th, and 18th centuries several other rabbis and scholars belonging to this family are mentioned in Mantua, Modena, and Siena. Another member of the family was the Hebrew scholar and poet Abraham b. Hananiah dei Gallichi Jagel.

8 F. BONTEMPI, Storia delle comunità ebraiche a Cremona e nella sua provincia, Milan 2002,  p. 101.

9 It is difficult to say is the vyollons are the instruments or the players. So in this period the word vyollons isn’t yet divided. The payment happens in the 1545. See: S. CORDERO DI PAMPARATO, Emanuele Filiberto di Savoia, protettore dei musici, Rivista musicale italiana XXXIV, pp. 229-247. 241.

10 Conosco questo Agostino da 7 anni in circa, con occasione che mi trovavo in detto tempo a Brescia nella compagnia del signor … Spinetta, nel castello di detta città et praticcando altri amici ho conversato seco familiarmente, facendo con suo padre Agostin, il sartor, venditor di drappi” (testimony of Agostino of Zuane Preato, 7 novembris 1664. Another witness says: “ Conosco questo Agostin da 10 anni in circa con occasione che di detto tempo andai a Brescia nella compagnia del capitan Novello, ove stetti circa 5 anni continui, nel qual mentre ho praticato anco suo padre pur Agostin che faceva il sartor e vendeva drappi servendomi da lui”. (testimony of Vincentius quondam Soleri from Citta nuova (Neustadt) in Germany, 7 November 1664).

Franco Bontempi was born in Cedegolo (Brescia – Italy) in 1947. He studied Eastern Languages in Cà Foscari University in Venice. He lives in Lonato (Brescia, Italy) and is the founder and president of a cultural association and a Society for Hebrew History Studies. He is also a journalist and a teacher of Jewish history. He has published several books an the Bible and biblical History.

Publications

1980. Member on the editorial staff of biblical Commentary. Marietti. Turin.

1982. Schede Bibliche (Biblical Summaries) Dehoniane, Bologna.

1989. Economia del Ferro (Economics of Iron), Ghislandi, Breno.

1994. Il ferro e la stella, presenza ebraica durante il Rinascimento (The Iron and the star. The Jewish presence in Brescia during the Renaissance),  St. Alexander Circle. Brescia.

1997. La formazione della civiltà nelle Alpi, St Alexander Circle, Ono. S. Pietro.

1998. Leonardo da Vinci and the judaic tradition, Welland (Ontario), Soleil edition.

2002. Storia delle comunità ebraiche a Cremona e nella sua provincia, Society for Hebrew History Studies, Milan.

2008. La nuova comunità. Presenza ebraica a Brescia in età moderna e contem-   poranea

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HISTOIRE

Les JUIFS au  SAHARA

Jacob OLIE

 1.         – UNE IMMIGRATION RÉUSSIE

      Azougui, Gourari, Sijilmassi, Tamesti, Touati, Touitou, Zenati…

      Ces patronymes – et d’autres plus anciens encore, portés de nos jours par des Juifs, ont une origine saharienne.

Une présence juive au Sahara ? Son origine première ? À quelle époque remonte-t-elle ? En fait, sauf l’exception que constituent des marchands qui ont abordé sur les côtes d’Afrique du Nord avec les navigateurs phéniciens fondateurs de Carthage (814 av. J.-C.), les migrations de l’Orient vers l’Afrique du Nord, furent le plus souvent des déportations ou des exodes consécutifs à des désastres, des persécutions :

  • · La première grande migration de populations juives vers l’Afrique de l’Ouest eut lieu au VIII° av. J.C lorsque l’Assyrien Salamanassar IV a fait détruire le royaume d’Israël et déporter les Dix Tribus 1.
  • · VI° s. av. J.-C., après la destruction du Temple de Salomon, les exilés fuyant les persécutions et déportations du Babylonien Nabuchodonosor, abordèrent au Maroc.
  • · 320 avant J.-C., Ptolémée Soter, fondateur de la dynastie grecque des Lagides d’Égypte, envahit la terre d’Israël et fit déporter plus de 100 000 captifs juifs en Afrique (Égypte, Cyrénaïque…).
  • · 146 av. J-C. : après la chute de Carthage, des populations juives transplantées par les Romains, se sont massées de Tripoli à Tanger, dans les ports d’Afrique du Nord.

       Après la destruction du Second Temple de Jérusalem, en 70 par Titus, de très nombreux Juifs, faits prisonniers et réduits en esclavage, furent vendus par les Romains sur les côtes de l’Afrique du Nord (Égypte, Cyrénaïque, Tripolitaine…).

Ainsi, loin d’être des conquérants, les Juifs qui abordèrent sur le littoral méditerranéen de l’Afrique furent à l’origine des réprouvés, des exilés, des déportés ou des esclaves. Néanmoins, la présence d’individus isolés, de groupements, voire de véritables communautés est attestée dans l’Afrique romaine, de Volubilis au Maroc (stèle du III° siècle à Volubilis : « Matrona bat Rabbi Yehuda Noah… ») à Alexandrie (Égypte), en passant par l’Algérie (Tipasa, Hippone-Bône, Cirta-Constantine) – et la Libye : Oea-Tripoli et Cyrène.

       De l’est à l’ouest du Maghreb, les vestiges ne manquent pas : nécropoles juives, mosaïques et scènes bibliques, lampes à huile ornées du shofar ou de la ménorah à Carthage, antique synagogue à Hammam-Lif, stèle funéraire à Volubilis, en passant par Cirta-Constantine et Timgad…

Dans les régions sub-sahariennes et tropicales de l’Afrique, les archéologues seraient bien en peine de montrer la moindre trace attestant une présence et, a fortiori, une influence juive …

En Libye et Cyrénaïque, régions soumises au statut commun de possessions romaines, les Juifs firent cause commune avec les Berbères lorsqu’ils virent restreindre leurs libertés religieuses et confisquer au profit des colons romains, les terres de parcours des tribus berbères nomades, à l’époque de Trajan (102-105).

  • · 115 : un soulèvement des Judéo-berbères de Cyrénaïque obligea l’armée romaine à battre en retraite.
  • · 118 : les Romains commandés par Marcius Turbo, reviennent plus forts et mieux organisés et se livrent aux plus féroces représailles : Berbères et Juifs sont tués par milliers, villes et villages méthodiquement dé­truits ou brûlés, cultures dévastées, arbres coupés, afin de décourager toute velléité de réinstallation des anciens habitants :

     « Le Sahara fut envahi de tribus juives, qui ne tardèrent pas à y créer un véritable empire (…) Après la révolte des Judéo-syriens de Cyrénaïque contre les autorités romaines en l’an 115 après Jésus-Christ, une émigration en masse de Juifs se fit vers le sud : deux courants se séparèrent pour contourner le Sahara».2 

L’exode des rescapés à travers le désert, les conduisit à chercher refuge dans le Djebel Nefouça, au Mzab, dans le Touat, au Tafilalet, dans le Dra’, le Sous…

      « Persécutés par Justinien, les Juifs se sont réfugiés chez les Berbères des massifs montagneux ou du désert [où ils ont] repris la propagande, si bien qu’à l’arrivée des Arabes [au VII° siècle] nombre de tribus berbères étaient plus ou moins gagnées au judaïsme surtout en Tripolitaine, dans l’Aurès et les ksour du Sahara » (Richer, A).

Dès le IV° siècle, Saint-Jérôme observe qu’ils forment une chaîne ininterrompue depuis les ksour du Sahara, à travers l’Afrique et l’Égypte,  jusqu’à l’Inde.

Au cours du V° siècle, les Vandales bousculent les Juifs du nord-africain vers le piémont de l’Atlas saharien ; c’est à peu près au même moment qu’arrivent les Zénètes, une population berbère venue des confins syriens de la Galilée – probablement judaïsée dès avant sa migration – ; ils introduisent au Sahara le chameau et le palmier.

« Il faut signaler un lien indéniable, au moins à l’origine, entre les Zenata et le judaïsme. [] Les ksouriens du Gourara sont des Berbères parlant berbère et qui se donnent encore à eux-mêmes le nom de Zenata. [] Au Gourara et dans l’extrême nord du Touat, entre Tamentit et Sba-Guerara [] le nom, la langue et la race des Zenata se sont conservés intacts jusqu’à nous. [] On ne peut tout à fait écarter l’idée d’une conquête zénète … qui n’a pu se produire qu’au moment où la Zenétie est née, dans ces deux siècles vandale et byzantin où la mémoire de l’humanité a subi manifestement une éclipse dans les profondeurs du Maghreb. (Slouschz)

D’autres migrations juives sont mentionnées :

  • · En 589, les premiers réfugiés juifs espagnols arrivent au Maroc, chassés par les Wisigoths.

Au VII° siècle, l’Espagne deviendra une nouvelle terre d’émigration juive vers l’Afrique du Nord

  • · En 612-613, les derniers Juifs de la péninsule ibérique sont mis en demeure, sous le règne de Sisebuth, de se convertir ou de quitter le pays
  • · En 694, le concile de Tolède décide l’expulsion des Juifs, accusés de s’entendre secrètement et d’entretenir une correspondance nuisible avec leurs frères de religion vivant en Afrique du Nord.

Entre temps,

  • · Vers 675, des milliers de Juifs arrivent d’Arabie sur les pas des conquérants arabo-musul­mans : 
  • · Ces Juifs installés depuis des siècles autour de l’important centre de Khaybar, dans le Hadjaz, seront chassés à partir de 638 »;           « dépossédés, expulsés de ce sol, de ces oasis, dont leur industrieuse activité avait lentement créé, entretenu la coûteuse fécondité » (Lammens H, 1928) Ils « suivent les armées de l’Islam jusqu’au nouvel Occident et la lointaine Espagne». (La Roncière, 1924)

 

« [Les Juifs] firent de nombreux adeptes parmi les populations berbères. Des tribus entières s’étaient converties … plusieurs fractions étaient judaïsées … » (Lhote H., 1984)

          La Kahena

Magicienne ou sorcière? Prêtresse ou prophétesse? La Kahena reste une énigme et nous ignorons sa date de naissance et celle sa mort. Sa véritable identité est incertaine ; Juive ou musulmane ? Dihya bent Thabet ou Damiah bat Nifak Kohen ? Son  surnom, construit sur le trilitère K-H-N, rappellerait le patronyme « Kohen » des prêtres du Temple de Jérusalem …s’il ne lui avait pas été donné par les conquérants arabes de l’Afrique du Nord ! Voici ce que nous savons (par Ibn Khaldoun) de la « Kahéna » :

  • · Encore vierge, elle n’avait que vingt ans lorsqu’elle régnait sur les tribus berbères juives (Djraoua, Botr, Branès…), dont elle  a commandé l’armée à la bataille de Meskiana (688-689), infligeant une cuisante défaite à la première vague, nombreuse et fortement armée, de conquérants arabes.
  • · Vérité historique ou légende ? Toujours est-il qu’aussitôt après la bataille, nous la retrouvons amoureuse folle de son prisonnier Khaled ibn Yazid… Quelque peu romantique, l’histoire de ce couple d’ennemis tombés amoureux l’un de l’autre dans un contexte d’invasion du territoire et de guerre de religions, serait séduisante, mais on nous dit que la Kahéna a nourri Khaled de son lait afin qu’il devînt le frère de ses deux fils … déjà adultes !
  • · La « reine des Aurès » sera vaincue, quelques années plus tard, par la deuxième vague des armées arabes. Après avoir pris soin de convaincre ses fils de rejoindre les rangs de l’adversaire,

     « Son corps couvert de blessures fut retrouvé aux alentours de Bagaïa et enseveli près d’une citerne qui, depuis ce jour, est appelée Bir-al-Kahina ».

     Après la conquête arabe, la présence juive est importante au sud du Maghreb, où prospèrent de petites entités juives ou judéo-berbères : Sous, Dra’, Tafilalet, Touat et, dans l’Adrar de Mauritanie, Azougui.

     « Auprès d’ […] éléments berbères, l’histoire et la tradition s’accordent à donner une large place aux Juifs dans le peuplement du Sahara occidental. Au Touat, au Tafilalet, dans les vallées du Dra’ et du Noun, ils semblent avoir constitué des centres importants de commerce et de culture intellectuelle dans les dix premiers siècles de notre ère…» (F. de La Chapelle, Hesperis, XI-1930).

Des sources hébraïques mentionnent, vers le V° siècle, un petit royaume juif dans le Dra’, avec pour souverains, successivement Ephraïm, puis ses fils Youssef et Yacoub :

       « Vers 815-816… [ces peuples] ont frappé une monnaie d’argent portant des caractères hébraïques (Jacques-Meunié)

       « Le beau royaume juif du Dra’ oriental conserve sa puissance et sa prospérité jusqu’au XI° siècle …» (Toledano J. M. Le Livre de la lumière d’occident, histoire du peuple juif au Maroc).

       « L’oued Noun où régnait un roi juif… ; un autre roi juif, qui avait le roi de l’oued Noun sous sa dépendance, habitait l’Adrar [de Mauritanie], dans la région d’Atar…» (Colombani, le Guidimaka, 1931)

Les Beni-Hilal, avançant vers l’oued Noun où régnait un roi juif, ont chassé du Maghreb, à la fin du XI° siècle nombre de tribus berbères. Ils tuèrent ce roi, dont le vassal régnait sur l’Adrar : Azougui, sa capitale, était gardée par des chiens redoutables.

« Les Bafor y vivaient avec des Juifs dont le chef était vassal d’un Juif de l’Oued Noun » (Monteil V.)

Le chef almoravide, Abou Bekr ben Omar se présenta devant Azougui, la place forte des Bafor située non loin d’Atar ; l’imam El Hadrami assura qu’il le débarrasserait des chiens et les rendit inoffensifs ;  mais El Hadrami devait périr,  frappé par la flèche d’un archer juif aveugle.

De cette période d’alliance judéo-berbère, il reste de nombreux témoignages :

 

  • · un chant : l’« ahellil » du Gourara, chant traditionnel qui glorifie, en langue zénète, un rédempteur nommé « Salamo, [] très certainement le roi Salomon ». Ce chant a fait partie du répertoire d’un groupe fol-klorique algérien d’In-Belbel, et, en tant que tel il figure sur un disque 33 tours édité par Emi-Odéon (Unesco-Collection) N°3-C  064-18079 M. Le disque porte le titre suivant : « Musical Atlas » Algéria (Sahara)
  • · la Haggadah (version berbère), texte [en hébreu] de Tinhir  (Todrha-Maroc), publiée par P. Galand-Pernet et H. Zafrani, en 1970
  • · toute une onomastique judéo-berbère :

patronymes : Abbou, Abergel, Aboukrat, Abouzaglo, Aflalo, Amar, Amellal, Amoch, Amzallag, Assouline, Auday, Azagouri, Azancot, Azemmour, Azeroual, Azougui, Azoulay, Bahloul, Bahti, Beranès, Berrebi, Douieb, Fitoussi, Gourari, Hannon, Illouz, Kaskas, Kamoun, Massa, M’arak, Medioni, Melloul, Mimouni, Punin, Soussi, Soussan, Tabet, Tamesti, Taharti, emime, Touati, Touitou, Waknin, Wakrat, Wizgan, Wizman, Zafrani, Zelmati, Zemour, Zenati, Zerbib, Zeroual, Zitoun.

prénoms :Amran, ‘Imran, Ichou, Ito, Mimoun, Mona, Nouna.

 Eldad le Danite

        « Venu du Soudan ou de Négritie dans la deuxième moitié du IX° siècle [un voyageur de la tribu de Dan, connu sous le nom d’Eldad le Danite] surgit à Kairouan, Fès, Tahort, entre 860 et 880… »2

       « Un Juif de la tribu de Dan, qui aurait été de Kairouan au pays des anthropophages, ne nous parle-t-il pas, au IX°siècle, d’un empire juif du Sahara, qui se serait étendu sur deux cents journées de marche [6 à 8000 km]. Selon Eldad le Danite, il y avait à l’intérieur de l’Afrique une langue apparentée au phénicien, une religion qui était celle de Josué et un empereur juif… » (La Roncière)

L’empire juif d’Eldad – dont l’idée n’est pas nouvelle3 – ne correspondrait-il pas à la succession d’est en ouest sur la route des caravanes – entre l’Ethiopie et la Mauritanie, petites principautés juives (Sous, Dra’, Tafilalet, Touat, Mzab …) séparées par des espaces désertiques, au temps où des caravaniers juifs sillonnaient le désert et pouvaient avoir l’impression d’une sorte de continuité territoriale ?

( à suivre )

Jacob OLIEL

N.B.

1.   1 destruction du royaume d’Israël par Salamanas­sar IV, roi d’Assyrie, prise de Samarie et déportation des dix tribus d’Israël au VIII° siècle avant J.‑C.

2.   1Carmoly E. traduction de la relation d’Eldad le Danite, Paris 1938. p. 66

3.   2 « l’influence juive auprès des tribus berbères mérite d’être signalée : (…) sous les Byzantins, à la suite de persécutions exercées contre les Juifs, en particulier par Justinien, il se produisit une grande migration juive vers le fond de l’Afrique. Traqués ou même expulsés, beaucoup de Juifs se réfugièrent chez les Berbères des massifs montagneux et du désert (…) ; les invasions arabes ne firent qu’accentuer l’exode ; bientôt, le Sahara fut envahi de tribus juives qui ne tardèrent pas à y créer un véritable empire… »,  Richer (Dr Ange Marie Joseph)  Les Touareg du Niger (région de Tombouctou-Gao) Les OULLIMINDEN. Paris, Larose 1924, pp. 33-34.

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HISTOIRE

Relations with Russian publications

Dr  Moshé  Liba

Introduction

My relations with the Russian publications started and developed in unexpected ways. First, I received an e-mail from Igor N. Wojewodzki, Head Librarian, Institute of Oriental Studies, St. Petersburg, inquiring about my book: Jewish Child Slaves in São Tomé. This lead to cooperation in publishing a Russian version of the book.

It continued through contacts between family members from Israel and Moscow to make keep the contact open. This brought about cooperation with “Korni”- Roots and the publication of my articles in this magazine.

It further developed with the International Conference of the Russian Academy of Sciences:  “Petersburg-Israel: Intellectual Dialogue”. Point 7 on the agenda: “The public, literary and artistic activities of Moshé Liba” by Igor N. Wojewodzki, and debate”.

Jewish Child Slaves in São Tome

On the 9th October 2007 I received an e-mail from St. Petersburg. It said: «Working on my review of “Diccionario de Haquetía”by I. Benharroch I found in  “Los Muestros” No.68 the article about your book “Jewish Child Slaves in São Tomé” and your address. Your book is of greatest importance for our readers and we shall be very happy if you could send a copy for our Library. We could review it for our journal; its Russian translation would be useful as well.”

I sent the required book and answered that I was interested in a review and in having ‘Jewish Child Slaves in São Tomé’ translated into Russian.

I would be ready to send you some of my other books.

The answer came promptly: I put your book for public information .There will be no problem with a review and for the translation of the book.

This was followed by an email correspondence, and when it slowed down, I asked my neighbors in Jerusalem, of Russian origin, if they have any contact which could be of help. Yes they had, and at a very high level: Dr. Semyon Avgustevich, an old friend of their family, Head of The Public University for Jewish Studies of Central Russia and the Volga Region, had no problem in re-establishing the contact.

Mr. Wojewodzki informed me that, due to budgetary problems, the publication of their journal had been suspended , and he hoped to be able to do something for a collection of the Library of the Academy of Sciences ‘Africa and Russia’, due to be published in 2010.

I seized the opportunity to renew the contact and the project, proposed to concentrate on the proposed translation of the book. Unfortunately, the contact slowed down again.

“Korni”-Roots

Commenting the situation with my neighbors, I learned that Dr. Semyon Avgustevich was the Editor-in-Chief of “Korni”-Roots, the Magazine for Jewish Communities, established in 1994. I wrote to Dr. Avgustevich that I had seen his publication “Roots” and I was most impressed by his activities in favor of Jewish life. I seized the opportunity to propose an article about the Jewish Child Slaves in São Tomé as well as other articles about Jewish life in the world.

The reply came the same day:” I sincerely appreciate your kind words about “Korni”. I am looking forward with pleasure to receiving your article.”

I sent immediately the article in English, received with many thanks by the Editor, who wrote to me, wrote that the article will be translated into Russian and shortly published.

He asked me to send more articles of the same kind.

Becoming a regular contributor to the Russian publication “Korni”, I learned more about it.

“Korni”-Roots, Vortzlen, Shorashim, a Jewish magazine, has its origins in the “Jewish lecture clubs”, the amateur “Kitchen” clubs which emerged spontaneously among the refuseniks. In the late 1980s there already existed in important cities amateur clubs that delivered lectures on Jewish culture, history and traditions. They were the same “kitchen” clubs that came to the synagogues and other places of culture.

The idea of uniting the lecturers and clubs, if only on a regional scale, lead to the setting up of the Public University for Jewish Culture in Central Russia and the Volga Region.

Then aroused the need for a periodical that would enable the participants to return to the text of the lectures, to discuss them and to bring them to other lecture clubs, a magazine of their own. The magazine “Korni” came to answer to these needs.

Korni aims to the members of the Jewish communities, the leaders, the activists, the educators and the people interested in Jewish subjects.

Starting as a bi-annual, “Korni-Roots is now in its 16th year of publication, and is a quarterly since 2004. Its main subjects are: Jewish history – from ancient times to the State of Israel; Jewish culture – tradition, literature; Identity; Memoirs ;the Holocaust; Jewish families in Russia and the neighboring countries; and if possible, else where.

In 16 years Korni has published 43 numbers of the magazine. My article: Jewish Child Slaves in São Tomé was published in No. 43. My next article: Jews in Africa will be published in “Korni” No. 44.

In the pages of the magazine have been published some 800 articles and 200 letters by some 1000 authors from Russia, Ukraine, the neighboring countries, Israel, U.S.A., Germany and other countries.

The readers of “Korni” are essentially Jews living in Russia, in the former USSR neighboring countries, and emigrants living in Israel, the United Stated and other countries.

Petersburg-Israel: Intellectual Dialogue

The Editor informed me that having been invited to deliver a paper about Korni to a Conference in St Petersburg he had found in the draft of the program a point about me.

A paper presentation and a debate in an International Conference about a living writer seemed quite unusual, and I asked for details. Here they are, as given in the program. Museum of Anthropology and Ethnography of the Russian Academy of Sciences  (MAE-RAS) International Scientific Conference “PETERSBURG-ISRAEL: Intellectual dialogue”

The agenda included 8 main points- presentation of papers and discussions, with at the end a long session of debates.

Point 7 of the agenda: Igor N.Wejewodzki, The Librarian, Institute of Oriental Studies, The Russian Academy of Sciences, St Petersburg: The public ,the literary and the artistic activities of Moshé Liba.

Mr. Wojewodzki informed me: «When I was invited to the Conference, I preferred to speak about you just as an enthusiast in search of cultural dialogues. Being a lover of your poetry, I dared to present my raw translations of two of your poems published in “Los Muestros”, ‘Prayer for Israel’ and ‘Initiation to the Christmas tree. I was happy to see that your verses were so well received by the audience”. And later on: “The organizers of the conference asked me to “illustrate” forthcoming printed materials with your verses. If it is of interest for you, would you like to prepare your own selection for publication? The work on materials is planned for forthcoming spring”.

The organizers have indeed the intention to publish a collection of the Papers presented at the Conference in the second half of 2010. As for the paper of Igor N. Wojewodzki which was a verbal presentation, I sincerely hope that he will indeed write it  give it to the organizers, together with some other of my poems, for publication in the collection of Papers, and  also to “Korni , for publication in the Magazine.

Conclusion

Until now my relations with the Russian publications included the sending of books for the library of St Petersburg, the publication of my articles in “Korni”, an item in the International Conference, and the possible publications of reviews of my book by M. Wojewodzki.

There is also pending the project of the translation into Russian and the publication of a compact version of my book: Jewish Child Slaves in São Tomé.

All this ,and hopefully more, is based on my feeling of making a contribution to the knowledge of the life and the history of Jews and Jewish communities in remote places, mainly far away from Russia and the neighboring countries.

These relations, who started in unexpected ways, will continue, I hope, and develop for a long time to come.

 

                                                                              Dr Moshé Liba

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HISTOIRE

In the Footsteps of Sabbatean Redemption

The Polish Experience / From Mickiewicz

to Young Turks

Gad Nassi

 – Part I –

Relations between the Ottoman Empire and Poland are extensively recorded in history. However, their Jewish-mystical counterparts, which appear to have carried out a meaningful function, remains as a less explored and even feebly recorded feature.

Historical background

Ottoman rule in Podolia (1672-99), the proximity of Poland to territories under Ottoman rule and the commercial relations between Polish Jews and their coreligionists in the Balkans and Turkey, created a close relationship between the Jewish communities of each country.

It is in this contingency that the evolvement of Sabbatean messianism and its aftermath spread to Poland.  As a matter of fact, the Frankist movement, which had sprouted, developed and was propagated from Poland, was molded on the Sabbatean model of the apostate messiah and the subsequent redemption.

Jacob Frank: eccentricity with charisma

Born in Podolia as Jacob Ben Judah Leib, Jacob Frank (c.1726–1791) was the founder of Frankism, a crypto-Jewish sect that had developed out of the Sabbatean movement. While still a schoolboy, Frank began to reject the Talmud. Later, as a traveling merchant in textile and precious stones, he often visited Ottoman territories and lived in the centers of contemporary Sabbateanism: Salonica and Smyrna.

He became intimate with Sabbateans and joined the sect. He returned to Podolia, where posing as the reincarnation of Sabbetai Sevi, he proclaimed himself the Messiah and gathered many supporters. Attacking the Talmud and corroborating the alleged crime of ritual murder by Jews, he professed to find in the Cabbala the evidence for the doctrine of Christian Trinitarianism. Feigning conversion to Roman Catholicism, he and the Frankists were baptized in 1759.

Convicted on a charge of heresy by the Church, he was arrested in Warsaw, and exiled to the fortress of Czestochowa, from which he was freed thirteen years later by invading Russians. He then lived in Moravia until 1786.

Accompanied by his daughter Eva, he used to travel to Vienna. Supported by the archduchess Maria Theresa, who made him a baron, he stayed there for several years in wealth until he established his residence in Offenbach, Germany.

The sect continued to survive through secret gatherings with separate rites. The Frankist believers endeavored to marry among themselves by creating a wide network of inter-family relationships, even among those who had remained within the Jewish fold.

Frankists like Sabbateans were accused of heresy for having broken fundamental Jewish laws by perpetrating orgiastic rites and by accepting the sanctity of the Christian Bible.

As a sociological-religious phenomenon, Frankism has been credited with influencing later developments in Jewish thought, including the rise of Hasidism and the Enlightenment.

Initially, Frankists circumcised their sons, observed the Sabbath, had separate burials, and only married within the sect. By the mid-19th century, the number of mixed marriages increased and many of their descendants became prominent members of the Polish elite. Polish spiritual and political life would later also be deeply impregnated with messianic ideation. (1, 2, 3, 4, 5)

Poland: a legacy of glory, servitude and resurrection

In 1382, Poland became closely associated with the powerful state of Lithuania. The dynasty, which was founded in the 14th century, ruled Poland for the next two centuries. By the mid-16th century, Poland and Lithuania merged into one state. Its territories stretched from the Baltic to the Black Sea, determining Poland as the largest country in Europe and one of its most powerful states.

However, during the last quarter of the century, Poland began to decline as a great power. In the mid-17th century, a Swedish invasion and the Cossack Chmielnicki uprising ravaged the country and marked the end of its golden age. Russia had also emerged to threaten Polish territory. Gradually, Poland lost many of its possessions, and by the early 18th century, had become the helpless battleground for foreign enemies. After having defeated Sweden in war for mastery of the Baltic region, Russia became Poland’s main enemy. However, Russia was not the only power to have grown in ambition when Poland declined. Frederick the Great of Prussia and Maria Theresa of Austria also had designs on their neighbor. The three powers descended on Poland in 1772 and stripped it of a quarter of its territory. In 1793, swallowed up entirely in a partition between Russia, Prussia and Austria, Poland vanished from the map of Europe.

The Poles rebelled several times against the partitioners. For a few brief years during the Napoleonic Wars, Poland seemed to be regaining some freedom. Many of the Frankists regarded Napoleon Bonaparte as a potential Messiah. When Napoleon attacked Russia in 1812, he recreated a Polish state, the Duchy of Warsaw. However, after his final defeat at Waterloo in 1815, Poland was again divided between the same three powers.

Late in 1830, a military revolt in Warsaw developed into a national crusade against Russia. However, the Polish army was soon defeated. So was an insurrection of ill-armed peasants in 1863. Prussia too, attacked Polish patriotism by restricting the use of the Polish language, and by encouraging thousands of Germans to settle in Polish territories.

For a century and a quarter, from the last decade of the 18th century until Poland regained its independence in 1918 after World War, the free Polish nation lived only in the hearts and minds of its people.(6, 7)

National redemption: a leading value in Polish consciousness

The French Revolution in 1789, with the 25 years of agitation that followed, deeply impressed Europe. Its legacy gave birth to new concepts in policy, philosophy, literature and the arts. The first half of the 19th century in Europe is marked by the arousal of nationalism impregnated with the revolutionary ideas of liberty, equality and fraternity.

The emotional appeal of nationalism was stronger than any political force yet known. Loyalty was no longer given to king or lord, to class or creed or Church, but to the nation and to territory.

Besides nationalism and political freedom, the Romantic Movement also flourished in literature and the arts. It set a high value on emotions and the imagination by enhancing the freedom of expression and by breaking the restraints of existing ruling systems. The aspiration for freedom and for an independent state impelled the philosophic and mystical inclinations of Poland and molded its literary and artistic creativity.

Following the Russian victory over the revolt of the Polish army in 1832, many Polish intellectuals settled in Paris, playing a significant and decisive role on the development of Polish nationalistic aspirations. Politically humiliated and without any achievable hope of restoring Poland’s independence, their cravings for national redemption were switched towards mystical deliberations.

The mission of philosophy was apprehended not only as the search for truth but also as the reformation of life and the salvation of mankind. It was permeated with the persuasion that the vocation of man was to determine the salvation of mankind and that nations and more particularly the Polish nation had been assigned the role of Messiah to the nations. (8, 9)

Adam Mickiewicz:

the impact on Messianic redemption

Mickiewicz was born in Lithuania in 1798, three years after the final partition of Poland. He died in Constantinople in 1853, during the outbreak of the Crimean War.

Even though he never set a foot in Warsaw or in Krakow, Mickiewicz stands out in the consciousness of Poles as a political leader.  He is revered as a man of letters and the moral leader of the nation during the dark years after the Partitions. He animated the Polish national spirit through his poetic, dramatic and political writings, providing hope and spiritual sustenance to Poles under Russian, Prussian and Austrian rule.

He had been brought up in the culture of the Polish-Lithuanian Commonwealth, a multicultural state that had encompassed most of what today are the separate countries of Poland, Lithuania, Belarus and Ukraine. His most famous poem, Pan Tadeusz, begins with the invocation “Oh, Lithuania, my fatherland, thou art like good health”. It is generally accepted that in Mickiewicz’s time the term “Lithuania” still carried a strong association with the Grand Duchy of Lithuania, part of Polish-Lithuanian Commonwealth, and that Mickiewicz used it in a political rather than an ethnic sense.

Mickiewicz anticipated in his mystical visions the idea of a free and united Europe. Beyond becoming the voice and the inspiration of the Polish people, he was also perceived as one of the leading figures in the struggle for the rights of oppressed nations.

 On his biography 

After being involved in student nationalist politics at Vilna University, Mickiewicz was expelled to Russia. Later, he was given permission to go abroad. He then began his journeying from one European city to another that was to last for the rest of his life.

In 1832, he settled in Paris, and there he wrote in biblical style, the « Books of the Polish Nation and its Pilgrimage » and his great poetic epic « Pan Tadeusz« . He taught Slavonic literature at the Collège de France. He remained in this post until he lost his chair in the third year for having expanded into philosophical and religious ideas.

Envisioning a great regeneration of peoples brought about by revolution, he went to Rome in 1848 to persuade the new pope to support the cause of Polish national freedom. At the outbreak of the Italian revolution, he created the Polish legion to fight for Italy against Austria and to become the nucleus of a Polish army of liberation.

When the Crimean War broke out, Mickiewicz went to Constantinople in 1852 to help raise a Polish regiment to fight against the Russians. The Poles had great hopes that France and Britain would crush Russia, and that Poland would thus regain independence. He hoped to include a Jewish legion and was prepared to assure its soldiers the right to observe the Sabbath and all other religious duties.  It was presumed that he believed that the creation of a Jewish armed unit would be a first step towards the revival of the Jewish nation in its own land. He suddenly died in Constantinople before his mission was completed.

The Jewish roots

Mickiewicz’s mother, Barbara Majewska, is believed to have been a descendant of a Frankist family. The use by Mickiewicz himself of the phrase « [born] from a foreign mother » in the autobiographical section of his drama Dziady, « The Forefathers Eve », was considered as a clue to the Jewish origins of his mother.

Other facts also seem to verify this assumption. Mickiewicz had married a Polish lady, Celina Szymanowska, also born to parents from Jewish Frankist families. The idealized Jew, Jankiel, in Mickiewicz’s masterpiece, the great epic Pan Tadeusz, is an ardent Polish patriot. In his political writings, Mickiewicz repeatedly referred to the  Jewish Bible – a rather rare habit among Catholic writers – and compared Poland’s martyrdom and the dispersion of Poles after the November 1830 uprising to the suffering of the Jews and the Jewish Diaspora. His work, « Books of the Polish Nation and the Polish Pilgrimage, » was influenced by the Jewish Bible.

In the lectures, he gave in Paris (1840–44), Mickiewicz was at pains to praise the Jews and defend them against their detractors. In a sermon delivered in a Paris synagogue on the Fast of the Ninth of Av, 1845, he expressed his sympathy for Jewish suffering and yearning for Eretz Israel. He was greatly disappointed at the assimilationist tendencies of French Jews. In one of the statutes of the Polish legion in Italy, he wrote: « To Israel, our elder brother: honor, fraternity, and help in striving towards his eternal and temporal goal. Equal rights in all things« .

As recorded before, towards the end of his life Mickiewicz was actively involved in organizing the Jewish legion to fight against Russia.

Mickiewicz’s patriotism and nationalism were inextricably linked with his mysticism and spirituality. He developed a concept of Israel as a fellow sufferer of Poland, and of Poland as a Christ of nations. Mickiewicz believed that in the middle of the 19th century the Kingdom of God would prevail and the chosen nations of the epoch would be the Poles, the French and the Jews. (10, 11, 12, 13)

                               to be followed

Gad Nassi

References:

1.   Scholem, Gershom, “Frank Jacob and the Frankists”, Encyclopedia Judaica, Electronic Edition.

2.   “Frank Jacob and the Frankists”, Jewish Encyclopedia.

3.   Maciejko, Pawel, “Frankism”, The YIVO Encyclopedia of Jews in Eastern Europe, Yale University Press, 2005.

4.   Mandel, Arthur, The Militant Messiah or The Flight from the Ghetto, The Story of Jacob Frank and the Frankist Movement, Peter Bergman, Humanities Press, Atlantic Highlands, New Jersey, 1979.

5.   Kraushnar, Alexander, Jacob Frank: The End to the Sabbatain Heresy, University Press of America, Inc, Cumnor Hill, Oxford, 2001.

6.   The Nations of the World, in The Last Two Million Years, The Reader’s Digest Association, 2nd ed., 1986, article on Poland, pp. 436-8.

7.   Poland, http://en.wikipedia.org/wiki/Poland

8.   History of philosophy in Poland,

http://en.wikipedia.org/wiki/History_of_philosophy_in_Poland

9.   Polish Literature from 1795: An Introduction, http://www.arts.gla.ac.uk/Slavonic/staff/Polishlit.html

10. Klausner, Yehuda Arye, “Adam Mickiewicz”, Encyclopedia Judaica, Electronic Edition.

11. Grol, Regina, Adam Mickiewicz, Poet, Patriot and Prophet,

http://info-poland.buffalo.edu/classroom/mickiewicz/grol.html

12. Underhill, Karen C., “Aux Grands Hommes de la Parole: On the Verbal Messiah in Adam Mickiewicz’s Paris Lectures”, The Slavic and East European Journal, Vol. 45, No. 4, (Winter, 2001), pp. 716-31.

13. Segel, Harold B.,“Polish Romantic Drama in Perspective » in Romantic Drama, in: Comparative History of Literatures in European Languages, edited by Gerald Gillespie, Manfred Engel, and Bernard Dieterle. John Benjamins Publishing Co (Dec 1993), pp. 264-7

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Refael Shmuel – Un grito en el silencio

Rosemary Lévy Zumwalt

 

La poesía sobre el Holocausto en lengua sefardí:  Estudio y antología. Barcelona : Tirocino, 2008,  341pp.

ISBN: 978-84-935671-0-1.1

Shmuel Refael, ijo de sovreviventes de la trajedia kavzada por los Nazis, eskrive en su ovra, Un grito en el silencio, La poesía sobre el Holocausto en lengua sefardí:     Estudio y antología, ke su proprio destino estava mesklado kon la triste istoria de sus padres i de todas las komunidades sefardis del antiguo Imperio Otomano, las kuales sufrieron en manos de los maldichos alemanes durante la Segunda Gerra Mundial.  El siempre se siente abatido por los testimonios ke dainda persigen a sus ermanos.

Aunke la istoria de los djudios Ashkenazim en el Holokausto se konose muy bien por el gran numero de artikolos i livros ke se eskrivieron sovre eyos en munchas lenguas, la de los sefardim apenas fue konsiderada komo parte de la trajedia mundial mizmo en el proprio Israel. Aun mas, los mizmos sovrevivientes djudios espanyoles ke fueron salvados de la gran trajedia, al prinsipio eyos dezearon efasar kompletamente de sus memorias la terivle eksperiensa personal; eyos no pudieron ekspresar verbalmente las atrosidades basho las kuales vivieron.2  Refael se demanda komo estas eksperiensas traumatikas no fueron inkluidas en las antolojias en Israel i en otras nasiones. (18-19) El sefardi no aze parte del mundo djudio?  Su sufrir no es tan terivle komo el de los ashkenazim? Segun el livro, no.

Ansi ke la mision de Refael es de ser la boz de los 160,000 ermanos i ermanas ke murieron en los kampos de la muerte i de los sovrevivientes, gran parte de los kuales aun oy dia son persegidos por las agonizantes memorias. La ovra de Refael i el rigor de la investigasion briyan: la poezia es emosional, konvensiente, personal i no totalmente objektiva i akademika komo fue komentado por algunos kritikos.  Kualker lektor, aun mas los miembros de la komunidad sefardi, al meldar tanto los komentarios de Refael i de los sovrevivientes ansi komo las 108 poezias en la antolojia sienten angustia, sienten una intensa sensasion de dezespero. Hizkiya Franco, un rodesli, eskrivio en 1952 en “La deportación”:

Es penible, lastimosa,

esta triste deportación,

tragedía horrorosa

que me llena de emoción.

Cuánto pueblo, gentirio

arrancados de sus hogar;

de pensar me toma frío

al saberlos en el gar. (214)3

Entonses Franco, komo otros autores, yora por los padres, las madres, las kriaturas ke fueron torturados sin kulpa; el yora por los tiernos ninyos, ninyos sin pekado, aogados i echos “shavon.”  Las poezias deskriven el sufrir del puevlo transportado komo bestias asta la yegada a los kampos mizeravles, los lavores insoportavles, los krematorios i las chimeneas por donde pasaron miles de muestros ermanos i ermanas komo “siniza y fumo.” (Pérez, 283) Este panorama terivle, inkomprensivle, donde munchos demandan donde estava el Senyor de Mundo sin ayudar a sus eskojidos de manos de tiranos. Haïm Hazán eskrive en el poema 20.5, “Dio, si sin piadad y merced a tiranos”:

Si hombres, mujeres, viejos, criaturas,

dubieron somportar las mesmas torturas,

de la misma forma, ¡ah!, dubieron sufrir,

es que eres ¡oh Dio, santo eternelo!

Dio de crueldad si de tu cielo

vites esto y los dejates morir. (228)

De sus sufriensas, sin ke dinguno los apiadara, los sovrevivientes al prinsipio se kedaron mudos, en un gran silensio, ma al desbafar oralmente sus eksperiensas i en la publikasion de las poezias trajikas, sea el poeta komo el lektor klaman dolorozamente, ¡Ya basta!  Nitsa Dori en el sigiente poema ekspresa este mizmo sentimiento:

No mos contés más de trenos

y no de los campos,

el humo no lo acodrés por lo menos

ni mos hablés de los capos.

Quieremos que un día

de este mal reposarás

un punto,

de estas memorias olvidarás;

ya mos pasates toda la dolor,

déjamos llorar por vos

con lágrimas de amor. (209)

Akeyos sovrevivientes, sus ijos, i miembros de las komunidades sefardis ke vijitaron sus sivdades natales ekspresan nostaljia al verlas abandonadas, derokadas, en manos de estranjeros, diferentes de la grandeza de antanyo. Flory Jagoda lamenta la dezaparision de gran parte de los sivdadanos de su sivdad natal. Al rekorer las kalejas vazias, las kazas sin flores, la falta de djente alegre kon sus kriaturas, las fiestas, Jagoda, en su angustia, demanda:

¿Ónde si jueron?

¿ónde si jueron?

¿ónde si jueron?

Todos, todos si jueron,

todos, todos si jueron. (233)

Un grito en el silencio es una obra eksepsional. La investigasion rigusoza i objektiva va mas aya de una koleksion de poezias.  El autor mos da a entender lo ke es la poezia sefardi, la lengua de sus padres, la vida i ovra de los kontributores, i un valutozo glosario i bibliografia. Shmuel Refael sirvio bien a su puevlo i aseguro ke los sefardim ke dieron sus vidas en los kampos de konsentrasion i los ke sovrevivieron esta terivle trajedia no seran nunka olvidados.

Rosemary Lévy Zumwalt

Vice Prezidente,

Agnes Scott College

Notas:

1 Este estudio fue trasladado del ingles al djudeo-espanyol por el Profesor Isaac Jack Lévy.

2 Para otros egzemplos donde la boz de los sovrevivientes fue plasmada sin poder ekspresar el orror ke prezensiaron, ver las pajinas 19-20 del livro de Isaac Jack Lévy, And the World Stood Silent: Sephardic Poetry of the Holocaust, Urbana: University of Illinois Press, 1989, i la segunda edision del 2000.

3 Las poezias fueron kopiadas egzaktamente komo aparen en el livro. Valdria la pena meldar las poezias tomadas de otros autores segun fueron eskritas para ansi poder azer un estudio linguistiko. Por seguro ke Refael izo los kambios para alkansar una mas vasta audiensa.

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Les ballons blancs et bleus

 Charles Etienne Nephtali

« C’est grâce à un policier que je ne suis pas un nom gravé sur cette stèle »

Suzanne Feldmann

« Vite, vite, venez tous, venez tous voir, il y a plein de ballons blancs et bleus qui arrivent d’en bas, de la terre où on habitait il y a longtemps. Il y a même notre prénom et notre âge accrochés aux ballons » s’écrièrent Robert et Marcel, 5 ans, qui « étaient au ciel » depuis 67 ans déjà. Ils appelaient les 15 autres « tout-petits » qui étaient avec eux.

Oui, effectivement, « en bas », 17 élèves du Collège Georges Duhamel du 15ème arrondissement lisaient les noms des 17 « tout petits » Enfants Juifs, ces petites victimes innocentes et, à chaque évocation d’un nom, un ballon blanc ou bleu avec accroché ledit nom était lâché. Tous ces « tout petits » habitaient le 15ème arrondissement de Paris. Ils avaient, comme les 6.100 enfants Juifs de Paris et sa banlieue, été raflés avec leur Maman avant de commencer un ef-froyable et inhumain périple, le Vel d’Hiv, Pithiviers, Beaune-la-Rolande, Drancy, effroyable et inhumain périple qui s’acheva à Auschwitz dans les chambres à gaz et les fours crématoires où ils « rejoignirent » leurs Parents, comme on le leur avait « promis » (1). Mais ils les « rejoignirent » dans les cheminées des crématoires.

« Venez tous voir, il y a plein de monde en bas dans le parc où on n’avait pas le droit de jouer » s’écria à son tour Jacqueline, 5 ans. « Mais tu sais bien que Eliane ne sait pas encore marcher, elle a à peine 2 mois, Jean-Claude non plus, il n’a que 8 mois, Alain, Marcel, Myriam et Madeleine non plus, ils n’ont que 1 an » lui répondirent Denise, Simon, Gisèle, Solange et Bernadette, 4 ans… et même Annick,         3 ans.

Oui, effectivement, « en bas », nous étions plusieurs centaines à assister, par ce bel après-midi du 13 novembre, quelques heures avant l’entrée de Chabbat, à l’invitation du M. Bertrand Delanoë, Maire de Paris, de M. Philippe Goujon, Maire du 15ème arrondissement, de Mme Anne Hidalgo, 1ère adjointe au Maire de Paris, de Mme Catherine Vieu-Charier, adjointe au Maire de Paris, chargée de la Mémoire et du Monde Combattant et de Mme Suzanne Feldmann, Présidente de l’Association pour la Mémoire des Enfants Juifs Déportés du 15ème arrondissement et en présence de plusieurs personnalités (2), au dévoilement d’une stèle, la 1ère de l’Ouest parisien, à la mémoire des 17 « tout-petits » Enfants Juifs de cet arrondissement qui n’avaient même pas eu le temps de fréquenter une école, ces 17 « tout-petits » Enfants Juifs assassinés en Déportation.

« Chut ! Taisez-vous, taisez-vous, écoutez, il y a une Dame avec des cheveux blancs qui dit qu’elle était avec nous et qu’ensuite elle était partie (3). Elle parle de nous en pleurant. Il y a un Monsieur et 2 autres Dames qui parlent aussi de nous » s’écrièrent « les plus grands » Jacqueline, Marcel et Robert 5 ans. « Et encore une grande fille qui lit quelque chose en pleurant, elle parle d’une petite fille et de sa poupée » ajouta Maurice, 5 ans. « Mais comment ils nous connaissent ? » questionna Bernadette, 4 ans.

Oui, effectivement, « en bas », Régine, l’infatigable Régine, elle-même « enfant cachée » grâce à des « Justes », nous présenta, très émue, des sanglots dans la voix, l’AMEJD du 15ème arrondissement ainsi que le pourquoi de cette manifestation avec des mots très difficilement soutenables. Le Maire du 15ème arrondissement, M. Philippe Goujon ainsi que Mme Anne Hidalgo nous rappelèrent ensuite ce que fut le drame de ces 17 « tout-petits » Enfants assassinés par des sauvages étrangers avec la complicité d’autres sauvages,…..Français, eux, avec à leur tête Pétain, Laval et Bousquet, ces « responsables qui ont sali la France » pour reprendre la très juste expression de Mme Anne Hidalgo ! A son tour, Mme Suzanne Feldmann nous relata son incroyable sauvetage (3) ainsi que sa vie « d’enfant cachée », terminant par cette phrase qui résume tout :

« C’est grâce à un policier que je ne suis pas

un nom gravé sur cette stèle »

Tous les orateurs soulignèrent le courage de ces hommes et femmes qui, au péril de leur vie, sauvèrent beaucoup de Juifs. Quelle émotion, quel silence et que de larmes dans les yeux de l’assistance lorsqu’une jeune fille d’une quinzaine d’années, Julie Benegmos, toute de noir vêtue, nous lut, en s’interrompant à plusieurs reprises tellement elle était émue, la traduction d’un poème yiddish « Une poupée à Auschwitz ». Ce poème racontant l’histoire déchirante et insoutenable d’une gamine dans les bras de sa Mère que des barbares poussèrent dans la chambre à gaz avec sa poupée dans les bras, sa poupée avec ses tresses blondes et ses grands yeux bleus comme la gamine, sa poupée qui, quelques instants plus tard, se retrouva seule…  sur un tas de cendres.

« Regardez, ils sont en train de découvrir une grande plaque et ils mettent des fleurs à côté » dit Denise 4 ans. « On dirait qu’il y a des noms dessus » ajouta Jacqueline 5 ans.

Oui, effectivement, « en bas », le Maire et les autres personnalités dévoilèrent et fleurir une grande stèle portant les 17 noms, prénoms et âges de ces « tout petits »…..des plus jeunes, Eliane, 2 mois et Jean-Claude 8 mois, aux plus âgés, Robert, Marcel et Jacqueline, 5 ans, assassinés en Déportation. Ces malheureux enfants arrachés des bras de leurs parents, ces malheureux enfants qui, aux yeux de ces sauvages, avaient « commis le crime » d’être nés Juifs. Comme il est poignant de se rendre compte que deux enfants portaient le même nom de famille, Judkiewicz. Frère et sœur ? Cousins ? Cousines ?

Si vous aviez assisté à cette émouvante cérémonie, vous auriez pu voir sur de grands panneaux quelques-uns des visages innocents et des sourires de ces « tout petits » Enfants ainsi que ceux d’une partie des 11.400 Enfants Juifs de France grâce à l’immense travail (4) de Serge Klarsfeld, lui appartenant au « peuple martyr » et de sa femme Béate appartenant, elle, « au peuple bourreau » (5). Tous ces enfants qui partirent à Auschwitz pour ne jamais en revenir, pour y être assassinés de 1942 à 1944 (6) parce que « nés Juifs ».

« Chut ! Taisez-vous, écoutez, il y a des enfants qui chantent en français et qui chantent aussi une chanson avec des paroles comme chantait ma Maman. Regardez, regardez devant, il y a aussi un petit garçon qui joue du violon » lança Jacqueline, 5 ans.

Oui, effectivement, « en bas », 80 élèves du Collège Georges Duhamel du 15ème arrondissement interprétèrent sous la direction de M. Laurent Grynszpan des chansons en français et en yiddish. Mais quelle émotion de voir le jeune William Grynszpan, 9 ans, les        accompagner au vio-lon ! Un véritable prodige, ce petit William !

Si vous aviez assisté à cette émouvante cérémonie, vous auriez pu voir et entendre tout cela comme les 17 « tout-petits » « virent et entendirent de là-haut ».

Mais si vous n’avez pu assister à cette émouvante cérémonie,

provoquez l’occasion de passer par ce magnifique square Adolphe Chérioux, face à la Mairie du 15ème arrondissement,

arrêtez-vous,

recueillez-vous devant cette stèle,

lisez les noms de ces 17 malheureuses petites victimes qui n’eurent même pas le temps de fréquenter une école. Ces 17 malheureuses petites victimes que des enfants, ayant actuellement l’âge où elles furent assassinées, pourraient aujourd’hui appeler Mamie et Papi.

Votre mémoire est leur unique sépulture,

eux qui sont morts sans sépulture

ZAKHOR !

Mes enfants chéris,

– vous vous appeliez Annick, Alain, Jean-Claude, Eliane, Robert, Denise, Rolande, Simon, Marcel, Henri, Gisèle, Solange, Myriam, Madeleine, Bernadette et Jacqueline.

– vous avez été brutalisés, transportés dans des wagons à bestiaux, gazés et brûlés par tous ces barbares, par tous ces sauvages et leurs complices qui avaient décidé que vous n’aviez pas votre place sur terre car vous étiez Juifs.

Mais vous ne serez jamais une statistique car

–        il nous reste de vous, vos noms, prénoms et âges portés sur cette stèle placée dans ce magnifique parc qui vous était interdit par les lois d’un Maréchal-traître et une clique de collaborateurs qui avaient capitulé, oublié l’honneur et livré le pays à la servitude. Ces mêmes horribles personnages qui trahirent vos Parents qui  croyaient trouver en France, pays des droits de l’Homme, la tranquillité et la sécurité qui n’existaient plus dans leur pays d’origine, qui croyaient devenir « heureux comme D.ieu en France ».

–        il nous reste de vous votre état-civil et vos photos avec vos sourires innocents grâce à Beate et Serge Klarsfeld (4). De plus, grâce au Rabbin Daniel Farhi, vos noms sont lus à l’occasion du Yom HaShoah, vous qui n’eûtes pas droit à un Kaddish, vous qui, comme les 6 millions de Juifs, victimes de la barbarie et la sauvagerie, êtes des « morts sans sépulture ».

Vous faites partie des 11.400 enfants Juifs déportés de France. Vous faites partie du million et demi d’enfants Juifs assassinés en Europe par des barbares de mémoires maudites.

Que vos mémoires et celles de tous

nos innocents assassinés soient bénies ! Amen !

*

Le proverbe dit : « Un pays ne vaut que par ses enfants ». Que devrions-nous penser, dire et écrire pour ce million et demi de vies d’Enfants Juifs anéanties ?

Combien, parmi ce million et demi d’Enfants Juifs assassinés pendant la Shoah, y aurait-il eu d’« Anne Franck » et de prix Nobel qui seraient venus renforcer ainsi le génie d’Israël et des Juifs ?

Ne peut-on s’empêcher de penser que parmi ces Enfants assassinés un ou plusieurs d’entre eux auraient trouvé, pour le bien-être de l’Humanité, des énergies de substitution au pétrole ?

De combien de milliers de génies l’Humanité a-t-elle très vraisemblablement été privée ?

Quels progrès la science et la médecine auraient-elles faits sans la disparition de ces martyrs ? Cancer, Sida,       maladies de Parkinson et d’Alzheimer ainsi que d’autres calamités médicales auraient ainsi été rejoindre celles dont on ne parle plus… ou que très rarement !

Personnellement, concernant ces barbares qui assassinèrent 6 millions de Juifs dont 1 million et demi d’enfants, ni je n’oublie, bien naturellement, ni ne pardonne. Qui suis-je d’ailleurs pour pardonner lorsque je pense à toutes ces horreurs vues encore tout dernièrement dans les diffusions et rediffusions de documentaires et films à la télévision ? Oui, qui suis-je ? Seuls les bourreaux auraient pu demander pardon à leurs victimes. L’ont-ils fait ? NON !

NI OUBLI NI PARDON,

Nos Morts nous regardent et nous entendent !

J’ai toujours en mémoire, et fais mienne, la phrase qu’écrivit dans « L’Imprescriptible » le regretté Professeur Vladimir Jankélévitch, inversant les termes de la prière de Jésus dans l’Evangile selon Saint-Luc :

« Seigneur, ne leur pardonnez pas car

 ils savent ce qu’ils font ».

Charles Etienne NEPHTALI

 

BIBLIOGRAPHIE

(1)    On fit toujours croire aux malheureux enfants dont les parents avaient déjà été déportés et pour la très grande majorité déjà gazés et brûlés, et on voulut aussi faire croire à la population, qu’ils allaient « rejoindre leurs parents ». On peut lire cela en particulier dans « Sans oublier les enfants » d’Eric Conan (Grasset) qui traite de ces 3.500 enfants dont le calvaire commença au Vel’ d’Hiv’ les 16 et 17 juillet 1942 pour se poursuivre dans les camps de Pithiviers et de Beaune-la-Rolande entre le 19 juillet et 16 septembre de la même année. Un mémorial a été inauguré en 2008 en leur souvenir.

(2)     Etaient entre autres présents : M. l’Ambassadeur d’Israël, M. Daniel Shek, MM. les Grands Rabbins Messas et Goldmann, M. le Curé de la Paroisse Vaugirard, Jean-Claude Bardin, M. le Rabbin Daniel Farhi, Mme Beate Klarsfeld, M. Jean-François Lamour, adjoint au Maire du 15ème, Mme Marie Tubiana, chargée de la Mémoire.

(3)     Grâce à un courageux policier, Mme Suzanne Feldmann ne fut pas « arrêtée ».

(4)     « Le Mémorial des Enfants Juifs Déportés de France » par Serge Klarsfeld.

(5)     Phrase similaire à celle de la page 118 de l’ouvrage de Serge Klarsfeld « Les enfants d’Izieu ». Cette phrase concernait Mme Halaunbrenner (dont le mari fut fusillé et 3 de ses enfants, faisant partie de la Maison d’Izieu, furent assassinés à Auschwitz) et Béate Klarsfeld.

(6)     Une magistrale exposition conçue par l’Association « Les Fils et Filles des Déportés Juifs de France » (F.F.D.J.F. 32 rue La Boëtie-75008 Paris) s’est tenue à l’Hôtel de Ville de Paris du 10 mars au 29 avril 2007.

 

Charles Etienne NEPHTALI 

Né en 1934 au Maroc, de parents nés à Oran, j’ai, en tant que Juif, connu brimades et vexations du fait des lois de Vichy sans commune mesure avec ce qu’endurèrent les Juifs d’Europe. Champion du Maroc de gymnastique, ayant peu fréquenté l’école, j’ai effectué 30 mois de service militaire. Autodidacte, ayant passé des concours administratifs au Maroc, je suis arrivé en France en 1961 à quelques kilomètres du camp de Drancy de sinistre mémoire. Intégré en tant qu’ingénieur dans une grande administration française, j’en ai été le représentant pour l’Amérique Latine et les Caraïbes pendant près de 20 ans. Marié à une fille originaire d’Algérie, père de 2 garçons, l’un kinésithérapeute, l’autre ingénieur aux USA, je suis grand-père d’Emma, 9 ans et Nathan, 5 ans.

Président-fondateur d’une association cultuelle et culturelle en banlieue-est de Paris, j’ai été administrateur dans une synagogue parisienne. A la retraite depuis plus de 10 ans, je me consacre au bénévolat, au volontariat civil en Israël, au devoir de mémoire et effectue des voyages en Israël et aux USA.

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Il sogno svizzero (suite ) :

due sorelline ebree nella bufera delle leggi razziali

Ester Fintz Menascé

6. “Vicini e uniti” per corrispondenza              

Come gli altri bambini Nora ed io non restammo a lungo a Balerna. Superati i 21 giorni della prescritta quarantena puntualmente una signora della Croce Rossa Svizzera provvide a sistemarci, come era stato convenuto con i nostri genitori, presso famiglie che si offrivano di dare vitto e alloggio ai piccoli rifugiati. Il 31 marzo Nora ed io ci separavamo da mamma e papà, Nora per essere accolta dalla famiglia Lampugnani di Melide ed io per essere accolta dalla famiglia Pellegri di Lugano. Doveva essere un distacco breve, in quanto nostro padre aveva chiesto fin dal 23 marzo  la “liberazione”, come si diceva, cioè l’autorizzazione ad uscire dai campi di raccolta per andare a vivere con la famiglia una vita privata grazie ai propri mezzi finanziari.

Cominciò allora, per essere “più vicini e uniti” nelle parole di mamma, una fitta corrispondenza tra noi bambine e i nostri genitori, che si protrasse oltre il previsto in quanto essi furono liberati solo il 10 giugno, con notevole ritardo rispetto alla trentina di giorni che normalmente intercorreva tra la domanda di liberazione e la liberazione stessa (i precisissimi svizzeri avevano smarrito il nostro dossier e fu necessario un viaggio di papà a Berna perché fosse ritrovato). Nel separarci si era convenuto che ci saremmo scritti due o tre volte alla settimana. Probabilmente così più o meno avvenne, stando agli scritti di mamma e papà da me ricevuti, e conservati, e che oggi mi permettono di ricostruire qualche tessera di quel mosaico che fu la vita dei rifugiati civili nei campi di raccolta svizzeri. In tutto ho ritrovato diciassette lettere e otto cartoline postali a me indirizzate. La corrispondenza inviata a Nora è invece andata perduta, come pure quella inviata a mamma e papà da noi bambine, eccetto una lettera di Nora.

Rileggendo quegli scritti, la prima cosa che mi ha colpita nelle lettere e cartoline spedite da Balerna è stato il timbro APERTO PER CENSURA – CAMPO RIFUGIATI CIVILI – BALERNA. Il timbro non appare più nella corrispondenza dai successivi due campi dove i nostri genitori furono internati, Girenbad e Rikon, entrambi nel Canton Zurigo, ma probabilmente la censura era stata solo diradata, non abolita, come sembra emergere da una delle lettere su cui mi soffermerò più avanti.

Le prime lettere trattano naturalmente della separazione. Mamma mi scrive (lettera del 1° aprile) che avevo “pianto molto” la sera precedente (quella del distacco) e che ne aveva avuto “grande pena”: “Bisogna che tu sia forte nella vita per sormontare tutte le difficoltà.” E continua: “Mi consolo nel saperti in una casa privata dove spero ti troverai bene e dormirai in un bel letto con lenzuola candide.” Loro invece dormivano su pagliericci, anche se, fino alla partenza di Nora e mia almeno, in una camera tutta loro, sembra. Scrive mamma sempre nella stessa sua prima lettera: “Questa mattina il papà mi ha aiutato a fare la camera. Ho lavorato fino alle 10 per ammazzare il tempo, ho perfino pulito il corridoio molto bene.” Sperano comunque, lei e papà, di essere presto trasferiti al Majestic, un grande albergo di Lugano decaduto a campo di internati civili, certo per avvicinarsi a noi bambine, ma anche perché, dice mamma, “si sta magnificamente bene.” Sulle condizioni di vita per i rifugiati finiti al Majestic le testimonianze sono invero discordanti. Scrive la Broggini:

Grand Hôtel Majestic: il nome a caratteri floreali sulla grande vetrata, il soldatino armato sul portone colpiscono tutti gli ospiti per il contrasto fra il “sontuoso edificio” nel centro di Lugano e la realtà dell’internamento. I saloni, gli stucchi, la “vista stupenda sul lago”, il parco mediterraneo, un ambiente che ricorda i lussi di vacanze belle époque, ma anche paglia a terra, cibo scarso, il Comando che stabilisce turni di lavoro e obblighi per tutti.1

Ai miei dovettero giungere testimonianze assolutamente positive (“si sta magnificamente bene”) tanto che, mi scrive papà (cartolina postale del 3 aprile): “Ieri ci siamo messi in nota per andare a Lugano al Majestic, per passare tre giorni della Pasqua.” Si avvicinava infatti la Pasqua ebraica, ma i miei non furono tra i più fortunati che ebbero il permesso di andare a celebrarla al Majestic. La trascorsero a Balerna, “tanto triste di passarla lontano dalle mie care bimbe,” mi scrive mamma, “con la speranza che l’anno prossimo la festeggeremo a casa nostra, tutti insieme,” aggiunge papà (lettera del 7 aprile). Con quanta gioia festeggiavamo la Pasqua, a Milano, ancora durante i primi anni delle leggi razziali! Ospiti per il Seder (la tradizionale cena della prima sera), la tavola imbandita riccamente, cibi squisiti e, soprattutto, papà che leggeva la Haggadah, ci spiegava la storia dell’esodo dall’Egitto, cantava con la sua voce bellissima – e insegnava a noi bambine – i tradizionali canti pasquali… Che nostalgia, che nodo alla gola, anche soltanto a scriverne, oggi, dopo tanti anni…

Tornando alla Pasqua del 1944, io scrivevo poco, i miei genitori lamentavano. Perché io non ero affatto contenta della mia nuova vita a Lugano. Dapprima non lo dissi, ma poi mi sfogai. Il mio sogno, lasciando il campo, era poter riprendere a frequentare la scuola, come non avevo più potuto in Italia a causa delle leggi fasciste. E invece mi ritrovai in una famiglia che mi aveva accolta affinché aiutassi nel disbrigo delle faccende domestiche: lavori non pesanti, certo, ma che allora mi parevano umilianti. Giustamente i miei mi redarguirono. Nella lettera dell’8 aprile mamma mi informava che altre ragazzine di Balerna, “la Fiorenza et l’aînée Sadun” (i miei spesso mi scrivevano in francese, lingua in cui avevano fatto i loro studi) “se trouvent dans les mêmes conditions que toi et pourtant elles ne se plaignent pas, parce que les moments sont durs pour tout le monde” e papà mi scriveva: “Vedo che hai perso la calma per la questione della scuola. Sei stata un anno senza, starai ancora 15/20 giorni. Non è la fine del mondo. Tu sai che io ho chiesto la liberazione. Quanto ai pochi franchi [e me ne inviava cinque!] che hai speso per i libri,” continuava, “ti serviranno […]. Lascia da parte l’orgoglio, che è una brutta cosa, ed un cattivo consigliere.” Alle loro parole i miei allegavano una lettera di una signora che avevamo conosciuto a Balerna, Vera Camerino, presto diventata nostra amica, anche lei delusa dal mio atteggiamento: “[…] hai avuto il destino di vivere in questa epoca travagliata e non puoi essere passata attraverso questa bufera senza che il tuo carattere si sia temprato.”

Pochi giorni più tardi (cartolina postale del 13 aprile) mamma mi informa che, “immenso” essendo il suo “desiderio” di riabbracciarmi, aveva chiesto “al Capitano” il permesso di venirmi a trovare a Lugano: “non mi è stato concesso!” sospira. Mi dà anche notizie di mia sorella, che, a differenza di me, si era subito trovata benissimo con la famiglia che l’aveva accolta: “La Norina sta molto bene; ieri ha scritto una bella lettera, diceva che sarebbe andata a trovarti con la signorina Rosetta. Perché le sorelline non vi scrivete? così sarete più unite.”

La Rosetta era la più giovane dei tre figli dei Lampugnani; gli altri erano Tilde e un ragazzo, mi pare il maggiore. Bambini, in famiglia, non ve ne erano. E presero tutti a coccolare, a vezzeggiare, a viziare la piccola rifugiata italiana. Fabbricavano cialde per gelati. La colmavano di dolci, di cioccolatini e di cioccolata avvolta in carta d’argento (carta con cui Nora – proprio una bambina! – si faceva una palla che regolarmente pesava), ma le procurarono anche libri da leggere e l’iscrissero a scuola. Cito da quell’unica lettera di Nora ai nostri genitori che non è andata perduta, lettera in cui, oltre a parlare della nuova scuola che si trova a frequentare a Melide, mia sorella discorre anche della sua visita a Lugano, accompagnata dalla Rosetta, per incontrarmi (la visita cui accenna nostra madre nella cartolina appena citata). Ricordo che Nora venne più volte a Lugano mentre non ricordo di essermi mai recata, io, a Melide. Mi pare ancora di vederla, la mia sorellina, camminare lungo il lago pochi passi davanti a me, magrina, nel suo giacchino color nocciola che mamma aveva fatto a maglia per lei. Capisco che i Lampugnani volessero farla ingrassare… La lettera di Nora, che ora ha dodici anni, è datata 14 aprile 1944, “venerdì”, come precisa:  

 […] martedì sono andata a trovare la Ester a Lugano e siamo state insieme circa due ore. Certo che la Ester da quanto m’ha raccontato non si trova punto bene come me. [ …]

     A scuola ho incominciato a andare mercoledì, però m’ha fatto una brutta impressione dato che s’impara quello che io ho imparato in quarta. Sesta, settima, ottava sono tutti nella stessa aula e abbiamo un maestro per tutte tre le classi e per tutte le materie. Si deve andare a scuola mattina e pomeriggio e così non posso più andare a spasso. Andrò ancora a Lugano domenica; avrei potuto anche giovedì, ma non voglio andare a trovarla spesso, perché la signora Pellegri non è affatto gentile, e potrebbe dire che io le faccio perder tempo e che così non può più lavorare in casa. La famiglia Pellegri non mi piace affatto come tipo, preferisco molto di più dove sono io, poiché davanti a me hanno parlato molto male per la Ester. Tuttavia io le sono riuscita simpatica perché m’ha regalato un pacchetto di savoiardi.

     Mandatemi le carte d’argento. È già la terza volta che ve lo dico. La palla pesa già un etto e sessanta grammi.

     Ho già letto tre libroni del corriere dei piccoli e stasera comincerò il quarto. Oggi vi ho scritto ben poco, ma devo smettere per fare un tema. Scusatemi dell’orrenda calligrafia ma ho un pennino che scrive malissimo. [ …]

P.S  La Rosetta a Lugano me e la Ester ci ha condotti in un caffè e ci ha offerto una tazza di cioccolata e a tutti due paste, ma a me tre.

“Certo che la Ester da quanto m’ha raccontato non si trova punto bene come me.”  Nora aveva, allora, ragione. Ma, con il passare dei giorni, cominciai ad affezionarmi alla famiglia che mi aveva accolto. Era composta da tre persone: la signora Pellegri, suo marito e la loro figlia, Bruna, insegnante di pianoforte. Anche il signor Pellegri era un pianista, che la sera suonava in un caffè di Lugano. Era cieco. Avendo appreso che avevo studiato il pianoforte mi chiese di dettargli la musica, cosa che accettai di fare molto volentieri; ed egli la trascriveva in modo per me misterioso. Poi iniziò a darmi lezioni di pianoforte, e così pure Bruna. Quelle lezioni erano per me una compensazione per la scuola che non mi era consentito frequentare. Avevo amato suonare sin da quando, anni addietro, alla vigilia delle leggi razziali, la signora Amato mi aveva impartito le prime lezioni. Con lo sfollamento prima e poi la ricerca della salvezza, il pianoforte era scomparso dalla mia vita. Mi pareva un sogno ricominciare a studiarlo. Quanto più mi colpiva era che, quando eseguivo un brano per il Maestro, lui, non vedente, si accorgeva se sbagliavo la diteggiatura: “Il quarto dito sul sol, non il terzo” …  I signori Pellegri mi diedero poi il permesso di recarmi al Majestic, dove impartivo lezioncine di francese a bimbi di internati e ne ricevevo un compenso in moneta svizzera! Cominciai così a scrivere ai miei genitori in francese.

Nelle lettere dei miei è riflessa la mia vita a Lugano. In quella del 16 aprile papà si complimenta con me per come scrivo quella lingua straniera: “Quanto piacere mi ha fatto vedere come scrivi bene il francese. Continua e vedrai che scriverai sempre meglio.” Riguardo alle visite di Nora aggiunge: “Cercate di vedervi più spesso e di volervi bene reciprocamente.” Il concetto riaffiora spesso nelle sue parole: “Je te prie d’avoir soin de ta petite sœur Nora, de tâcher de la voir le plus souvent possible, d’être bonne envers elle” (lettera del 13 maggio); o ancora: “Hai visto la Norina? Cerca di vederla più spesso e averne cura” (cartolina postale del 5 giugno). Concetto, questo di avere cura della “sorellina”, che sarebbe restato in me e si sarebbe accentuato con il passare del tempo e con le prove che la vita ci avrebbe riservato. E circa il distacco, “una piccola parentesi della tua vita,” papà mi assicura che presto giungerà la liberazione e con essa la nostra riunione. Mi fa partecipe infine, sempre in quella lettera, dei suoi sentimenti di figlio, della sua inquietudine circa i suoi genitori: “Non so niente purtroppo della mia mamma e di mio papà.” Circa tre mesi più tardi, il 23 luglio, i nonni (il nonno Michele e la nonna Gioia), che vivevano a Rodi, sarebbero stati deportati con destinazione Auschwitz: il nonno non vi sarebbe giunto, ucciso dai tedeschi in Grecia per un suo atto di ribellione, la nonna invece sarebbe scesa dal treno ad Auschwitz, un luogo che  mai aveva sentito nominare prima, per esservi quello stesso giorno, 16 agosto, gassata e incenerita. Ma queste notizie le avremmo avute più tardi, dopo il nostro rientro in Italia…  Scopo principale di quella lettera di papà era informarmi di un loro trasferimento: il giorno dopo, lunedì 17 aprile, da Balerna sarebbero stati smistati non al Majestic, come speravano, bensì al lontano campo di Girenbad, nel Canton Zurigo; sarebbero partiti alle 7 del mattino e alle 8 il treno si sarebbe fermato a Lugano.

Non potevo mancare all’appuntamento. Mi accompagnò alla stazione ferroviaria la signorina Bruna: ognuna di noi aveva un pacchetto di dolci da offrire ai miei. Di quel brevisimo incontro parla mia madre nei suoi due primi scritti da Girenbad, una cartolina postale del 18 aprile (in italiano) e una lettera del 20 (in francese): “Che gioia enorme ho provato nel riabbracciarti dopo 17 giorni [li contava, uno ad uno, la mia mamma!] di separazione”; “Quelle heureuse rencontre a été celle de lundi matin […]. Mademoiselle Pellegri nous a fait une bonne impression, j’espère que […] toi aussi à ton tour tu fais ton devoir.”

E mi sono trasmesse, con quei primi scritti da Girenbad, notizie su quel campo di internamento, raggiunto dopo “un viaggio lungo e faticoso” (di tredici ore, dalle 7 del mattino alle 8 di sera): “Ti dirò soltanto, tesoro mio, che Balerna era un Paradiso.” Il Flüchtlingslager (Campo rifugiati) di Girenbad (Hinwil), interamente cintato e sorvegliato da guardie, era su un pendio; nella parte alta erano alloggiati gli uomini, in quella bassa le donne e i bambini. Era molto vasto e accoglieva una popolazione mista, di varia provenienza. Essere separata dal marito, dopo esserlo stata dalle sue bambine, per mia madre fu un colpo difficile da sopportare, anche se ora si dice “contente que vous n’êtes pas avec nous. Je suis redevable à la Croix Rouge de vous avoir bien installées, ainsi vous êtes bien nourries et bien logées.” A Girenbad, invece, il cibo scarseggiava e gli internati dormivano sulla paglia. La disciplina era severa. Tutti erano tenuti a una “promenade quotidienne qui est obligatoire après trois heures de l’après-midi.”  Fortunatamente persone amiche erano state trasferite anch’esse nello stesso campo: Odette Pardo con il fratello e il padre, Vera Camerino con il marito. Odette aggiunge qualche riga alla lettera di mamma del 20 aprile:

   dopo un giorno di viaggio siamo arrivati a Girenbad, campo immenso dove son persa e vivo in un continuo mal di testa da tre giorni. […] Oggi abbiamo cominciato al campo e per chi vuole lezioni d’Ebraico, di Tedesco, di Francese e d’Inglese. Io faccio Inglese e Tedesco ma sento che ben presto farò un bel pasticcio. 

Proprio di Odette mamma parla nella lettera successiva, del 27 aprile, della gentilezza di lei nei suoi confronti: “avant’hier c’était mon tour de faire les assiettes (de tous) trois fois par jour, elle m’a remplacée.”  A mamma, che già da tempo (in seguito alle leggi razziali e alle preoccupazioni e angosce da esse ingenerate) non era più la stessa e da sempre sensibile qual era si era fatta più fragile, più vulnerabile, cominciavano a venir meno le forze. Per lei la vita a Girenbad era “dure”… La opprime la consapevolezza di tutte “les misères” causate al mondo dalla guerra, dei tanti bambini “privés de leur foyer et sous-alimentés.” La deprime il fatto di mancare di vestiario: non si è portata in Svizzera che due abiti invernali e un unico paio di scarpe, gli uni e le altre ormai troppo usati mentre ormai si avvicina l’estate. A Girenbad, “un endroit éloigné du monde,” non può sperare di trovare nulla per sostituirli.

La scarsità di cibo a Girenbad trapela dalla lettera del 29 aprile, dal passo in cui mamma mi chiede se posso inviare loro qualche coupons. Anche in Svizzera, come in Italia, vigeva il razionamento di generi alimentari. Ai rifugiati non alloggiati in campi erano elargite tessere, mese per mese registrate nel Libretto personale come ho detto sopra. Se dagli scritti di mamma emergono le negatività di Girenbad, come del resto da altre testimonianze,2 la stessa lettera del 29 include due pagine di papà, che vede invece il bicchiere mezzo pieno (o quasi): “Qui al campo la vita trascorre tranquilla. Si lavora, non tanto, si mangia abbastanza bene, e si dorme tutti in una camerata sulla paglia.”

Non solo la tanta sospirata liberazione, che “non è un diritto, ma una concessione della polizia federale,”3 tarda ad arrivare, ma anche il nostro denaro, custodito in una banca svizzera, tarda ad esserci erogato mensilmente, un ammontare modesto stabilito dalle autorità elvetiche. Lettera dopo lettera, papà mi scrive frasi simili a questa: “Sono in attesa dei soldi da parte della Banca, ed appena li ricevo ti manderò 15 franchi” (lettera del 29 aprile).

Due giorni dopo (lettera del 1° maggio) i soldi non sono ancora arrivati. Questa volta è mamma a scrivermi (riferendosi alla “paghetta” mensile che mi era stata promessa): “Je comptais t’envoyer les 10 francs mensuels pour le mois de Mai, je regrette de te dire que pour le moment ce n’est pas possible n’ayant pas encore reçu l’argent de la Banque.”  Mi dice anche che pure la mia “sorellina” comincia a scrivere loro in francese: “Ta sœurette aussi fait des progrès en cette langue, dernièrement elle a écrit une gentille phrase.” Torna, mamma, sulla ri-chiesta di “quelques coupons” (“non tuoi” sottolineato due volte, aggiunge mio padre) “car ici je me nourris très mal (étant [lo ammette!] difficile)” e conclude con una nuova richiesta: mi prega di scrivere io, per via aerea, a suo fratello, lo zio Israël Fintz, da anni emigrato da Rodi nell’allora Rodesia del Sud, a Salisbury (attuale Harare, nello Zimbabwe), informandolo, “afin de tranquilliser ma mère” (la nonna Rebecca, che aveva raggiunto il figlio in Africa: evitò così di essere deportata nel 1944), che siamo tutti salvi in Svizzera e chiedendogli di inviarci qualche capo di abbigliamento. Aggiunge, evidentemente temendo la censura (dalla corrispondenza in mie mani risulta comunque che solo i loro scritti da Balerna furono censurati) e possibili ritorsioni (dalla busta risulta infatti che la lettera non fu impostata da Girenbad ma dalla stazione ferroviaria di un’altra località):

  Il ne faut pas écrire nos péripéties, ne rien raconter car on peut avoir beaucoup d’ennuis. […] Tu peux dire que tu es dans une maison suisse, nourrie et logée, ta sœur également, et que vous êtes contentes: voilà tout.     

La successiva comunicazione, del 3 maggio, è una cartolina postale, con cui papà e mamma mi informano che quello stesso giorno saranno trasferiti in un nuovo campo, sperano migliore di Girenbad, sempre nel Canton Zurigo, ma ancora più a nord, quasi al limite settentrionale della Svizzera, al confine con la Germania: il campo di Rikon, nei pressi di Winterthur.

    Rikon si rivela infatti migliore di Girenbad, anche se pure lì uomini e donne sono tenuti separati e dormono tutti in camerate su pagliericci. Vera Camerino, aggiungendo qualche parola a una successiva lettera di mio padre (del 13 maggio), scrive: “Noi qui stiamo molto meglio, anche se nella camerata gira qualche topino!” Nella prima lettera scritta dal nuovo campo, del 6 maggio, papà sinteticamente mi scrive: “Qui a Rikon abbiamo trovato un ambiente molto simpatico. C’è intorno a noi tanta brava gente; e questo ci consola molto della vostra lontananza.” Mamma parla più a lungo delle migliorate condizioni, ma il suo sentirsi meglio è soprattutto collegato al ricevere lettere di Nora e mie, all’udire al telefono la nostra voce. Sempre nella lettera del 6 maggio scrive:

Figure-toi que nous étions à table lorsqu’on a distribué le courrier; à peine j’ai lu vos lettres j’ai mangé avec grand appétit, la journée a été très agréable. […]    

      Nora a été très gentille: elle nous a envoyé deux coupons, pour deux gâteaux que nous avons mangé hier soir. Ils étaient vraiment délicieux. […]

     Tu veux savoir l’emploi de ma journée? Je me lève le matin avant 6 heures, je fais ma toilette, après je m’habille, je fais mon lit (paillasson), je mets mes effets en ordre.

     A 8 heures je rencontre papa dans la salle à manger, alors nous prenons le petit déjeuner, café au lait ou chocolat. […]

     Lorsque je suis de corvée, je remplis ma tâche. Hier par exemple j’ai repassé toute la matinée pour la Croix Rouge. Je le fais très volontiers surtout lorsque ma santé me le permet.

J’ai été exemptée des travaux durs, comme ça je ne me fatigue pas beaucoup.

Hier Odette voulait prendre ma place, elle est vraiment très gentille. Je n’ai pas accepté car la journée n’étais pas mauvaise pour moi, j’étais encore sous l’impression du coup de téléphone. […] Cette fois-ci tu n’étais pas émue et déconcertée, tu étais décidée et courageuse.

              Ester Fintz Menascé

Notes:

1 Op. cit., pp. 166-67.

2 V. ibid., pp. 199-200.

3 Ibid., p. 242.

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Muestros Dezaparesidos 

Alain de Tolédo

Le 17 janvier a eu lieu au Mémorial de la Shoah à Paris la présentation de « Muestros Dezaparesidos » devant 200 personnes. Cette présentation était animée par Alain de Toledo, initiateur du projet, Karen Taieb, responsable des archives et de la documentation du Mémorial, Laurent Gattegno, coordinateur, Jenny Laneurie-Fresco, présidente d’Aki Estamos, Claire Romi, présidente d’Al Syete, Serge Benhaim, président de la communauté Don Isaac Abravanel, Gisèle Nadler, représentante de Judeo-espagnol à Auschwitz, Jacques Saltiel, président de l’Union des Israelites Sepharades de France et Haïm Vidal Sephira président de Vidas Largas. L’ensemble de ces associations, le Mémorial de la Shoah et Casa Sefarad soutiennent et participent à ce projet

« Muestros Dezaparesidos », c’est la volonté de constituer un mémorial des Judéo-espagnols déportés de France pour que la place des Judéo-espagnols soit mieux connue et donc reconnue, c’est lutter contre l’ignorance et l’oubli. Pour ce faire, les objectifs ont été rappelés.

Le mémorial  sera d’abord une base de connaissance hébergée par le Mémorial de la Shoah permettant le travail des chercheurs à venir, une base de connaissance où se trouveront tous les documents et témoignages récoltés et qui permettra différentes présentations. Le mémorial prendra donc la forme d’un livre où sera indiqué dans une première partie la liste des déportés judéo-espagnols, puis des photos et témoignages rendant un visage et une histoire aux disparus de notre communauté, la place manquera évidemment. Le mémorial sera aussi un site internet hébergé par le Mémorial de la Shoah. Ce sera peut être également un mur des noms, une exposition, des conférences mais avant toute chose, il est nécessaire d’y intégrer toutes les parcelles d’histoire disséminées. Kaminando y avlando de nouvelles idées pourront voir le jour, l’objectif n’est pas fermé.

L’ étape actuelle est donc un travail de fond sur trois axes différents : établir une liste des noms aussi exacte que possible en profitant du travail déjà effectué, notamment par Serge Klarsfeld ; recueillir les témoignages des survivants et des témoins, tâche urgente s’il en est, compte tenu du temps qui passe ; et enfin collecter les documents pour que le Mémorial de la Shoah en fasse une copie avant de les restituer à leurs propriétaires ou de les garder dans le cadre d’un don. Ainsi « Muestros Dezaparesidos » ne se veut pas un nouvel endroit où se collecteront des archives mais un projet qui apportera à l’histoire des Juifs de France un supplément de contribution Judéo-espagnole.

Cette étape est essentielle, et pour sa réussite des déplacements sont prévus pour aller recueillir des témoignages en province et que ce Mémorial des Judéo-espagnols ne reste pas parisien. Sa réussite nécessite que chacun y apporte sa pierre sous la forme de témoignage, de documents ou de photos, mais aussi en en parlant pour que d’autres viennent y contribuer.

Pour contribuer au Mémorial des Judéo-espagnols, plusieurs solutions existent. La première est de prendre contact avec Alain de Toledo ou Laurent Gattegno par email à l’adresse:

 dezaparesidos@gmail.com  –  ou par téléphone au 06.38.23.32.90.

L’autre solution est de passer par l’intermédiaire des associations qui soutiennent le projet. Enfin, pour apporter des documents, il est possible de s’adresser directement au :

Mémorial de la Shoah, 17 rue Geoffroy – l’Asnier, 75004 Paris.

Alain de Tolédo

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SOUVENIR

Jamy et ses camarades en Egypte 

Doudy, Kouky, Roger, Jean-Pierre

(1947 –  1955 – 2009)

Jamy Tivoly

Dans l’avion d’Egyptair qui me ramène en France, je pense à la masse de travail qui m’attend : 15 jours d’absence à cette époque de l’année j’imagine le courrier qui s’empile sur mon bureau, les rendez-vous, les ceci ou les cela. …. Je jette un regard par le hublot et vois le delta qui défile sous mes yeux, mon esprit vagabonde : oublié le courrier empilé, les ceci et les cela …Je me revois petit garçon  il y a 62 ans  à Alexandrie,  débarquant du Cyrénia, mon beau père sur le quai m’attendait, je réentends les clameurs de joie de cette foule bigarrée heureuse de retrouver un parent, un ami venant de France, d’Italie ou de Grèce. On avait mis 8 jours pour traverser la Méditerranée : Marseille, Gènes, Le Pirée. Après le départ de Marseille, à Gènes visite du cimetière. Pour voir le Stromboli qu’on longeait on s’était levé à 4 heures du matin, le détroit de Messine avec  Charybde et Scylla ces fameuses îles tant redoutées dans l’Antiquité.

Au Pirée visite d’Athènes, du Palais Royal  avec ces Effzones si curieux avec leurs drôles de chaussons, et puis à l’Acropole je fus émerveillé par les cariatides, ces jolies jeunes filles si bien sculptées. Très étonné par le prix demandé par le taxi : 70 000 drachmes pour le trajet : Le Pirée – Athènes. Tous ces souvenirs me reviennent de façon très précise : miracle de la mémoire ces faits vieux de 62 ans que je croyais enfouis ou perdus remontent à la surface

et je suis ému jusqu’aux larmes, mon ami Moïse m’a dit que les orphelins ont une sensibilité particulière :  j’avais perdu mon père à l’âge d’un an.

A Alexandrie, Billy mon beau-père m’accueillit, nous primes l’un de ces merveilleux cars Américains aux formes arrondies. Une halte au Rest House : je goutai des mets égyptiens ou grecs aux saveurs merveilleuses . Puis l’arrivée au Caire, à Zamalek –  8 – Sharia Ahmed Ishmet Pacha.

Nous passions nos journées au Ghézireh sporting club, paresseusement à la piscine ou à jouer au tennis : à la maison 3 domestiques nous servaient : un cuisinier, un suffraghi, une nanni pour garder mes demi frères.

Une vie d’enchantement entourée d’un environnement qui m’émerveillait avec ces superbes flamboyants, ces belles villas, et au centre ville, ces belles rues aux magasins élégants.

Le Lycée Français de Bab-el-Louk : c’était le saint des saints, l’un des meilleurs lycée français dans le monde. J’appréhendais la rentrée et le bizutage initiatique un rituel français. Je m’imaginais obliger de courir nu dans les rues du Caire avec des plumes dans la fesse, mais en Egypte cela ne se faisait pas et je fus reçu comme un ami et mieux comme un frère. Depuis cette affection fraternelle a perduré à travers les décennies jusqu’à aujourd’hui.

Quelques turbulences, je sors de ma torpeur et de ma rêverie :.je pense à cette chanson romantique de Charles Trenet « Que reste –t-il de nos amours » Une photo, vieille photo de ma jeunesse …..et oui que c’est loin, mais proche tout ça.

Ce voyage après plus de 54 ans je l’avais organisé  avec 4 anciens du Lycée, 2 de mes fils, 3 de mes petites filles et nos épouses, nous accompagnaient.

Nous n’avons pas retrouvé au Caire cette vie idyllique sans doute idéalisée par nos rêves de jeunesse et par la vie de pacha que nous menions. Le Caire comme Alexandrie sont devenues des mégapoles, sales, polluées, bruyantes, dont les beaux immeubles sont dégradés.

L’Egypte, c’est 80 millions d’habitants, contre 20 quand nous l’avons quittée, la population augmente d’un million de personnes par an. Le Grand Caire à une population de l’ordre de  20 millions d’habitants, Alexandrie plus de 4 millions.

Personnellement je n’ai pas été déçu, je m’y attendais, je n’avais en tête que des souvenirs sans nostalgie : le temps passe vite et façonne de nouveaux paysages.

Au Caire, visites classiques du musée où nous insistâmes pour voir la stèle qui marquait la frontière entre l’Egypte Antique et Israël il y a 4000 ans, des pyramides de Guizeh, le spectacle son et lumière furent des moments touristiquement très intéressants mais connus.

La pyramide de Saqqarah, toujours aussi majestueuse et magique, me rappela ma première rencontre dans la petite maison de Jean-Philippe Lauer que ma mère connaissait. Il nous fit visiter il y a 62 ans  avec passion les 40 sarcophages des Bœufs Apis, malheureusement fermés aujourd’hui.

Dans le Vieux Caire, la visite du musée Copte est une petite merveille, celle de la plus ancienne Synagogue d’Egypte « Ben Ezra » fut très intéressante. Nous pûmes relever des noms connus comme Vidon ou Beinisch dont les descendants sont nos camarades et vivent près de Paris. Mme Carmen Weinstein, présidente de la Communauté nous accueillit à la porte du Cimetière juif de Bassatine : cimetière dévasté, mais propre, avec des allées bordées d’arbres et quelques  fleurs. Pour nos camarades nous y recueillîmes  la terre de ce cimetière que nous avons ramenée en terre de France pour la remettre à ceux de  nos camarades qui le souhaiteraient : quelques inscriptions touchantes en langue française nous étions tous émus, silencieux les larmes aux yeux en pensant à nos camarades qui avaient les leurs ici quelque part .

En compagnie de la présidente de la Communauté, nous visitâmes la synagogue de la Rue Adly. Pour y accéder, il faut montrer patte blanche et passer les différents points de contrôle passeport de rigueur…..cette synagogue est parfaitement bien entretenue et très belle.

Alexandrie qui rivalisait autrefois avec les plus belles villes de la Méditerranée subit, elle aussi, des ans et de la bêtise humaine l’irréparable outrage. Nous mangeâmes dans des restaurants sympathiques le Fish market, au club nautique grec et chez l’ex Benniamine. Nous couchâmes à l’hôtel Windsor près le Cécil Hôtel un vieil hôtel très « victorien ». Nous visitâmes cette superbe bibliothèque près de la faculté de Lettres où nous vîmes ces centaines de charmantes jeunes étudiantes qui représentent le futur du pays  affublées du foulard. Et enfin nous visitâmes après palabres avec la maréchaussée, présentation des passeports (photocopiés) la synagogue de la rue Nebi Daniel.  M. Gaon Joseph, le Président de la Communauté  nous fît les honneurs  de cette très belle synagogue, très bien entretenue.

Un de mes camarades me signala des chaises au nom de Tivoli, une branche éloignée qui s’était établie en Egypte au 19ème siècle.

Louxor – Karnak – la Vallée du Nil

Assouan et Abou Simbel

C’est la partie magique et mythique du voyage. Arrivés à LOUXOR par avion, nous déposâmes nos bagages sur notre bateau, une dahabia  du nom d’Agatha Christie que notre ami du Lycée Français avait mis  à notre disposition pour 7 jours : 8 cabines double tout confort,  une vingtaine d’hommes d’équipage pour nous servir et notre guide Hosamm Z. remarquable d’égyptologie.

Nous partîmes visiter Karnak ce temple est impressionnant comme chacun sait mais de visu on est ébloui par l’exploit et la beauté de cette œuvre gigantesque.

Puis nous rejoignîmes LOUXOR à quelques encablures. Nous y étions à la nuit tombante, magie de ce temple illuminé  et  sur un promontoire  mystère de cette église copte enchevêtrée à une mosquée.

De retour sur  notre dahabia, un excellent dîner nous attendait, puis départ dans la nuit où nous remontions le Nil soit à la voile, soit halés par un bateau à moteur. Au petit jour, premier levé pour admirer le lever du soleil sur le Nil. Petit déjeuner copieux, et allongés sur des transats confortables nous admirions en maillot de bain ces spectacles somptueux, ce fleuve Dieu, ces villages où les gens vivent heureux loin des tracas et des soucis : nous déjeunions sur le pont du bateau, ou nous nous arrêtions dans quelque île ou nous faisions un barbecue. Nous allions au gré de l’eau, on observait  des aigrettes, des martins pêcheurs, des grands hérons bleus, de grands cormorans, des pics bœuf quelques oies sauvages, et allongés sur  nos transats en nous dorant au soleil du Tropique du Cancer si proche on voyait défiler  de petits temples, des tombeaux creusés dans la roche, des mausolées.  Le soir on organisait des parties de tric-trac, autre fois jacquet mais aujourd’hui appelé je ne sais pourquoi de ce nom horrible de « backgammon ». Mais ici sur la terre des pharaons, ce sera tric trac. Nous aimions à discuter de tout et de rien et puis vers 20H00 nous nous retrouvions tous autour de la grande table dans la salle à manger où on nous servait des plats orientaux délicieux, inspirés par  Roger qui dosait  le mariage  des épices et Kouky qui les goûtait. Le tout arrosé d’excellents vins égyptiens que nous ne connaissions pas du temps où nous vivions en Egypte et que nous voulions mettre  nos connaissances et nos compétences à son service, mais le destin en décida autrement. Les serveurs et le personnel triés sur le volet nous rappelaient nos anciens cuisiniers, soufraguis ou baouabs par leur extrême gentillesse et leur politesse exquise qui était l’apanage de cette terre antique, comme le sont pour la France les meilleurs vins et les fins fromages. On s’arrêtait dans la journée pour visiter tel ou tel temple, franchir l’écluse d’Esna avec tous ces marchands qui de leurs barques lancent avec précision objets et vêtements  récupérés sur le pont de la dahabia, soit rendus à l’adresse du marchand dans la barque, soit avec  quelques euros en échange. Edfou, Kom Ombo, Assouan, l’Ile de Philae, dîner sur une île avec les Nubiens, et puis cerise sur le gâteau Abou Simbel : une  merveille  pharaonique et un travail de sauvetage exceptionnel que  nous devons à Christiane Desroches  Noblecourt  qu’elle en soit mille fois remerciée. Sur les parois du temple est relatée la victoire de Kaddesch . Or chacun sait qu’à Kaddesch il n’y eut aucune victoire,  après une première confrontation qui ne fut pas décisive, les troupes hittites se retirèrent et proposèrent un traité de paix que Ramsès II accepta . Mais la propagande de l’époque attribua à Ramsès II une victoire glorieuse, et il fut divinisé. Cela me rappela certains évènements survenus 3350 ans plus tard où la même propagande érigea en victoire une bataille au sort funeste.

Mes chers amis et camarades, mes frères, qui avez connu cette culture orientale, cette exceptionnelle éducation que nous avons reçue, les épreuves et les aventures qui nous ont façonnés, je n’ai avec mes camarades  cessé de penser à vous tout au long de ce voyage dans ce pays qui  nous a marqués. Nous étions 90 000 et maintenant  une vingtaine. Je pense à l’exode oublié, ce livre excellent écrit par  mon ami Moïse…. Je pense aussi à notre émotion lorsque nous visitâmes le Lycée français la gorge nouée et les larmes aux yeux. Mais les septuagénaires que nous sommes devenus aiment à rire et à faire la fête en  bon Sépharades et sont unis comme des frères.

Jamy Tivoly

 

  

Texte élaboré avec David Harrari (Doudy) et nos camarades : Albert Carmona (Kouky) Roger Coriatt et Jean-Pierre Hazan

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SOUVENIRS

Notre récent voyage en Egypte

Jean-Pierre Hazan

Re-bonjour la diaspora Cairote ex lycéenne!

Ceux qui ont eu le courage d’ouvrir mes vœux urbi et orbi (et les 2 photos jointes) parmi les déluges de re-vœux ont peut-être remarqué que je comptais récidiver avec un petit compte rendu (et de nombreuses photos) de notre récent voyage en Egypte.

Que voici…Certes, ce n’est pas court !

Que Ramsès II me pardonne, je suis un simple scribe ignare en hiéroglyphes, et n’écrivant qu’en domotique gaulois moderne …

Comment alors décrire brièvement ce voyage, son contexte, les impressions d’un hadj à mes lieux de mémoire, mon pèlerinage gustatif et un aperçu touristique (explicatif des photos) ?

Les lignes se sont alignées « cursivement » les unes après les autres pour atteindre subrepticement le bas de la 2eme page ! Tout au plus ai-je essayé d’en égayer un peu le style.

Je compatis néanmoins avec ceux pour qui la nostalgie et les récits de voyage ne sont pas leur tasse de « thé- chaii » ; ils pourront zapper « souristiquement » directement voir les quelque cinquantaine de photos du lycée et du voyage (pour ces dernières triées parmi les moins banales). Le tout sera envoyé en plusieurs lots (limitation du web).

Pour les lecteurs courageux, voici donc les impressions de voyage d’Astérix (alias J-P Hazan) chez son ami Obélisque et son toutou Idéfix-le Sphinx

Contexte général 

 

A l’origine Jamy Tivoly voulait « retourner aux sources» avec sa famille. Il s’est mis en contact avec Elhamy Elzayat propriétaire d’une belle agence de voyage. Ce dernier, ancien du lycée, était resté au Caire. Il nous a ouvert la porte de nombreux clubs privés et nous a préparé une magnifique réception chez lui. Voyage spécial donc, VIP et adaptable sur place.

Faisaient également partie du voyage : Doudy  Harari, Kouky Carmona (et conjointes), Roger Coriatt. Des connaissances donc, ce qui a permis de renforcer nos liens et de maintenir une excellente entente tout au long de ce voyage.

Contexte personnel

Cela faisait 56 ans que j’étais parti (en 1953) et je reportais ce voyage depuis des années pour diverses raisons (sécurité, politique …) Cette année aussi, l’OMS nous disait que le virus H1N1, était prêt à nous sauter dessus. J’en avais le nez qui coulait rien que d’y penser !

Mais Jamy s’est montré persuasif, et je l’en remercie, car finalement la « malédiction des pharaons » m’a épargné peut être plus que d’autres participants, affectés eux, par des toux, maux de gorge et indisposition diverses.

Après ces « mézés » (hors d’œuvre) d’impressions contextuelles, il est temps que notre scribe prenne sa plume d’oie pour transcrire sur son papyrus- électronique ses impressions du voyage lui-même.

Pèlerinage « hadjique »

haut lieux de mémoire personnelles.

 

Comme d’autres, j’ai reçu un vrai choc en voyant la « bazarification et la soukification » avancées de l’ex rue Soliman Pacha et encore pire du Midan Tewfik où j’ai habité pendant 5 ans. Gros pincements de cœur donc, mais en discuter avec les copains a permis d’amortir le choc !

Heureusement, cela a aussi été compensé par des coups de cœur et de belles émotions

Les initiatives de Jamy nous ont ouvert de nombreuses portes, ce qu’on n’aurait pas pu faire si on y avait été tout seul avec un circuit « lambda » ainsi on a pu voir :

Synagogues ( rue Adly et rue Nabi Daniel à Alexandrie ) Cimetière Juif ( où j’ai eu la surprise de trouver la tombe de mon grand-oncle (une des très rares épargnées).

Sans compter notre lycée vu de l’intérieur – coté cour et coté cours.

Là, rires et émotions partagés. Souvenirs, souvenirs : s’asseoir sur des bancs où on a usé nos fonds de culottes en entendant la voix de stentor de Habachi, d’Inglott, et d’autres, ou en essayant d’éviter la gym matinale de Karali tout en évitant les « tu auras 4 heures » de Mersant… (Dans l’ensemble je n’ai pas trop mal réussi dans ce domaine !) etc. Plus d’un demi-siècle déjà : cela ne nous rajeunit pas ! Mais cela ne nous a pas empêché de faire les potaches ! Pour se remonter le moral, on se dit que la jeunesse est presque autant un problème d’état d’esprit que d’état civil (abstraction faite des petits bobos de santé).

 

Le pèlerinage gustatif par contre, lui, a tout à fait répondu aux attentes :

Foul, Taameya, Kobéba, baba ghanoush, molokhéya (merci Kouky et Roger) sans parler des Konafas, mahalabeya et autres cafés turcs. Cela m’a permis d’ouvrir toute une boite pleine de « madeleines de Proust » évocatrices de mon enfance (« Sorry », pas de photos ni de dégustations !)

 

Après les papilles gustatives

voici venir les « papilles visuelles » 

 

J’ai en effet « dégusté goulûment » le côté touristique du voyage d’autant que, tout jeune, je n’avais guère voyagé hors du Delta.

Une semaine en dahabeya entre nous, à se la couler « cool », à remonter le Nil tout Hap(p)y (dieu du Nil) vers l’Amon(t)-(Ra) (excusez l’amoncellement de jeux de mots, mais cela me chatouillait) !

Côté visites, Hatchepsout (à vos souhaits), Ramsès II, Tout Ankh’Amon et autres Aménhotep III (alias Amenophis III pour les Grecs) nous ont reçus dans leurs temples !

Pour les férus d’histoire Amenophis III, un des plus grands pharaons bâtisseurs a eu pour successeurs Akhenaton puis Tout Ankh Amon (vous connaissez ?)

Visite de Louxor, l’ancienne Thèbes … son petit bijou de musée (que j’ai été, malheureusement le seul à visiter), et bien sûr ses temples :

Karnak, avec en particulier sa fameuse salle hypostyle (plafond supporté par des colonnes (dixit le dico) : une véritable forêt de colonnes à chapiteau à bouton de papyrus fermé ou encore à bouton ouvert ( les plus hautes). Le temple de Louxor même  avec le frère de l’obélisque de la Concorde gardant l’entrée. Magnifique la nuit, et que j’ai revisité tout seul, presque vide. La nuit efface les imperfections environnantes et sert d’écrin à un éclairage féerique.

Un gros coup de cœur donc pour Louxor, j’y aurai même « supporté » 1ou 2 jours de plus.

Vous avez certainement entendu parler aussi de la vallée des Rois et les tombeaux « hypogés » (hypogés? vite le dico : = enterrés profondément). Mais no-photos (Roger a failli finir au trou !)

Par contre je vous fais grâce de la trentaine de dynasties et autant de dieux dont nous avons visité les temples les plus marquants disposés le long de notre parcours (Edfou, Kom Ombo Philae)  Ce serait passionnant mais trop long.

Je ne peux cependant oublier le petit coup d’aile, (avant de regagner le Caire et Alexandrie) vers Abou Simbel pour rendre hommage à «Ouser Maat Ré » (dit Ramsès II pour les intimes) et à sa reine Néfertari.

Retour donc à « Memphis » pour voir (ou revoir) des pyramides en tout genre : des « Rhomboïdale », des « Noire » des « Rouge » et des bien mures ! Sans oublier d’aller moucher le nez du Sphinx qui continue à garder stoïquement les 3 compères de Guizèh …

Pas de circuit sans que le guide fasse visiter des magasins exceptionnels ! En particulier un fabricant de parfums (du simili Dior, Channel…) parfums moyens mais très beaux flacons.

Pour terminer je ne puis m’empêcher de mentionner le  spectacle bien contemporain  des Darwich tourneurs  à « l’ombre » de Khéops, au Mena House, au cours d’un dîner apprécié en compagnie de nos amis Lambelet, Zulficar et autres …

Voilà, le scribe repose sa plume : Tout en étant loin d’être exhaustif, c’était peut être un peu long .Mais c’était un voyage de 15 jours : On a remué beaucoup de souvenirs, ressenti beaucoup d’émotions et ensuite vu de bien jolies choses.

Comme aurait dit Inglott : A thing of beauty is a joy forever … et en Egypte cela fait près de 5000 ans que cela dure ! Que la Santé,  la Beauté et la Force soient avec vous tout au long de cette année 2010.

Tout Ankh’Hazan

(Alias Jean-Pierre Hazan).

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COMMUNAUTE

Distressing reality

Adriana Iosub Caras

The Sephardic Jews were assimilated during the long years of communism, in Romania. Unfortunately the situation is the same today. Ladino is unknown, the culture is lost. All that remained is the Sephardic cemetery, where I have all my relatives.

For years we paid money to buy an entrance ticket to visit our dead. A foreigner wanting to see his dead had to pay more than the Romanians. Nobody could tell me where the money was used. Now the entrance tax has been eliminated, but the cemetery is of no concern or help from the leaders of the Jewish Community in Bucharest. There are many graves which are deteriorated by time and, if there is no relative, to pay personally for the restoration, the graves are not taken care of.

There are only two workers paid only to clean the alleys, to dig graves and one of them is over 80 years old. If you want the graves cleaned you have to pay!

Nobody from the leaders has come to see this cemetery, as the administrator confessed.

It is a real shame, as some graves are real works of art, made of Carrara marble.

Adriana Iosub Caras

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COMMUNAUTE

Un site judéo-espagnol sur le Net français

Claudine Esther Barouhiel

 L’année nouvelle 5770 vient d’apporter un précieux cadeau à tous les Juifs originaires des Balkans, ou pas, d’ailleurs, qui s’intéressent ou cultivent encore au sein de leur propre foyer quelques éléments de culture judéo-balkanique; à tous ces « sepharadis » qui se réfèrent, avec plus ou moins d’« addiction » au niveau de la langue et/ou des us et coutumes, à la culture de ce singulier peuple d’origine ibérique. Une culture admirablement conservée, parce que vecteur d’une identité haute en couleur, depuis plus de cinq cents ans, au sein de l’ex-Empire ottoman par leurs ancêtres. Transmise surtout oralement, de générations en générations jusqu’à nos jours, ce riche patrimoine culturel fait encore partie au présent de l’univers familier de nombre de Juifs sépharades d’origine judéo-espagnole.

C’est ainsi que nous pouvons saluer aujourd’hui, et ce, tout particulièrement, la naissance d’un site Internet créé par l’association « Aki Estamos*1), Association des Amis de la Lettre Sépharade » : « http://www.sefaradinfo.org, les judéo-espagnols au présent ».

Tout « djudyo »*2), digne de ce nom, ne peut que se réjouir de l’apparition de ce nouveau lieu de rencontre virtuel et féliciter l’équipe créatrice de ce site indispen-sable, puisqu’unique en France. Une équipe composée principalement, du jeune François Azar, un nouveau venu dans l’Association, de Jenny Laneurie Fresco, la présidente de « Aki Estamos », de Monique Simon et de Jacqueline Mitrani entre autres, tous membres du Comité Directeur. Des personnes dynamiques et entreprenantes, mais surtout très attachées à leur langue  maternelle, qui sont déjà à l’origine d’une publication trimestrielle « Kaminando i Avlando »*3) et, plus récemment, d’une lettre mensuelle d’information, « La Niuz ». Ce sont à ce jour les deux uniques publications françaises concernant l’univers si mal connu, dans l’hexagone, des Judéo-espagnols. Dignes successeurs du journal « La Lettre Sépharade » de Jean Carasso, une référence en matière de ladino*4), mais qui a cessé de paraître en décembre 2007.

François Azar, concepteur du site et benjamin de l’équipe explique : « La transmission est la raison d’être de notre site. Nous avons la responsabilité de faire partager ce qui nous a été donné dans notre enfance si nous voulons éviter que dans quelques décennies notre culture ne soit plus présente qu’au musée et à l’université. C’est aussi pour moi une façon de prolonger le temps passé avec mes grands-parents, qui m’ont légué cette culture de cœur, de suivre leur exemple et de la transmettre à mes enfants pour que ne soit pas rompu le fil qui relie les générations entre elles ».

Mais dans le monde et dans l’espace familial d’aujourd’hui bien souvent multiculturel, comment transmettre sans trop de pédagogie à la manière si naturelle et si chaleureuse de nos parents et grands-parents ? : « Il faut adapter nos traditions, aller à l’essentiel, au plus urgent et au plus plaisant », affirme F. Azar, « telles la cuisine et les fêtes, où le ludique se mêle au culturel et s’adapte très bien à la jeune génération ; mettre en  rapport le monde hispanique, turc ou salonicien et conjuguer le tout  avec le judaïsme. C’est un peu une salade de langues, d’accents et de goûts mais dans ma famille cela a toujours très bien fonctionné ainsi ! Et j’y ai trouvé tout ce qu’il y avait de meilleur : bonheur de vivre, plaisir permanent…. ».

C’est en effet une savoureuse salade folklorique que beaucoup ont su garder au cœur de l’éducation familiale et que d’autres plus jeunes redécouvrent avec bonheur lorsqu’ils se mettent à la recherche de leur authentique identité sépharade ; ce curieux mélange de culture hébraïque, espagnole et balkanique ; tout ce qui fait la spécificité du monde judéo-espagnol. Les universités israéliennes diplôment actuellement de nombreux jeunes professeurs ou chercheurs en ladino. Et de nouveaux auteurs, toutes générations confondues, prolongent avec bonheur et succès le répertoire des chants et des poèmes judéo- espagnols, ressuscitent les contes et nous remémorent les proverbes à la fois fatalistes, et pragmatiques de nos pères. Et c’est ainsi toute une culture remplie d’humour et d’amour, venue d’une Espagne lointaine, qui ressuscite et refleurit !

Jenny Laneurie précise que depuis la fondation de l’Association « Aki Estamos », en 1998, celle-ci a progressivement développé nombre d’activités : … « Nous avons, entre autres, entrepris de réunir nos membres chaque mois dans un « Kafe de Los Muestros »*5) avec l’intervention d’une chanteuse, d’une conteuse, la présentation d’un livre etc… Nous  organisons des conférences, des sorties théâtrales, des repas amicaux, des fêtes traditionnelles et un atelier de cuisine pour les enfants. Nous participons aux Journées européennes de la culture et du patrimoine juif ainsi qu’au Festival des Cultures juives organisé par le FSJU »…

Et elle lance cet appel : « Si vous souhaitez, comme nous, faire vivre au présent et transmettre la culture judéo-espagnole, participez à l’enrichissement de notre site, envoyez-nous des photos, des documents, nous les numériserons et vous les restituerons.  Si vous êtes curieux de découvrir notre riche culture, venez aussi nous rejoindre. Nous vous accueillerons avec plaisir sur ce site ou dans l’une ou l’autre de nos manifestations dont vous trouverez le programme sur www.sefaradinfo.org qui doit devenir une maison virtuelle de la culture judéo-espagnole ».

Pénétrer à l’intérieur de cet univers c’est y rencontrer une autre définition de l’identité juive sépharade, pleine d’affectivité et d’une indéniable joie de vivre. « Etre sépharade aujourd’hui, comme le dit si joliment Moïse Rahmani*6), c’est avoir le soleil en soi. Il nous materne tous mais, pour le sépharade, il revêt une sensibilité particulière. C’est le soleil emporté, pour beaucoup d’entre nous, de cette Espagne qui fut et nous est encore chère, soleil enrichi de celui de l’Empire ottoman, additionné d’une touche qui illumine les Balkans, berce le Grèce, caresse l’Italie ; il s’ennoblit par celui d’Israël vers lequel convergent nos regards et nos cœurs »…

Consultez ce site et découvrez ou redécouvrez cet univers typiquement judéo-balkanique empli d’his-panité, où  une expression, une photo, une recette de cuisine seront pour certains comme des petites madeleines de Proust et leur ouvriront une ou plusieurs portes de leur histoire familiale passée et l’envie certainement de la conjuguer au présent. Espérons, pour conclure, comme le souhaite F. Azar que « ce site nous permette de rassembler un peu plus notre tribu judéo-espagnole si dispersée ! ».

Claudine Esther Barouhiel

NOTES:

1* Nous sommes là

2* Juif en judéo-espagnol

3* Parlons en cheminant

4* Terme couramment employé dans la communauté en parlant de la langue judéo- espagnole, mais qui est étymologiquement incorrecte ; le ladino étant le produit de la traduction littérale des textes hébreux bibliques et liturgiques en un espagnol qui remonte au 13ème siècle.

5* Le café des nôtres

6* Fondateur et rédacteur en chef de la célèbre revue belge judéo-espagnole : « Los Muestros »

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F i n 

24Fév

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