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Micheline Weinstock

Le hareng et le saxophone

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Sylvie Weil, "Le hareng et le saxophone",  éditions Buchet Chastel

 

 Le hareng et le saxophone     Dans son ouvrage précédent, Sylvie Weil nous avait fait pénétrer dans sa propre famille - les Weil -  son père André, mathématicien renommé, une tante, Simone Weil, philosophe au parcours complexe, un grand-père alsacien, Juif assimilé qui ne célébrait  pas Pessakh mais rappelait que ce jour-là on organise un Seder.

 

      Ce roman-ci de Sylvie Weil explore la trajectoire de la famille de son mari, les Weitzner et les Shackman. Ils sont juifs américains, originaires d'Ukraine et. étalent aux yeux du monde une surenchère de paraître, signe de leur réussite sociale, matérielle et d'assimilation à l'American way of life, antidote à toute nostalgie passéiste.

 

       Les descriptions des mariages, Bar-Mitzvoth – entre autres -  sont drôles et souvent cinglantes.

 

       La narratrice -  l'auteur - séjourne au E U et se fait guider par un ami d'un ami, un jeune médecin juif qui de suite flaire -  et craint - un chidoukh,  déclarant de suite qu'il fera un très mauvais gendre. Ils se marient cependant un plus tard, sans Khouppah, simplement devant un juge noir : 7 minutes tout juste et à peine un sourire.

 

        On comprendra pourquoi....une belle-mère frustrée en permanence, intrusive et cassante, qui doit finalement admettre que sa belle-fille est quand-même juive.

 

          La narratrice décode avec humour ce qu’elle nomme une déclaration intense d'amour, c’est-à-dire une lettre de son mari décrivant la rénovation de la salle de bains. On comprendra qu'exprimer le moindre sentiment peut s'avérer dangereux dans cette famille car Molly, la belle-mère, n'écoute jamais mais est toujours présente pour écraser, humilier. Comme par exemple,  lorsque sa belle-fille lui raconte comment ses parents ont survécu à la deuxième guerre mondiale en France. Cela n'intéresse pas Molly (pendant ce temps-là, elle dansait chaque samedi et dimanche soir en Californie...). Et elle ajoute : « Pourquoi penser à ces vielles histoires ? Ici tu es en Amérique ! ».  Sylvie Weil a parfaitement entendu la douleur et les drames sous le masque.

 

        Cependant l'origine est perceptible, à fleur de peau même, comme lors d'un séjour du jeune couple en France dans le Lot. La patronne de l'auberge se montre insistante veut savoir si le mari est réellement américain, mais avant d'être américain ?? Elle avait perçu, un quelque chose de familier chez ce jeune homme né en Amérique...Une origine commune, Kitchinev.

 

         Ce sera l'occasion d'un retour sur soi, sur les origines: un  grand-père, Guédalia, qui rêvait de devenir cultivateur, émigre d'abord au Canada ensuite aux E. U., tenait une épicerie et y vendait les harengs qu'il préparait. C'est à Brooklyn, en 1919, qu'il apprendra par le Forverts que 84.000 juifs avaient été massacrés en Ukraine.

 

          Sam, le mari de Molly, totalement écrasé par sa femme, par l'histoire est également orphelin de son saxophone. Sylvie et Eric veulent lui en offrir un pour ses 80 ans, Molly proteste " vous allez me tuer...". Mais Sam sera inconsolable lorsque le bébé qui devait naître ne verra pas le jour, il aurait tellement voulu l'initier au saxophone ! Sam s'est contenté de rêver, mais des rêves fragiles comme des bulles de savons, trop fragiles pour le monde si bruyant qui l'entoure. Après le décès de Molly, on découvre ses papiers : pas si américaine que cela ! Elle est née à Kiev en 1912 et portait le nom de Malka ! Ils avaient tous construit une muraille pour colmater une origine dans la douleur.

 

            Si dans ce roman Sylvie Weil explore la saga familiale de sa belle-famille, elle va bien au-delà des tentatives destructrices d'une belle-mère égotique. Elle débusque avec humour et une tendresse complice les petites mesquineries qui renvoient aux origines tragiques vécues en Ukraine  et qui permettaient de se construire un socle nouveau et indispensable. Le dévoilement d'une histoire familiale sans tabous et sans mythes avec beaucoup d'affection.

 

 

                                                                        Micheline WEINSTOCK

 

 

Le hareng et le saxophone

de Sylvie Weil - éditions Buchet Chastel

496 pages - 23 euros - ISBN 978-2-283-02627-4

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