Accueil - sefarad.org
 
Micheline Weinstock

La République et le cochon

    MENU    

SEFARAD.org
Bienvenue chez Micheline Weinstock
AIDEZ-nous
Page PRECEDENTE

Pierre Birnbaum, La République et le cochon, éditions du Seuil

 

Pierre Birnbaum, La R�publique et le cochon, �ditions du Seuil      Une réflexion qui s’élabore à partir de la déclaration du premier ministre François Fillon concernant les nourritures cacher et halal, qui selon ses dires ne correspondent plus à grand-chose. Si la condamation vise en premier lieu le halal, il s’étend rapidement au cacher. A partir de leurs options politiques propres François Hollande et Marine Le Pen enflent la polémique. S’ensuivent quelques  incidents, des réactions identitaires, valorisant le cochon.

 

        La consommation de viande de cochon semble avoir caractérisée la table française, du mets de base au raffinement suprême et dans toutes les régions. Une boutade de Edgar Faure en fournit l’illustration : « Chez moi, quand on tue le cochon,tout le monde rit. Sauf le cochon ». Consommer le cochon apparait donc clairement comme un signe de ralliement identitaire.

 

         La question centrale que pose cet éssai est de savoir comment concilier le cochon comme symbole de l’identité nationale et le maintien de la représentation du cochon comme animal emblématique de l’impureté par les Juifs alors qu’ils se sont vu attribuer le statut  de citoyenneté depuis la Révolution Française.

 

          Ce dilemme alimente la contre-révolution catholique qui y puise un argument afin de faire perdurer l’exclusion des Juifs. Qui sont également menacés par l’acharnement anti-réligieux du peuple.

La Révolution Française inaugure une série de rites et de coutumes favorisant l’adhésion au nouveau sentiment national. Dans tous les quartiers fleurissent les banquets révolutionnairs, une nouvelle sociabilité, la préfiguration des restaurants. Lors de ces banquets, le cochon est dès lors élévé en symbôle. Peut-on réllement être citoyen et refuser d’en manger ?

 

            La communauté juive est secouée par de violentes polémiques, maintenir les rituels alimentaires ou s’adapter au nouveau concept de nation ? On se moquera d’Adolphe Crémieux qui, après avoir démisionné du Consistoire en 1845, assistera aux banquets fraternels, les lois du Choulkhan Aroukh y sont abolies entre la poire et le fromage.

 

       La laïcisation de l’Etat français s’étend tout au long du dix-neuvième siècle, notamment par la suppression des enclos protestants et juifs dans les cimetières qui restent malgré tout identifiables. Une génération de juifs intellectuels participe à cette laïcisation avec des paroles très dures qui feront dire à Drumont qu’il n’aurait jamais osé s’exprimer comme Salomon Reinach. Cependant la plus part de ces juifs laïcisés se regroupent autour de la synagogue libérale de la rue Copernic et défendront le Capitaine Dreyfus.

 

       La Suisse interdit l’abattage rituel en 1867, officiellement pour des raisons  « scientifiques ». Paris souhaite instaurer une législation semblable juste avant le déclenchement de l’Affaire Dreyfus.  L’Autriche ainsi que l’Allemagne instaurent une législation d’interdiction, sur fond de campagnes à menées antisémites almentés par de vieux préjugés. L’Italie interdit l’abattage rituel en 1939 et ensuite touts les pays conquis par l’armée allemande.

 

        Et aujourd’hui, quel sens attribuer à l’interdiction de l’abattage rituel ? Quel sens donner à une société refusant le cacher et le halal ? Alors qu’en Angleterre, aux Etats-Unis et au Canada ces pratiques font pleinement partie du pluralisme culturel. Le retour du cochon et la controverse au sujet du cacher et du halal ne symbolisent-ils pas une renaissance de l’antisémitisme et du racisme ?

 

        L’ouvrage, rigoureux et richement documenté nous propose des mises en liens pertinentes. Le passé revisité afin d’éclairer la polémique présente. 

 

Micheline Weinstock

- Copyright © sefarad.org - 1997 - 2016

CONTACT

Retour au site sefarad.org -