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Otto B. Kraus, Le mur de Lisa Pomnenka, suivi de Catherine Coquio, Le Leurre et l'Espoir. De Theresienstadt au block des enfants de Birkenau, Ed. L'Arachnéen

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Otto B. Kraus,  Le mur de Lisa Pomnenka, suivi de Catherine Coquio, Le Leurre et l'Espoir. De Theresienstadt au block des enfants de Birkenau, Ed. L'Arachnéen

   Le mur de Lisa PomnenkaUn roman ? Disons la mise en fiction d'une histoire vécue, relatée à partir du journal de Alex Ehrn, personnage fictif, poète, éducateur et chroniqueur de la vie au Kinderblock.

     Journal, retenu pendant de longues années en Pologne et enfin parvenu au narrateur à Jérusalem. Les tribulations de cette chronique imaginaire sont l'occasion d'évoquer les soubresauts de l'après-guerre.

      Dans Paysages de la Métropole de la mort  (paru chez Albin Michel), Otto Dov Kulka avait, lui aussi, relaté son expérience d'enfant dans le Kinderblock, sous la forme d'une fiction qui lui permettait de raconter sa mémoire retrouvée suite à sa première visite à Auschwitz, trente ans après son expérience concentrationnaire.

        Alex Ehrn introduit un regard tiers qui permet d'élargir la perception de l'expérience. Il décrit la tragédie des enfants au quotidien : le dénuement, la faim mais aussi les sursauts de vie face à la mort, symbolisés notamment par Lisa, féminine, inventive, chaleureuse et aimée par Alex.  Sa créativité est constante : les macramés réalisés en récupérant les fils des paillasses ; un travail obsessionnel plus que créatif qui structurait, le théâtre, la musique ;  chanter « l'Ode à la Joie de Beethoven » alors qu'il ne reste que quelques semaines à vivre ; la danse, peintures murales. Autant d'actes de résistances, les leurres pour dénier la mort.

     Le Kinderblock faisait partie du Familienlager crée en 1943, un des secteurs d'Auschwitz-Birkenau. Entreprise perverse créée afin d'accueillir et d’éblouir les représentants de la Croix Rouge. Les familles y séjournaient pour une durée limitée et étaient anéanties ensuite après quelques mois.

       Ce camp a été liquidé en juillet 1944, 2.750 détenus ont alors été transférés vers d'autres camps de concentrations, parmi eux l'auteur, Otto Kraus et Dina qui deviendra son épouse. Le restant des détenus, soit 7.000 personnes ont été envoyés à la chambre à gaz.

       Dans son roman, Kraus d'écrit cette frénésie de vie dans le camp : la gestuelle nécessaire pour peindre les murs, libérant ainsi de l'énergie ; proposer de mâcher la maigre nourriture le plus longtemps possible tout en rêvant d'un monde meilleur. Construire un théâtre,  raconter des histoires aux enfants, leur proposer ainsi des modèles d'identification. Instaurer des règles dans cette confusion totale.

        D'autres activités encore étaient organisées qui permettaient de stimuler l'imagination, d'introduire un certain lyrisme, une d'exaltation, telle la puissance de la célébration de Pessah, un symbole que l'on ne pouvait leur enlever, un hymne à la liberté.

         A travers les doutes et les agissements d'Alex Ehren, Kraus nous propose une réflexion : comment survivre en situation extrême, le sens de la responsabilité, la notion de règle nécessaire au sein de la sauvagerie ambiante, la folie pour survivre, la raison....

         Le roman d’ Otto B. Kraus forme la première partie du volume.

         Dans la seconde partie, Catherine Coquio analyse le roman avec pertinence. Elle resitue non seulement l'intrigue dans son contexte historique, mais nous fait également comprendre grâce une documentation fouillée comment et pourquoi a été créé ce leurre ainsi que son fonctionnement, nourrissant sa réflexion de nombreux exemples qui éclairent les modalités d’existence qui se forgent dans cette promiscuité forcée caractérisée par une désagrégation et de tentatives de reconstruction des liens sociaux face à des vagues   constantes d’arrivages et d’anéantissement.

            Un travail tout simplement magnifique 

 

Micheline Weinstock

 

 

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