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Micheline Weinstock

Un ciel de sang et de cendres. Piotr Rawicz et la solitude du témoin

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Sous la direction d’Anny Dayan Rosenman et Fransiska Louwagie,

 « Un ciel de sang et de cendres.  Piotr Rawicz et la solitude du témoin »

Editions Kimé

Un ciel de sang et de cendres : Piotr Rawicz et la solitude du t�moin      Dans cet ouvrage collectif chaque contribution porte la trace d’une émotion intense vécue par son auteur lors d’une rencontre avec Rawicz, lui personnellement ou avec son œuvre. Une écriture- allégorie dans laquelle chacun se retrouve.

        Le  livre  de Rawicz, « Le sang du ciel », publié en 1961 peu avant le procès Eichmann,  s’est imposé de suite comme l’ouvrage majeur traitant de l’anéantissement. Ce n’était pas un témoignage. « Il est impossible de témoigner », disait-il. Il y décrit les sentiments liées à l’errance, la solitude, la destruction et, surtout, à l’impossibilité de d’écrire le désastre. Il pose d’emblée la question de la responsabilité. Son style apparaissait comme novateur, original. Il avait choisi d’écrire en français, une langue neuve dépouillée d’une antériorité.     

        L’accueil est unanime. Toutefois, lors de sa réédition l’ouvrage ne semblait plus intéresser que les universitaires étudiant la littérature de la Shoah. Rawicz  publiera encore un reportage sur Mai 68, « Bloc-Notes d’une révolution ou la Gueule de bois », mais restera l’auteur d’un seul ouvrage (il avait d’autres projets d’écriture, non aboutis, et a publié des nouvelles, de la poésie. Il collaborait au Monde des Livres, à des revues littéraires…..)

         Piotr Rawicz est né à Lvov en 1919, dans une famille juive aisée. Il a fréquenté l’école polonaise, apprend l’allemand et le russe avec les gouvernantes, l’hébreu dans la famille. Mais également le yiddish, l’anglais, l’espagnol, l’ukrainien et, plus tard, le français… Ses connaissances linguistiques vont l’aider à survivre.

        Sa famille concentre toute la complexité de l’identité juive multiple : lui contre-révolutionnaire, un frère révolutionnaire …

        Il participera activement aux premiers Colloques des intellectuels juifs de France dont la thématique, à l’époque, était principalement centrée sur la reconstruction de l’identité juive après la Shoah.

        Rescapé du ghetto de Lvov, d’Auschwitz et de Leitmeritz, il s’installe en France, à Paris, après la guerre ainsi que son épouse, Anka D’astrée.

         Les différentes contributions du volume nous permettent de mieux cerner  la  personnalité de Rawicz. Son écriture est présentée comme le seul moyen de tendre vers une cohérence intérieure. Vivre, écrire comme des provocations, un leurre de vie pour un survivant.

         Catherine Coquio, parle d’une écriture convulsive et hallucinatoire. Un mélange de Shoah, de Dieu, de sexe et de mort. Une élévation poétique afin de contrer la destruction.

          Régine Weintrater évoque la nécessité pour Rawicz de rester dans l’ambivalence vu le danger de destruction intérieure. Lui-même parle de son écriture comme étant une saleté, il comparait son récit à une camelote offerte au chaland dans sa boutique.

           Luba Jurgenson raconte son propre cheminement. Après avoir quitté l’URSS, elle croise Rawicz,  une sorte de survivant errant dans les cafés, l’alcool, les conquêtes féminines. « Il fallait »,  disait-il, « se nourrir le matin, comme ça la vie est libre, car toute vie est agonie ».

           Anny Dayan Rosenman, analyse l’œuvre, un « kaddish blasphématoire » mais une prière malgré tout. Une seule œuvre donnant la parole à une multitude de voix et de temps.

         Piotr Rawicz s’est donné la mort en 1982 après la disparition de sa femme dont il vivait séparé. Relation aussi intense que complexe, elle semblait incarner autant la mère trop tôt disparue que la fusion avec lui-même dans leur expérience commune de rescapé.

         Ouvrage d’une grande richesse.

 

 Micheline Weinstock

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