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Micheline Weinstock

Danielle Baudot Laksine, Saint-Martin-Vésubie, Un temps désordre, (La Pierre des Juifs, Tome 5), Editions du Bergier

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Danielle Baudot Laksine, Saint-Martin-Vésubie, Un temps désordre,
(La Pierre des Juifs, Tome 5), Editions du Bergier

Ce Tome V sera-t-il le dernier? En principe, oui. Mais je n’exclus pas que d’autres volumes ne voient le jour car la qualité de l’écoute de l’auteur et son  sens de l’observation lui permettent aujourd’hui encore de recueillir inlassablement documents et témoignages. Cela fait à présent plus de trente ans qu’elle a entamé son travail d’investigation sur les villageois de la Vésubie.

Une région qui lui est chère depuis l’enfance : séjours en famille, marches en montagnes… Et le sauvetage de son père juif au cours de la Seconde Guerre Mondiale. Elle a tissé des liens de confiance avec les Vésubiens de l’arrière-pays de Nice et de Cannes, proche de l’Italie.

Revenant au pays après des années de pérégrinations liées à la profession de son mari (qu’elle a relatées dans son ouvrage Femme aux foyers), elle part à la rencontre de ses chers Vésubiens. Mais les temps ont changé. On ne vit plus de la même façon. Alors elle questionne, photographie, enregistre et publie d’abord trois tomes portant le titre de Pierre le Migrant, ensuite trois autres intitulés Tant’Anna, toujours aux Editions du Bergier.

De livre en livre, elle évoque la vie des paysans de l’arrière-pays et le nom d’un lieu en particulier revient inlassablement sous sa plume : « La Pierre des Juifs », qui constitue le titre général des cinq volumes. Et ainsi, tout doucement elle en vient à centrer son enquête sur ce lieu-dit chargé de beaucoup d’émotion dans la région. Il faudra attendre quelques années encore avant que les langues ne se délient. Car ce  n’est qu’après que Paul Sola, chef de la Résistance locale, lui aura confié toutes ses archives qu’elle apprendra que quelque 150 Juifs avaient été cachés, nourris et conduits en lieu sûr, préalablement muni de faux papiers, par les villageois.

Avide de tout apprendre et de pouvoir rendre hommage aux sauveurs, mais n’étant ni historienne ni sociologue, force lui est de se laisser guider par son intuition et son flair, sans exclure la nécessaire rigueur. Aussi se lance-t-elle à la recherche des témoins, ceux qui ont été sauvés, qu’elle arrive à localiser et à rejoindre dans les cinq continents. Et qu’elle est parvenue à  remettre en lien avec les familles des sauveteurs. A partir de là, les langues se délient. Au village chacun lui apporte  des boîtes en fer-blanc, trouvées dans un grenier et contenant photos, attestations, témoignages et notes diverses, reçus d’épicerie, voire même des documents jetés trouvés au fond d’une décharge et qui s’avèrent apporter un témoignage crucial sur les réseaux de sauvetage, organisés ou spontanés. Se multiplient de la sorte les découvertes d’archives personnelles, qui paraissent parfois dérisoires de prime abord, de retrouvailles de témoins, de personnes secourues et de sauveteurs ainsi que leurs descendants.

 La famille d’Hector Cendo, décédé depuis lors, lui confiera ses archives. Et c’est ainsi qu’on apprend ainsi que cet assistant d’un haut fonctionnaire pétainiste, mettait à profit ses fonctions pour fabriquer et distribuer clandestinement des centaines de faux papiers aux Juifs, à l’insu de son supérieur.

Si chaque chapitre de cet ouvrage s’attache à une personnalité donnée pour mettre en relief et éclairer son action particulière, on s’aperçoit que finalement que tous ces récits se recoupent et se superposent dans le cadre d’une même dynamique : l’action de sauvetage. Interventions de simples humains qui allaient tellement de soi pour les villageois : ménagères, aubergistes, bergers, facteurs, voire même gendarmes (mais oui !).

Aujourd’hui les noms circulent de manière plus précise. Après la guerre les survivants ne parlaient pas. Respectueux de leur silence et de leurs souffrances, les enfants ne les questionnaient pas. Cependant la troisième génération, elle, est avide de savoir. Venant parfois de très loin, ces descendants se rendent à  Saint-Martin, munis d’une vielle photo retrouvée ou de quelque autre document, et s’adressent à l’office de tourisme lequel, à son tour, les met en relation avec Danielle. Celle-ci identifie les personnes et  les lieux, les guide et les met en relation avec les sauveteurs ou leurs enfants. Rencontres extrêmement émouvantes qui ont permis de multiplier retrouvailles, valorisation des sauvetages et expressions de gratitude.

L’ampleur de son travail semble avoir parfois fait de l’ombre à certains chercheurs hâtifs et ambitieux,  parfois plus avides d’honneurs que de rigueur, qui supportent mal ses recherches menées en dehors de ce qu’il faut bien appeler la bureaucratie mémorielle. Grâce à ses découvertes, Danielle a également débusqué et tordu le cou à des mythes tenaces et est parvenue à revaloriser l’image de certaines familles ternies par les ragots qui avaient pesé lourdement sur elles.

Ce cinquième volume est sans doute le plus émouvant, le plus personnel aussi. Elle y exprime tout son vécu face à l’obstruction à laquelle elle a été confrontée. Un travail immense menée en solitaire et qui force l’admiration.  

Micheline Weinstock

 

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