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Micheline Weinstock

Daniel Sibony, Question d’être. Entre Bible et Heidegger, Odile Jacob

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Daniel Sibony, Question d’être. Entre Bible et Heidegger, Odile Jacob


Chaque nouvelle étude de Daniel Sibony constitue un véritable régal, un moment d’intense stimulation intellectuelle. Et nous donne surtout l’occasion de nous réajuster après avoir subi quelques secousses bénéfiques de nature à fissurer notre armure de certitudes.

Le sujet pourra paraître rébarbatif à certains, ce qui est généralement le cas du reste s’agissant d’Heidegger. Mais Sibony traite le sujet avec la logique et le sens pédagogique dont il est coutumier. Ici, il nous invite à repenser la notion de « l’être » et d’ « être », concept qui traverse le Tanakh de part en part. La notion d’être se retrouve aussi en tant que thème central dans la pensée d’Heidegger. S’il parcourt bien le Tanakh, mais les nombreuses passerelles qu’il pense pouvoir dégager entre l’Ecriture et sa pensée sont cependant à relativiser. C’est ce que Sibony nous invite à découvrir dans cet essai.

L’auteur nous propose de repenser notre existence, l’actualité, loin des clichés mode ou d’adhésion dogmatiques qui s’inscrivent dans une logique d’avoir et non d’être ( l’association d’idées qui me vient à l’esprit me renvoie au regretté Maxime Steinberg, historien de la Shoah, qui s’était consacré à l’étude de l’extermination des Juifs de Belgique et insistait sur la spécificité de l’anéantissement planifié, non pas en raison de ce qu’ils « avaient » mais bien de ce qu’ils « étaient »),

Revenons à Heidegger, dont la pensée -  insiste Sibony - est traversée par le Tanakh alors que ce philosophe fait cependant l’impasse sur sa dimension dynamique, sa relance à l’infini de toutes les interprétations possibles.

YHVH : l’anagramme de l’«être » en quatre majuscules illustre parfaitement ce travail de relance permanent et fondamental. Tel un appel à exister, à saisir chaque parole, à la confronter afin de rendre ainsi possible sa transmission.

Heidegger considère le divin comme sacré, figé, niant toute coupure-lien ainsi que le fonctionnement créatif de la pensée et du monde toujours en mouvement, c’est-à-dire l’essence même du Tanakh lequel prône une logique du toujours possible.        

 La seule résonance perceptible chez le philosophe semble se figer dans ce que Sibony nomme « l’étonnement ». Un aspect qui nous fournit d’emblée des pistes permettant d’expliquer sa fascination pour le nazisme, étonnement,  jouissance concentrée dans sa notion de « me voici » qui renvoie, bien évidemment à sa dimension narcissique.

En psychanalyste Daniel Sibony insiste sur l’importance des aspects symboliques et de la prise en compte de la dimension de l’inconscient dans l’élaboration d’une pensée, dimensions absentes chez Heidegger.    

L’auteur étudie également l’impact de la technique au sens large, celle qui introduit la pensée politique. Technique vécue comme dangereuse par Heidegger car synonyme de perte de liberté. Or, la technique condense au contraire l’étendue de notre savoir ainsi que sa complexité, ce qui permet de pousser la pensée toujours plus loin. Et il nous en propose un exemple, celui de la révolution écologique qui renvoie à l’impossibilité de penser la complexité et prône une vision simpliste et régressive du monde.

Autre aspect intéressant abordé par l’auteur : celui du « bavardage ». Fermeture et perte de temps pour Heidegger, mais sur l’importance duquel insiste, au contraire, Sibony. Le bavardage, la parole comme commencement, un entre-deux (notion chère à notre auteur). Ce n’est pas la justesse des propos qui importe mais bien leur existence, c’est-à-dire d’une alliance possible. L’écoute de la dimension inconsciente comme remise à zéro et  nouveau possible. Ce qui nous renvoie à la notion de palabre dans certaines sociétés traditionnelles où peut se forger à travers le bavardage un lien authentique permettant d’exister face à l’autre.

Heidegger ne se privait pas d’évoquer « une dangereuse alliance internationale des Juifs ». Pour Sibony, il s’agit davantage d’une vindicte antijuive qu’antisémite, expression d’une haine du peuple d’avant le christianisme. Ce qui plombe son identité car elle devient porteur de quelque chose de ce peuple : une tache d’origine, une faille dans sa propre identité.

Si Heidegger a parcouru et traversé  le Tanakh, c’est sans la connaissance de l’hébreu, maîtrise indispensable à qui veut saisir toutes ses nuances et richesses d’interprétation.

En résumé, un essai extrêmement stimulant qui nous invite - au-delà de chaque tragédie que nous sommes amenés à vivre - à repenser, à renommer au plus près du sens et à être.

 

Micheline WEINSTOCK

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