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Micheline Weinstock

Le livre des chuchotements. Varujan Vosganian, Editions des Syrtes

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Varujan Vosganian,

« Le livre des chuchotements »

Editions des Syrtes

Traduit du roumain par Laure Hinckel et Marily Le Nir

 

Le livre des chuchotements     Au début de l’élaboration de ce vaste projet, qui remonte à l’enfance de l’auteur, il y avait un petit cheval de bois trouvé sur une étagère. Ce n’était pas un jouet, mais l’enfant le considérait comme tel et le voulait absolument. Juste à côté était posé un énorme cahier avec comme seule indication »Némésis », mot incompréhensible pour le petit garçon. Le cheval de bois venait des Etats Unis, il avait été envoyé en 1951. Chaque année au mois de mai, on expédiait un nouveau petit cheval. Il fallait les laisser en place, mais le petit garçon va braver l’interdit. Une longue quête va commencer. Le Livre des chuchotements prend ainsi forme.

      Nous sommes en Roumanie, les grands-pères disparaissent, l’oncle aussi. Et puis, en 1964, des plus jeunes reviennent. Ils avaient été emprisonnés pour des raisons politiques. Un médecin les examine,  identifie leur malaise : une maladie qui ne se trouve pas dans les livres, que l’on ne nomme pas et qui est sans remèdes. Ils sont comme les Juifs rescapés des camps.

      Le livre des chuchotements  n’est pas un livre d’histoire, il est le livre des choses témoignées, rédigés par la troisième génération. Un recueil d’état de conscience.

      L’histoire commence à la fin du dix-neuvième siècle. Les quatre grands-parents voient le jour dans des villages arméniens. Et, rien qu’en 1915, des 1. 850.000 arméniens vivants dans l’empire ottoman, 1.400.000 sont déportés, 200.000 ont réussi à s’échapper (ceux d’Alep, Smyrne et de Constantinople), 250.000 ont été sauvés par les Russes et se sont parts en Arménie soviétique, la majorité  d’entre eux sont morts en route. Mais les massacres avaient commencé en février 1905, d’abord à Bakou, des milliers d’Arméniens sont tués. Quelques semaines plus tard, les femmes, enfants et vieillards sont emmenés sur des radeaux au large. Les radeaux reviennent vides. Tous ont été noyés. Et l’hiver de la même année, les seuls enfants vivants encore dans les orphelinats sont jetés moribonds dans l’Euphrate.

      Comment transmettre cette tragédie ? Les intellectuels sont assassinés, la presse arménienne interdite, le poète qui s’obstine à crier la tragédie devenait l’ennemi absolu. Il représentait la parole d’un peuple assassiné et devait périr, lui aussi, dans de terribles souffrances.

       Le cahier portant la mention « Némésis », va révéler les chuchotements des anciens à l’enfant, les peurs, les morts, les noms des bourreaux et comment l’histoire se réécrit au fil des changements des régimes politiques. Mais Le livre des chuchotements ne signifie pas que le chemin allant des lamentations aux chuchotements soit celui de la guérison. Dans chaque larme versée coule autant de sang.

        Les déportations reprennent, 1949, elles cessent, reprennent… Jusqu’à la mort de Staline en 1953.

        Les adversaires sont nombreux, souvent inattendus, comme « le grand miroir » qui est notre mémoire. En déposant un miroir face à un autre, la glace révèle les images à l’infini. Comment photographier cette glace, surprendre le reflet sans être pris dedans ? En fin de compte il n’y a plus d’image, que des scintillements, la mémoire nous file entre les doigts.

       Le récit est celui d’un poète, d’un conteur, à la manière d’Albert Cohen. Les saveurs qui lient, les épices que l’on avait emportées, cachées juste avant, aussi précieuses que les pièces d’or. La viande, le pastârma séché par le vent et la lumière. Découpée si finement que l’on aperçoit les rayons de lune à travers la tranche. Le cérémonial du café, moulu  par chaque convive, cent tours du moulin chacun.

       Les préparatifs étaient longs et lents, c’était l’heure où, malgré les exils, malgré les souvenirs cruels et en dépit du temps qui passe, le monde semblait immuable, paisible, et les âmes réconciliés.

         C’était cela les vieux Arméniens de l’enfance de Varajun Vosganian. Des histoires tristes, qu’ils se racontaient pour tenter de se libérer.

       Sur les champs de bataille, lorsque les troupes se sont retirées, il restait les cadavres des chevaux abandonnés. Qui s’en préoccupait ? Qui les mentionne dans les livres d’histoires ?  Le petit cheval en bois envoyé d’Amérique a pris tout son sens : un rappel pour les milliers de cadavres dont personnes ne se soucie.

       Ouvrage bouleversant.                                                         

Micheline Weinstock

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