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Nathan Weinstock

Sandrine Mansour-Mérien, Histoire occultée des Palestiniens, 1947-1953, Privat

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Sandrine Mansour-Mérien, Histoire occultée des Palestiniens, 1947-1953, Privat

L'histoire occulte des Palestiniens (1947-1953)       Selon l’éditeur l’auteur de cet ouvrage - qui est de père palestinien et de mère française - se propose de donner une approche nouvelle du conflit israélo-arabe en focalisant son étude sur la Naqba  (ou catastrophe), c’est-à-dire l’exode des Palestiniens en 1948. Difficile cependant de parler d’ « occultation » s’agissant d’un sujet abondamment traité par nombre d’historiens israéliens. Néanmoins il s’agit indiscutablement d’un sujet grave et de première importance.  J’ai donc ouvert le volume avec un vif intérêt, d’autant plus que l’auteur se fonde essentiellement sur des travaux palestiniens inconnus du lecteur non arabisant.

       On n’en regrettera que davantage de voir Mme Mansour-Mérien ressasser de vieilles litanies pertinemment inexactes. Ainsi s’obstine-t-elle à présenter le plan Daleth  de la Haganah comme une espèce de document clandestin découvert par les historiens palestiniens alors qu’il figure en pleines lettres dans la très officielle histoire des forces armées israéliennes. De même, la voit-on reprendre le vieux mythe selon lequel les terres arabes vendues aux Juifs l’auraient été par des « Libanais ». C’est oublier que  si Moussa al-Alami a créé un Fonds national palestinien (calqué sur le modèle du Fonds national juif !) c’est précisément pour lutter contre la vente de terres par des propriétaires fonciers palestiniens. Et les archives sionistes révèlent que les vendeurs se révélaient parfois être ceux-là mêmes qui s’élevaient le plus bruyamment contre de pareilles opérations… 

          Ou bien encore - soucieuse de présenter l’entreprise sioniste comme un phénomène colonial -  elle soutient que les agriculteurs des premières colonies juives choisissaient de n’employer que des « Juifs européens », ce qui est doublement inexact : d’une part, les premiers villages agricoles juifs utilisaient une main d’œuvre palestinienne à l’instigation du Baron Edmond de Rothschild et, d’autre part,  ces premières mochavoth allaient justement mettre au travail des Juifs venus…  du Yémen.

         Mêmes déformations propagandistes s’agissant de la description des dirigeants palestiniens : Moussa al-Alami est présenté comme héros du mouvement national sans que soient évoqués les fonds secrets qu’il percevait de l’organisation sioniste; silence absolu sur le fait que le Grand Mufti al-Husseini et Fawzi al-Kawukji  se trouvaient au service du régime nazi à Berlin au cours de la Seconde Guerre Mondiale. Lorsqu’est évoquée la révolte arabe de 1936-39  rien n’est dit sur la sanglante guerre entre factions palestiniennes qui s’en est suivie au point que sur les quelque 5.000 décès arabes, plus de la moitié sont tombés sous les balles de leurs compatriotes. Et si l’auteur souligne à juste titre le rôle d’Issa al-Issa, rédacteur en chef du journal  Filastin, dans l’émergence du mouvement national palestinien, le lecteur n’apprendra pas qu’au cours de la Grande Révolte sa bibliothèque a été incendiée par des insurgés arabes et qu’il n’a eu la vie sauve qu’en se réfugiant au Liban…

       La période 1948-1949 est traitée de manière similaire : rien sur le fait qu’à partir de décembre 1947 toute circulation - et en particulier tout acheminement  de convois de ravitaillement - entre les centres de population juifs étaient exposés sans arrêt à des embuscades et aux tirs des snipers dans le but évident (atteint dans certains cas) de contraindre les habitants juifs à évacuer leurs foyers. Pas un mot non plus sur le blocus impitoyable de la Jérusalem juive ou aux assauts jordaniens qui leur ont permis de déloger les Juifs de la Vieille Ville. Et si l’auteur évoque les émeutes pro-palestiniennes des pays arabes, nulle mention des pogroms qui les accompagnaient alors que l’on assistait là à un prélude au grand déracinement des communautés juives locales… Autre silence trompeur : pourquoi n’avoir pas signalé que toutes les délégations arabes  - y compris les instances palestiniennes - ont rejeté la résolution 194 (III) de l’ONU du 11décembre  1948 permettant aux réfugiés palestiniens disposés à vivre en paix avec leurs voisins juifs à rentrer dans leurs foyers.

      On referme donc ce livre avec un sentiment d’immense déception. Cet essai eût pu constituer l’amorce d’un débat franc et sincère au sujet du conflit, contraignant les deux parties à se confronter aux erreurs du passé, ce qui constitue un préalable indispensable pour surmonter les différends actuels. Encore faut-il pour y parvenir que l’on accepte de se remettre en cause sans chercher à se réfugier derrière des mythes, réconfortants sans doute mais stériles. 

                                                                                   Nathan WEINSTOCK

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