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Daniel Boyarin, A Traveling Homeland. The Babylonian Talmud as Diaspora, University of Pennsylvania Press

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Daniel Boyarin, A Traveling Homeland. The Babylonian Talmud as Diaspora, University of Pennsylvania Press

 
Pour les historiens du judaïsme, comme pour ceux des Arméniens, des Irlandais ou des Noirs, le concept de “diaspora” est généralement associé aux notions de déracinement, de désespoir et de tristesse, voire de deuil. Mais ne s’agirait-il là pas – pour utiliser la terminologie de Salo Baron - d’une vision lacrymale de l’histoire juive ? Et si la diaspora (terme dérivé du grec qui signifie « dispersion » et qui au départ n’impliquait en aucune manière un exil) n’était en réalité qu’une forme hybride de vie culturelle, qu’une patrie intellectuelle partagée ?
 
Voilà la thèse audacieuse défendue dans cet essai par le Professeur Daniel Boyarin, spécialiste du Talmud réputé aussi savant que provocateur, qui soutient que les Juifs ont emmené avec eux dans la Diaspora leur patrie spirituelle en formant des communautés adonnées à l’interprétation du Talmud, corpus qu’il envisage comme une espèce de manifeste diasporique dont les pratiques engendrent une identité spécifique propre. Et d’analyser avec brio la manière dont les talmudistes médiévaux et du début des Temps Modernes ont défini à travers leurs commentaires une identité propre bifocale, combinant racines juives et non-juives, en symbiose avec les cultures environnantes. Les interprétations talmudiques de l’époque babylonienne ne sont pas celles qui auront cours dans l’empire byzantin,  celles-ci diffèrent des interprétations que l’on adoptera à Cordoue, au Caire ou à Kairouan, lesquelles se  distinguent à leur tour des analyses enseignées en Lituanie… La langue même du Talmud comprend des éléments linguistiques en hébreu et araméen, anciens ou tardifs, en grec et en persan. Et les fleuves de Babylone ne tardèrent pas à être ressentis comme un nouveau Sion. 
 
En définitive, l’auteur envisage donc l’étude talmudique comme se situant au cœur d’une identité juive partagée mais distincte, qu’il qualifie de patrie portative (traveling homeland). Autrement dit, aux yeux de Boyarin,  la culture talmudique a représenté, ce qu’il illustre par une multitude de citations , la force transculturelle qui a permis d’unifier les diverses communautés diasporiques et qui constitue le dénominateur commun de la tradition littéraire sépharade (qui a incorporé l’aristotélisme des philosophes arabes), de la dialectique scolastique de l’Europe septentrionale avec Rashi, de la philosophie judéo-provençale, de la mystique ashkénaze et des interprétations des talmudistes maghrébins, autant d’avatars qui ont finalement débouché sur la méthode talmudique du pilpoul.
 
Ce parcours singulier qui mène du grec au yiddish et qui verra le Talmud faire retour en Terre Sainte avec la floraison de l’école de Safed à partir du XVe siècle est qualifié par l’auteur de poly-système sépharade-ashkénaze.
 
Nathan WEINSTOCK

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