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Thomas Gergely (sous la direction de), Antisémitismes en Belgique et en Europe, Institut d’Etudes du Judaïsme - Didier Devillez édit., Bruxelles

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Thomas Gergely (sous la direction de), Antisémitismes en Belgique et en Europe, Institut d’Etudes du Judaïsme - Didier Devillez édit., Bruxelles

 
       L’Institut d’Etudes Juives, qui déploie ses activités au sein de l’Université Libre de Bruxelles, vient de publier les actes du colloque qu’il avait organisé au mois d’octobre 2013 et qui était consacré aux communautés juives de Belgique face à l’antisémitisme. Comme l’explique son directeur, le Professeur Gergely, dans l’introduction du volume, ces exposés visaient essentiellement à cerner les formes actuelles du phénomène et plus spécialement celles qu’il revêt en Belgique. Analyses qui n’ont malheureusement rien perdu de leur actualité depuis lors :  que du contraire !
 
       Les rapports des intervenants rassemblés dans ce volume sont consacrés respectivement aux Juifs de Belgique face à l’antisémitisme (Eliezer Ben Rafael), à l’antisionisme comme « moindre mal » belge (Joel Kotek), aux survivances de l’antisémitisme dans l’enseignement de l’Eglise catholique (Benoît Bourgine), à l’antisémitisme chez les jeunes issus de l’immigration (Edouard Delruelle) et aux fondements religieux et symboliques de l’antisémitisme dans l’islam (André Grjebine et Florence Taubmann).
 
        Faute de pouvoir commenter ici de manière détaillée chacune de ces contributions fort éclairantes, je me bornerai à résumer celle du Professeur Kotek qui me paraît constituer une contribution capitale à la compréhension des formes contemporaines que revêt en Belgique un antisémitisme d’un type nouveau, s’affirmant dénué de tout contenu judéophobe, mais nourri par l’obsession de combattre l’anti-islamisme visant les musulmans, perçus, quant à eux, comme « nouveaux Juifs ».  Délire porté par le mythe de l’existence supposée d’un centre « sionisto-capitaliste » dirigeant le monde à notre insu qui a alimenté une recrudescence de l’antisémitisme sans précédent depuis la Seconde Guerre Mondiale. Voilà donc les Juifs redevenus l’éternel bouc émissaire sous l’étiquette de « sionistes ». 
   
       Retour en force donc de la théorie de la causalité diabolique, resurgissement des éternels thèmes antisémites, que drape à présent une bannière de couleur brun-rouge-vert englobant antisémites de toujours, gauchistes diffusant et justifiant la haine du Juif et Arabes judéophobes, le tout  sous couvert de dénoncer le « système » déclaré « enjuivé » et « dominé par les sionistes », haine antisémite largement rétribuée par ailleurs. Comme l’analyse pertinemment Joel Kotek, sous l’étiquette d’ «antisionisme »,  ce néo-antisémitisme arc-en-ciel, complaisamment diffusé dans les médias et les écoles, est devenu» un véritable code culturel en Belgique où l’on constate que ce pro-palestinisme perverti s’est mué en quelque sorte en religion civique de substitution. Adopté désormais comme une cause belge des plus sacrées, ce qu’illustre le fait qu’aucune autre question internationale ou oppression nationale n’est hystérisée de la sorte.
 
       Coexistent au sein de ce code culturel une résurgence de l’antijudaïsme, habitus occidental d’origine religieuse, un « antisionisme » de gauche qui se révèle n’être qu’une resucée du vieil antisémitisme médiéval et révolutionnaire, un glissement vers l’antisémitisme fonctionnant comme un mécanisme morbide de déculpabilisation par rapport à la Shoah, aubaine inespérée pour l’extrême-droite qui peut se réjouir ainsi de voir ses thèmes repris dans le cadre d’une poussée antisémite alimentée par la propagande arabo-musulmane. Glissement alimenté par les difficultés éprouvées par la population belge à affronter son propre passé colonial ainsi que par le souhait de faciliter l’intégration des nouveaux Belges d’origine immigrée.
 
        Et Joel Kotek de conclure que ce néo-antisémitisme, qui refuse de s’assumer comme tel et constitue désormais une sorte de religion civique de substitution, relève en fait d’une politique du moindre mal, d’un pacte social antisioniste qui a été négocié aux dépens de la minorité juive. Cette convention tacite, motivée par des considérations électorales face à l’électorat musulman (tout comme le refus du Parti Socialiste de dénoncer le génocide arménien), est  fondé sur un antisionisme radical et constitue en quelque sorte un nouveau statut des Juifs auxquels est intimé l’ordre de se dissocier ostensiblement d’Israël pour se ranger derrière la bannière frelatée de ce délire antisioniste.
 
 
Nathan Weinstock  

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