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Michel Werber, La parole d’Abusz Werber, Institut d’Etudes du Judaïsme - Didier Devillez édit., Bruxelles

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Michel Werber, La parole d’Abusz Werber,
Institut d’Etudes du Judaïsme - Didier Devillez édit., Bruxelles

 

Il faut reconnaître que l’histoire de la résistance juive en Belgique au cours de l’Occupation a trop souvent été manipulée et déformée. Suite à l’hégémonie exercée par les militants communistes sur les organisations d’anciens combattants clandestins, de déportés et  d’enfants cachés, on a vu prédominer une version purement stalinienne de cette lutte qui gommait délibérément le rôle capital des militants d’autres sensibilités politiques ou sans affiliation partisane. C’est assez dire l’importance du présent ouvrage qui restitue à travers le combat d’Abusz Werber, leader  belge du parti socialiste sioniste des Linke Polei Sion (LPS), le rôle capital joué par sa formation politique dans la création du Comité de Défense des Juifs de Belgique qui a réussi à sauver plusieurs milliers de Juifs des greffes des nazis, dont quelque 3.000 enfants promis à l’extermination.

L’auteur de cet ouvrage, Michel Werber, est le fils d’Abusz Werber, un ancien enfant caché qui, face au silence entourant l’œuvre de son père, s’est ingénié après sa retraite – je cite ici la préface que le Professeur Gergely a contribué au volume  - à rassembler (en Belgique, en  Israël, en Grande-Bretagne et aux Etats-Unis),  à traduire, à commenter et à faire publier les documents permettant de retracer l’œuvre militante de son père et surtout de transmettre son message.

On trouvera donc dans ce volume une description du travail militant d’Abusz Werber et de ses interventions politiques ainsi  que de larges extraits (en français ou traduits du yiddish) de documents d’archives, de tracts et de la presse clandestine, en particulier du périodique yiddish Unzer Vort (« Notre Parole »), tiré à 500 à 1.000 exemplaires,  qu’il a dirigé sans relâche au cours des années 1940 à 1944 et du journal Le Flambeau (tandis que son son camarade Léopold Flam, militant communiste d’Anvers qui avait rejoint les LPS,  dirigeait et diffusait le Vrije Gedachte à Anvers).

Grâce lui en soit rendue ! 

Autour d’Abusz Werber gravitaient nombre d’autres figures de la Résistance juive dont  sa propre épouse Shifra,  le professeur Chaïm Perelman et sa femme Fela,  Dodè  Trocki (son beau-frere), Léopold Flam, Israël Tabakman, Abraham Domb et bien d’autres encore. Dès septembre 1940 Werber avait fondé l’association Kegnzaytigè Hilf (Secours Mutuel), présidée par Fela Perlman,  qui s’efforcera tout au long de l’Occupation de procurer aide financière, vêtements et papiers à des milliers de Juifs. Il s’investit également dans les activités culturelles et éducatives,  surtout dans l’information (tracts, papillons, journaux ronéotypés), multipliant les mises en garde contre les appels à se présenter pour le travail forcé et dénonçant l’Association des Juifs de Belgique, organisation créée par l’Occupant et qui était amenée à servir ses desseins,  volontairement ou non. 

Les nombreux extraits d‘Unzer Vort reproduits par l’auteur sont particulièrement émouvants et  bousculent bien des idées reçues. Ainsi  y rapporte-t-on fin juillet 1944 qu‘un soldat allemand, de toute évidence hostile aux nazis, est descendu volontairement d’un tram bruxellois afin d’y faire place à des enfants portant l’étoile jaune accompagnés de  leur instituteur.  Et après la guerre Abusz Werber rapportera le cas – loin d’être unique, précise-t-il – d’un agent de police de Molenbeek qui courait prévenir les Juifs dès qu’il apercevait un véhicule de la police allemande dans le quartier. A citer encore le cas de Léon Platteau,  haut fonctionnaire du ministère de la Justice, qui a procuré des fonds au Comité de Défense des Juifs (CDJ).

Abusz Werber avait le don de pouvoir rallier autour d’une cause commune des militants d’orientation politique divergente. C’est ainsi qu’en 1942 il mit sur pied, avec l’aide du leader du Front d’ l’Indépendance (FI) Ghert Jospa et du journaliste catholique de gauche Emile Hambresin, le CDJ en tant que section juive du FI associant à leur lutte commune contre les nazis le sauvetage des enfants et adultes juifs.  Il a également  œuvré aux côtés des Partisans Armés (PA), groupe affilié au FI, qui prit l’initiative de l’héroïque assaut contre le  XXe convoi de déportés en avril 1943, et d’une milice juive du Groupe Molière qui allait constituer une brigade juive au sein de la Résistance belge.

Comme on s’en doute, après la Libération il poursuivit ses activités. L’Unzer Vort devint alors un organe de presse légal et le CDJ laissa la place à l’Association d’Assistance aux Israélites Victimes de la Guerre (AIVG), qui devait se muer ultérieurement en Service Social Juif). Au mois de septembre 1954 Werber décida de s’installer en Israël avec son épouse en, y poursuivant bien entendu ses activités militantes au sein du mouvement mondial des LPS. Mais ce brillant autodidacte devait s’illustrer surtout en tant que cofondateur  et ultérieurement éditeur en chef  de la maison d’édition de langue yiddish Peretz Farlag à Tel-Aviv.

C’est en 1975 qu’est décédé cet homme dont le nom était injustement tombé dans l’oubli alors qu’il a si profondément marqué le judaïsme belge de son empreinte.

Nathan WEINSTOCK

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