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Dominique Bourel, Martin Buber, sentinelle de l’humanité, Albin Michel

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Dominique Bourel, Martin Buber, sentinelle de l’humanité, Albin Michel

 

On devait déjà au Professeur Dominique Bourel une imposante étude consacrée  à Moïse Mendelssohn, publiée en 2004, qui constitue un ouvrage de référence sur ce penseur. Et voici que l’éminent chercheur « récidive », si je puis dire, en publiant après vingt ans de recherches une somme  sur Martin Buber destinée, de toute évidence,  à  demeurer elle aussi une source incontournable.

C’est ainsi que nous lui devons une analyse fondamentale de la vie et de l’œuvre des deux grands penseurs de la symbiose intellectuelle judéo-allemande qui se sont révélés également être deux traducteurs remarquables de la Bible hébraïque dans la langue de Goethe. Ouvrage d’une érudition rare : la seule correspondance de Buber, que Bourel a longuement étudiée,  comporte des

Né à Vienne en 1878 mais rejeton d’une famille juive de Galicie, Buber figure - aux côtés de Freud, d’Einstein ou de Kafka  - parmi les principaux penseurs juifs du siècle. Jusqu’à son décès en 1965 il a correspondu avec Herzl, Freud, Einstein, Rosenzweig,  Kafka, Zweig, Scholem, Gandhi , Bachelard, Jung, Heidegger, Levinas, sans oublier Ben Gourion et une multitude d’autres  personnalités éminentes.

Si on le connaît surtout comme le penseur qui a révélé au monde occidental les trésors du hassidisme et de la piété mystique juive, on ne saurait oublier que cet esprit auquel tout dogmatisme était étranger, s’est également imposé comme héraut du dialogue judéo-chrétien, défenseur d’une éthique du socialisme et surtout comme philosophe de l’altérité dans Le Je et le Tu.

Et en ces sombres temps que nous vivons où les soubresauts du  conflit israélo-palestinien voilent l’horizon, Buber s’impose surtout comme le penseur et militant sioniste qui, aux côtés de nombre de militants et d’intellectuels juifs, a recherché sa vie durant l’entente avec les Arabes de Palestine, s’efforçant  de combiner l’aspiration juive au retour à la Terre Promise avec le respect de l’Autre et l’entente entre les  nationalités, en refusant toute idée de domination. Avec les Arabes et non simplement à leurs côtés.  

Cette optique et ce combat, qu’il poursuivait déjà avant la Déclaration Balfour et qui l’opposait à Herzl et le mettra en conflit avec Ben Gourion , il les accentuera davantage encore durant la période du Mandat, aux côtés des militants sionistes Arthur Ruppin, Hugo Bermann, Hans Kohn et Judah Magnes, du mouvement pionnier  Hachomer Hatzaïr, ensuite successivement à travers les mouvements Ihoud  (Unité) et Brith Chalom (Alliance de la Paix) et, plus tard , au lendemain de la seconde guerre mondiale, dans les revues  Ner (Lumière). Jusqu’en 1948, il avait choisi de vivre dans le quartier arabe de Jérusalem Abou Tor en bonne entente avec ses voisins.

Peu avant sa mort  Buber déclarait encore : « Je n’ai pas de doctrine, je mène un dialogue ». Contrairement à ses adversaires aveuglés par les revendications nationalistes, il réclamait avec Franz Oppenheimer un rapport non seulement tolérant, mais fraternel avec les Arabes. Perspective malheureusement rejeté par les deux camps.

Buber voyait loin et on a le sentiment qu’il nous manque cruellement des leaders sachant prendre sa relève. Car, comme le disait le rabbin Mendel de Kotzk qu’il aimait citer : « Dieu demeure là où on le laisse entrer ».

 

Nathan WEINSTOCK

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