L’origine de la foi juive remonte au premier homme Adam Harichone. Elle se perpétue à travers le patriarche Avraham, précurseur du monothéisme , et par-delà elle étreint les étendues du monde. La foi juive est, dans son essence, largement ouverte sur les horizons conceptuels de l’univers, œuvre du créateur, sur la relation entre le divin et l’humain et la vision de son devenir.
De même que les concepts à propos du créateur et l’œuvre de la création ne furent livrés qu’aux hommes doués de grandes aptitudes, ainsi en est-il de la vision du devenir du monde. Seules les têtes de chapitre et les allusions furent perçues par les Sages qui ont tenté de sonder le mystère par leur sagesse , leur expérience et l’esprit de la Thora qui anime leur cœur.
Le thème de ‘’A’harith ha’yamim’’, la fin des temps, qui fait partie intégrante des treize articles de foi du judaïsme, est un des principes fondamentaux de la foi et de la pensée juive. Car il recouvre ce qui adviendra à la fin des temps du peuple d’Israël, du monde et de toute l’humanité.
L’expression ‘’A’harith ha’yamim’’est mentionnée pour la première fois par le patriarche Yaakov dans cette parole adressée à ses enfants :’’Rassemblez-vous. Je veux vous révéler ce qui vous arrivera dans la suite des jours’’(Gen. XLIX – 1). Rachi, le commentateur classique de la Bible, rapporte à ce sujet ce développement du Midrash:’’Yaakov a voulu révéler la fin des temps ; et la présence divine s’est retirée de lui’’ (Berechith Rabba 98).
Le Midrash précise que la fin des temps fut révélée à deux personnages bibliques, et leur fut dissimulée ensuite : la patriarche Yaakov et le prophète Daniel. Et le Talmud explique cela en disant : du fait que l’avènement de la rédemption dépend également de la volonté de l’homme, à savoir que si l’humanité est méritante, alors la rédemption vient promptement ; elle est pour ainsi dire précipitée dans le temps (Sanhedrin 98 a). Ou alors, elle est repoussée au moment qui lui est réservé, même si l’humanité n’effectue pas le retour vers D…, la repentance.
La révélation de ’A’harith ha’yamim’nous fait perdre le bénéfice du mérite de la voir se réaliser promptement et nous condamne à en attendre le terme. C’est pourquoi la présence divine s’est retirée pour éviter que Yaakov révèle la fin des temps.
Nous trouvons également d’autres termes qui désignent la fin des temps ‘’A’harith ha’yamim’’ dans la Bible, tels que ‘’kets’’ ou ‘’kets hayamim’’,fin des jours, ou encore chez les prophètes qui usent des mots ‘’yom Hachem’’, jour de l’Eternel, ou encore ‘’yom hahou’’, ce jour là, allusion au devenir du monde , soit l’époque qui précède la venue du Messie. ‘’A’harith ha’yamim’’ englobe des époques et des concepts divers. On utilise souvent cette appellation par opposition à ‘’olam hazé’’, ce monde-ci.
Dans la première bénédiction qui précède la lecture du chema’a, le chabbath matin, intitulée ‘’yotser or’’, créateur de la lumière, nous rendons hommage au créateur de la lumière et nous clôturons le premier paragraphe de cette bénédiction par ces mots :’’Nul ne peut T’être comparé ô Eternel notre D… dans ce monde ; nul, hormis Toi ô notre Roi dans la vie du monde à venir ! Rien en dehors de Toi, ô notre Sauveur , lors de la résurrection des morts’’.
Le Talmud rapporte des avis relatifs à la question de savoir ce qui distingue le monde présent des temps messianiques .
Maïmonide est du même avis que le maître du Talmud Schmouël (Haguiga), qui dit que ce qui les différencie, c’est uniquement l’asservissement aux différents empires (royaumes) :’’Le Roi Messie rétablira le royaume de David et restaurera son gouvernement suprême’’ ; comme bâtisseur du Temple et unificateur des dispersés d’Israël pour recouvrer l’état de droit de ces temps glorieux..
La Michna
Le Talmud (Berakhoth 34 a) ajoute également : Tous les prophètes n’ont eu des visions que pour les temps messianiques. Mais le monde à venir, ‘’nul œil ne l’a perçu, hormis l’Eternel’’,selon l’expression du prophète Isaïe (Is. LIV – 3).
Ainsi donc, le monde à venir est une période tout autre, nullement comparable avec la notion des temps messianiques. C’est pourquoi Maïmonide s’attarde sur l’époque de la venue du messie en disant : Les Sages et les prophètes n’ont pas attendu avec engouement la venue messianique pour avoir la suprématie sur les nations, et non plus pour que les peuples les mettent sur un piédestal, ni pour se réjouir et se délecter de boissons et de nourriture ; mais pour qu’ils soient affranchis des royaumes tyranniques qui les oppressent et qui ne leur permettent pas de s’adonner à l’étude de la Thora et à la pratique des mitzvoth comme il convient. et trouver ainsi le répit et la quiétude , pour s’adonner à la connaissance abondante de la sagesse, et avoir le mérite de connaître la vie du monde à venir.
L’avis général des Sages du Talmud, est que le temps de l’avènement messianique ne peut être révélé. Ce mystère n’est connu que par des personnes isolées parmi les élus. Et néanmoins, il leur est interdit de le faire savoir. Les sages du Talmud ont condamné les personnes qui tentent de soulever ce mystère, en les invectivant sévèrement. Et cependant, différents termes ont été mentionnés pour l’avènement messianique, tels que quatre mille deux cent trente et un, ou, quatre mille deux cent nonante et un, trouvés dans un rouleau antique dans les archives de Rome et mentionnés dans le Talmud (Sanhedrin 97 a).
Mais il semble que l’intention fondamentale de ceux qui ont écrit cela, c’était de certifier qu’avant cette date là, il n’y a aucune chance que le Messie vienne en son temps, au moment désigné par la providence. Mais passé ce temps, on peut espérer assister à cet avènement. Il est également fait mention que l’existence du monde est de l’ordre de six millénaires, et que le septième sera dominé par le Tohou.
Ainsi donc, l’avènement messianique devra se réaliser avant la fin du sixième millénaire depuis la création.
Ce qui a motivé parfois cette quête, c’était des raisons nationales, communautaires ou sociales. Ces dates déterminées de l’avènement messianique servaient d’encouragement d’un état de désespoir.
Le Talmud est parsemé de paroles de Sages relatives à l’avènement messianique , ayant pour objet de répondre à la question de savoir pourquoi le Messie tarde à venir . Par ailleurs, qu’est-ce qui peut hâter la délivrance ? Et enfin, comment se présentera le monde à cette époque là ?
Dans la citation des éléments qui retardent la délivrance , il est fait mention :
1) des convertis. Comme dit le Talmud (Nidda 13) : ‘’Les personnes qui adoptent le judaïsme, les ‘’guérim’’, présentent des inconvénients graves pour le peuple d’Israël ; à l’exemple de la maladie de la peau appelée ‘’sapahath’’ . Et ce, parce que certains d’entre- eux retournent à leur état initial et induisent en erreur de par leur conduite, l’israélite qui éprouve de grandes difficultés à s’en méfier et à s’en écarter du fait de leur intégration dans les rangs de la communauté d’Israël. Ou encore parce que, ayant adhéré complètement avec une profonde sincérité à la pratique et à l’esprit des mitzvoth de la Thora, ils deviennent un exemple de grande fidélité au judaïsme et ne laissent nulle excuse d’ignorance ou de relâchement à ceux qui sont nés dans la foi de leurs pères et qui ne peuvent prétendre à aucune excuse pour s’en être écartés.
2) Ceux qui s’adonnent aux plaisirs de la chair avec les enfants non pubères, la pédophilie. (voir Talmud Nidda 13 a).
3) De ceux qui renoncent à faire repentance
4) Ceux qui sèment la discorde au sein du peuple d’Israël. Etc…
Et parmi les choses qui hâtent la délivrance, le Talmud cite :
- le respect des enfants d’Israël de deux chabbatoth. Le Talmud s’appuie ici sur la juxtaposition des paroles du prophète Isaïe : ‘’Ainsi, dit l’Eternel à ceux qui gardent mes chabbats, sans le profaner : Je les fais venir au mont de mon sanctuaire. Je les réjouis dans la maison de ma prière’’ (Is. LVI – 7).
- Le mérite de l’étude désintéressée de la Thora (Sanhedrin 99 a).
- ou encore, la repentance et les bonnes actions, et l’unité du peuple …
Mais de l’avis de Rabbi Yochoua qui a prévalu dans le Talmud, (Sanhedrin 97 a),il apparaît en définitive que la délivrance viendra même en absence de repentance. Et néanmoins, celle-ci en constitue une cause de son retardement .
Soulignons par ailleurs que les Sages du Talmud décrivent la dernière période avant les temps messianiques, par ces quelques indications qu’ils offrent à notre réflexion et à notre méditation ; à l’exemple du visage que présentera cette génération, et qui ressemblera à la gueule du chien.
Une personne n’éprouvera nulle honte vis-à-vis de son prochain. Même le fils ne manifestera aucune gêne devant son père. Les jeunes gens feront blêmir de honte les têtes chenues. Et ces derniers se tiendront debout pour rendre hommage aux jeunes gens. Le règne sera accordé aux renégats. La vérité disparaîtra. Le coût de la vie s’intensifiera. Le vin coûtera très cher, bien que la vigne donne son fruit. Les maisons du peuple deviendront des lieux de perdition. Le fils portera atteinte à son père ; la fille se dressera contre sa mère, la bru contre sa belle-mère ; le père de famille deviendra l’ennemi de sa maisonnée etc…
Rabbi Chimon Bar Yohaï énumère les événements des sept dernières années avant la délivrance :
La première année connaîtra une semi famine.
La deuxième sera frappée de la disette moyenne.
La troisième , d’une grande famine.
Les personnes pieuses et jouissant d’un grand renom dans la pratique du bien, diminueront. La Thora sera couverte par l’oubli. Etc…
Et la septième année, les guerres éclateront .
Enfin, à l’approche de la fin de cette septième année, le Roi Messie descendant de David, apparaîtra.
A propos de l’époque même du Messie, de sa durée et de sa nature, le Talmud avance quelques avis.
Rabbi Eleazar estime cette durée à quarante ans. Rabbi Eleazar ben Azaria, dit septante ans. Et Rabbi Yehouda Hanassi dit, trois générations. Tous ces Sages se réfèrent à des versets de la Bible, mais sans préciser ce qui caractérise ces périodes.
De nombreuses agadoth éparses sur la nature de cette période de la fin des temps, nous sont présentées çà et là. Ainsi, le prophète Isaïe et le prophète Michée sont les premiers à nous livrer quelques-unes de leur impressions ; telles que : ‘’L’Eternel jugera les nations. Il persuadera des peuples multiples. Ils forgeront leurs épées en socs, leurs lances en serpes. Une nation contre une autre ne portera plus l’épée et ils n’apprendront plus la guerre’’(Is. II – 4).
Ou encore : ‘’Le loup résidera avec le mouton ; le léopard s’accroupira avec le chevreau ; le veau, le lionceau, le buffle, ensembles ; un petit adolescent les conduira .La vache et l’ours pâtureront ensembles ; leurs petits s’accroupiront. Le lion, comme un bovin, mangera de la paille. Le nourrisson se délectera sur un trou de cobra, sur une antre de vipère sevrée ; il les manipulera de ses mains. (Is .XI – 6,7).
Le Talmud ajoute : les nations du monde apporteront des présents au Roi Messie.
La terre d’Israël s’étendra ; et les portes de Jérusalem s’ouvriront pour atteindre la ville de Damas(Chabbath 63 a).
Les Sages relatent également les événements naturels qui se produiront, tels que : les arbres stériles porteront des fruits, la terre donnera ses produits et les arbres leurs fruits le jour même des semailles et des plantations. Même le corps de l’arbre deviendra comestible.
Il n’y aura plus de femmes stériles et les personnes seront dotées d’une grande taille. Le prophète Eliyahou rapportera la cruche contenant la manne, et les maisons de prières et d’étude en Babylonie et de par le monde, seront fixées en terre d’Israël.
Les Sages dépositaires de la Kabbala se sont attardés tout particulièrement sur l’époque qui suivra la venue du Messie, et s’intéressèrent beaucoup également à la vie après la mort.
Rabbi Aharon Bahyia Modiyia rapporte dans son livre ‘’Me éver yabok’’, les avis entendus dans la maison d’étude du Ari Ha Kadosh.
La Haftara est Zacharie