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בס''ד
Bé malkhouth Chaddaï
L’Eternel adresse cette parole à Moché Rabbenou: ‘’Je suis Ado-naï et je suis apparu à Avraham, à Itshaq et Yaacov, comme étant El Chaddaï, mais de mon nom Ado-naï , je ne me suis pas révélé à eux’’.
‘’Je suis Ado-naï’’ contient selon nos Sages la réponse complète au désespoir éprouvé par Moché Rabbenou de retour de sa mission manquée auprès du Pharaon. Moché Rabbenou avait reçu une première parole consolatrice à travers ces mots : ‘’maintenant tu vas voir ce que je ferai à Pharaon, car grâce à une main puissante il renverra les enfants d’Israël, et grâce à une main puissante, il les chassera de son pays’’. En d’autres termes, l’Eternel veut signifier à Moché Rabbenou que dorénavant la souveraineté par laquelle il va se manifester pour diriger les évènements, sera de manière éclatante. En somme , les évènements survenus dans l’histoire de l’humanité jusqu’à présent, étaient gouvernés par l’Eternel de manière discrète et pour ainsi dire imperceptible. Mais à présent, la volonté de l’Eternel apparaîtra de manière évidente au sein de l’humanité.
Nous comprenons dès lors pourquoi la Thora atteste que l’Eternel est apparu aux patriarches comme El Chaddaï, le D… qui pourvoit à tout, et non par le tétragramme ineffable Ado-naï. Certes, les patriarches et les enfants d’Israël avaient connaissance du nom divin. Et Moché Rabbenou n’ignorait pas non plus le nom ineffable de l’Eternel Ado-naï ; et si néanmoins il a sollicité de l’Eternel de lui dire quel est le nom par lequel il le présenterait aux enfants d’Israël, c’est pour une toute autre raison.
A ce propos, Rabbi Yossef Haïm Caro (1895) évoque dans son ouvrage ‘’kol omer kera’’ cette interprétation :
‘’lesmanifestations du créateur sont désignées notamment par deux de ses attributs exprimant des forces contradictoires ; l’une atteste de sa grandeur , l’autre de son humilité. Ces deux forces diamétralement opposées s’exercent de façon totale et absolue’’. Comme l’expliquent nos sages dans le Talmud (Meguila 31 a) : Rabbi Yohanane disait : ‘’partout où tu trouves mentionné la grandeur du saint béni soit-il, tu trouves aussi son humilité’’. Cette règle est rapportée dans la Thora en ces termes : ‘’ki Ado-naï Elohekem hou elohé ha Elohim, va adoné ha adonim’’ – car l’Eternel votre D… est le D… des forces célestes (des anges) et le maître des maîtres’’ (Deut. X – 17). Le verset juxtaposé à ce dernier dit : ‘’ossé michpath yatom vé almana’’ – il rend justice à l’orphelin et la veuve’’(Deut. X - 18). Ainsi la grandeur et l’humilité de l’Eternel vont de pair.
Les livres des prophètes témoignent également de ce principe: ‘’ko amar ram vénissa chokhen ‘ad vé kadoch chemo … ‘’ ainsi a dit le D… élevé et suprême , celui qui réside éternellement (celui dont le nom) est saint… ‘’(Is. LVII - 15). Suivi de :’’vé eth daka ouchfal rou’ah’’ – mais je suis (dit l’Eternel) avec l’homme contrit, et celui à l’esprit affligé’’. Là aussi, la grandeur de l’Eternel et son humilité font front commun.
Enfin, cela est exprimé également dans les écrits saints : ‘’solou la rokhev ba ‘aravoth bé ya’h chemo’’ – chantez les louanges de celui qui chevauche dans les hauts cieux avec son nom D… (Ps. LXVIII – 5). Et le verset suivant dit : ‘’avi yetoumim vé dayan almanoth ‘’- père des orphelins et juge des veuves ‘’ (Ps. LXVIII – 6).
C’est par ces forces que l’Eternel gouverne le monde, à savoir que par sa grandeur il produit des délivrances permanentes, et par son humilité il accomplit des sauvegardes aux moments opportuns.
La nature du mode de gouvernement des évènements, est par ailleurs inscrite et révélée à travers les attributs contenus dans l’évocation de ses noms. Ainsi le tétragramme ineffable Ado-naï (YHVH) renferme en lui la dimension incommensurable de sa grandeur , de son éternité et de ses délivrances sans limites. Alors que le nom El Chaddaï présente le rétrécissement du flux divin , en l’absence duquel le monde en mutation et dans son effervescence, pourrait connaître une extension sans bornes, sans limites, qui le conduirait à la destruction, si l’intervention de l’Eternel pour y mettre un terme, n’intervenait pas.
Rabbi Yehouda au nom de Rav nous conforte dans cette pensée: ‘’au moment où l’Eternel a créé le monde, celui-ci allait en s’étendant comme deux pelotes liées à leur extrémité , allusion à l’extension de l’espace et des astres, jusqu’à ce que le créateur les gronda et leur intima l’ordre de cesser leur expansion’’.
C’est à ce phénomène que fait allusion Rich Lakich en interprétant cette parole de la Thora : ‘’ani El Chaddaï’’ – je suis celui qui a dit au monde assez’’.
Dès lors nous comprenons précisément les paroles de l’Eternel adressées à Moché Rabbenou. En effet, nos patriarches n’avaient bénéficié que d’une sauvegarde limitée dans le temps ; à l’instar du patriarche Avraham préservé du feu dévorant , lorsqu’il fut jeté sur l’ordre de Nimrod dans la fournaise . Ainsi que lorsqu’il avait mené la guerre à la coalition des rois qui avaient amené en captivité son neveu Loth. De même en ce qui concerne Itzhaq, protégé par la providence divine, lorsqu’il avait creusé les puits que les Philistins comblaient de sable, et cherchaient à lui nuire. Et de même, le patriarche Yaacov, tiré des griffes de Lavan son oncle, et de son frère Essav.
Voilà pourquoi l’Eternel dit à Moïse : ‘’je ne me suis pas servi alors de l’attribut du tétragramme, réservé pour produire une délivrance finale’’. Nous comprenons aussi à présent le sens de la question de Moché Rabbenou lorsqu’il interroge l’Eternel: ‘’ si les enfants d’Israël me disent quel est son nom ? Que devrais-je alors leur dire ? ‘’ Sans nul doute, Moché connaissait les attributs des noms divins. Et les enfants d’Israël avaient également connaissance de cela de par la tradition qu’ils détenaient de leurs pères. Mais la question de Moché était de savoir si l’intention de l’Eternel est d’assurer la sauvegarde des enfants d’Israël de par l’attribut El Chaddaï, et par conséquent la délivrance ne sera que momentanée ? ou alors, le temps est venu de procéder à une sauvegarde qui s’inscrit dans l’éternité ? A cela l’Eternel lui répond ‘’ehyé acher ehyé’’ – je serai ce que je serai’’.
Rabbi Simha Bounam de Pchich-ha (1997) traduisait cette expression ainsi : ‘’je serai moi l’Eternel avec celui qui dit je serai’’. En d’autres termes, tout juif qui déclare vouloir retourner aux sources et se conduire dans la droiture tant envers D… qu’envers ses créatures, je serai avec lui. De façon analogue , Nahmanide paraphrasait ce nom divin en le traduisant par ces mots: ‘’je serai avec celui qui désire que je sois à ses côtés’’. Mais nous savons que l’Eternel est omniscient, tel qu’il apparaît dans les treize articles de foi de Maïmonide . Il ne pouvait accorder aux enfants d’Israël qui allaient commettre le péché du veau d’or …, la délivrance éternelle. Il a réservé celle-ci aux temps à venir, lorsque le monde connaîtra la réparation et sa réhabilitation sous le règne de El Chaddaï lors de l’avènement messianique. ‘’Lé taken olam bé malkhouth Chaddaï’’ – fonder le monde sous le règne de l’Eternel’’.
Le Grand Rabbin Chalom Benizri
La haftara pour la parashat Bo est Jérémie 46:13–28.
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