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Parachat Chela'h le'ha. Shabbat 16 sivan 5774, samedi 14 juin 2014

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Birkat hamazone

La Thora ne nous permet pas de faire une sélection , un choix parmi les ordonnances que nous voudrions  respecter. Elle exprime cela à travers l’expression choisie : ‘’kol ha mitzva’’- ‘’Tout le contenu de la loi que je t’ordonne aujourd’hui , vous aurez soin de l’accomplir….. ‘’ (Deut. VIII – 1).

L’adhésion à l’intégralité de la Thora se trouve insinuée dans le mot ‘’kol’’ – tout. C’est de l’acceptation de l’ensemble ‘’tout’’ que résultent aussi les bienfaits que l’Eternel pourvoie à ses créatures.

Les tourments et les épreuves que les enfants d’Israël ont connu même dans leur traversée du désert aride du Sinaï, concouraient à assurer leur éducation et leur préparation à une nouvelle vie chargée de mitzvoth. En outre, ils ont bénéficié de la protection divine et notamment du don d’une nourriture céleste, la manne, avant d’accéder à la terre promise.  Ce pays de blé et d’orge , de vignes , de figuiers et de grenadiers , ce pays d’oliviers à huile et de miel de dattes, est surtout un pays où l’on ne mange pas le pain dans la misère.  Enfin, ce qui est souligné avec force dans ce ‘’kol ha mitzva’’, c’est cette insistance du fait que dans l’esprit de la Thora , la pauvreté ou la misère ne s’expriment pas par un manque de nourriture ou de biens, mais essentiellement par le vide spirituel. Les enfants d’Israël goûteront au fruit de leur labeur en leur qualité d’hommes responsables, promus à un avenir où ils découvriront la main de D… dans chaque grain de blé, chargé d’un contenu spirituel.

Ce merveilleux texte culmine avec cette parole :’’tu mangeras et tu te rassasieras, et tu béniras l’Eternel ton D… pour le bon pays qu’il t’a donné’’. C’est à ce verset que nos sages font référence pour conclure qu’il nous est imparti de réciter le ‘’birkath hamazone’’  la bénédiction de grâces après le repas.

Il est à préciser  cependant que contrairement à l’idée répandue communément, l’action de grâces n’est pas une expression de gratitude pour les multiples variétés de nourriture que la providence met à notre disposition ; en effet, l’examen attentif du texte signifie clairement que le devoir de rendre grâce à l’Eternel se rapporte précisément pour la bonne terre que l’Eternel nous a donnée.

Ce qui nous conforte dans cette pensée de façon éloquente, c’est cette expression de la Thora : ‘’ Ce n’est point uniquement par le pain que vit l’homme ; mais c’est par tout ce qui émane de D… que l’homme vit.’’

Le commun du peuple pense que c’est la nourriture qui nous maintient en vie. En vérité  c’est D… qui nous garde en vie  et assure  notre subsistance.

Le Maharal de Prague  soutient également cette idée en se basant sur l’expression du psalmiste - ‘’Il donne le pain à toute chair car sa bonté est infinie’’ (Ps. CXXXVI - 25). 

La bonté accordée à tous, c’est la vie, c’est l’existence. Celle-ci n’appartient pas à quelqu’un en particulier  mais inclut toutes les créatures ensembles et les comble de manière égale ‘’noten lekhem lekhol bassar’’ . D…  donne la subsistance à toute chair ; l’attente de la subsistance assurée par l’Eternel , établit le lien et la dépendance de toutes les créatures à leur créateur .

D’où,  disent les sages, la première bénédiction de birkat hamazone comprend le mot kol –tout. ‘’Kol’’ est répété à  sept reprises  avec différentes variantes, expressément  pour nous  éloigner de la pensée que notre vie dépend de la nourriture, en vérité notre  besoin de subsistance n’est que l’expression de notre dépendance vis-à-vis de l’Eternel. C’est pourquoi la bénédiction en tête de l’action de grâces , appelée ‘’birhat hazane’’  a  été instituée en rapport avec le don de la nourriture céleste , la manne.  

 Par ailleurs l’énoncé de la bénédiction formulée à la troisième personne, montre qu’elle ne s’adresse pas à l’Eternel , mais qu’elle s’applique à lui , et établit notre rapport à son égard. C’est pour cela qu’elle fait  l’objet de notre gratitude pour  la terre que l’Eternel nous a donnée , et non à la nourriture que celle-ci produit.  

Ainsi le moteur essentiel de la bénédiction ,  n’est pas la nourriture , mais la terre qui de par sa nature que l’Eternel lui a inspirée, nous donne ses produits. Elle est le support de la germination et du développement des aliments qui  nous nourrissent. 

Et si la Thora relie la bénédiction du don de la terre d’Israël à la satisfaction de la nourriture à satiété , expressément lorsque les enfants d‘Israël sont sur leur terre, c’est pour rappeler qu’avant de prendre pied dans ce beau pays , les enfants d’Israël n’avaient pas du tout œuvré pour se procurer la subsistance. En somme, ils recevaient le pain gratuitement , surnommé le pain de la honte.

C’est pourquoi tout au long de la traversée du désert par les enfants d’Israël , ils n’ont pas senti le besoin de rendre grâce à l’Eternel . Par contre ils n’ont eu cesse de se plaindre et de réclamer. Mais lorsque ils  entrèrent en Israël, ils travaillent la terre et récoltent le fruit de leur ouvrage. La prise de conscience que la vie dépend du créateur, constitue alors le fondement de l’expression de notre gratitude. Et que D… nous a donné la vie et nous a dotés des facultés que nous mettons en œuvre pour être ses collaborateurs et pour parfaire le monde qu’il a créé avec bonté.

Notons à ce sujet que la pensée  des hassidé habads (hokhma, bina, daat) met fréquemment en avant la dimension   de l’amour dans la création, et soutiennent que ce sentiment qui anime le cœur de l’être humain prend source dans la sensation de son état d’être ‘’Je suis’’ , ce qui peut amener dans la pensée des habads, à l’attitude  de Amalek  (Amalek prône une vision du monde entachée par l’orgueil de soi et de son être,  Amalek incarne le mal)  et le rôle de l’homme est de s’effacer totalement devant le créateur , et de proclamer qu’il n’y a point d’autre hormis Lui.  Cette sensation d’être se manifeste chez la personne  qui vient au pays , à la terre promise. C’est cette perception  qui transparaît dans la seconde bénédiction de l’action de grâces.  Aussi selon  les habads, ce qui prime dès lors  c’est l’annihilation de cette sensation d’être ; c’est là la vocation recherchée de  réduire son ego au néant devant D…   .

La pensée inspirée des paroles du Rav Cook, est quelque peu différente.

Selon le Rav Cook, ce qui prime , c’est la reconnaissance qu’il n’y a point d’existence hormis celle de D…  . Cette prise de conscience doit être intériorisée à travers la première bénédiction de birkath hamazone. C’est là le point essentiel, de façon permanente,  dans la vie de l’être humain, à l’exemple du premier verset du chemaa : ‘’L’Eternel est notre D… , l’Eternel est UN’’.  

Et comme nos sages disent dans le Talmud (Berakhoth 35 a) , en premier nous devons reconnaître : ‘’à l’Eternel appartient la terre et  tout ce qu’elle renferme’’ (Ps. XXIV – 1) ; et en second : ‘’Et la terre il l’a donnée à l’homme’’ (Ps. CXV – 15).

Ainsi, la finalité recherchée se trouve précisément dans l’ouverture à l’étendue de l’existence , et c’est là l’œuvre de l’homme . Celui-ci  ne doit pas annihiler sa sensation  d’être, mais intérioriser dans une première phase sa reconnaissance du fait qu’en vérité tout dépend de D… . Et partant de là, il doit aborder l’existence et permettre aux forces et aux facultés déposées en lui de la part de l’Eternel, de s’exprimer.

Ainsi l’homme est appelé à développer et perfectionner le monde créé par ses propres moyens . Et c’est à cela qu’il doit se consacrer. Mais cette perfection doit se faire en toute modestie, consciente que rien n’appartient à l’homme de par lui-même ; et non avec la sensation qu’il est le maître du monde.

 

Le Grand Rabbin Chalom Benizri

 
 
La Haftara est Josué 2
 

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