Pessah 5770

Ecrit par Grand Rabbin Sépharade de Bruxelles le 26 mars, 2010

Pessah

Merci au Grand Rabbin Sépharade de Bruxelles, Chalom Benizri, de partager ces réflexions avec nousLa haggada de Pessah, ou le récit de la sortie d’Egypte, occupe une place prépondérante dans le séder, le déroulement de la nuit pascale. Bien des événements de l’histoire du peuple juif sont évoqués ce soir là, à travers les gestes rituels, traditionnels et familiaux. A cette mémoire collective vient se greffer l’épisode marquant d’une épreuve vécue ça et là sur le plan individuel ou familial.


Et comme par enchantement, chacun des détours de l’histoire s’insère dans le destin collectif du peuple d’Israël et dans cette espérance de voir se réaliser la promesse de l’Eternel faite au patriarche Avraham de nous libérer de toutes formes de servitude. A travers la lecture de la haggada, nous nous mettons sur les traces de ces deux émissaires, Moïse et Aaron, le prophète et le prêtre, mandatés par l’Eternel pour accomplir une mission extraordinaire, celle de se présenter au pharaon, roi d’Egypte, et de lui transmettre cet ordre de l’Eternel : ‘’Laisse partir mon peuple’’. Mais la réponse du pharaon est cinglante : ‘’Qui est D… pour que j’écoute Sa voix et pour laisser partir Israël. J’ignore D… et je ne laisserai pas partir les enfants d’Israël.’’ Le dialogue engagé semble à jamais brisé. La fracture est profonde entre le pharaon, incarnation de la tyrannie, et la volonté de l’Eternel, l’Etre absolu, en quête de sa créature humaine. Le pharaon ignore délibérément le D… qui octroie la liberté ; et bien plus, il désire usurper le pouvoir du Tout Puissant. La narration des événements à travers la haggada, nous montre que le pouvoir de l’être humain ne peut être absolu. Il demeurera tout relatif, conduira à l’abus d’autorité et finira par mener à la violence et au mal parce qu’il échappe au contrôle du principe sur lequel il se fonde, et s’éloigne de la source qui l’alimente, celle de la liberté dans le respect de l’éthique et du bien universel. La haggada de Pessah nous rappelle le don de ce concept donné à l’humanité et qu’elle ne peut acquérir que si elle est mue par une volonté de réalisation dans un noble projet d’avenir. En effet, le principe de liberté ne s’inscrit pas dans l’ordre de la nature créée ; il ne résulte pas non plus de la succession des événements qui font l’histoire. C’est pourquoi il fait l’objet, dans la conscience juive, d’un commandement, d’une mitzva, dont seul le pouvoir d’obéissance permet à l’humain d’être accompli et de connaître le plein épanouissement, tant sur le plan individuel que collectif. La sortie d’Egypte nous apprend que le principe de la liberté est pour ainsi dire, transcendant. Il relève du devoir d’être, et de toute personne. Il est le fruit de son œuvre lorsqu’il est mu par le désir de le cueillir. C’est dans cet esprit que la Thora qualifie le fête de Pessah, celle du passage effectué, de la négation de l’être, de son asservissement vers sa réalisation, porté au pied du mont Sinaï pour y recevoir la Thora. C’est pourquoi nos Sages interprètent l’expression employée par la Thora pour désigner la lettre gravée sur la pierre ‘’harout al haloukhoth’’ en ponctuant le mot ‘’harout’’ autrement, pour le lire ‘’hérout – liberté’’. C’est dans la volonté de s’inscrire dans la lettre gravée, que l’on acquiert la liberté. J’ajouterai que le mot ‘’atsmaouth – indépendance’’ peut se lire en deux mots ‘’étsem oth – le corps de la lettre’’. C’est dans le contenu, dans l’esprit de la lettre, que s’exprime la liberté. Et c’est pourquoi d’ailleurs, la fête de Pessah est qualifiée de ‘’ temps de notre libération’’. En d’autres termes, la célébration de cette expérience collective porte la marque d’une intervention divine, d’une affirmation de la présence transcendante de D… à travers l’acceptation de la liberté acquise par les enfants d’Israël sortis d’Egypte. Et si par ailleurs Pessah coïncide avec le printemps, avec la résurrection de la nature, ce n’est guère pour célébrer la réapparition de la vie végétale, mais essentiellement pour associer l’avènement de l’affranchissement de l’esclavage en ce premier mois du calendrier, en ce mois début de la saison ‘’aviv’’ qui marque la maturation de l’épi de blé. La fête de ‘’aviv’’ telle que l’appelle encore la Thora, désigne le moment privilégié, par analogie avec l’épi de blé, avec l’éclosion et la fondation du peuple d’Israël, celui auquel la liberté est donnée pour conduire la nature à son plein épanouissement, en harmonie avec le projet divin. Ainsi donc, c’est pour se mettre au service du créateur que le peuple d’Israël accède à la liberté au pied du mont Sinaï. Comme dit le texte : ‘’Lorsque J’aurai fait sortir les enfants d’Israël d’Egypte, ils rendront le culte à l’Eternel au pied du mont Sinaï’’. Il faut souligner que la liberté acquise au Sinaï est offerte en patrimoine universel à toute l’humanité. Chaque année les Juifs célèbrent et vivent cette libération universelle avec l’espoir que celle-ci s’étende et se réalise chez toutes les nations. C’est pourquoi il est de tradition d’introduire le récit de la haggada de Pessah en lançant cette invite à tout celui qui désire effectuer ce passage : ‘’Qu’il vienne le partager avec nous’’.

Depuis le lendemain de la Fête, le deuxième jour de Pessah

Depuis le lendemain de la Fête, le deuxième jour de Pessah, les agriculteurs d’Eretz Israël, devaient apporter une offrande au Temple, en guise de gratitude et de remerciement à l’Eternel, pour la nouvelle moisson de l’orge. Cette offrande au Temple, appelée « Minhat ha omer » est une oblation composée d’une mesure « Omer » d’orge torréfiée. Communément, le but recherché à travers l’offrande au Temple, est comme son nom l’indique « korban », la recherche d’une approche, d’une proximité de l’Eternel. Ainsi, l’objet du sacrifice « zévahim » provenant d’un animal, d’une bête ou d’un oiseau, est d’expier le délit commis et d’amener la personne à prendre conscience que le sort réservé à cet être vivant de l’espèce animale, représente la condamnation et le châtiment qu’elle mériterait pour avoir failli à son devoir.
Les offrandes composées de produits de la récolte, ménahot, oblations ou encore les nissakhim, libations, faites de vin, d’huile et d’eau, visent le même dessein, elles éveillent l’homme à réaliser son bonheur et à rendre hommage à son créateur qui lui a permis de tirer profit de cette belle nature mise à sa disposition.
A l’occasion de la fête de Pessah qui célèbre sur le plan agricole la fête du printemps et le début de la moisson de l’orge, la Thora nous recommande d’apporter au Temple « minhat ha omer ».
Convient-il cependant, de se servir d’orge, aliment réservé autrefois à l’animal, pour en faire une offrande à l’Eternel ?.Par ailleurs cet aliment évoque « Minhat kinaoth », l’offrande du mari qui soupçonne sa femme d’adultère. Notons dans ce cas, que le choix de cette nourriture animale est justifié. En effet, le soupçon que fait peser le mari sur sa femme, relève d’une trahison à travers un acte d’instinct proche de l’animal, d’où le symbole de l’orge, nourriture animale.
Ainsi, le but recherché à travers cette offrande, vise la maîtrise de la volonté et du désir de la personne mue par ses instincts et qu’elle devrait élever pour les mettre au service de l’idéal divin enseigné dans la Thora. Comme l’enseigne le Zohar, le mauvais penchant est un mal nécessaire à l’homme pour l’inciter d’avantage encore à l’obéissance à la loi, et de parvenir ainsi à un service cultuel intégral pour transformer le négatif en positif. L’offrande faite à base de blé en est une illustration éloquente. Le blé évoque la sagesse dont l’homme est doté, disent nos Sages, car l’enfant apprend à appeler son père, papa, lorsqu’il a atteint l’âge où il goûte aux céréales. Néanmoins, cela demeure une sagesse naturelle que l’homme soit appelé à élever au niveau de la sagesse divine.
Par contre, l’oblation à base d’orge n’évoque rien d’autre qu’une attitude animale d’une tête baissée occupée par sa nourriture. Certes, cette attitude pourrait évoquer l’image de la personne humble prête toujours à porter le fardeau, à plier l’échine pour assumer sa lourde charge sans nulle récrimination. Mais cela comporte le risque de conduire la personne vers l’annihilation de soi et la perte de toute dignité. Mais l’homme est en mesure de se ressaisir pour se vouer totalement à l’Eternel avec une abnégation et une volonté de soumission à D.. , de la sorte, il transforme le symbole de cette nourriture animale, et de porter son inclinaison instinctive à un niveau élevé, pour en faire une nourriture céleste. Alors il aura réalisé la métamorphose du naturel de soumission à une adhésion et une élévation vers l’absolu.
Dans cet ordre de pensée, le balancement de l’offrande de l’Omer, et son élévation, précisément au lendemain du premier jour de la fête, prend tout son sens. En effet, la liberté acquise par la grâce et la volonté de l’Eternel le premier jour de fête, permet à l’homme d’apporter celle-ci en offrande sur l’autel du Temple pour vouer totalement à l’Eternel son nouveau statut d’homme libre et de quitter le joug de l’Egypte, symbolisée par cette nourriture animale, pour se mettre sous la protection de l’Eternel.

26Mar

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