Quelques écrivains français antisémites au XXe siècle – Hanania Alain AMAR

Ecrit par webmaster Sefarad.org le 20 avril, 2016

Quelques écrivains

français antisémites

au XXe siècle

Notes sur l’antisémitisme

historique en France

 

Docteur Hanania Alain AMAR

Mars 2016

 

En 1965, paraît un hommage à Robert Brasillach dans le numéro 11/12 des Cahiers des Amis de Robert Brasillach auxquels ont collaboréRaymond Abellio, Jean Anouilh, Marcel Arland, Marcel Aymé, Maurice Bardèche (beau-père de Brasillach), Henri Béraud, Charels Beuchat, Georges Blond, Robert Brasillach, Pierre Châtel, Henri Chevallet, Marc Chouet, René Clair, Alice Cocéa, Lucien Combelle, André Corbier, Michel Déon, Pierre Dudan, Cécile Dugas, Claude Elsen, Pierre Favre, Jean-Claude Fontanet, Ginette-Guitard-Auviste, Jacques Isorni, Claude Jamet, Marcel Jouhandeau, Jean de La Varende, Louis Le Bastard, Paul Léautaud, Marie-Madeleine Martin, Henri Massis, Thierry Maulnier, Paul Morand, Roger Nimier, Jean Paulhan, Jacques Perret, Henri Perrochon, Marius Richard, Armand Robin, Michel de Saint-Pierre, Thérèse Rovelli, Georges Simenon, Pierre-Alain Tâche, Max-Marc Thomas, Jacques Vier.

 

Le site Internet :
http://www.livre-rare-book.com/search/current.seam?reference=&author=&title=hommages+a+robert+brasillach&description=&keywords=&keycodes=&ISBN=&minimumPrice=0.0&maximumPrice=0.0&minimumYear=0&maximumYear=0&sorting=RELEVANCE&bookType=ALL&ageFilter=ALL&century=ALL&country=FR&l=fr&actionMethod=search%2Fcurrent.xhtml%3AsearchEngine.initSearch
précise ce qui suit :

« L’hommage rendu pour le vingtième anniversaire de la mort de Robert Brasillach, fusillé dans les fossés du fort de Montrouge, […] par les […] plumes de la droite française, au hasard: Marcel Aymé, Jean Brune, Thierry Maulnier Jacques Laurent, Roger Nimier, François Brigneau et bien d’autres (une centaine). Un numéro spécial des ˮCahiers des amis de Robert Brasillachˮ […].».

 

Robert Brasillach dirigea le journal antisémite « Je suis partout » ─ à son retour de captivité après en avoir été le rédacteur en chef dès 1937. Cette publication avait été fondée par l’éditeur Arthème Fayard en 1930. Brasillach y exprimait bien haut sa haine des Juifs, du Front populaire et de la République, après avoir été germanophobe, et vilipendé Mein Kampf (« chef d’œuvre du crétinisme excité ») et exalté le IIIe Reich par la suite sous l’Occupation.

Le frère du commandant Cousteau, Jacques-Yves Cousteau, remplaça Brasillach jugé « trop modéré » à la tête du ‘journal’ qui s’aligna alors sur ‘l’idéologie’ nazie.

 

Brasillach fut incarcéré à la Libération, condamné à mort et fusillé le 6 février 1945 au fort de Montrouge. Des intellectuels avaient demandé sa grâce au général de Gaulle qui la refusa (plusieurs hypothèses ont été soulevées quant à ce refus, notamment la volonté de ne pas froisser les communistes qui avaient perdu bon nombre des leurs). Des voix célèbres ont sollicité un geste de clémence, dont Jean Anouilh, Marcel Aymé, Jean-Louis Barrault, Albert Camus (déjà militant convaincu de l’abolition de la peine de mort), Paul Claudel, Jean Cocteau, Colette, Roland Dorgelès, François Mauriac, Jean Paulhan, Henri Petiot dit ‘Daniel-Rops’, Paul Valéry…

Je me souviens d’une discussion avec un camarade de lycée, Pierre B. dont le père était administrateur civil au Maroc et qui, bien des années plus tard, était demeuré furieux du refus du général de Gaulle…

Le lecteur en pensera ce qu’il voudra… Pour moi, Brasillach, tout comme ses collègues extrémistes et antisémites font partie de la même clique ! Le livre écrit par Pierre-André Taguieff « L’antisémitisme de plume. 1940-1944» est plus précis et plus complet.

Citons toutefois quelques exemples patents : Bernanos, Marcel Jouhandeau, Maurice Bardèche, Jean et Jérôme Tharaud, Georges Montandon, Armand de Puységur, Paul Morand, Xavier Vallat… Citons également quelques périodiques : Je suis partout, L’Intransigeant, La Cocarde, La Gerbe, Le Cahier jaune, Le Cri du peuple, Au pilori etc… La liste est loin d’être complète et son énumération quoique partielle me donne la nausée!

 

Quelques mots sur Charles Maurras (1868-1952). Essayiste, homme politique, journaliste, polémiste voire pamphlétaire, poète, membre influent dirigeant du quotidien l’Action française, véritable organe officiel du mouvement Action française dans lequel militent Léon Daudet, Jacques Bainville, Maurice Pujo notamment. L’idéologie est simple, contre la république, contre le Front populaire, contre le parlement, exaltation et soutien de l’antisémitisme d’Etat, pour une monarchie héréditaire… Antidreyfusard, disciple de Maurice Barrès, il est élu à l’Académie française en 1938 et déchu à la Libération pour intelligence avec l’ennemi durant l’Occupation de même qu’il est condamné à la réclusion à perpétuité et frappé d’indignité nationale.

 

Je voudrais citer un extrait du témoignage de Boris Cyrulnik à propos de Maurras. Cf http://www.lefigaro.fr/livres/2011/11/09/03005-20111109ARTFIG00860-boris-cyrulnik-face-a-l-enigme-maurras.php, Par Paul-François Paoli 09/11/2011

« Le Figaro littéraire : Pourquoi cet intérêt pour Charles Maurras?

Boris Cyrulnik. – À cause de mon enfance. Toute ma famille a été exterminée pendant la guerre de 40. J’ai moi-même été arrêté à l’âge de six ans et demi et me suis évadé au cours d’un transfert pour Auschwitz. J’avais tout de suite compris que j’allais être condamné à mort parce que j’étais juif mais je ne savais pas du tout ce que c’était qu’être juif. Mes parents ont été déportés à Auschwitz, où ils ont disparu. Après la guerre, j’ai voulu comprendre ce qui a pu se passer dans la tête des persécuteurs. […] Pourquoi un homme de cette envergure en était-il arrivé à être obsédé par les Juifs alors qu’il pouvait avoir de l’amitié et du respect pour certains d’entre eux, voilà la question qui m’a poussé à le lire […]

L’interview se poursuit :

[…] Comment expliquez-vous l’antisémitisme propre à Maurras?

Par la rencontre entre des traumatismes de son enfance et un contexte politique particulier. Le contexte personnel d’abord : enfant, Charles Maurras voulait faire l’école navale et militaire. Sa surdité […] l’en empêchera. […] C’est ici qu’intervient l’idéologie nationaliste assez particulière qu’il va forger et qui aura une grande influence sur le monde des idées en France. Très anxieux et ce d’autant plus qu’il a perdu la foi catholique, Maurras éprouve un besoin obsédant d’ordre dans un monde qu’il ressent comme menacé de dissolution […] .

Boris Cyrulnik poursuit :

[…] Or les Juifs sont, depuis l’origine, des agitateurs culturels. Ils sont les inventeurs d’un monothéisme que Maurras, fasciné par la Grèce et Rome, réprouve. Qui plus est, partout où ils vont, les Juifs ont plutôt tendance à s’assimiler, ce qui les rend, aux yeux de certains nationalistes, d’autant plus redoutables. […]. Pour [beaucoup de Juifs], la France c’était le Paradis de la culture et de la liberté, en somme le pays du bonheur de vivre. […]

De plus :

[…] Quand le jeune Maurras arrive à Paris […] il est choqué par les enseignes qu’il voit dans les rues avec des noms juifs ou étrangers et il éprouve le sentiment d’être lui-même ailleurs dans la capitale d’une France qu’il vénère. Personnalité obsessionnelle, il va développer une véritable passion antisémite à un moment donné où l’antisémitisme imprègne la société. Maurras, comme d’autres nationalistes, pense que les Juifs sont facteurs de désordre, de corruption et donc de mort. Il faut les combattre pour les empêcher de nuire […] ».

 

L’Action française fondée en 1898 par Henri Vaugeois et Maurice Pujo à partir des positions contre Dreyfus jugé et dégradé en 1894, opte pour une idéologie monarchiste fortement inspirée par Maurras qui construit sa doctrine, le « nationalisme intégral » ou « maurrassisme ». Maurras défend bec et ongles sa doctrine d’«antisémitisme d’Etat » par rapport à un « antisémitisme de peau » ! Il déclare en 1937 : « L’antisémitisme est un mal, si l’on entend par là cet antisémitisme de peau qui aboutit au pogrom et qui refuse de considérer dans le Juif une créature humaine pétrie de bien et de mal, dans laquelle le bien peut dominer. On ne me fera pas démordre d’une amitié naturelle pour les Juifs bien nés »

L’AF (Action française), dès le départ nationaliste et antisémite, devient, sans rien renier de ses ‘idéaux’ initiaux, contre-révolutionnaire, antirépublicaine, antiparlementaire, exaltant une monarchie héréditaire et un profond attachement au catholicisme, rejetant violemment toute forme de laïcité…

 

Précisons toutefois la mise à l’index par le Vatican de certaines publications agnostiques de Maurras, et la condamnation de l’AF par Rome le 29 décembre 1926, puis la mise à l’index de toute l’œuvre de Maurras. En outre, les membres de l’AF sont interdits de sacrement… jusqu’à ce que le nouveau pape Pie XII annule ces dispositions !

Au cours de son procès en 1945, Maurras affirme avoir ignoré totalement l’existence des camps d’extermination et témoigne même d’une certaine commisération pour les malheureuses victimes. Il n’aura toutefois jamais compris qu’il s’agissait d’un génocide !

Les « instruments » de ce mouvement sont la revue qui deviendra un quotidien, des sbires, les Camelots du roi, la « Ligue d’Action française » dont le but est de renverser la République et de proclamer la monarchie, ligue faisant office de « parti » politique, une maison d’édition, la Nouvelle Librairie nationale, un institut d’études politiques, le Cercle Proudhon…

En 1940, l’AF soutient sans réserves Pétain, le statut des Juifs, la collaboration en dépit de ses principes antérieurs de germanophobie… Cependant une scission fait que certains de ses membres soutiendront le général de Gaulle et pour d’autres Giraud !

 

 

Je me souviens parfaitement d’une discussion avec un confrère psychiatre à propos de certains écrivains dont l’antisémitisme, le racisme, la xénophobie étaient notoires. Le confrère prétendait qu’il fallait dissocier l’homme de l’œuvre et qu’on pouvait parfaitement aimer l’œuvre sans apprécier l’individu. Mais, et pour un psychiatre, c’est un paradoxe, avoir une attitude clivée ou « schizophrénique » n’est pas, selon moi, l’attitude la plus rationnelle quelle que soit la qualité des écrits. La personnalité de l’individu infiltre suffisamment son œuvre pour que ses pensées profondes s’expriment dans des écrits que ce soit dans le domaine de la fiction, du récit ou de l’essai. Ainsi, lorsque j’entends certains confrères en particulier exalter Céline en scotomisant totalement son idéologie nauséabonde, je ne parviens pas à comprendre cette opération quasi chimique de séparation des composants d’une même entité. En chimie, c’est possible, dans le domaine psychique, c’est illusoire voire irresponsable. Car cela pourrait aboutir à « excuser » certains comportements coupables au motif que l’œuvre serait « géniale, remarquable… ». L’individu est UN et il doit assumer la responsabilité de ce qu’il fait, écrit, réalise, exprime d’une manière générale. S’il change de position au cours de sa vie, cela veut dire qu’il se détache de ce qui l’a animé auparavant et il est alors possible de différencier les périodes. Le professeur Milgram de l’université de Yale avait réalisé des expériences fort troublantes sur la soumission à l’autorité et la parcellisation, l’atomisation de la responsabilité. Si l’on accepte de dissocier l’homme de l’œuvre (au sens large, de ses actes), lorsqu’un criminel tue son prochain, il pourrait dire : « ce n’est pas moi, c’est ma main qui a tiré ou manié le couteau… moi, je n’y suis pour rien ! » et ce serait irrecevable ! C’est pourtant ce que font ceux qui pratiquent la dissociation… Et cela devient particulièrement inquiétant quand il s’agit de psychiatres, psychologues, enseignants, psychanalystes ou philosophes…

 

Dans mon cas, j’ai toujours été rapidement pris d’une violente nausée en feuilletant du Céline ou du Léon Daudet et encore davantage du Drumont. Lorsque je dirigeais un groupe de discussion à visée psychothérapeutique ─ dans une institution associative participant au service public hospitalier ─, j’avais institué comme règle fondamentale l’exclusion totale de thèmes pouvant heurter les consciences de chacun, comme l’apologie de la violence, du racisme, de l’antisémitisme, de la xénophobie à travers tous les media (écrit volontairement sans « s », puisque c’est un terme latin) possibles, romans, essais, théâtre, musique, émissions de télévision car les uns et les autres venaient se soigner et non polémiquer et il n’était pas question de risquer de majorer les angoisses des patients, mais de prendre soin d’eux !

 

Parmi les personnages que je tiens à qualifier de « problématiques », commençons par Jacques Chardonne dont les propos antisémites m’ont profondément heurté. Qui était Jacques Chardonne ? De son vrai nom Jacques Boutelleau, il naît à Barbezieux le 2 janvier 1884 et meurt à la Frette-sur-Seine le 29 mai 1968. Il est considéré par certains comme le père spirituel des Hussards, paternité qu’il semble partager avec Paul Morand. Chardonne est un collaborationniste convaincu :

 

Le site Internet https://fr.wikipedia.org/wiki/Jacques_Chardonne mentionne à son sujet :

« […] Culturellement germanophile, il répond à l’invitation de Joseph Goebbels, ministre de la Propagande du Reich, en octobre 1941, avec sept autres écrivains français, tels Pierre Drieu la Rochelle, Marcel Jouhandeau et Robert Brasillach, et séjourne en Allemagne pour le Congrès des écrivains européens de Weimar, dont il revient enthousiasmé, voire favorable à Hitler.[…] »

Ardent pétainiste, il déclare in Lettre à Jean Paulhan, novembre 1940 Correspondance Chardonne/Paulhan, 1928-1962, préfacée par François Sureau. Stock, 1999 :

« Il n’y pas de « pauvre » gouvernement de Vichy. Il n’y a que des pauvres français. Pétain est le seul grand. Je le trouve sublime. Il est toute la France. Je vomis les juifs, Benda, et les Anglais — et la Révolution française. C’est une grande date que 1940. Et qui doit beaucoup à 1918. Je suis sûr que vous verrez un jour dans quelle erreur nous étions»

 

Poursuivons la consultation du site Internet cité plus haut :

«[…] À la Libération, il craint d’être fusillé à cause de son engagement collaborationniste. Jacques Boutelleau (Chardonne, HAA) doit alors assumer sa collaboration car il est signalé comme étant un des douze auteurs de la première liste noire formulée par le Comité national des écrivains. […] Arrêté à Jarnac, comme son éditeur Bernard Grasset, […] il est conduit le 12 septembre 1944 à la prison de Cognac […] avant d’être placé en résidence surveillée […].

Notons ce qui suit :

[…] Sa rencontre avec Roger Nimier aura lieu en 1950. Lui sera présenté un groupe de jeunes écrivains composé d’Antoine Blondin, Michel Déon, Félicien Marceau, Jacques Laurent, Kléber Haedens et François Nourissier. Ils deviendront ainsi les instigateurs du mouvement des Hussards,un groupe littéraire reconnu comme étant principalement d’extrême droite et opposé au général de Gaulle […]

Enfin sans surprise (cf l’amitié de François Mitterand avec René Bousquet) :

[…] François Mitterrand, né à Jarnac, a exprimé son admiration pour l’écrivain, « autre gloire charentaise et styliste-hobereau »

 

Autre écrivain « douteux », Paul Morand.

Avant d’aborder le « cas Morand », je voudrais citer un extrait de l’article publié par Jérôme Dupuis dans l’Express du 15 février 2013 intitulé : Chardonne, Morand, Rebatet, le retour des pestiférés de 1945 :

« Après la sulfureuse correspondance Chardonne-Morand, attendue depuis treize ans, ce sera au tour du best-seller de l’Occupation signé Lucien Rebatet. Pas simple d’éditer ou de rééditer ces réprouvés à la plume brillante mais trempée dans l’antisémitisme […].

  1. Dupuis écrit :

[…] Les deux bannis de la Libération – le premier avait participé aux voyages des écrivains français dans le Reich, en 1941 et 1942, le second était ambassadeur de Vichy à Bucarest – avaient déposé leurs quelque 3 000 (!) lettres échangées entre 1949 et 1968 dans le secret d’une bibliothèque suisse, avec consigne de les publier en l’an 2000, soit bien après leur mort (Chardonne disparaît en 1968, Morand, en 1976). Mais, depuis, rien. Gallimard, éditeur désigné pour cette tâche, aurait-il été effrayé par les horreurs antisémites et homophobes lancées par les deux « tontons flingueurs » ? […]

L’auteur de l’article poursuit :

[…] Dilemme : faut-il publier l’intégralité ou « caviarder » les passages les plus sensibles, ceux, par exemple, où Morand dénonce « l’enjuivement de l’Académie Goncourt » et Chardonne les « métèques » croisés dans les rues de Nanterre ? Sans parler de tel critique littéraire traité de « PD » – comprendre homosexuel… Et que faire de cette phrase de Morand, en date du 7 mai 1960 : « Là où Juifs et PD s’installent, c’est un signe certain de décomposition avancée: asticots dans la viande qui pue » ? […]»

 

Qui était Paul Morand ?

1888-1976. Jeunesse mondaine, perturbée par le « scandale Fersen ». L’écrivain Roger Peyrefitte a consacré un ouvrage, L’Exilé de Capri, à Jacques d’Adelswärd-Fersen, descendant d’Axel de Fersen, l’amant platonique de Marie-Antoinette. Jacques a fondé en 1909 Akademos, qui semble être la première revue homosexuelle en France. Il est plus ou moins compromis selon Roger Peyrefitte ─ cf notamment Propos secrets, Albin Michel, 1977 ─ dans un scandale (divers outrages aux bonnes mœurs, homosexualité, diffusion d’ouvrages pornographiques…) avec d’autres dont des étudiants du lycée Carnot à Paris… Qui croire ? Il est à noter toutefois que Morand stigmatisera par la suite les homosexuels qu’il qualifie dans ses écrits de « PD » avec autant de virulence qu’il attaque les Juifs, et les Noirs alors qu’il séjourne aux Etats-Unis !

Ecrivain collaborationniste, journaliste au Figaro, diplomate : attaché de l’ambassade de France durant la Première Guerre mondiale et ambassadeur de France en Roumanie ─ pays d’origine de la famille de son épouse Hélène, sous Vichy, puis en Suisse grâce à l’appui de Jean Jardin, un proche de Pierre Laval. Il est toutefois révoqué par le général de Gaulle du fait de ses activités sous Vichy. Il s’exile en Suisse pendant 10 ans. Il est élu à l’Académie française au fauteuil de Maître Maurice Garçon en 1968.

A très sensiblement influencé les « Hussards ». Ecrit d’abord des poèmes, puis des récits de voyage, des nouvelles. Son style est « nouveau », incisif, il adopte volontiers et fréquemment une attitude cynique, provocatrice, voire hautaine. Il exhibe son racisme sans aucune gêne.

 

Je voulais en dire davantage, mais ce que j’ai appris le concernant ─ en écumant une multitude de sources (parfois contradictoires, car ce « monsieur » ne laisse pas indifférent, mais provoque encore des passions contraires) ─ m’a soulevé le cœur!

 

Trouvé sur le Net sous la plume de Vincent Giroud le 28 avril 2014 in http://www.nonfiction.fr/article-7025-sulfureux_morand_ruse_chardonne.htm

« […] Il va sans dire que ceux qui se sont voilé la face en 2001 lors de la parution des deux gros tomes du Journal inutile, lequel n’est rien d’autre qu’une suite à une voix de cette correspondance, puisqu’il commençait le lendemain de l’enterrement de Chardonne, auront là une nouvelle occasion de proclamer leur indignation. Ils tiqueront, non sans raison, en tombant sur des formules comme la “juiverie bolchevique” ou la “juiverie internationale”.

Giroud note :

[…] Comme Chardonne finit par lui en faire la remarque, l’antisémitisme de Morand a un côté célinien, obsessionnel. Il se garde bien de cautionner le génocide nazi : retrouvant Otto Abetz à Düsseldorf, en 1957, il répète à Chardonne la version officielle “Personne ne s’en doutait”. Mais il ne peut se retenir de se livrer à des plaisanteries douteuses (“Il a été à Buchenwald, mais il n’y a pas appris la concentration” − à propos de Christian Pineau, beau-fils de Jean Giraudoux, donc vieille connaissance ; la pire est un jeu de mot atroce à propos du journal d’Anne Frank), ni de laisser poindre des restes de sympathie pour Hitler […].

Le journaliste précise :

[…] Le livre ne rendra antisémite que le lecteur qui l’est déjà. Et l’aveu le plus révélateur est fait par Morand lui-même : “Je ne les aime pas, mais dès qu’il y en a un, je suis attiré.” Ce mélange de répulsion et d’attraction se retrouve dans ses autres manifestations de xénophobie ou d’homophobie […]; on ne les excusera pas pour autant, mais elles sont à relativiser. Et on pourrait en dire autant de son antiaméricanisme. S’il est peut-être à son plus odieux au sujet de l’Afrique et des Africains, il faut reconnaître que son anticommunisme, en revanche, n’a pas du tout mal vieilli […] ».

 

Actuellement et depuis quelques années, une certaine frange d’intellectuels, sous prétexte que du temps a passé, ne voient pas d’un mauvais œil la réédition d’ouvrages franchement racistes, antisémites, xénophobes, au motif que « cela » appartient à l’histoire. Certes, mais il convient d’être prudent avec ce type d’ouvrage et quitte à faire de la pédagogie et de l’histoire, il convient d’encadrer la publication par des mises en garde, mises au point et précisions. C’est ce que fait un de mes grands amis ─ et co-auteur pour certains de mes livres ─ Thierry Féral en retraduisant Mein Kampf de façon très rigoureuse et méthodique pour lui donner toute son horreur. Tâche délicate et difficile qui peut être mal perçue par certains, d’où l’impérieuse nécessité de l’assortir d’un abondant et précis avertissement au lecteur !

 

Voici, concernant l’antisémitisme, un exemple concret vécu par moi-même au sein de l’école de la République française alors que le Maroc était encore Protectorat en 1953 et que la Seconde Guerre mondiale n’était pas si loin dans les mémoires et que les pétainistes distillaient encore leur venin… Mais leurs jours étaient comptés puisqu’en 1956, il fallut rendre le pays à ses propriétaires légitimes. Voici un extrait de ma pièce de théâtre intitulée Xenophobia, en e-book sur Ebook Kindle – Exonophobia – amazon.com:

 

« […]  L’institutrice

Je vous souhaite à tous la bienvenue, les enfants. Nous allons passer ensemble cette année scolaire et j’espère que vous allez travailler avec sérieux et sagesse pour honorer vos parents et cette école qui vous accueille au nom de notre pays bien-aimé, la France. Vous devez être conscients que notre patrie fait d’énormes efforts pour vous donner à vous petits Français, représentants de notre avenir, tout le savoir qui vous sera utile pour vos études. Mais la France, dans sa grandeur, accueille aussi vos nouveaux camarades, quatre israélites et un musulman.

Je vais procéder maintenant à l’appel et compléter vos fiches de renseignements. Commençons par le début de la liste, AMAR, Alain… Tiens tu t’appelles Alain ? Curieux ! J’aurais plutôt imaginé David, Salomon ou Jacob…ou encore Mohammed !

 

L’institutrice est brusquement interrompue par quelques voix moqueuses du petit groupe d’écoliers français, ceux que les « autres » ne tarderont pas à appeler « les purs porcs ».

 

Le groupe d’écoliers français

Ha, Ha, Ha ! Le cirque, Amar, le cirque, debout Amar, le cirque ! Tu vas faire le singe ? Allez, Mohammed, allez fais le singe !

 

L’institutrice

Souriante et nullement désireuse de remettre en place les trublions

Allons, les enfants, un peu de calme, alors Amar, quelle est la profession de tes parents 

 

Elle est à nouveau interrompue par le même groupe qui hurle cette fois en chœur

Commerçant, commerçant, les Juifs sont tous des commerçants, donc des voleurs !

 

Alain

Il regarde avec un suprême dédain les minables petits crétins et laisse tomber ces mots

Mon père est le directeur financier des Moulins David Baruk !

 

Le groupe des petits crétins « pur porc »

Quoi, il n’est pas commerçant ? Impossible, nos parents nous ont bien dit que tous les Juifs étaient des marchands et des voleurs…

 

L’institutrice

Bon, passons au suivant, Amouroux, Denis

 

Le récitant

Dès que l’institutrice émet cette réplique, le récitant doit surprendre le spectateur et les acteurs en faisant irruption sur le plateau et en interpelant l’institutrice et les élèves moqueurs, tout en invectivant les parents sur lesquels il rejette la responsabilité des propos antisémites.

 

Madame l’institutrice, les journaux français que vous lisez très probablement ne sont pour la plupart que des organes de propagande des ultras, les informations que diffuse cette presse torchon sont manipulées et honteusement travesties ! Un mauvais vent d’antisémitisme européen souffle sur le Maroc. Les pires abominations sont déversées à longueur de colonnes dans ces torchons ou sur les ondes, rappelant une triste époque pourtant si proche

Madame l’Institutrice, rappelez-vous que les partis fascistes français au Maroc exhortaient le Résident général à un durcissement des mesures anti-juives durant la dernière guerre. Ils appelaient au pogrom tandis que les agressions contre les Juifs se multipliaient. Les « Européens » lançaient des appels au boycott des magasins tenus par des Juifs. Ils placardaient même des tracts sur les devantures de leurs boutiques, au contenu sans équivoque : “Ici maison juive, maison de profiteurs”, ou bien “Acheter chez les Juifs, c’est ruiner le commerce français”. Ces mêmes fascistes français accusaient les commerçants juifs d’être responsables de la pénurie qui frappait le Maroc. Or, la guerre est finie et vous ne désarmez pas, alors que les jours du protectorat sont désormais comptés.

Madame l’institutrice, la haine, la violence, le racisme ne finiront-ils donc jamais ? Oubliez-vous que la Seconde Guerre mondiale avec son cortège d’horreurs est à peine derrière nous ?

Madame l’institutrice, vous, un fonctionnaire de l’Instruction publique supposé représenter la France, vous laissez des gamins stupides répéter à l’envi des abominations éructées par leurs parents, des ignominies dont ils ne comprennent pas même le sens, à leur âge. Si vous restez muette et immobile, c’est que vous êtes complice ! Vous êtes la honte de votre profession ! Vous me donnez envie de vomir ! […] »

*****

 

Notes sur l’antisémitisme historique en France

 

En France, au XIXe siècle particulièrement s’est développé un « antisémitisme historique » que l’on retrouve dans la littérature, les salons, les salles de spectacle et dans la vie quotidienne. J’ai été le témoin sidéré dans les années 70 au XXe siècle d’une scène « ordinaire » au cours de laquelle un membre de ma belle famille, pourtant prisonnier de guerre en oflag durant la Seconde Guerre mondiale disait devant moi en évoquant une de ses connaissances : « C’est un Juif, mais c’est un type bien… »… Ah, ce « mais » terrible, horrible qui résume à lui seul des décennies de racisme et de xénophobie. En revanche si quelqu’un s’était risqué à le faire remarquer à celui qui proférait une telle aberration, ce dernier se serait senti offensé et se serait défendu de tout racisme !

 

Il s’agit d’un extrait de mon essai affectivo-littéraire consacré à Alexandre Dumas, Mes lectures d’Alexandre Dumas, e-book, www.amazon.com, 2015 :

 

« […] L’antisémitisme n’est malheureusement guère un fléau contemporain, mais remonte à l’Antiquité comme l’a démontré avec force et talent le regretté Léon Poliakov. Il connaît de nos jours une recrudescence très inquiétante en Europe en particulier, dans notre pays, la France, autrefois patrie des Droits de l’Homme et des Lumières. Ne pouvant se renier comme sémites, les « fous de dieu » ont inventé et tentent de répandre la judéophobie. Cette abjection constitue un cheval de bataille des islamistes radicaux, fondamentalistes et propagateurs de la haine « raciale » qui se réclament abusivement du Prophète Mohammed comme le pensent la plupart des Musulmans modérés.

Non seulement, la haine aveugle est exaltée, mais en outre, l’exportation en Occident des troubles qui ensanglantent depuis des décennies le Moyen Orient occasionnent des attentats, des manifestations violentes et diverses exactions dans nos pays démocratiques décidément beaucoup trop tolérants. Si nous, Européens, avions l’audace de manifester en pays arabo-musulman avec des bannières et des casseurs, notre sort serait rapidement réglé, mais les media du monde occidental bien pâlichons et bien bêlants ne réagissent que mollement et de façon partiale…

En France, dès le XVIIIe siècle appelé pourtant « siècle des Lumières », Voltaire ne cache pas ses positions antisémites, comme je l’écris dans mon livre Le Racisme, ténèbres des consciences dont voici des extraits :

 

«  […] En particulier dans le Dictionnaire philosophique, il consacre une trentaine d’articles au sujet sur les 118 dont il est l’auteur.

 

     «  …[…Les Juifs], nos maîtres et nos ennemis, que nous croyons et que nous détestons, le plus abominable peuple de la terre, dont les lois ne disent pas un mot de la spiritualité et de l’immortalité de l’âme […] Vous ne trouverez en eux qu’un peuple ignorant et barbare, qui joint depuis longtemps la plus sordide avarice à la plus détestable superstition et à la plus invincible haine pour tous les peuples qui les tolèrent et qui les enrichissent… […] Vous êtes des animaux calculants, tâchez d’être des animaux pensants… »

 

« On regardait les Juifs du même œil que nous voyons les Nègres, comme une espèce d‘homme inférieure », écrira-t-il dans Essai sur les mœurs.[…] »

 

J’ajoutais plus loin dans le texte :

«  […] Peu de temps avant la révolution française de 1789, le roi Louis XVI avait confié à Malesherbes la présidence d’une commission chargée d’améliorer la condition des Juifs.

     En décembre 1789, la Constituante allait prendre des mesures concrètes, inspirées des thèses de l’Abbé Grégoire et de Mirabeau.

     Il faudra cependant attendre Napoléon pour légiférer et proclamer l’émancipation des Juifs de France, en 1806.

     Adolphe Crémieux symbolise l’émancipation des Juifs de France, Alphonse de Rothschild et Benjamin Disraeli également pour ceux d’Angleterre […] ».

 

On peut également lire dans un article de l’Encyclopedia Universalis intitulé. : Éclosion de l’antisémitisme au XIXe siècle in site Internet http://www.universalis.fr/encyclopedie/antisemitisme/2-eclosion-de-l-antisemitisme-au-xixe-siecle

« Aboutissement politique des réflexions engagées par les Lumières, la loi relative aux Juifs adoptée par l’Assemblée nationale le 27 septembre 1791 et promulguée par Louis XVI le 13 novembre apporte à la question juive une réponse qui consacre pour la première fois en Europe le principe de l’égalité en droit des juifs. L’émancipation des Juifs en France (1790-1791) suscite des réactions diverses. Il y a ceux qui craignent que les juifs ne remplissent pas leurs obligations à l’égard de la nation qui les a reconnus comme citoyens à part entière. Il y a aussi ceux qui par principe refusent cette entrée dans la nation, les partisans de l’ordre ancien, fondé sur la ségrégation et les discriminations […].

En outre,

[…] Au fil de ses victoires, Napoléon étend l’émancipation en Europe. Au niveau de l’organisation du culte, son règne ouvre une phase nouvelle. En 1808, il crée les consistoires, parallèlement aux consistoires protestants. Reste que d’un point de vue juridique, la période napoléonienne constitue une régression. En 1808 toujours, l’Empereur prend un décret par la suite qualifié de « décret infâme », qui instaure un système d’inégalité juridique pour les juifs en reprenant quelques-unes des pratiques discriminatoires de l’Ancien Régime. Il reste en vigueur pendant dix ans. Après 1848, l’émancipation des juifs s’impose un peu partout en Europe […] »

 

Pour sa part, le site Internet http://revuesocialisme.pagesperso-orange.fr/s13dreyfus.html mentionne:

« […] Emancipation des Juifs. Le XVIIIe et le XIXe siècle ont représenté pour les Juifs européens le temps de l’émancipation. De nombreuses professions qui leur étaient fermées leur deviennent accessibles y compris la carrière militaire (en France par exemple). Mais des siècles de condamnation du peuple déicide et de l’usure juive par l’église catholique ont laissé des traces. Surtout, la réussite des banques juives, et notamment la famille Rothschild présente dans plusieurs pays européens, cristallise les attaques de ceux qui dénoncent le nouveau roi de l’époque : l’argent ou le capital. Bien sûr, en Allemagne comme en France, le développement de l’antisémitisme n’a aucun rapport avec le nombre des Juifs, ils sont 60 000 en France sur 39 millions et 500 000 en Allemagne pour 65 millions. Ils représentent 15 % à Vienne où un maire antisémite est élu en 1893 et 25 % à Budapest où l’antisémitisme ne joue aucun rôle politique. Mais les persécutions, notamment en Russie, vont amener 2,5 millions de Juifs orientaux à quitter leurs ghettos pour l’Europe de l’Ouest. La réaction de la bourgeoisie juive intégrée est éloquente, ils considèrent ces nouveaux venus comme des « barbares […] ».

A cette époque fleurissent des théories fumeuses « justifiant » le racisme :

« […] Le courant aristocratique contre-révolutionnaire est le premier engagé sur la voie d’une vision raciale de l’histoire et de la société. Face à la montée de la bourgeoisie, l’aristocratie française a réagi politiquement et surtout idéologiquement. Au début du XVIIIe siècle, le comte de Boulainvillers écrit que la France comporte deux groupes d’origines différentes. D’une part la noblesse d’ascendance « germaine » et d’autre part les « Gaulois » à savoir le Tiers-Etat, les premiers s’appuient sur le « droit de conquête » et  sur la « nécessité de l’obéissance toujours due au plus fort ».

Ici germent les pousses de la future guerre civile, la noblesse est invitée à rejeter l’idée de nation, elle est la classe dominante en vertu de l’héritage historique […] ».


Docteur Hanania Alain AMAR

Mars 2016

 

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