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Les communautés juives au Moyen-âge en Catalogne

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Les communautés juives au Moyen-âge en Catalogne


Maryse Choukroun

Pourquoi un tel sujet ? Tout d’abord la recherche de mes racines, sachant par tradition familiale que nous venions de ces régions ; puis par amour de la Catalogne où nous passons régulièrement nos vacances, amour de ses paysages, de ses coutumes, de son passé…
De lectures en bibliographies, de bibliographies en documents et en remontant jusqu’aux archives, je me suis retrouvée à la tête d’une documentation particulièrement fournie. Je me suis alors aperçue de la méconnaissance, pour ne pas dire de l’ignorance quasi totale en ce qui concerne la présence juive sur les terres catalanes.
Je me suis donc attachée à essayer de faire revivre, connaître, apprécier, et même si possible aimer ces Juifs catalans trop souvent assimilés à la diaspora juive sépharade en général.
La Catalogne a longtemps été une terre d’accueil. Les Juifs y ont vécu 15 siècles, 15 siècles durant lesquels ils vont vivre heureux ou malheureux, plus ou moins protégés, au gré des souverains et des influences de l’église.
Les Juifs ont su donner des hommes célèbres, mais il ne faut pas oublier qu’ils ont été des hommes et des femmes de tous les jours avec leur vie quotidienne, à la maison comme à la synagogue, au travail comme dans les rapports avec la société catalane. Seuls, perdus dans quelques bibliothèques, quelques « livres de prière selon le rite catalan », quelque Bibles, ou quelques « Haggadoth » témoignent de l’existence et de la culture de ces communautés juives catalanes.

Histoire
La vie des communautés juives catalanes au Moyen-âge est une tranche de l’histoire des Juifs trop méconnue ou incorrectement rattachée à celle des Juifs espagnols. Il faut avoir une notion de l’historique général de la région pour en mieux comprendre les répercussions sur la vie quotidienne de ces Juifs. La péninsule ibérique doit son nom à ses premiers habitants : les Ibères.
Au 3ème siècle avant notre ère, les Grecs grands voyageurs, atteignent la côte au nord-est et s’y installent. Ils créent des « colonies » dont il subsiste de très beaux restes archéologiques. Quelques décennies plus tard, Hannibal, avec ses célèbres éléphants, traverse la région, longe la côte pour aller à la conquête de Rome. Mais, vaincu, il bat en retraite, et les Romains le poursuivent, progressent, avancent, atteignent la partie nord-est de la Péninsule et s’y installent pour plus de trois siècles.
C’est avec eux que les premiers Juifs arrivent, après avoir été emmenés en esclavage lors de la destruction du Temple par Titus.
La légende voudrait qu’ils aient été sur la Péninsule mille ans plus tôt, venus à la recherche de bois précieux pour la construction du Temple de Salomon. Mais il n’en existe aucune preuve historique.
Les Romains vont donc rester trois siècles, trois cent ans durant lesquels ils vont imposer leur langue, leurs lois, leur mode de vie, leur monnaie.
Les Romains tolèrent la religion juive, et en 212, l’empereur Carracalla les affranchit et leur donne la citoyenneté romaine moyennant un impôt : le « Fidus Judaïcus ». Au 4ème siècle, c’est le début de la décadence romaine, et des hordes de Barbares venus du nord de l’Europe attaquent, pillent, et saccagent tout. Les Celtes puis les Wisigoth envahissent la Péninsule et l’anarchie y règne.
Au 6ème siècle, le roi Recared, touché par la grâce, se convertit au catholicisme (les Wisigoths étaient déjà des arianistes) et il oblige toute la population à faire de même. Les Juifs sont contraints, sous la menace d’avoir les deux yeux crevés, d’adopter la foi chrétienne. Plusieurs cèdent, mais les plus nombreux se réfugient dans les montagnes et tachent de se faire oublier.
Mais le pouvoir wisigoth n’a aucune structure, il doit faire face à des luttes intestines, à des intrigues de palais et ainsi un jeune ambitieux, Wamba, traite avec un prince de l’autre côté du détroit de Gibraltar.
Les Maures, bien armés, bien commandés, sont entrés sur la Péninsule pour aider un jeune intrigant, mais devant le manque de résistance et de coordination, ils vont conquérir pour le compte toute la Péninsule et seul Charles Martel saura les arrêter à Poitiers en 732.
A cette époque-là, les musulmans sont à l’apogée de leur culture, ils sont les maîtres en arithmétiques, astrologie, architecture, mais aussi dans l’art de la guerre. Sitôt sur place, ils s’organisent, construisent des tours de garde, fortifient les villes, structurent l’administration, imposent leur langue et leur monnaie.
Ils savent ce que certains Juifs peuvent leur apporter dans leurs relations commerciales et ils n’hésitent pas, sinon à les protéger, du moins à les laisser vivre entre eux. Ils les connaissent bien puisque de nombreux Juifs vivent déjà en Afrique du Nord et certains les ont même suivis lors de leur conquête pour servir d’interprètes.
Mais dans le monde chrétien, l’opinion s’émeut et Charlemagne décide de reconquérir, avec ses Chevaliers, ce pays tombé aux mains des Infidèles. Il promet à ses pairs pour les encourager, les motiver, de leur donner les terres qu’ils gagneront. Et ainsi se créent une multitude de petits comtés où chaque piton rocheux est le fief d’un jeune seigneur qui se croit tout puissant, bien que vassal du roi de France. Il veut toujours quelques arpents de terre supplémentaires, et sa seule distraction est la lutte contre son voisin.
Durant cette période, les Juifs sont peu nombreux, vivent sur les hauteurs, sont agriculteurs, colporteurs. Les documents sont très rares. Nous sommes au 8ème et début du 9ème siècle.
Un jeune comte décide alors que cette situation bâtarde de seigneur assujetti au roi des Francs ne peut plus durer. Il rompt ses liens avec l’autorité royale et crée la première prise de conscience nationale en Europe, le premier sentiment patriotique : ainsi naît la Catalogne.
Et en 877, Wilfred-le-Velu devient le premier comte de Barcelone. Il sait insuffler son idéal à ses concitoyens, et il bâtit un pays où les habitants parlent tous la même langue : le catalan, plus proche du latin et du français que du castillan. Ils vont avoir leur constitution, leurs lois et leur monnaie.
Devant ce régime qui présente plus de stabilité et de sécurité, les Juifs prennent confiance, descendent des montagnes, se regroupent près des villages et des villes. Les évêques et les seigneurs les accueillent, évidemment presque toujours à l’ombre des églises ou des cathédrales, mais elles existent.
Par le jeu des mariages, la Catalogne s’agrandit et son souverain devient comte de Barcelone, roi d’Aragon. En 1204, Pierre III épouse Marie de Montpellier ; de cette union naît celui qui deviendra le plus grand souverain de ce pays : Jacques Ier, dit le « Conquérant », celui qui donnera à la culture juive la possibilité de s’épanouir, de se faire connaître. Les communautés juives connaîtront alors leur âge d’or et durant près d’un siècle, leur art, leur science, leur philosophie rayonneront tout autour de la Méditerranée.
Jusqu’alors, les Juifs vivaient disséminés au milieu des Chrétiens. Pour des raisons de sécurité, mais aussi pour des raisons politiques et religieuses, ils vivront désormais dans des lieux précis délimités, nommés en Catalogne les Calls.

Le Call
Le Call – ou ghetto, judéria, aljama, dans d’autres pays – vient de l’hébreu « Kahal » : rassemblement.
Le Call est une petite ville dans la ville, entourée par des murs assez hauts, fermée par une porte toujours close à la tombée de la nuit. Aucune fenêtre juive ne doit donner sur les rues chrétiennes avoisinantes.
La place étant bien délimitée, il faut vivre dans cet espace. Et lorsque la population augmente, il n’y a plus qu’une solution, surélever les bâtiments, et ainsi naissent les premiers « immeubles », petites maisons de trois ou quatre étages, groupées autour d’un patio, avec un puits, des vignes et un jardin potager où poussent aussi quelques plantes médicinales pour les tisanes ou onguents nécessaires aux premiers soins.
Chaque call possède sa Synagogue, un Talmud-Thora, un mikvé, un petit hôpital qui sert d’hospice aux vieillards seuls et d’hostellerie aux Juifs de passage, ainsi qu’une maison des pauvres. Une boucherie et le four collectif complètent le tout.
Le cimetière est toujours hors de la ville, si possible sur un monticule ou une colline qu’on dénomme en Catalogne : Montjuich, ou Fossar dels Jeus.
L’organisation interne du call est bien agencée. Il se compose d’un conseil des Trente, formé à moitié d’Anciens et à moitié d’hommes choisis par la communauté pour les diriger.
Puis viennent les Juges (au nombre de trois) chargés des problèmes internes (sauf les crimes). Puis les Secrétaires (en général quatre) ou Trésoriers à qui incombe la lourde charge de répartir les impôts, les prélever, et les remettre aux représentants de l’autorité royale. Puis on trouve le Clavaire chargé de la police interne et de la voirie. Enfin, une Confrérie de bénévoles s’occupe des défunts.
Côté religieux, les Rabbins et les professeurs de Talmud-Thora.
Le gros problème des communautés est le paiement des impôts et des taxes. Les Juifs sont pressurés de toute part. Le roi fixe les impôts d’une communauté pour toute une année et c’est aux trésoriers de répartir les charges parmi la population.
Outre la taille, impôt foncier dû au roi comme tout autre citoyen, on compte :
- un tribu annuel dû au roi et fixé par lui ; c’est en somme la continuation du « Ficus Judaïcus » romain
- les impôts et taxes supplémentaires en cas de sécheresse, de famine ou de guerre
- la « garde-robe » de la comtesse-reine car il ne faut pas oublier que les Juifs sont la « propriété » du roi
- les « cenas » ou déplacements du roi, de la cour et de sa suite
- le « Cabestanum » taxe annuelle fixée à Pâque et proportionnelle à la quantité d’or, d’argent, de bijoux appartenant au call, y compris ce qui est dans la synagogue
- le « Cens » versé à l’évêque pour la possession d’un cimetière.
Une grande partie de la richesse du trésor royal vient du prélèvement de ces taxes, et l’un des souverains disait : « Nos Juifs sont notre tiroir-caisse ».
On a, à tort, assimilé le Juif à l’usurier. S’il est vrai que c’est un métier qu’il a souvent pratiqué, il na faut pas oublier qu’on ne lui permettrait, à certaines périodes, de ne rien exercer d’autre. Mais en Catalogne, le taux de l’intérêt était fixé chaque année par décret royal et le pouvoir local, l’Église ou le roi lui-même, ne dédaignaient pas d’emprunter de très fortes sommes aux Juifs.

Le règne de Jacques Ier
Sous Jacques Ier, la Catalogne va s’agrandir et atteindre sa taille maximale : de Valence à Perpignan, en y ajoutant la seigneurie de Montpellier et îles Baléares. Sous son règne, les Juifs vont vivre la période la plus faste ; les Rabbins, les Talmudistes et Cabalistes écrivent, et leur philosophie rayonne tout autour de la Méditerranée.
Le roi encourage la traduction des œuvres scientifiques arabes, grecques ou latine en hébreu ou en catalan. La famille des Tibbonides, dont le plus illustre fut Samuel Ibn Tibbon, surnommé le « prince des traducteurs », se spécialise dans la traduction.
Les savants se multiplient, tel David Yom-Tov et ses tables astronomiques calculées selon la latitude et la longitude de Perpignan ; Abraham Cresques de Majorque qui dessine le premier atlas catalan, l’état le plus complet du monde à cette époque-là. L’art micro-calligraphique atteint son apogée avec les pages-tapis de la Bible de Perpignan ou le Mahzor catalan de la bibliothèque universitaire de Jérusalem.
Il nomme de nombreux Juifs à son service, que ce soit comme ambassadeurs, comme médecins ou comme secrétaires. Et un de ces derniers, Salomon Bonafos, fait suivre sa signature au bas des édits royaux d’un « Maguen David ».
La liste serait longue si on citait tous les rabbins dont les œuvres sont encore étudiées aujourd’hui, comme R . Nahman de Gérone, le Meïri de Perpignan, les poètes dont nous chantons les piyutim dans certaines communautés.
Durant cette période-là, les Juifs se sentent protégés pour la première fois. Nous assistons alors à un phénomène sociologique très intéressant : la catalanisation de ces communautés.
Non seulement ils parlent en catalan, mais ils écrivent en catalan, et ce avec des caractères hébraïques, et surtout ils catanalisent leurs noms, même les plus religieux ; ainsi, on ne s’appelle plus Yom-Tov mais Bonjorn, on ne se nomme plus Haïm mais Vidal, Mazel-Tov mais Bon Astruc…
Mais il ne faut pas oublier l’Église et son influence. C’est la grande période des édits, des conciles et des bulles papales. Ainsi, dès qu’un Juif sort du call, il doit porter un long manteau à capuche de couleur sombre qui ne laisse voir que le visage, et sur la poitrine doit être cousue la « Rouelle » aux couleurs catalanes, c’est-à-dire un cercle rouge sur un autre plus grand jaune.
Mais le Roi Jacques Ier ferme souvent les yeux sur cette obligation ; ainsi les juifs qui voyagent sont souvent exemptés, comme ceux qui travaillent au service du souverain. Quant aux Juives, elles ont contourné la loi en se faisant des nœuds sur le haut du front avec des rubans jaunes et rouges.
Jacques Ier voulut, à la fin de sa vie, se montrer un père équitable et il partagea son royaume entre ses deux fils. Pierre, l’aîné, il donna l’Aragon et la Catalogne, de Valence jusqu’aux Pyrénées à Jacques, le second, échut ce qui sera durant quelques décennies, le royaume de Majorque, c’est-à-dire le Roussillon, la Seigneurie de Montpellier et les îles Baléares, et Perpignan sera sa capitale.
En voulant être un père juste, Jacques Ier s’est montré pour la première fois un roi non avisé. Dès sa mort, les jalousies entre frères commencent, puis les incidents entre cousins se multiplient et les luttes verbales deviennent vite des luttes armées :
cinquante ans plus tard, le Royaume de Majorque fait à nouveau partie du royaume catalano-aragonais.

La fin du judaïsme catalan
L’Église profite de ces querelles familiales pour s’infiltrer dans les instances dirigeantes et son influence va grandissant.
Au milieu de tous ces troubles, les Juifs sont ballottés. Les bulles papales se multiplient, les libertés diminuent, les humiliations sont monnaie courante, peu de métiers leurs sont permis. Mais la vie est encore vivable.
La période faste est révolue, la période supportable se termine et , dès le milieu du 14ème siècle, les Juifs vont entrer dans les années noires.
En 1348, se déclarent successivement trois épidémies de peste. Les morts se comptent par milliers. Or, les Juifs ont leurs puits, et les règles d’hygiène sont telles qu’au début ils sont moins atteints que la moyenne de la population et cela provoque la suspicion, et de là à les accuser d’avoir empoisonné les puits des chrétiens, il n’y a qu’un pas fort rapidement franchi.
Le feu de l’antisémitisme s’allume alors, attisé par la haine féroce entretenue par les ecclésiastiques. Cette flambée embrase, du sud vers le nord, tout le pays. Aux cris de « à feu et à sang » et de « le baptême ou la mort », les pogroms se succèdent, ils font tâche d’huile.
Durant l’été 1391, les calls du royaume catalano-aragonais sont attaqués, pillés, brûlés, les habitants sont égorgés et certains ne sauvent leur vie qu’en acceptant le baptême. Même les interventions royales ne peuvent rien contre ces masses en furie stimulées par les prêtres hystériques parmi lesquels se trouve le trop fameux Vincent Ferrier.
En quelques jours, il ne reste plus rien des calls de Barcelone, Majorque, lérida ou Perpignan. Cette plaie ne se refermera jamais.
Les survivants essayeront de se regrouper ; nombreux seront ceux qui émigreront vers l’Afrique du Nord. C’est ainsi que le grand Rabbin de Majorque, Simeon Duran fondera la première communauté juive algéroise.
Les nouveaux convertis sont appelés les Marranes. Ils ne sont pas admis par les Chrétiens qui les soupçonnent de judaïser en secret, et ils sont séparés des autres Juifs.
C’est là que commence cet épisode épouvantable qu’est la période inquisitoriale. L’Eglise craint (souvent à juste titre) que ces nouveaux Chrétiens ne continuent de judaïser en secret. Elle va les surveiller, les espionner, faire appel à la délation.
Certains Juifs se sont convertis sincèrement, certains même feront du zèle et il n’y aura pas plus antijuif qu’eux.
Dès l’âge de 7 ans, tous les Juifs sont obligés d’écouter les sermons des frères Prêcheurs dans les synagogues. Il faut reconnaître que les dirigeants tenteront de s’opposer à ce nouveau pouvoir. L’antipape Benoît XIII promulgue une série de bulles draconiennes contre les Juifs ; les interdictions de toutes sortes pleuvent quotidiennement.
De vexations en provocations, nous arrivons au milieu du 15ème siècle. Le jeune prince héritier, Ferdinand, épouse Isabelle de Castille. Cette dernière n’a qu’un but, l’unification de son pays.
Les Maures occupent toujours le sud de la Péninsule et Grenade est leur capitale. La reine Isabelle, avec le plus gros de son armée, met elle-même le siège devant cette ville et, durant de longs mois, l’affame jusqu’à sa reddition. Et le 2 janvier 1492, le Prince Boabdil se rend. L’un des buts poursuivis par Isabelle est atteint : l’unité territoriale ; reste maintenant le plus difficile, l’unité religieuse.
Encouragée, stimulée, fanatisée même par son confesseur Torquemada, la reine n’a qu’un rêve, un idéal, une idée fixe, éliminer les Infidèles de sa terre. Il faut les ramener dans « son » droit chemin et les convertir ou sinon chasser tous ces mécréants qui souillent son pays.
L’Inquisition est devenue un pouvoir unique, un état dans l’état, elle va dépasser toutes les prérogatives royales et même papales. Torquemada est nommé Grand Inquisiteur.
Et en ce jour du 30 mars 1492, l’édit fatidique est signé. Il annonce que, sans rémission aucune, tout Juif trouvé sur la terre d’Espagne après le 31 juillet de cette même année sera mis à mort sans jugement. Il leur reste donc quatre mois pour se convertir ou partir.
Malgré l’intervention de certains nobles catalans ou aragonais, malgré les démarches incessantes de personnalités juives encore influentes hier, rien n’y fait.
Jusqu’aux derniers jours, certains Juifs espèrent encore un miracle, prient, attendent. Mais la date fatidique approche. Les Rabbins se réunissent à l’entrée des cimetières et jeûnent trois jours durant, avant d’abandonner leurs morts.
Les Juifs ne peuvent emporter qu’un balluchon, ni or, ni argent, ni bijoux, et certaines mères de famille vont jusqu’à avaler les florins et nombre d’entre elles en mourront d’ailleurs.
D’interminables convois d’exilés s’étendent le long des chemins jusqu’aux ports où des embarcations, souvent précaires, les attendent pour les emmener vers des horizons inconnus.
Jusqu’à la dernière seconde, les prêtres, croix et eau bénite en main, les suivent en les persuadant d’abjurer leur foi. Quelques-uns se laissent convaincre pour ne pas avoir à abandonner un parent trop vieux ou trop malade.
Le 31 juillet, veille de Tisha be Ab, les derniers Juifs voient cette côte catalane qui avait été si familière et si chère à leurs ancêtres, s’éloigner à tout jamais. Certains se dirigent vers l’Afrique du Nord, d’autres vers l’Italie, mais la majorité vogue vers l’Empire Ottoman où le Sultan Bayazid II est prêt à les accueillir. Il a même jugé ainsi les souverains espagnols en s’écriant : « Et ils se disent sages, ces rois Catholiques, qui s’appauvrissent pour m’enrichir en m’envoyant leurs Juifs ».

Bibliographie
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Aragon A. : Documents historiques sur la ville de Perpignan, 1917.
Arco Ricardo : Fernando el Catolico, 1939.
Assis Y. T.: les Juifs de France réfugiés en Aragon, 1983.
Blumenkrantz : Art et archéologie des Juifs de France médiévale, 1980.
Bonassié P. : La Catalogne du 10ème et 11ème siècle, 1975.
Chauvet H. : Les Juifs au Moyen-Age en Roussillon , 1947.
Delcors M. : Etudes historiques sur Cerdagne, 1927.
Fortez y Miguel : Les descendants des Juifs convertis, 1970.
Guyot : Les Juifs du roussillonais au Moyen-Age, 1965.
Iancu C. : Histoire des Juifs de Montpellier.
Lionel Abraham Isaacs : The Jews of Mallorca, 1936.
Marco I Dachs L.: Los Judios catalenes, 1987.
Marcus V.: Expulsion des Juifs d’Espagne, 1936.
Neubauer : Rapports sur différents manuscrits venant du sud de la France, 1874.
Pita Mercé V. : Lérida Judia, 1973.
Roth C. : Histoire des Marranes.
Rovira i Virgili : Histoire nationale de la Catalogne, 1976.
Sarrétes A. : Biographies roussillonaise, 1914.
Vidal P. : Les Juifs des anciens comtés de Cerdagne et du Roussillon, 1887.
Vila P. : Histoire populaire des Catalans, 1986.
Ziegler : The black death, 1969.

Maryse Choukroun est née à Alger; elle a vécu au Maroc, puis à Paris.
Pharmacienne, elle est attirée par l’histoire et les communautés juives catalanes,
si méconnues pour ne pas dire inconnues.
Elle traduit un livre du catalan en français sur ce sujet
et prépare actuellement une thèse ; elle donne également
des conférences dans les diverses sections de la WIZO.

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