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Sépharades : D'où venons-nous ?

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Sépharades : D'où venons-nous ?
Joseph D. Alhadeff

 

Et les exilés de Jérusalem, qui sont dans Sépharade hériteront des villes du Midi
 (Obadia, verset)

 

C'est la seule et unique fois que le terme « Sépharad » est mentionné dans la Bible.  Et la plupart des traducteurs et commentateurs du chapitre d'Obadia identifient la Sépharad biblique avec l'Espagne.

 

Jusqu'au début du XXe, pendant des siècles, cette théorie a prévalu et il a généralement été admis que Sépharad c'était l'Espagne et Sépharadim les juifs d'Espagne et leurs descendants. Toutefois, dans la première moitié de ce siècle des recherches ont été entreprises par des historiens qui voulaient à tout prix démontrer que la Sépharade de la Bible n'avait rien ou très peu à voir avec l'Espagne, et un tas de nouvelles théories ont surgi concernant l'origine du mot. Henry V. Besso, qui était un chercheur très versé dans l'étude de tout ce qui concerne le Sépharadisme, a rapporté quelques unes de ces théories dans les nombreux articles qu'il a publiés sur ce sujet. En voici deux ou trois. L'abbé Chaud, un prêtre français, se basant sur les écrits d'Hérodote, le grand historien grec du Ve siècle avant l'ère chrétienne né à Halicar-nasse (Bodrum), prétend qu'au moment de la sortie d'Égypte tous les Hébreux n'ont pas suivi Moïse dans le désert et qu'une partie du peuple s'est dirigé vers l'Ouest et s'est répandu dans plusieurs pays de la Méditerranée allant jusqu'à coloniser le légendaire Jardin des Hespérides, que certains situent sur la côte mauritanienne et d'autres dans les îles Canaries (les fabuleuses îles Hespérides). Le terme Sépharad dériverait donc de Hespérides (S.P.R.D.), l'hébreu n'ayant pas de voyelles proprement dites et le P et le F étant la même lettre dans cette langue.

 

Une autre théorie est celle de Monsieur Elmaleh, ancien professeur des écoles de l'Alliance, qui a fait des recherches très poussées sur l'origine des Sépharades et est arrivé à la conclusion que ceux-ci sont originaires de la ville de Sharde, centre très important dans l'antiquité et capitale de la Lydie, ancien pays d'Asie Mineure dont le dernier roi n'est autre que le fameux et richissime Crésus. Monsieur Elmaleh et ses collaborateurs ont publié dans les années 40 un long rapport circonstancié sur leurs travaux de recherche. Pour eux cela ne fait pas l'ombre d'un doute : ces lydiens de la ville de Sfarde - aujourd'hui connue sous le nom de Sardis - se sont convertis au judaïsme au Ve siècle av e.c. Ils se sont ensuite répandus dans les pays méditerranéens, jusqu'en Espagne, en conservant toujours leur appellation de « Anshé
 Sfarde
», les gens de Sfarde ou Sfardim. L'arrivée dans l'Empire Ottoman des Juifs expulsés d'Espagne à la fin du XVe siècle ne serait donc qu'un retour aux sources. Les chercheurs de l'Alliance Israélite Universelle ne sont pas les seuls à soutenir cette théorie. Edouard Dhorme qui fut directeur de l'École Biblique et archéologique française de Jérusalem, entre autres, a une théorie analogue. Il ne parle pas de conversion, mais de juifs qui auraient émigré. Dans son introduction au chapitre d'Obadia dans la Collection Bibliothèque de la Pléiade des Éditions Gallimard, il dit textuellement :

« Le verset 20 (d'Obadia) étend la dispersion des Israélites jusqu'à Sépha­rad qui représente Sardes, la capitale des Lydiens... »

et dans ses commentaires, il ajoute que c'est seulement

« plus tard que le nom de Sépharad fut appliqué à l'Espagne et le nom des Séphardim aux Juifs espagnols et à leurs congénères... ».

 

Si une telle théorie avait un fondement quelconque, je serais tenté de spéculer un peu et de me demander si, étant donné que la Lydie comprenait des villes comme les actuelles Izmir, Milas, etc... et que depuis la plus haute antiquité, il y a eu des rapports entre ces villes et l'île de Rhodes, est-ce que quelques-uns de ces Juifs ly­diens ne seraient pas venus à Rhodes et y auraient constitué le premier noyau de la future communauté juive de l'île ? Qui sait ? D'autant plus que nous savons que les anciens Rhodiens ont occupé pendant plusieurs décennies la Lycie et la Carie, pays limitrophes de la Lydie. Et pourquoi ne pas pousser un peu plus loin la spéculation et se demander si les noms, bien de chez nous, de Sadis et Sidis ne viendraient-ils pas de Sardis, l'autre nom de Sfarde ? Une troisième théorie sur nos origines - que je voudrais mentionner car je la trouve extraordinaire et assez amusante -est celle du Dr Oscar Vladislas de Milosz. Cet illustre professeur, anthropologiste et historien lituanien, va en effet beaucoup plus loin que quiconque.

 

 Dans un pamphlet publié en 1923, fruit de 40 années de recherches, dit-il, intitulé « Les origines ibériques du peuple juif », il exclu catégoriquement toute idée d'immigration juive en Espagne. Pour le Dr Milosz, pas seulement les Juifs Sépharades ne sont pas venus d'Orient en Espagne, mais au contraire, ce seraient les Ibériens ou le Ibéro-Andalous, comme il se plaît à les nommer, qui, quelques milliers d'années avant l'ère chrétienne, auraient mis le cap vers l'Est pour venir débarquer sur les côtes phéniciennes et y apporter leur très vieille civilisation et, bien entendu, leur nom qui était Ivri, c'est à dire Ibère ou Ibérien, la lettre B pouvant se lire V en Hébreu, comme en espagnol d'ailleurs. A l'appui de sa théorie, le Dr Milosz cite la Bible: « Un fleuve sortait d'Éden pour arroser le jardin ; de là il se divisait et formait quatre bras. Le nom du premier, Pichon, c'est celui qui coule tout autour du pays de Havila où se trouve l'or » (Genèse II, 10-11).

Pour lui, il ne peut s'agir là que de la Huerta de Valencia, le Jardin de Valence, dont l'ancien nom était justement Avila. Pour mieux étayer sa thèse, il recherche dans la description biblique du Paradis terrestre des similitudes dans les noms des lieux, des choses, la nature, le climat, etc... de la Bible avec ceux de l'Andalousie, berceau, dit-il, du peuple ibère dont le nom hébreu est Ivri. En conclusion pour le Professeur Milosz ce ne sont pas les Sépharades espagnols qui sont d'origine juive, mais tous les Hébreux qui sont d'origine espagnole.

 

Qu'en penserait notre père Abraham ? Quoi qu'il en soit, personne ne sait au juste l'époque à laquelle les Juifs sont arrivés en Espagne, l'Histoire ne le dit pas. Certainement avant les Romains et très probablement du temps des Phéniciens et sans aucun doute très longtemps avant que les migrations des peuples du Nord n'amènent dans la péninsule les Van­dales et les Wisigoths. Pour nous, le fait reste que les qualificatifs « sépharade ou sépharadi, sépharades ou sépharadim » ne devraient s'appliquer qu'aux descendants des Juifs ayant vécu dans la Péninsule Ibérique avant l'expulsion d'Espagne en 1492 et du Portugal en 1496. Et telle a toujours été l'acceptation générale de ces termes, du moins jusqu'à la création de l'État d'Israël.

 

Dans le nouvel état, pour des raisons politiques ou pour d'autres raisons peut-être, on a considéré tous ceux qui n'étaient pas Ashkénazes et ne parlaient pas le yiddish comme Sépharades, en ce compris ceux qu'on a toujours appelé « Juifs Orientaux » et qui sont originaires de pays arabes comme le Yémen, l'Iran, l'Irak, l'Afghanistan, le Kurdistan, etc... et même les Juifs d'Inde et d'Éthiopie. Or, si Sépharad veut dire Espagne, on ne peut pas qualifier nos frères orientaux de Sépharades, eux qui n'ont rien d'espagnol. Ils n'ont aucun lien avec l'Espagne, la langue qu'ils parlaient dans leur pays d'origine n'a rien à voir avec la nôtre et leur histoire, leurs coutumes et leur folklore sont tout à fait différents de ceux des Juifs de Grèce, Turquie, Bulgarie, Ex Yougoslavie, etc... descendants des Juifs espagnols. Certes, que nous soyons Sépharades, Juifs Orientaux ou Ashkénazes, nous sommes un seul peuple, mais nous pourrions dire que, comme lors de la sortie d'Égypte, notre peuple est composé de différentes « tribus ».

Chacune d'elles a ses propres traditions et sa propre culture, et chacune d'elles se doit de les préserver tout en gardant l'unité du peuple. Espérons qu'un jour viendra où le passé de chacune des composantes du peuple juif, avec tout ce qu'elle comporte, deviendra l'héritage commun d'Israël sans distinction ni différentiation aucune. En attendant, nous Sépharades, avons le devoir sacré de préserver notre patrimoine et notre identité culturelle et spirituelle, de maintenir vivantes cette tradition et cette culture et, à notre tour, transmettre aux générations futures les trésors qui nous ont été légués.

 

Joseph D. Alhadeff

 

 

 

 

 

 

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