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A la recherche des derniers Marranes du Portugal

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A la recherche des derniers Marranes du Portugal

par Jean-Marc Thorbois

 

"En hommage à ceux qui ont maintenu leur fidélité intacte
durant cinq siècles..."

 

 

Les Marranes ! Leur aventure n'a cessé de me fasciner   !

Durant 5 siècles, contre vents  et marées, ces Juifs clandestins, appelés "porcs"

(marranos)  par leurs ennemis, ont su  transmettre secrètement  de génération en génération l'héritage reçu de leurs pères !

Le phénomène n'est pas sans rappeler étrangement les Huguenots français après la Révocation de l'Edit de Nantes. Mais alors que chez les Huguenots la clandestinité n'a duré que deux ou trois générations, c'est sur cinq siècles que s'est effectuée la résistance des Marranes ! Quand on connaît le caractère implacable de l'Inquisition catholique portugaise qui ne fut abolie qu'à la fin du siècle dernier, on est confondu de trouver encore aujourd'hui au Portugal une poignée de Marranes, qui, après cinq siècles d'existence souterraine et clandestine, reviennent soudain au grand jour et dont certains retournent au Judaïsme officiel, seuls quelques anciens gardant encore les rites ancestraux !

 

Dans le miracle extraordinaire de la survivance du peuple d'Israël tout au long de son exil, l'aventure marrane occupe une place à part. A la fin du film que leur a consacré Frédéric Brenner, quelques jeunes Marranes réunis pour un mariage chantent un chant populaire israélien tiré de la réponse des frères de Joseph, alors maître de l'Égypte, qui s'enquérait de son vieux père Jacob et qui s'entendit répondre : "Notre père vit encore !", et le chant de reprendre après avoir cité cette parole : "Le peuple d'Israël vit encore". Une telle survie est tout-à-fait impressionnante.

 

Au début du siècle, les derniers Marranes du Portugal, coupés du monde extérieur, croyaient être les derniers représentants de la nation d'Israël jusqu'à ce qu'un capitaine juif de l'armée portugaise, Barros Bastos, ne vienne leur révéler que le peuple d'Israël vivait encore aux autres coins du monde ! En cette fin du XXè siècle, combien reste-t-il de Marranes ? Ils sont sans doute plus nombreux qu'on ne le croit et de plus en plus de gens des deux côtés de la frontière avouent aujourd'hui ouvertement leurs origines juives à l'heure où s'estompent leurs

peurs.

 

II y a un an déjà, nous avions tenté de prendre contact avec les Marranes du Portugal : en vain. Les vieux réflexes de peur jouaient à fond. La publicité qui leur fut faite, notamment après le film de F. Brenner, leur faisait craindre notamment les "journalistes venus de la préhistoire" pour reprendre l'expression de l'un d'entre eux. A force de patience et de ténacité, nous avons fini par entrer en contact avec Fernando Aguiar et son épouse qui, depuis deux ans, avaient noué des contacts avec les Marranes et avaient su gagner leur confiance. Fernando Aguiar est lui-même descendant de Marranes. Après avoir travaillé en France et en Suisse, il décida de revenir au pays avec son épouse suisse et entreprit des recherches approfondies sur les crypto-juifs (Juifs clandestins) des provinces de Beira et de Trâs-os-Montes. C'est grâce à la collaboration, à la disponibilité et la détermination de ces amis que ce reportage fut rendu possible. Qu'ils trouvent ici l'expression de nos remerciements les plus
chaleureux. Certes, le phénomène marrane n'est pas dépourvu d'ambiguïté, comme en témoigne le profond sentiment de culpabilité qui caractérise les Marranes. Mais, dans des

conditions extrêmes, il témoigne du farouche désir de continuer à vivre comme Juif qui anima le peuple d'Israël tout au long de son histoire, témoin la médaille que le gouvernement d'Israël leur a consacrée récemment et qui porte gravés ces mots du Psaume I 18: "Je ne mourrai pas, je vivrai et je raconterai les œuvres de l'Éternel".

 

La majorité de ces gens vivant dans une ambiguïté spirituellement si dangereuse qu'elle finit par s'assimiler, mais contre toute logique un "petit reste" parvint malgré tout à subsister. A

l'heure où la page se tourne et où les derniers descendants des Marranes soit s'assimilent soit retournent au Judaïsme classique, nous avons voulu évoquer cette page unique de l'histoire juive d'autant plus méconnue que par définition elle était secrète : celle d'un Judaïsme clandestin et abâtardi qui s'est maintenu dans l'ombre du Catholicisme portugais jusqu'à nos jours.

 

Belmonte

 

Petite bourgade de 4 000 habitants perchée dans la montagne de la province de Beira, appelée par les Portugais "le pays des Juifs" et située dans le nord-est du pays non loin de la frontière espagnole. C'est le centre des derniers Marranes du monde.

 

Contrairement à d'autres villages de la même région, Belmonte n'est pas un village arriéré. De coquettes maisons modernes s'étagent sur les pentes qui mènent au château situé au sommet de la " belle montagne " qui a donné son nom à la bourgade de " Bel monte ". Nous sommes tout de suite frappés par le caractère chaleureux et hospitalier des Portugais dont beaucoup parlent français pour avoir travaillé dans notre pays. A priori, il ne semble pas que les Juifs soient l'objet d'une quelconque discrimination ; pourtant les vieux préjugés sont encore tenaces, telle cette réflexion d'une petite fille de 5 ans dont la mère chrétienne évangélique, nous accueillait et qui lui demande :
"Dis, maman, pourquoi le monsieur  de France s'intéresse-t-il aux Juifs, alors qu'ils ont tué le Christ ? " Réflexe de peur aussi chez cette commerçante qui déclarait à nos amis Aguiar
qu'elle était catholique, mais qu'elle "suivait l'enseignement de Moïse /"

 

Dans le cimetière du village, une seule tombe porte une étoile de David qui voisine d'ailleurs avec d'autres symboles catholiques. Belmonte est l'endroit où la vie juive est restée la plus structurée, même si de nombreux Juifs clandestins existent dans de nombreux villages voisins, autrefois peuplés en majorité de Juifs.

 

Officiellement, il existe 400 Juifs recensés au Portugal : ce sont ceux qui pratiquent officiellement la religion juive, mais si on compte les Juifs clandestins, ce nombre est sans aucun doute beaucoup plus élevé.

 

Trancoso, Un grand centre juif

 

Après une nuit passée à Belmonte, notre première visite sera pour la bourgade de Trancoso, important centre commercial depuis le Moyen Age et qui abrite encore aujourd'hui un grand marché qui se tient le vendredi, jour où nous nous y rendons.

 

Au Moyen Age, Trancoso faisait partie d'une ligne de villes forteresses qui gardaient la frontière espagnole. On y a retrouvé une lettre du roi Joâo II accordant des privilèges commerciaux aux Juifs, datée du 15 juillet 1439, preuve qu'à l'époque il y existait déjà une importante communauté juive. De fait, la "Juderia" (quartier juif) de la ville occupe une partie importante de la ville "intra-muros". La plupart des maisons du quartier a encore deux
entrées : une large entrée qui donnait accès au local commercial et une entrée étroite à

usage familial. Les linteaux des maisons juives sont typiques, car taillés en biseau dans le granit. La population juive était donc bien composée essentiellement de commerçants.

 

A la fin du XVe siècle, il existe une lettre de l'évêque de Guarda, ville voisine, autorisant les Juifs à agrandir leur synagogue à condition que "sa façade ne soit pas trop luxueuse", ce qui prouve que régnait alors une certaine tolérance qui avait permis à la population juive de se développer en sorte que la synagogue était devenue trop petite, sans doute par suite de l'arrivée massive des Juifs chassés d'Espagne en 1492.
Tout change en 1497 quand, sur l'ordre du roi
Manuel, les Juifs du Portugal sont

convertis de force. Certes la foi de ces "nouveaux chrétiens" est suspecte et l'Inquisition fera graver sur les maisons des "converses" des croix qu'on peut voir encore, ce qui signifie que les occupants de la maison doivent être étroitement surveillés. Presque chacune des maisons de la "Juderia" de Trancoso porte de telles croix, témoignage éloquent des difficultés qu'eut l'Inquisition avec les Juifs de la ville !

 

Aujourd'hui, il ne reste plus que quelques personnes susceptibles de pratiquer les vieux rites juifs à Trancoso selon le maire, lui-même descendant des Marranes. Son grand-père se nommait "Lévi".

 

Dans la "Juderia", nous nous entretenons avec un descendant des Marranes resté au pays alors qu'en général les jeunes de son âge s'expatrient à Porto ou Lisbonne pour étudier et faire carrière. Lui est resté dans le village où il vend des instruments de musique traditionnels. II a quelque honte à avouer ses origines juives et préfère se référer au Catholicisme, mais finit par avouer qu'il ne croit plus en rien, semblable en cela à de nombreux jeunes Juifs qui, lassés des conflits religieux traditionnels, se laïcisent et s'assimilent.

 

Pourquoi le Judaïsme s'est-il maintenu à Belmonte et a-t-il pratiquement disparu à Trancoso?

-  "Trancoso était une ville qui avait une communauté beaucoup plus importante que Belmonte, nous explique le maire (qu'ici on appelle le "président"). Dès le Moyen Age par exemple, nous avions des relations  commerciales  avec  Anvers, mais   l'Inquisition     a     terriblement persécuté les Juifs ici, alors qu'il semble que la communauté de Belmonte, moins
importante,  ait    moins    souffert !"
Mademoiselle  Maria Do Céu  Crespo Ferreira   est   spécialiste   de   l'histoire locale, elle nous reçoit pour nous parler des Juifs de la région :

-  "On ne sait pas exactement combien il y  a  de   crypto-juifs  dans   la  région,
déclare-t-elle,  car  il y a  eu  de  tels mélanges qu'on ne sait plus très bien qui
est    Juif    et     qui     ne     l'est    pas.

En 1989 a eu lieu à Trancoso un colloque sur les Juifs de la péninsule. C'est ainsi que nous avons découvert qu'a vécu ici au   XVè   siècle   un   poète   marrane, cordonnier de son état,

nommé    Goncalo    Anes Bandarra, qui fut condamné par l'Inquisition pour avoir écrit    un   poème   dans lequel il affirmait qu'au retour du Christ, Juifs et Chrétiens   vivraient   en paix ! Cet homme était proche des milieux de la Cabale, ses poèmes sont remplis  de  chiffres

symboliques  et  il baignait en outre dans I' atmosphère messianique qui pava la voie de l'apparition du faux-messie Reuveni et de son prophète Mole ho.
Jusqu'aux  XIè   et  XIle siècles,  la communauté juive  avait  tendance  à stagner, ce ne fut qu'après 1492 que la communauté de Trancoso connut un grand essor à l'arrivée massive des Juifs chassés d'Espagne. Nos rois étaient plutôt favorables aux Juifs car ils étaient un pilier important de F économie portugaise. Trancoso est aussi la ville natale d'isaac Cardoso, célèbre Marrane qui parvint à fuir la péninsule, se réfugia à Venise où il revint ouvertement au Judaïsme. Médecin et écrivain, il défendit inlassablement dans ses écrits la cause des Marranes. Signalons qu'au moment de l'affaire Bandarra, l'Inquisition s'en prit même à des prêtres qui avaient osé prendre la défense des Juifs".

 

 

Belmonte Le pays des Juifs

 

Antonio Henriques Mourao, ancien officier de l'armée portugaise blessé en Angola durant les guerres coloniales est aujourd'hui commerçant à Belmonte : II "fait les marchés sauf le samedi qui est jour de repos". En ce vendredi soir, veille du Shabbat, Antonio a fini  sa

journée et nous reçoit près de la maison de   son  père  au  pied  du  château  de Belmonte. Antonio est un authentique Marrane et il en est fier. - " // y a ici entre 100 et 150 Juifs, déclare-t-il ; il y a encore deux ou trois ans de cela, ils l'étaient encore en secret, maintenant ils s'affichent au grand jour. Nous en avons fini avec la peur héritée de l'Inquisition !" Comment Antonio explique-t-il la persistance d'une communauté juive à Belmonte plutôt qu'ailleurs ?

-  "C'est à cause des grand-mères qui étaient les dépositaires des traditions et qui connaissaient les prières par cœur. C'est grâce à elles que le Judaïsme s'est transmis et a subsisté. Peut-être que dans les autres régions il n'y avait pas assez de femmes pour enseigner les prières ?

-  L'Inquisition a-t-elle sévi moins ici qu'ailleurs   ?

-  C'est possible, on ne connaît que deux Juifs de Belmonte qui aient été brûlés
par l'Inquisition, c'est peu par rapport aux autres localités voisines.

- Le fait  que  Belmonte   était  situé dans   la   montagne   a-t-il   joué   un
rôle ?

- Non je ne pense pas car la police avait ses accès partout !"

Antonio nie qu'il y ait de l'antisémitisme à Belmonte, d'ailleurs les Juifs ont

coupé tous liens avec le Catholicisme. Quand on lui demande comment il se situe, Antonio répond : "Je me considère comme un Marrane et non comme un Juif, car je ne suis pas circoncis. Mon fils lui est circoncis, il n'est pas Marrane mais Juif ! Comme beaucoup de jeunes qui retrouvent le chemin du dudaïsme officiel !

-Comment     vous     situez-vous     par rapport    à    la    "maison    d'Israël"?

-Ce sont mes frères !

-Comment       expliquez-vous       votre prodigieuse  survie   ?

-C'est un miracle ! Tenez, par exemple, pendant le Nazisme, Hitler a demandé au dictateur de l'époque Salazar s'il y avait des Juifs au Portugal et Salazar a répondu "non" ! Salazar était lui-même d'origine juive, il est né non loin d'ici, c'est ce qui nous a sauvés !

-Y a-t-il des Juifs qui envisagent de retourner en Israël ?

-Non  sauf s'ils avaient besoin de nous, en cas de coup dur, alors, on irait tous !"
Antonio a été élevé dans une religion hybride   entre   le   Marranisme   et   le
Judaïsme officiel.

 

Son vieux père qui tient un magasin de confection au pied du château et qui nous reçoit très aimablement allait de temps en temps à la synagogue de Lisbonne et célébrait le Shabbat à la manière traditionnelle et non à la manière marrane.

-"On célébrait aussi les fêtes qu'on pouvait, déclare-t-il, nous étions des commerçants et nous respections les lois juives du mieux que nous pouvions. Jusqu'à ces dernières années, nous ne
respections    pas    la    cashrout   
(lois alimentaires),
nous mangions de tout, d'autant plus qu'alors il y avait pénurie alimentaire    et    nous    n'étions    pas regardants. Maintenant nous tentons de respecter ces lois alimentaires mais ce n'est pas facile  car il n'y a pas de
boucherie rituelle et certains font venir leur    viande    de    France!    Certains
continuent à manger de tout !"
Antonio se souvient mal comment ses grands-parents vivaient leur Judaïsme mais ils avaient déjà une Thora écrite :
"
J'ai appris que j'étais Juif dès que j'ai été en âge de comprendre !"
-Vos parents ne craignaient pas que vous parliez à tort et à travers?

-Non! Autrefois on se mariait entre nous, puis un jour il n'y a plus eu assez de jeunes filles juives, alors on s'est mis à épouser des non juives, mais beaucoup d'enfants issus de ces mariages ont été perdus pour le Judaïsme ; maintenant, ils voudraient bien revenir au Judaïsme mais ne le peuvent pas !"
Comment Antonio voit-il l'avenir ?

-"Le temps des Marranes est fini ; ou bien les fils des Marranes s'assimilent ou   bien   ils   reviennent  au  Judaïsme officiel. A Belmonte il y a maintenant une synagogue    et    un    rabbin    venu    de Jérusalem".

Antonio lui-même a été une cheville ouvrière    importante    de l'implantation     de    cette

synagogue. Ce renouveau, nous pouvons le constater dans    la    synagogue    de Belmonte      nous   nous rendons après avoir quitté Antonio pour assister à la prière    du    Shabbat.    La synagogue  encore provisoire    est    installée dans      le      salon      d'un appartement sans

prétention. Là se pressent environ 15 hommes et 10 femmes.

Les   prières   suivent  bien entendu le rite sépharade.

Elles    sont    récitées    en hébreu   et   non   plus   en portugais,   mais   certains .lisent   les   prières  écrites avec l'alphabet latin, ils ne possèdent pas encore bien la langue sacrée.

 

 

A Pinhel, seule une famille   juive a survécu

 

II y a peu, les amis Aguiar visitaient Pinhel (nom dérivé de la Peniel biblique) pour y rechercher d'éventuels Juifs, ceci vainement jusqu'au moment où soudain un vieil homme leur déclara : "Mais moi je suis Juif !"

-  "Nous allons tenter de vous le faire rencontrer", nous proposent les amis d'Aguiar.

 

Francisco Dos Santos Silva (70 ans) est, en effet, ravi de nous voir, surtout quand il apprend que j'ai fait la guerre des Six jours. II a en effet une grande admiration pour l'armée israélienne et pour ses exploits pendant la guerre des Six jours, notamment ! Francisco est un authentique Marrane bien qu'il connaisse peu de choses de la foi marrane ! C'est sa grand-mère qui connaissait les prières et qui l'a initié. Sa mère mariée avec un non-Juif était moins portée vers les choses religieuses.

"Ma famille est sûrement venue d'Espagne lors de l'expulsion et vraisemblablement de la Galice voisine. Ici, il n'y a jamais eu beaucoup de familles juives et depuis plusieurs générations, nous avons vécu une vie juive en famille, sans aucune relation avec d'autres Juifs. Du temps de ma grand-mère, je sais qu'il y avait une autre famille, mais ma grand-mère ne l'a jamais fréquentée.

Je me souviens que ma grand-mère mettait son grand foulard blanc et priait le Dieu d'Israël. Elle connaissait beaucoup de prières en portugais. Je ne me souviens pas qu'elle allumait les

bougies pour le Shabbat, j'étais aussi trop jeune pour savoir si elle fréquentait ou non l'église catholique.Pour Pessah, nous faisions du pain azyme et ma grand-mère jeûnait à Kippour. Le vendredi soir nous ne mangions pas de viande de porc, le samedi était jour de repos, nous ne nous peignions même pas et mangions très peu.

Petit à petit, après la mort de ma grand-mère, ces coutumes se sont perdues. Chez nous, ce sont surtout nous les hommes qui ne pratiquions pas ! J'ai pourtant fait le catéchisme catholique quand j'étais petit. Ma grand-mère n'avait pas peur des non-Juifs, elle ne s'occupait pas d'eux.

 

Les gens savent que je suis Juif. Parfois ils me le rappellent ou vertement, c'est une manière de me dire : "Tais-toi, en tant que duif, tu n'as rien à dire sur cette question ! Car les duifs ont tué notre Seigneur !"

Quelle est la foi de Fransisco ? - "Je crois en Dieu, je crois en Jésus-Christ, j'ai beaucoup de considération pour le peuple d'Israël. Pendant la guerre du Golfe, j ai tremblé pour eux. Lors de la guerre des Six jours, j'ai dit aux autres : "Ils ne sont pas nombreux mais ils sont courageux ! Moi, je me considère des leurs. Je suis Israélite

J'ai dit à ma petite-fille de 12 ans qu'elle descendait d'Israël et elle m'a répondu : Oui, je sais, tu me l'as déjà dit !"

Ma grand-mère avait un livre de prières écrit à la main, mais elle a voulu qu'on le mette avec elle dans son cercueil quand elle est morte. Mon fils qui est professeur d'anglais à Lisbonne a trouvé que c'était dommage, il va tenter de la faire exhumer pour récupérer ce livre, ou ce qu'il en reste.

 

Ma femme n'est pas juive, c'est une catholique pratiquante, elle ne veut pas entendre parler de ces choses et ne s'intéresse pas à Israël. Mais je me suis opposé à ce que mes enfants et mes petits-enfants soient baptisés, malgré elle. Je me suis opposé aussi à leur mariage religieux. On a fait seulement un mariage civil dans cette pièce. Seule une de mes filles mariée à un catholique pratiquant s'est tournée vers cette religion".

 

Ventizello.   Province de Tras-Os-Montes

 

D'abord une chapelle perdue dans un village de montagne. Fernando nous y emmène. "Pourquoi ?" lui demandons-nous.

- "Vous allez comprendre", répond-il ! En effet, dès que nous avons poussé la porte, nous sommes frappés de stupeur : un immense chemin de croix occupe l'essentiel de la chapelle. Les personnages, grandeur nature, représentant des Juifs grimaçants au gros nez busqué, aux vêtements sur lesquels sont tissés de petits diables ricanant, torturent un Jésus au nez droit comme pour montrer que Jésus lui n'est pas Juif ! C'est un choc, c'est horrible ! Cette chapelle s'appelle "la Chapelle du Seigneur de la Bonne Mort" ou encore "

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